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Jean-Luc Piningre (Traducteur)Josette Chicheportiche (Traducteur)Françoise Arnaud-Demir (Traducteur)
EAN : 9782264028488
780 pages
Éditeur : 10-18 (22/08/2002)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 107 notes)
Résumé :


Au chômage depuis un accident de travail, en procès avec son ex-patron, divorcé et détesté par un enfant qu’il a toujours négligé, Sully est indiscutablement l’homme le plus malchanceux de North Bath !

Mais le retour de son fils Peter va tout changer. Après une vie passée à chercher les ennuis, à fuir les responsabilités et à dissimuler sa tendresse sous des abords revêches, Sully va enfin avoir l’occasion de se racheter et, qui sait,... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Pat0212
  01 février 2019
J'avais fait connaissance de ces héros en septembre dernier avec A malin, malin et demi. On peut les lire indépendamment l'un de l'autre mais je n'aime pas commencer les séries par la fin, donc mieux vaut commencer par celui-ci qui se déroule en 1984 / 85, dix ou douze ans avant le deuxième. On y suit la vie de Sully durant cet hiver-là.
North Bath est une petite ville du nord de l'Etat de New York, ruinée depuis presque deux siècles que les sources thermales se sont taries, contrairement à celles de la commune voisine et rivale de Schuyler. Sully approche des soixante ans et sa vie est une suite d'échecs. Il est divorcé, son ex-femme lui voue une haine féroce, il est depuis vingt l'amant de Ruth, mais celle-ci est mariée avec Zack dans une union malheureuse, elle veut croire que sa fille Janey est l'enfant de Sully, même si elle ressemble à Zack. Sully est marqué par son père alcoolique et violent à qui il refuse de pardonner, il ne peut s'engager dans ses relations. Il ne s'est pas occupé de son fils Peter et a laissé Vera, son ex-femme et Ralph son nouveau mari s'en charger, il le connaît à peine. Un jour de novembre, Peter revient à Bath avec sa famille et invite son père à venir manger chez Vera.
L'histoire se répète, le couple de Peter part à la dérive, il a une maîtresse et ils vont se séparer. Un des fils de Peter, Rocky est très violent et terrifie Will son grand frère sans que les parents ne s'aperçoivent de rien. Peter et Will décident de rester à Bath, il a aussi échoué professionnellement, l'université lui a refusé sa titularisation. Peter décide d'aider son père dans ses travaux de construction, ce qui leur permet de commencer une nouvelle relation. Si ses rapports avec Peter sont difficiles, Sully se prend d'affection pour le petit Will en qui il voit l'image de Peter et de lui-même au même âge.
Sully est locataire de Miss Beryl, son ancienne institutrice pour laquelle il a beaucoup d'affection, même s'ils ne se voient pas beaucoup. Affection partagée par la vieille dame qui en a peu pour son fils Clive, lequel est jaloux de Sully depuis toujours. Clive est devenu banquier, il essaie de mettre sur pied un projet de parc d'attraction avec des investisseurs texans, en faisant miroiter le retour à la prospérité pour la ville. Sa mère, Sully et ses amis n'y croient guère. Sully vit de petits travaux confiés par Carl, un entrepreneur peu honnête que son employé aime et déteste à la fois, il a besoin de lui car il est toujours à court d'argent mais sait que Carl l'exploite sans vergogne. Il travaille avec Rub, un homme simple d'esprit qu'il aime taquiner et qui est son meilleur ami avec Wirf, son avocat malade et unijambiste. Les deux hommes passent leur soirée dans l'un des bars de la ville.
Ce roman décrit l'amour filial, absent, tronqué ou détourné, ainsi que l'amour et surtout l'amitié. Tel est le centre de la vie de Sully, un homme qui a multiplié les mauvais choix et continue de le faire, comme lorsqu'il frappe le policier (personnage central du deuxième volet), mais qui déborde de tendresse, même s'il la cache sous son côté bourru. Les personnages sont tous des looser, mais très attachants. Et finalement il n'y a pas de vrais méchants dans cette histoire, sauf peut-être le père de Sully dont l'ombre le poursuit à travers les années. Même Clive n'est pas aussi mauvais qu'il y paraît et il perdra la partie contre Sully qui connaîtra enfin un nouveau départ. J'ai beaucoup aimé cette tranche de vie avec ces personnages vraiment attachants et sans illusion, mais sans cynisme non plus. J'aime beaucoup l'univers de ce grand écrivain américain et je compte découvrir d'autres livres plus tard.
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Electra
  23 décembre 2019
North Bath est une petite ville de l'état de New York, qui comme son héros, Sully, n'a pas vraiment de chance. Toutes ses tentatives pour se développer échouent les unes après les autres. Leur ville voisine a réussi là où ils ont échoué, comme leur équipe de football américain. Mais ils croient à nouveau en leur chance avec l'ouverture d'un parc d'attractions. le fils de Miss Beryl, Clive, banquier, y croit dur comme fer. Comme l'entrepreneur Carl, qui bénéficie, lui, d'une chance extraordinaire. Mais rien ne semble jamais le satisfaire….
Il emploie souvent le très malchanceux Sully. Ce dernier, a eu un accident il y a un an et a du mettre de côté son travail (sorte d'artisan, d'homme à tout faire). Il est même retourné sur les bancs de l'école, écouter un prof de philosophie lui dire que le libre arbitre c'est de la foutaise. Et Sully le croit. Divorcé, en procès avec son ex-patron (pour toucher enfin une pension d'invalidité), père indigne d'un fils professeur qu'il ne voit jamais, Sully collectionne les malheurs. Il est logé chez Miss Beryl, ancienne professeure de littérature, qui discute tous les jours avec son mari (défunt) et un masque rapporté d'Afrique. La vieille femme, excentrique, croit que sa dernière heure est venue et a décidé de passer pour la première fois les fêtes de Noël chez elle.
Le fils de Sully, Peter, réapparaît soudainement. Il n'a pas obtenu la titularisation et vient passer Thanksgiving chez sa mère, Vera, l'ex-femme de Sully et Ralph, son second mari. Sa femme et leurs trois fils les accompagnent. le hasard va réunir le père, le corps recouvert de boue, et le fils, sur le bord d'une route. Les deux hommes vont peu à peu apprendre à se connaître et toutes une série d'évènements, les uns plus loufoques que les autres vont les rapprocher…. Et Sully, qui a toujours préféré fuir les responsabilités, va peut-être voir sa malchance tourner ?
Je vais faire une connerie, pensa-t-il. Mais je ne suis pas obligé. Celle-ci fut suivie de près par une troisième pensée, la dernière d'un ensemble de pensées qui lui était familier, à savoir : mais je vais la faire quand même. Et comme toujours cette troisième pensée fut bizarrement libératrice, bien que Sully sût d'expérience que la sensation, certes plaisante, serait de courte durée.
Que dire de la palette de personnages, la plus colorée que l'on puisse imaginer ? Je défie quiconque de ne pas s'attacher à Sully, Miss Beryl, Rub Squeers, le meilleur ami de Sully et l'homme le plus idiot de la ville. On s'attache même à ces arrivistes que sont Clive et Carl.
L'auteur américain a le don de nous entrainer dans leur quotidien, dans leur quête perpétuelle du bonheur (ou du malheur si l'on pense à Vera). Il y a une dose importante d'humour et de tendresse dans ce roman, et j'ai adoré cette galerie de personnages et avoir le sentiment d'être moi aussi, une habitante de North Bath, même si c'est parfois risqué de s'aventurer dehors sous peine de se prendre une salve de chevrotines!
John Irving a dit cela de Russo, et je le rejoins à cent pour cent : « Cette grâce naturelle de conteur associée à la compassion pour ses personnages font de Richard Russo un romancier admirable. » Vous aurez bien entendu compris que je veux dorénavant lire tous ses autres romans. J'ai appris que l'auteur nous a offert une suite vingt ans plus tard avec A malin, malin et demi..
Je ne sais pas si mes comparses de lecture auront déjà envie de se jeter dessus, je sais que deux l'ont déjà lus mais moi j'ai besoin de temps pour quitter North Bath. Non, finalement je préfère me réserver ce plaisir lorsque, comme ces derniers temps, j'aurai besoin de m'évader et je sais que chez Hattie, je peux avoir un bon petit-déjeuner pour pas cher !North Bath est une petite ville de l'état de New York, qui comme son héros, Sully, n'a pas vraiment de chance. Toutes ses tentatives pour se développer échouent les unes après les autres. Leur ville voisine a réussi là où ils ont échoué, comme leur équipe de football américain. Mais ils croient à nouveau en leur chance avec l'ouverture d'un parc d'attractions. le fils de Miss Beryl, Clive, banquier, y croit dur comme fer. Comme l'entrepreneur Carl, qui bénéficie, lui, d'une chance extraordinaire. Mais rien ne semble jamais le satisfaire….
Il emploie souvent le très malchanceux Sully. Ce dernier, a eu un accident il y a un an et a du mettre de côté son travail (sorte d'artisan, d'homme à tout faire). Il est même retourné sur les bancs de l'école, écouter un prof de philosophie lui dire que le libre arbitre c'est de la foutaise. Et Sully le croit. Divorcé, en procès avec son ex-patron (pour toucher enfin une pension d'invalidité), père indigne d'un fils professeur qu'il ne voit jamais, Sully collectionne les malheurs. Il est logé chez Miss Beryl, ancienne professeure de littérature, qui discute tous les jours avec son mari (défunt) et un masque rapporté d'Afrique. La vieille femme, excentrique, croit que sa dernière heure est venue et a décidé de passer pour la première fois les fêtes de Noël chez elle.
Le fils de Sully, Peter, réapparaît soudainement. Il n'a pas obtenu la titularisation et vient passer Thanksgiving chez sa mère, Vera, l'ex-femme de Sully et Ralph, son second mari. Sa femme et leurs trois fils les accompagnent. le hasard va réunir le père, le corps recouvert de boue, et le fils, sur le bord d'une route. Les deux hommes vont peu à peu apprendre à se connaître et toutes une série d'évènements, les uns plus loufoques que les autres vont les rapprocher…. Et Sully, qui a toujours préféré fuir les responsabilités, va peut-être voir sa malchance tourner ?
Je vais faire une connerie, pensa-t-il. Mais je ne suis pas obligé. Celle-ci fut suivie de près par une troisième pensée, la dernière d'un ensemble de pensées qui lui était familier, à savoir : mais je vais la faire quand même. Et comme toujours cette troisième pensée fut bizarrement libératrice, bien que Sully sût d'expérience que la sensation, certes plaisante, serait de courte durée.
Que dire de la palette de personnages, la plus colorée que l'on puisse imaginer ? Je défie quiconque de ne pas s'attacher à Sully, Miss Beryl, Rub Squeers, le meilleur ami de Sully et l'homme le plus idiot de la ville. On s'attache même à ces arrivistes que sont Clive et Carl.
L'auteur américain a le don de nous entrainer dans leur quotidien, dans leur quête perpétuelle du bonheur (ou du malheur si l'on pense à Vera). Il y a une dose importante d'humour et de tendresse dans ce roman, et j'ai adoré cette galerie de personnages et avoir le sentiment d'être moi aussi, une habitante de North Bath, même si c'est parfois risqué de s'aventurer dehors sous peine de se prendre une salve de chevrotines!
John Irving a dit cela de Russo, et je le rejoins à cent pour cent : « Cette grâce naturelle de conteur associée à la compassion pour ses personnages font de Richard Russo un romancier admirable. » Vous aurez bien entendu compris que je veux dorénavant lire tous ses autres romans. J'ai appris que l'auteur nous a offert une suite vingt ans plus tard avec A malin, malin et demi..
Je ne sais pas si mes comparses de lecture auront déjà envie de se jeter dessus, je sais que deux l'ont déjà lus mais moi j'ai besoin de temps pour quitter North Bath. Non, finalement je préfère me réserver ce plaisir lorsque, comme ces derniers temps, j'aurai besoin de m'évader et je sais que chez Hattie, je peux avoir un bon petit-déjeuner pour pas cher !
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myrtille81
  27 juin 2013
Naître à North Bath n'est pas la meilleure entrée possible dans ce monde.
Depuis la construction de l'interstate qui rejoint New-York à Montréal, on n'y passe plus guère. Et comme les sources qui ont jadis fait la renommée de cette petite ville sont aujourd'hui taries, les habitants mettent tous leurs espoirs dans la possible construction d' "Ultime Évasion" un parc d'attraction. Enfin, ceux qui ont encore une petite dose d'optimisme. Ou celui. A savoir le banquier.
Miss Beryl, sa mère et ancienne instructrice , a trop le sens des réalités pour se laisser aller au même enthousiasme que son fils. Elle présent plutôt une catastrophe, symbolisée par la branche qui menace de tomber sur sa maison. Sully n'ont plus n'y croit pas. Même s'il loue le premier étage chez Miss Beryl, vous avez plus de chance de le trouver dans un des trois établissement de Bath où on sert à boire et à manger.
Un homme presque parfait, est un roman sur l'amour filial. Sully, fils d'un homme violent et alcoolique, garde tellement de séquelles de son enfance qu'il est incapable de s'engager, de s'installer dans la vie. Alors qu'il n'a pas su être un père pour son fils, il va petit à petit redécouvrir celui-ci et commencer un ersatz de relation. Miss Beryl, elle, se sent incapable d'aimer ce fils dont elle ne comprends pas les choix. Ruth, croit ferment que sa fille est celle de son amant alors même qu'elle ressemble à son mari.
Mais pas seulement. Pendant près de 800 pages, Richard Russo dépeint la vie de cette communauté, de ces gens pour la plupart socialement défavorisés. Son écriture est pointilleuse et détaille tout à l'extrême. Si le ton est souvent mélancolique, l'humour est bien présent. Un humour subtil et parfois pince-sans-rire.
Et Richard Russo a une tendresse réelle pour ses personnages, qu'il arrive à nous faire aimer. Sully, figure forte de North Bath, est un homme très attachant malgré ses nombreux défauts.
La plupart des personnages se considèrent comme des ratés ou des pas-grand-choses et n'ont pas une grande ambition. A l'image de leur ville, on les ressent laissés de côté et insignifiants à leurs yeux.
J'ai donc vraiment aimé cette première incursion dans l'univers de Russo. Mais je conseille vivement de lire ses ouvrages quand on a du temps devant soi, du temps pour plonger dans son univers si subtil et détaillé.

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Ingannmic
  11 mars 2020
J'étais vraiment curieuse, excitée même, à l'idée de découvrir "Un homme presque parfait". Et c'est à l'homme que je pensais, non au roman ainsi intitulé. Bigre... Richard Russo allait sans doute me faire rencontrer une perle rare ! Mais j'ai vite compris que le terme le plus important du titre était "presque"... que ce qui intéresse surtout Richard Russo, ce sont les imperfections, les béances où les êtres se perdent, les doutes qui les assaillent, les bagages immatériels et pourtant si lourds qu'ils traînent avec eux. Et finalement, je dois bien avouer que moi aussi, c'est ce qui m'intéresse, parce que je n'ai jamais rencontré la perfection, mais j'imagine qu'elle est chiante à mourir...
Donald Sullivan, dit Sully, serait surement de cet avis. Ce sexagénaire entretient en permanence un précaire équilibre entre stabilité et catastrophe, tant il s'acharne à saboter toute chance d'améliorer sa vie, d'accéder à quelque confort ou à quelque tranquillité. Il vit seul, séparé depuis longtemps de son ex-femme Vera, et de son fils Peter, devenu lui-même père de deux enfants. Il n'a jamais vraiment su s'y prendre avec ses émotions, ses responsabilités familiales, ignorant son fils, l'oubliant pendant des mois d'affilée... sa mise à l'écart du foyer par Vera lui a finalement servi de prétexte pour conserver sa liberté, et se dégager du fardeau supposé de l'affection.
Une blessure mal soignée au genou lui impose une inactivité qu'il supporte mal, d'autant plus que les efforts de son avocat pour lui obtenir une pension d'invalidité semble voués à l'échec. Or, Sully a besoin d'argent pour faire face à ses maigres dépenses quotidiennes, et parce qu'il sait ne pouvoir compter sur la retraite que lui procurera une carrière majoritairement non déclarée. Mais il n'est du genre ni à s'appesantir sur des regrets, ni à dépendre de qui que ce soit. Obstiné à gagner le peu d'argent qu'il lui faut pour vivre, il se remet donc à travailler, au noir.
Ils sont pourtant nombreux à l'aimer, cet homme qui ne fait attention à rien, dont le seul dessein est de continuer à avancer au mépris de toute raison, qui se cause du tort en toute conscience, mais ne peut s'en empêcher, "porté par la sensation enivrante, même si elle est fausse, de refaçonner le réel". Il y a sa logeuse Miss Beryl, octogénaire minuscule, à l'esprit indépendant et acéré. Cette ancienne professeure de quatrième, qui a connu Sully adolescent, comme la quasi totalité des habitants de North Bath ayant dépassé la trentaine, "admire l'attachement féroce et loyal dont il fait preuve envers les innombrables erreurs qui composent son existence excentrique et solitaire". Il y a Ruth, sa maîtresse depuis dix ans, ou encore Rub, ami fidèle, un peu simplet et très collant, que Sully passe son temps à charrier (mais qu'il est un des rares à supporter). Même le second mari de Vera l'apprécie. Même son petit-fils Will, qui le connait pourtant très peu, et qui trouve qu'il ressemble à un meurtrier en série boiteux, recherche sa compagnie...
Avec son fils Peter, c'est une autre paire de manches... ce dernier traverse une période de sa vie quelque peu bancale. L'université où il exerce comme professeur ne l'a pas titularisé, sa femme le quitte, sa maîtresse le harcèle, et il est criblé de dettes... Hésitant sur l'orientation à donner à son existence, il décide de travailler avec son père. Les rapports sont au départ distants, plombés par la rancune qu'a laissée la négligence de Sully. Mais peu à peu, père et fils se (re)découvrent.
"Un homme presque parfait" est une fresque peuplée de multiples personnages, dont l'auteur orchestre les interactions et évoque les caractères avec tendresse et minutie, décortiquant les causes des peurs, explore les raisons profondes des angoisses, les raisons de leurs comportements.
Quant à la toile de fond, ceux qui ont lu "A malin, malin et demi" la connaissent déjà puisque "Un homme presque parfait" nous ramène, une vingtaine d'années auparavant, à North Bath, bourgade de l'état de New-York, mais qui ne bénéficie guère du rayonnement de cette dernière. Après une brève heure de gloire due aux sources thermales découvertes à la fin du XIXème siècle, la ville a décliné peu à peu. Depuis elle végète, exclue du trajet de la nouvelle interstate reliant la capitale de l'état aux autres communes du coin, lorgnant la réussite de sa florissante rivale Schuyler Springs avec une aigreur envieuse. le projet de construction d'un parc d'attraction apporte pourtant un espoir de renouveau, et comme un regain d'amour-propre pour ceux -banquier ou entrepreneur- qui y voit l'occasion de redorer l'image de Bath, et de se remplir les poches...
Le récit est dense, à la fois ancré dans le présent et enrichi de digressions évoquant des épisodes du passé, qui mettent en lumière héritages traumatiques et genèses des obsessions. Il y est beaucoup question de liens familiaux et de transmission, des responsabilités conséquentes, de culpabilité... Car ceux qui y évoluent ne sont ni des héros ni des monstres, mais des gens comme vous et moi, qui font souvent ce qu'ils peuvent, se montrent pitoyables ou attachants, parfois d'une réjouissante excentricité (je suis tombée sous le charme discret mais très piquant de Miss Beryl), parfois d'un courage étonnant...
Et surtout, l'ensemble est empreint d'un humour porté par des dialogues savoureux où l'ironie affleure en permanence, et par une cocasserie et un sens de la dérision qui allègent même les situations les plus tragiques.

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gonewiththegreen
  02 décembre 2017
North Bath , nord de l'état de New York, début des années 80. Un bled en pleine décroissance et qui mise sur un éventuel parc d'attractions pour revivre.
Symbole local, Sully. Handicapé , il loue chez l'habitant, fréquente les bistrots locaux , entre Dinner et bouge décati, a une maitresse , un ex -femme et à soixante ans, travaille au black pour survivre. Autour de lui, une ribambelle de personnages , tous plus agités les uns que les autres sous la plume, géniale , de Daniel Russo.
Le livre actuel de Russo, à malin , malin et demi, est la suite de cet homme presque parfait.
Ici, Russo évolue sur un terrain qu'il fréquentera aussi avec le déclin de l'empire Withing, Mohawk , quatre saisons à Mohawk. On est au nord est des USA, dans ce qui se nomme l'Amérique profonde. le chômage est là, le bistrot est le catalyseur de la population. Avec un immense talent, au milieu du désespoir latent, l'auteur saupoudre d'humour, noir souvent, chaque dialogue.
De l'avocat alcolo, au commis limité, de la maitresse avide de sexe à la vieille qui parle à la photo de son défunt mari, on ne s'ennuie pas une seconde . Jetez vous sur ce livre qui contrairement à l'homme est parfait, comme souvent avec Russo.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
AifelleAifelle   20 avril 2020
Will passa en courant devant Sully et rejoignit son père qui le regardait de l'air de celui qui sait de quoi il retourne. Le gamimn ne pleurait plus, mais Peter avait selon toutes les apparences suffisamment l'oeil d'un père pour deviner qu'il avait pleuré. Sully avait toujours été pris de court par le chagrin, même lorsqu'il s'agissait du sien, et c'était pour lui un miracle que les autres puissent voir la peine arriver de loin ou deviner si elle venait de frapper. S'il y avait une chose que lui avait reprochée toutes les femmes qu'il avait connues, c'était bien son incapacité à voir quand elles avaient du chagrin. Même son propre fils semblait posséder ce don qui lui manquait tant.
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myrtille81myrtille81   26 juin 2013
Après tant d'années, elle aurait dû au moins savoir que Sully était plus doué pour améliorer un moral déjà au beau fixe qu'à vous sortir de votre cafard. C'était un homme bien trop honnête pour aider son prochain à se sentir mieux, si celui-ci n'en était pas capable lui-même.
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myrtille81myrtille81   27 juin 2013
Quand Peter lui adressait la parole, ce qui n'arrivait pas souvent, c'était dans un Anglais différent de celui auquel il était habitué, un anglais qui lui donnait l'impression d'être bête. La vieille Miss Peoples l'avait pourtant prévenu quand il était en quatrième que le monde récompensait les gens qui parlaient suffisamment bien pour faire sentir aux autres qu'ils étaient bêtes.
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GuillemetGuillemet   29 décembre 2017
C'était donc tout ce qu'il était advenu de son pauvre compromis, de ses efforts pour bien faire, pour séparer les voix conflictuelles du coeur et de la raison et soulager sa conscience. ...Car l'honnêteté et la loyauté, quelque importantes qu'elles fussent pour la raison, étaient des questions qui n'avaient pas grand-chose à voir avec le coeur humain, au fond duquel résidait le mystère de l'affection et de l'amour-des sentiments que l'on ressentait ou non, purs comme l'instinct, et qui vous sautaient dessus, sans prévenir, précipitant dans le ridicule des verbes comme "falloir" ou "devoir". Le coeur humain, ou l'on ne trouvait jamais, au grand jamais, l'ombre d'un compromis. Où l'on payait ses fautes au prix fort. Où les branches noires enchevêtrées se fracassaient. Où les épées tombaient.
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gonewiththegreengonewiththegreen   29 novembre 2017
"Je n'ai jamais dit que je n'aimais pas ta femme , Zach. J'ai seulement dit que je ne me l'envoyais pas .
- Ben vous êtes au moins deux", envoya quelqu'un à l'autre bout du comptoir, et Zach sentit le bar entier tomber sur les épaules.

p158
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