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EAN : 9782073004161
240 pages
Gallimard (04/05/2023)
3.7/5   85 notes
Résumé :
En 1911, fuyant les persécutions contre les Juifs en Lituanie, Chaïm, le grand-père du narrateur arrive en France. Afin d’obtenir la nationalité française, il s’engage dans l’armée et prend part à la Grande Guerre. Il est gravement blessé par une bombe chimique. Il passe vingt ans en hôpital psychiatrique, avant de mourir dans l’anonymat.
En 1940, Albert, le père du narrateur, est fait prisonnier et dénoncé comme Juif. Lors de la libération des camps, il met... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
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Je suis toujours amusé, intéressé et sceptique quand un paléontologue croit reconstituer un dinosaure à partir de quelques osselets. François Noudelmann mène un projet encore plus ambitieux puisqu'il ne reste rien de son père et de son grand-père et quasiment pas de documents ou de souvenirs. Concernant Cadillac … les amateurs de voitures de luxe seront déçus, le Directeur de la Maison Française de New-York s'intéresse ici au cimetière girondin.

Chaïm, son grand père fuit l'empire russe et les pogroms antisémites du début du XX siècle, arrive en France, patrie de Dreyfus, et s'engage en aout 1914. Blessé, il perd la tête, devient violent, est interné à la demande de son épouse et évacué vers l'asile de Cadillac-sur-Garonne où il meurt en 1941 victime de malnutrition. Inhumé parmi les fous et non parmi les anciens combattants, le site internet qui recense ces morts précise « né en Israël » pays qui n'existait pas alors. Un projet d'aménagement a effacé les tombes et les défunts. Première partie passionnante car la folie est un aspect méconnu de la guerre.

Albert, son père conçu pendant la grande guerre, est appelé avec le contingent 1936 puis mobilisé, emprisonné, affecté à un camp de travail en Silésie, libéré par l'avancée des alliés, rapatrié et découvre que son épouse a refait sa vie … premier divorce, aventures diverses et enfin suicide. Deuxième partie sans grande originalité depuis que Francis Ambrière emporta le Goncourt en 1946 avec « Les grandes vacances » si ce n'est que le romancier peint les occupants en gentils organisateurs du Club Med et décrit les français en vacances (p 137) dans des lignes indignes d'un enseignant.

Le tutoiement père-fils, procédé littéraire employé, place le lecteur en spectateur, puis en voyeur lors des frasques de notre Albert, maquillé en Philippe, et finalement en gêneur pressé de s'éclipser.

La dernière partie m'a beaucoup plus intéressé. Interrogations sur ce qu'est un juif, un sioniste, un antisémite, un anti-sioniste. Longue Litanie (p 198) des français assassinés depuis 10 ans dans l'hexagone au cri de « Mort aux juifs ». Réflexions sur la place et le rôle des enseignants. Hésitations sur la transmission d'une culture ou des cultures et comparaison entre un regard français et un regard américain sur cette question. Une civilisation n'est elle pas un héritage transmis ?


François Noudelmann conclut en voyant en rêve son grand père monter dans une Cadillac décapotable pink, aux cotés d'Aretha Franklin, prolongeant ainsi un parcours débuté au siècle dernier avec la pitoyable charrette d'un émigré !

Hymne à la vie, à la liberté, à la culture française, ce premier roman est aussi la confession d'un Docteur en philosophie reconnaissant lucidement s'être trompé dans certains choix politiques. Un aveu courageux qui mérite d'être souligné.
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Un roman saisissant, qui mêle récit biographique et réflexion sociopolitique.

J'avais choisi ce livre pour son titre, mais pas celui de la voiture. Cadillac, c'est un nom connu dans le monde minier, la « faille de Cadillac » c'est une structure géologique riche en gisements aurifères en Abitibi-Témiscamingue au Québec. C'était aussi le nom d'une petite ville aujourd'hui devenue un quartier de Rouyn-Noranda.

Le Cadillac français du titre est beaucoup plus triste, puisque la ville a accueilli un « asile d'aliénés » où est mort de faim le grand-père de l'auteur en 1941. Une histoire tragique que celle de cet immigrant devenu « poilu » de la Première Guerre mondiale, gazé et interné pendant une vingtaine d'années. L'auteur ne l'a pas connu, mais lui consacre la première partie du livre.

La seconde partie, c'est l'histoire de son père, soldat de la Seconde Guerre mondiale, prisonnier pendant plusieurs années, un récit de survie où il change de nom pour éviter la purge mortelle. D'horribles conditions de détention, des tentatives d'évasion durement réprimées, des épreuves qui marquent une existence à jamais. Un dénouement funeste…

Finalement, sa propre histoire, un petit-fils d'immigrant qui est tellement Français qu'il est devenu agrégé de français. Il ne fait pas partie d'une communauté et ne partage pas de sentiments de judéité. On n'est pas ce qu'on est parce que « vient de » et d'autres personnes que nos parents peuvent avoir davantage d'importance sur nos destinées et la lignée généalogique ne détermine pas la valeur de la personne. (On sait aussi que venir d'une « Familia grande » n'est pas toujours un gage de vertu.)

Mais après ces histoires marquées par les atrocités des Guerres mondiales, en ce 21e siècle, dans une rue de Paris, il sera horrifié d'entendre crier « Mort aux Juifs ».
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A travers l'histoire de sa famille, François Noudelmann nous plonge dans cent ans d'Histoire, un témoignage, romancé au début avec l'histoire de son grand-père Chaïm et retranscrit pour celle de son père Albert, pour se terminer avec les questionnements de l'auteur sur notre identité. Est-elle généalogique ou se forge t-elle au hasard des rencontres et des opportunités de la vie ? Pour François Noudelmann qui a été élevé dans une famille où on ne transmettait pas, ce sont les rencontres qui font une personnalité. Mais lorsque une association pour la sauvegarde du cimetière des oubliés de Cadillac contacte l'auteur, celui-ci va faire des recherches et se "rapprocher" de ses racines familiales.

Chaïm Noudelmann, le grand-père de l'auteur, fuit les persécutions contre les juifs en Lituanie en 1911. Il choisit la France, le pays qui a défendu un juif Albert Dreyfus et peut-être aussi parce que ses moyens ne lui permettaient pas de traverser l'Océan pour aller aux Etats-Unis ? Pour être naturalisé français, il fallait s'engager dans la guerre de 1914, ce qu'a fait Chaïm. Touché par les gaz moutarde, il perd la raison et devient un "fou de guerre", interné pendant plus de 20 ans dans différents hôpitaux psychiatriques pour terminer se vie dans celui de Cadillac, village de Gironde, dans des conditions de soins déplorables, où les pratiques médicales et (in)humaines étaient malheureusement en usage à l'époque. Il obtiendra la nationalité française alors qu'il est interné, en 1927, mais reste oublié de tous, même par sa famille qui n'en parle pas. Chez les Noudelmann, on ne parle pas non plus de ses origines juives, par protection d'abord et par désir d'assimilation totale à la France.

Chaïm a un fils, Albert, le père du narrateur. Lui aussi va partir à la guerre, celle de 1939-1945, L Histoire se répète. Blessé à l'oreille à cause d'une bombe, puis prisonnier de guerre en 1940, il est déporté en Pologne, dans des camps de travail, jusqu'à la libération. de cette période, Albert ne parlera pas non plus jusqu'à ce que l'auteur, son fils, lui demande de raconter sa guerre. Pendant plusieurs heures, il va raconter ces années au parcours rocambolesque où il ira de camps de travail en évasion, sera repris, se re évadera... Où il rencontrera amis et amours, modifiant son identité car dénoncé par des amis français pour une ration de nourriture supplémentaire, il doit cacher ses origines juives pour survivre.

Dans la 3ème et dernière partie du livre, l'auteur nous parle de lui, de la judéité, de son engagement politique, de son questionnement sur l'appartenance (ou pas) à une nationalité à une Culture, à une religion, de son effarement quand il a entendu dans une manifestation pour la paix, fin 2008, à laquelle il participait, les mots "Mort aux juifs", de ce que ce constat d'éternel recommencement a eu (ou pas) comme effet sur lui et sur la suite de son parcours.

Maintenant habitant aux Etats-unis, peut-être comme une continuité au parcours qu'aurait pu faire son grand-père en 1911, François Noudelmann a le recul d'un français à l'étranger pour réfléchir de loin à ce qui fait son identité et de façon plus générale à l'identité de tout un chacun.

Un récit philosophique, historique, sociétal, magnifiquement écrit par François Noudelmann, docteur en philosophie, nous amenant à une profonde réflexion sur ce qui fait notre identité.

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Avant de donner mon avis ( pour ce qu'il vaut), je m'autorise une digression : nombre d'auteurs français auraient-ils perdu le talent de savoir raconter des histoires qui ne soient pas issues de leur vécu, leurs racines, voire leur égo ?
Avec tous ces livres de rentrée littéraire d'automne qui nous évoquent à satiété un père, un grand-père, des origines ou une chronique familiale, force est de constater que notre littérature a perdu le goût de la fiction et ne s'appuie que sur la chose vécue.

François Noudelmann se place dans cette lignée d'écrivains à souvenirs et introspection familiale, sous couvert de réflexion sociologique, voire philosophique.
Du grand-père juif russe brisé par la guerre de 14/18, au récit quasi picaresque de son père prisonnier en stalag durant 5 ans, il visite ensuite son propre parcours, ses racines juives, son patronyme, l'appartenance à une lignée et une réflexion sur l'assimilation à un pays choisi ou pas.

L'ensemble est remarquable, agréable à lire, souvent documenté, très vivant.
Rien à dire sur la forme, remarquable écrit pour un premier roman (l'homme n'est pas docteur en philosophie pour rien !).

Je cale sur le fond, sempiternelle thématique qui s'invite de livre en livre dans la production de ce qu'on appelle roman et qui n'a rien de romanesque.
C'était le livre de trop …
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Énorme coup de coeur de la dernière rentrée littéraire. Plus attirée par le titre que par le résumé de l'histoire en quatrième de couverture je me suis laissée happer par ce récit familial. Il y a le grand-père Chaim fuyant la Lituanie et les persécutions envers les juifs. En roulotte il traversera l'Europe et posera ses malles en France où il sera mobilisé lors de la première guerre mondiale. Il ne sortira de cette expérience ni vivant ni mort, entre les deux, interné d'asiles en asiles car ayant perdu la tête et la raison suite à une blessure chimique. Puis il y a son fils Albert qui lui vivra la seconde guerre mondiale et ne s'en remettra jamais tout à fait. C'est la deuxième partie du livre. le grand-père d'abord, le fils ensuite et enfin le petit-fils qui est l'auteur lui-même. Que de questionnements dans cette oeuvre sur l'identité, les racines, ce que c'est que d'être français, la généalogie.

Ce roman est une perle, tout simplement. Il se lit avec un grand plaisir malgré la noirceur des situations de chacun des protagonistes. L'écriture est belle et poignante, le propos fait réfléchir : une réussite.
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critiques presse (3)
Telerama
20 juin 2023
Alors, parce que « les fous n’ont pas d’histoire », François Noudelmann s’emploie ici à reconstruire celle de Chaïm, son grand-père, tentant de reconstituer son quotidien d’aliéné, jusqu’à son décès et son inhumation dans « le carré des fous ».
Lire la critique sur le site : Telerama
Psychologies
13 septembre 2021
L’auteur réfléchit à la manière dont s’est fondée dans sa famille la conscience d’être français. Ce qui, bien entendu, renvoie chacun à cette question. Sommes-nous réellement ce que nous pensons être ? Belle interrogation humaine.
Lire la critique sur le site : Psychologies
LaLibreBelgique
24 août 2021
Un premier roman et réflexions splendides, "Les enfants de Cadillac" de François Noudelmann.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (48) Voir plus Ajouter une citation
Mais pour se prémunir contre l'accusation d’antisémitisme, les contempteurs d'Israël ont besoin de Juifs qui signent leurs pétitions, obtenant ainsi un blanc-seing : untel, juif, approuve leur texte, donc ils ne peuvent être antisémites. De fait ils trouvent des porteurs de nom juif qui accèdent à leur demande sans trop savoir qu'on les a sollicités pour cette seule raison, et j'ai tardivement compris pourquoi l'on souhaitait ma signature pour soutenir tel philosophe accusé d'antisémitisme. Autrefois les Juifs de cour se trouvaient surtout à droite, ils faisaient des ronds de jambe aux antisémites qui avaient ainsi leur « bon Juif », celui qu'ils citaient pour montrer qu'ils avaient les idées larges. Comme au temps de Proust, ces Juifs nourrissent encore l'illusion d'être intégrés dans les salons de la grande bourgeoisie, quitte à mépriser la juiverie dont ils proviennent. Aujourd'hui le bon Juif se repère aussi à gauche, dans les mobilisations antisionistes. Lorsque son militantisme devient outrancier et qu'il se déchaîne contre les lobbies juifs, on parle à son propos de « self-hating Jew », cependant son attitude relève moins de la « haine de soi » que du désir d'être aimé. Or pour se faire aimer, quand on est juif, il faut savoir être un peu antisémite, ou fricoter avec les antisémites.
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Lorsque je lis Montaigne ou Marivaux, leurs tournures de phrase agissent sur mes poumons et mes nerfs, et elles déclenchent, par le rire, la raison et les sons, une harmonieuse complicité. Plus encore que toute confirmation langagière, la musique de Fauré, de Debussy et de Ravel me dit, sans les mots, que je suis français, même si je peux pleurer avec des compositeurs italiens, allemands, russes ou espagnols. J'y reconnais mes modalités et mes intensités. Et je ne regarde jamais le piano de la Maison française de New York, où j'ai installé mes pénates, sans penser aux mains de Poulenc qui se sont posées sur son clavier.
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Le prénom fait la différence, appelé given name en anglais, qui dit bien le nom donné singulièrement, à la différence du nom de famille reçu collectivement par la tribu. L'histoire de nombreux Juifs immigrés venus d'Europe de l'Est est sans doute marquée par leur désir d'intégration et leur éloignement de la tradition, au point qu'ils donnèrent volontiers des prénoms français à leurs enfants, et le mien, François, remplit au mieux cette fonction. Comme tous les gens qui partent de quasiment rien, ils ressentent davantage l'envie de « monter » dans la société choisie que la fierté de « descendre » de telle ou telle lignée. Français, je porte le prénom de mon pays : François désigne à la fois un roi de France et la qualité de français, françoué même, comme on le prononçait autrefois. Chaque fois qu'on m'appelle je suis rappelé à ma patrie et, dans les pays anglophones, les traductions inexactes par Francis ou Frank obligent à conserver l'original, et à accepter la cédille, cette marque qui résiste à l'anglicisation des graphies, sans laquelle les anglophones me nomment Frankoïss.
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Si je devenais le premier fonctionnaire de la famille, toutes branches comprises, je pouvais surtout afficher qu'en moi s'étaient agglomérés, agglutinés assez de savoirs pour être un français « agrégé », ayant la densité d'une molécule. Cette agrégation à la française signait le parachèvement d'un désir de France, commencé avec la naturalisation de mon grand-père, juif russe, et confirmé cinquante ans plus tard par celui dont le nom figurait désormais au tableau de ceux qui « apprendraient le français » aux jeunes Français. L'étude du latin m'avait même permis de repérer dans le mot d'agrégé la racine étymologique de grégaire, grex, le troupeau. Ainsi avais-je rejoint la troupe des Français, non pour y tenir un fusil comme Chaïm, mais comme passeur de sa langue et de sa culture.
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La remontée dans le passé traumatique des familles, des groupes ou des « races » encourage chacun à se définir comme « descendant », au point que les individus s'érigent en représentants de générations qui remontent à plusieurs siècles. Les handicaps sont hérités, certes, quand ils touchent des familles immigrées ou des populations stigmatisées, et cette inégalité relève de la politique sociale. En revanche, la définition de soi appartient au monde imaginaire de la psyché. Par un geste d'introjection, s'identifier à des ancêtres mène à confondre le fait d'avoir un passé avec l'illusion d'être ce passé. Le complément, l'adjectif, la caractérisation deviennent le sujet même, son essence.
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