AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet

Bernard Cohen (Traducteur)
EAN : 9782264042644
413 pages
10-18 (14/02/2007)
4.06/5   36 notes
Résumé :
Coal Run, Pennsylvanie.
Une cité minière frappée de plein fouet par l'alcool et la misère sociale. Le paysage ? Des collines, des terrils, des bicoques avachies, des usines en ruine. Des bars et des drugstores comme seuls lieux d'évasion. 123 habitants. Et un revenant : Ivan Zoschenko. Fils d'un " poumon noir " ukrainien, mort il y a bien longtemps dans une terrible explosion, cette ancienne star du foot locale s'est décidée à rentrer à la maison après avoir ... >Voir plus
Que lire après Retour à Coal RunVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Mars 1967, le souvenir noir charbon de l'explosion puis de l'effondrement de Gertie, une mine dont l'accès couronne le sommet d'une colline de Pennsylvanie avant de sombrer dans les profondeurs de la terre. le petit Ivan, cinq ans, prenait son bol de céréales juste avant le saisissement de la déflagration, les bris de verre des fenêtres, les pleurs de sa petite soeur Jolene. Sa mère, un instant figée, lui a saisi le bras pour sortir et se précipiter vers la fumée noire expulsée par Gertie. le puits d'accès n'est plus, et sa mère a perdu un père, un frère, un mari.

Depuis quelques mois, plus d'une trentaine d'années plus tard, Ivan est chérif adjoint à Centresburg, ville voisine de Coal Run. Il avait quitté cette région minière pour fuir son état de footballeur déchu suite à un accident lui ayant broyé un genou. Après seize ans passés en Floride, seul un article du journal local de sa région natale, envoyé anonymement, l'a décidé à revenir. Cette coupure de presse mentionnait la libération de Reese, incarcéré pour avoir battu sa femme, dix-huit ans en arrière. Mais pourquoi a-t-elle suscité instantanément chez Ivan le besoin d'un retour à Coal Run ?

Sur six journées qui tournent autour de cette sortie de prison, Ivan va faire ressurgir quelques traits du passé tout en nous plongeant dans une communauté dont l'héritage minier est encore bien présent. Les jeunes qu'il fréquentait avant de partir pour la Floride tentent difficilement de vivre le présent leur offrant souvent de longues périodes de chômage et de désoeuvrement qu'ils noient alors dans l'alcool. Pour éviter l'inculpation, donc encore plus de misères aux familles, Ivan se contente souvent de confisquer les armes (qui ne manquent pas dans cette Amérique !) afin de contrer tout homicide.
Notre narrateur prend également sa place dans la file des buveurs du bar jusqu'à s'embrumer complètement l'esprit, les souvenirs floutés par les vapeurs d'alcool. Car plus il avance dans son histoire et plus il se dévoile, attendrissant de moins en moins le lecteur sur son passé.

Avec une plume entraînante, ce roman mêle intelligemment l'intime à un état social extrêmement intéressant de ce coin de Pennsylvanie occidentale. Dans l'enfance d'Ivan, la fabrique de pneus crachait sa fumée bleutée, le charbon remplissait les wagons dans la gare de marchandises, l'usine d'excavatrices faisait entendre ses battements sourds. Aujourd'hui, rien ne s'échappe des cheminées, la rouille, les ruines, le silence s'étendent sur la zone abandonnée. Un peu plus loin, des pavillons, des fast-foods, des bureaux offrant de nouvelles activités ont remplacé l'industrie minière.

L'autrice, pour dépeindre la ville fantôme de Coal Run, devenue en grande partie inhabitable et irrespirable de par son odeur de souffre, s'est appuyée sur Centralia, une autre ville minière du même État consumée par des feux souterrains, brûlant toute végétation par les racines et laissant des crevasses dévoilant parfois la fournaise des galeries en feu. Fascinée par ces lieux, sa documentation étayant parfaitement son ouvrage, elle revient sur la vie de ces mineurs et dévoile au lecteur cette terre hantée par les travailleurs ensevelis. Ses descriptions de la zone houillère et ses alentours sont saisissantes.
En s'attachant à une poignée de personnages, elle fait un état des lieux de la fin de cette industrie minière qui a également sonné la fin d'une communauté soudée qui vivait quasiment en huis clos. Aucun manichéisme chez ses protagonistes, ils apparaissent avec leurs erreurs, leurs défauts, leurs déterminations ou leurs lâchetés.
La soeur, Jolene, mère célibataires de trois garçons de trois pères différents assume pleinement ses choix et défend avec aplomb son mode de vie devant les réflexions de son frère qui est bien loin de la représentation d'un aîné modèle ! le docteur mérite aussi vraiment d'être connu, un médecin comme il n'en existe plus je crois, car la violence est latente dans les familles et la misère n'est jamais loin.
Par le retour de l'ancien voisin d'Ivan, une petite incursion dans la guerre du Vietnam vient rajouter une couleur sombre au tableau de cette Amérique reculée s'enlisant dans la fin de l'âge industriel.
Enfin, ce roman explore avec beaucoup d'à propos, la puissance qu'exerce le lieu d'où l'on vient, malgré les traumatismes que ce petit bout de terre natale soulève parfois.
Commenter  J’apprécie          280
Ivan revient à Coal Run, après plusieurs années passées loin de sa ville natale. Suite à une blessure, il a du renoncer à une grande carrière de footballeur et a fui loin de tout, de tous surtout: famille, amis et mauvais souvenirs.
Grande lectrice de littérature américaine( mais pas que), j'ai découvert récemment Tawni O'Dell avec "Des animaux fragiles". Je l'avais trouvé sympa mais beaucoup moins percutant que les Pat Conroy et autres...
De ce point de vue, "Retour à Coal Run" est meilleur. Les personnages sont plus crédibles, l'histoire également, et les dialogues caustiques ne sont pas sans rappeler (sans les égaler) ceux de Conroy justement. L'atmosphère de petite ville d'Amérique profonde, un peu sur le déclin, évoque quant à elle celle des Richard Russo, notamment le très bon "Déclin de l'Empire Whitening"...
Finalement, ces similitudes me gênent un peu: c'est bien, parce que c'est comme ceux que j'aime, mais en moins bien.
Cela dit, ce fut un bon moment de lecture, détente et émotion.
Commenter  J’apprécie          70
J'ai toujours eu un faible pour les auteurs qui ont un nom à consonances irlandaises et les histoires qui commencent par : « retour à… » Echo de mon propre destin je puise sans fausse honte pour retrouver un jour le chemin du retour. le narrateur, Yvan, revient sur sa terre natale pour régler les comptes avec le passé. Il ne revient pas fortuné avec une réussite professionnelle, il a juste survécu dans un autre état. Il va s'apercevoir que les gens ne l'ont pas oublié, qu'il est aimé de sa famille, de ses amis. Peut –être que cette terre natale qu'il a fuie jadis avec soulagement pour une vie meilleure, lui réserve bien des surprises.
Lien : http://pyrouette.canalblog.c..
Commenter  J’apprécie          110
"Il règne ici une impression d'inachevé, de dénuement" (page 42).

Une auteur découverte avec le très bon le temps de la colère, qui se déroulait déjà dans le même cadre, la Pennsylvanie minière et industrielle en crise. Tawni O'Dell poursuit dans Retour à Coal Run cette attachante chronique sociale d'une Amérique sinistrée.

Au milieu des terrils, des décharges, et des usines désaffectées, Ivan Zoschenko, l'adjoint du shérif, est un shérif. Il a fui Coal Run quelque temps après un accident qui a tué plusieurs dizaines de mineurs, parmi lesquels son père ; à la suite de l'accident et de la fermeture de la mine, la cité minière a décliné irrémédiablement, jusqu'à devenir une ville-fantôme.

"Le jour où Gertie s'est effondrée, j'ai regardé mon père partir au travail comme tous les matins. Les hommes de ce quart appelaient ça "le matin", mais pour moi c'était encore la nuit, noire, glacée, silencieuse à l'exception du lointain grondement que produisaient les fours à coke chaque fois que les portes s'ouvraient sur l'enfer rugissant à l'intérieur. de la fenêtre de ma chambre, je les distinguais, alignés sur le flanc de la colline, leurs gueules s'illuminant de rouge avant de replonger dans le noir, à un rythme régulier, dizaines d'yeux embrasés qui clignent en observant notre vallée" (page 9).

Mais le retour d'Ivan remue de vieilles histoires, qui progressivement resurgissent. Il n'a pas réellement digéré l'interruption de sa brillante carrière de footballeur suite à un accident ; il retrouve de vieux démons qui reviennent le hanter. Les écorchés vifs de Coal Run, hantés par le spectre du passé, le poursuivent.

Une écriture assez brute, intense, presque naturaliste, authentique. Des personnages blessés, fragiles, ambigus souvent, la sensibilité à fleur de peau. Des ratés attachants, une auteur pleine de compassion et de sympathie au sens étymologique du terme. Un début peut-être un peu plus poussif que dans le temps de la colère, mais l'écriture pousse à continuer.

Une critique intéressante sur le site de la revue de sciences sociales Espaces Temps.
Lien : http://le-mange-livres.blogs..
Commenter  J’apprécie          40
Portrait d'une petite cité minière des états Unis qui sombre dans l'alcool et la violence après une explosion mortelle. Les personnages, le plus souvent brisés par les évènements sont attachants et leurs parcours sont dépeints avec talent.
Commenter  J’apprécie          40

Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
De même que les soldats expérimentés ne croient jamais leur commandant en chef lorsqu’il leur promet une guerre rapide et facile, les mineurs savaient que leur travail ne pourrait jamais être entièrement sûr. Les promesses prétendant le contraire étaient faites à un public de bonne foi – mais ignorant – par des dirigeants bien informés et tout aussi ignorants, s’agissant de questions qu’ils n’avaient jamais comprises et sur lesquelles ils ne voulaient surtout pas se pencher.
Ceux qui « savaient », comme mon père et ma mère, n’avaient d’autre choix que de s’étonner des petits jeux que ces gens confortablement éloignés des réalités jouaient avec leur oublieuse conscience, puis ils reprenaient leur travail, poursuivaient leur vie avec la certitude tacite qu’une mine sans risque n’existe pas plus qu’une guerre sans souffrance.
Commenter  J’apprécie          94
Les magasins des corons, les mineurs les appelaient des « embuscades », car les prix qu’ils pratiquaient étaient d’au moins un quart supérieurs à ceux rencontrés dans les villes avoisinantes. Mais si l’un d’eux était surpris en train de faire des achats ailleurs, il était aussitôt licencié et mis à l’index. Outre qu’il devait habiller et nourrir femme et enfants, un mineur était contraint de payer sur son maigre salaire ses propres outils, la dynamite et le combustible pour sa lampe. Comme les magasins des houillères faisaient crédit, les employés se retrouvaient vite endettés auprès de leurs patrons, jusqu’au point de ne plus jamais pouvoir quitter le pays minier. Et les arriérés ne les suivaient pas dans la tombe : leurs fils, puis leurs petits-fils devaient souvent les rembourser.
Commenter  J’apprécie          91
Pour une femme, il est vital de pouvoir constater de temps en temps qu’avant d’être une mère soi-même, une épouse, une ex-épouse, une étudiante, une salariée, une amante, une maîtresse de maison, une contribuable, on est aussi la fille chérie d’une autre femme, et que celle-ci vous verra à jamais sous ce jour : vous et seulement vous, dépouillée de vos étiquettes de l’âge adulte, de vos responsabilités, entièrement , purement vous. Et, tandis que vous vous efforcerez de faire passer tous et chacun avant vous, elle vous mettra toujours à la première place. Remerciements de l'auteur
Commenter  J’apprécie          80
J'ai été un des premiers à être mis sur le carreau...Quand j'ai appris la nouvelle, je venais de faire le quart de nuit. Je n'ai pas réfléchi. Je suis rentré à la maison directement, sans me doucher, sans me changer, rien. Avec mon casque et mon ceinturon, mes genouillères....Brusquement, j'ai compris pourquoi je ne m'étais pas douché à la mine : j'avais peur de ne plus jamais avoir cette sensation qu'on a à la fin d'un quart. Ca paraît peut être aberrant mais la fatigue, la crasse, les frissons, la sueur, tout ça, c'est ce qui me permettait de savoir que j'étais toujours vivant.
Commenter  J’apprécie          40
Je suis frappé par l'intensité de sa solitude, brusquement. Ce n'est pas un mur infranchissable et aveugle qui l'entoure, mais plutôt une brume à travers laquelle on la distingue sans vraiment pouvoir la trouver.
Commenter  J’apprécie          110

autres livres classés : Pennsylvanie (États-Unis)Voir plus
Les plus populaires : Littérature étrangère Voir plus


Lecteurs (103) Voir plus



Quiz Voir plus

Dead or Alive ?

Harlan Coben

Alive (vivant)
Dead (mort)

20 questions
1817 lecteurs ont répondu
Thèmes : auteur américain , littérature américaine , états-unisCréer un quiz sur ce livre

{* *}