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Sophie Benech (Traducteur)
EAN : 9782070404261
108 pages
Éditeur : Gallimard (14/04/1998)
3.54/5   234 notes
Résumé :
Depuis toujours, Sonia puise son bonheur dans la lecture et la solitude. C'est dans une bibliothèque que, à sa grande surprise, Robert, un peintre plus âgé qu'elle, qui a beaucoup voyagé en Europe et connu les camps, la demande en mariage. Avec Robert et, bientôt, leur fille Tania, Sonia n'est plus seule, elle lit moins, mais, malgré les difficultés matérielles de l'après-guerre, elle cultive toujours le même bonheur limpide, très légèrement distant et ironique. Des... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (52) Voir plus Ajouter une critique
3,54

sur 234 notes

krzysvanco
  06 avril 2021
Je viens de reprendre ce petit roman de Ludmila Oulitskaïa lu il a plus de quinze ans et ce fut comme si je le découvrais car je ne me rappelais pas de grand chose.
Il se lit en quelques heures et le personnage de Sonietchka est intéressant : une petite femme sans attraits, grande lectrice, humiliée alors qu'elle était collégienne est demandée en mariage. Sa vie change alors, elle se comporte en parfaite ménagère et délaisse sa passion pour la lecture.
Elle traverse bien des épreuves - guerre, communisme, déménagements forcés, adultère dès son mari - mais garde toujours le sentiment profond d'être gâtée par la vie, et de façon imméritée.
Au crépuscule de sa vie, elle retrouve la lecture et le roman s'achève par ces mots :
« le soir, chaussant sur son nez en forme de poire de légères lunettes suisses, elle plonge la tête la première dans des profondeurs exquises, des allées sombres et des eaux printanières. »
N'est-ce point le plaisir que nous éprouvons avec les livres ?
Cela dit, je dois admettre que je ne me suis pas attaché au personnage de Sonietchka, son indéfectible sentiment de bonheur m'a paru trop étrange , mais j'ai apprécié son parcours, ainsi que les fines allusions à ce qu'était la Russie a l'époque soviétique,
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viou1108
  24 décembre 2020
Dans l'URSS des années 30, Sonietchka est une jeune fille solitaire passionnée de lecture. Avec "un nez en poire et un derrière en forme de chaise", elle n'attire pas vraiment les regards, mais elle s'en accommode parfaitement, surtout depuis ce jour où, adolescente, elle a été humiliée par un de ses condisciples. Cet incident la "délivre à tout jamais du besoin de plaire, de séduire et d'ensorceler", et elle se replonge avec bonheur et bonne conscience dans les romans.
Forcément, elle devient bibliothécaire.
Un jour, Robert, un artiste peintre plus âgé qu'elle, se présente à la bibliothèque et, le lendemain, demande Sonietchka en mariage. A 27 ans, la jeune femme quitte son monde de fiction pour la vie réelle : "pendant ses années de mariage, la jeune fille irréaliste qu'avait été Sonietchka s'était métamorphosée en une femme d'intérieur assez pratique". Elle ne rêve plus au fil des pages mais désire "passionnément avoir une maison normale avec l'eau courante dans la cuisine, une chambre pour sa fille et un atelier pour son mari, avec des boulettes de viande hachée, de la compote de fruits et des draps blancs empesés qui ne soient pas confectionnés de trois bouts de tissu de taille différente". Sonia est heureuse et consciente de son bonheur, dont elle s'émerveille d'autant plus qu'elle le vit comme une sorte d'imposture : "au fond de son âme, elle s'attendait secrètement à tout instant à perdre ce bonheur, comme une aubaine qui lui serait échue par erreur, à la suite d'une négligence. [...] et ne cessait de se répéter : « Seigneur, Seigneur, qu'ai-je fait pour mériter un tel bonheur... »".
Et quand, vieillissante, Sonietchka se retrouve à nouveau seule, loin d'être amère, elle remédie à sa tristesse en se replongeant dans la lecture, "dans des profondeurs exquises, des allées sombres et des eaux printanières".
Sonietchka est un personnage peu banal : coeur pur et paisible, elle se laisse porter par la vie, s'adapte à tout sans se plaindre alors qu'elle en aurait tous les droits, tant elle est malmenée par l'égoïsme de son entourage et par les événements qui secouent l'URSS au milieu du siècle passé.
Ce qui m'a le plus frappée, c'est sa résignation, sa certitude de ne pas mériter d'être heureuse. Pourquoi ? Parce qu'elle est laide et aime la lecture, elle n'aurait pas le droit d'être aimée pour ce qu'elle est, de s'épanouir aussi dans la "vraie vie" ? L'auteure ne développe pas le thème et se contente de dresser le portrait d'une femme et de son époque, avec détachement et concision, sans empathie et guère plus d'émotions, mais avec quelques traits d'humour. Je n'ai pas compris le sens de ce court roman, à supposer qu'il y en ait un. Voilà donc un texte singulier qui me laisse un peu perplexe.
Quoi qu'il en soit, en ces temps perturbés par la distanciation et le confinement, il serait réconfortant de pouvoir, comme Sonietchka, traverser cette période sombre "en irradiant toujours du même bonheur résolument paisible et mystérieux". Je ne doute pas que la lecture et les livres y contribuent. Joyeux Noël à toutes et tous !
Lien : https://voyagesaufildespages..
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LesPetitesAnalyses
  14 janvier 2021
Dix-sept heures sonnent le top départ de la congestion automobile. Certains le prennent plutôt bien en s'égosillant les cordes vocales sur le dernier tube à la mode tandis que d'autres ont la mine renfrognée dans les épaules tels de frileux pigeons encagés. À force d'emprunter ce boulevard, chaque jour à la même heure, il m'arrive d'en reconnaître quelques-uns. On se salue alors d'un furtif hochement de tête avant de continuer notre route. Eux jouant du pare-choc avec d'autres voitures et moi marchant vers mon lieu favori du moment: un banc esseulé avec vue imprenable sur le fleuve et les quais embouteillés de l'autre berge.
Faire une pause dans le tumulte de la ville a des analogies avec une immersion dans le noir complet : il faut un certain temps pour que les yeux s'habituent à l'obscurité et distinguent les détails environnants. Lorsque que je m'arrête sur ce banc, Il me faut ces quelques minutes d'acclimatation avant de capter la multitude d'évènements qui se déroulent devant moi : il y a ces cormorans, au plumage d'encre et au corps élastique, qui se confondent dans les branches dénudées, cet essaim d'étourneaux qui piaille à l'unisson dans un séquoia géant tandis qu'un martin-pêcheur se la joue discret sur une borne d'amarrage. Trop tard pour lui, je suis déjà entrain d'admirer ses étonnantes couleurs. 😉
Dans les librairies que je fréquente, il y a une auteure russe immanquable qui, à contrario de certains oiseaux feutrés, étale ses nombreux atours sur les étagères livresques. À force de voir son nom apparaître, j'ai fini par céder à la tentation et vous dévoile ici mon analyse du premier roman de Ludmila Oulitskaïa: Sonietchka
Qui est Ludmila Oulitskaïa ?
Née le 23 février 1943 en République de Bachkirie (ou Bachkortostan). Elle est, ni plus ni moins, la romancière russe contemporaine la plus lue à l'étranger. D'origine juive, elle dut attendre la fin de l'Union soviétique pour commencer à être publiée. Plusieurs de ses livres ont reçu des prix nationaux et internationaux dont le prix Médicis 1996 avec le roman qui nous occupe. Sur le plan humain, l'auteure est reconnue pour son engagement contre l'homophobie et pour la cause féministe, elle a d'ailleurs été célébrée en 2011 par le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes. Excusez du peu…
Sonietchka est un court roman d'une centaine de pages où l'on rencontre Sonia, l'héroïne, férue de littérature au point de vivre exclusivement pour les livres jusqu'au jour où elle rencontre Robert Victorovitch. S'ensuit une existence discrète de femme au foyer loin des belles-lettres, où son mari, sa fille, ainsi qu'une amie de cette dernière, prennent toute la place. le temps où Sonietchka s'engouffrait corps et âme dans des romans n'est plus. Et pourtant, personne n'échappe à son naturel, même pas elle qui, un jour, reviendra à ses premières amours de lectrice.
Cette histoire intime se déroule entre 1930 et 1970. Une période qui traverse de plein fouet une partie du communisme, qui voit éclater la deuxième guerre mondiale, ainsi que la chute de Staline. À travers la vie familiale de Sonietchka, l'écrivaine laisse voir avec pudeur la vie russe des petites gens pendant ces années-là. Elle parsème de menus détails son roman sans jamais alourdir la narration. D'ailleurs, l'écriture sobre de Ludmila Oulitskaïa démontre, l'air de rien, son amour inextinguible pour la littérature. J'en veux pour preuve cet extrait :
“ le goût pour la lecture, qui prenait l'allure d'une forme bénigne d'aliénation mentale, la poursuivait jusque dans son sommeil : même ses rêves, on peut dire qu'elle les lisait. Quand elle rêvait de romans historiques palpitants, elle devinait d'après le déroulement de l'intrigue le style de caractères typographiques et, par une sorte d'instinct bizarre, sentait les alinéas et les points de suspension. Cette confusion intérieure liée à sa passion anormale s'aggravait même pendant son sommeil, elle devenait alors une héroïne ou un héros à part entière et vivait à cheval sur la frontière fragile entre la volonté de l'auteur, qu'elle sentait intuitivement et son propre désir de mouvement, d'aventure, d'action … “
Ce feu littéraire se poursuit via le personnage de Jasia. Une jeune fille qui finira par être adoptée par la famille et dont le père tombe amoureux. La manière dont est décrite Jasia n'est pas sans rappeler une certaine Lolita de Nabokov (le côté glauque en moins) puisqu'elle est tour à tour lascive, charmeuse et provocante. Sans doute cette ressemblance n'est-elle pas anodine puisque Ludmila Oulitskaïa n'a jamais caché son admiration pour des auteurs tels que Nabokov ou Pasternak.
Que retenir du roman ?
Un livre qui permet d'avoir, à moindre frais, une première approche avec cette écrivaine russe puisque la lecture est gouleyante. le côté négatif de cette fraîcheur est peut-être la simplicité de l'histoire. Sans doute manque-t-il un peu de frissons pour que cette histoire devienne vraiment mémorable. Il n'en reste pas moins que cette Sonietchka laisse à voir le destin d'une femme russe comme il y en eut des milliers et pose les jalons d'autres oeuvres d'Oulitskaia.
Lien : https://lespetitesanalyses.c..
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jeunejane
  07 mai 2016
Sonietchka vit en Bielorussie avec ses parents.
Elle est totalement imprégnée de ses lectures et devient bibliothécaire.
Elles est consciente de son physique ingrat mais n'en fait pas un drame ni un complexe.
Un jour, à la bibliothèque, elle fait la connaissance d'un artiste peintre récemment libéré des camps de concentration.
Il désire l'épouser.
Sonia va connaître, le bonheur, des soucis, des trahisons.
Mais elle traverse les épreuves en les acceptant, sans haine, sans ressentiment en témoignant beaucoup d'empathie pour les personnes qu'elle aime.
A la fin de sa vie, elle replongera dans la lecture et continuera à cultiver sa richesse intérieure qui lui permet de résister à tout.
Le premier roman de Ludmila Oulitskaïa est une découverte grâce à la liste de Fanfanouche 24 et sa liste "Les livres qui prennent soin de vous.
PS: Ne lisez pas la quatrième de couverture, elle livre toute l'histoire.
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mh17
  18 août 2020
Une vie
Sonietchka a un physique ingrat, "un nez en poire et un derrière en forme de chaise". Elle adore lire depuis son plus jeune âge. A l'adolescence, une humiliante mésaventure la délivre du besoin de plaire et jusqu'à vingt-sept ans, elle lit sans discontinuer et rêve mille vies. Nous sommes dans les années 30 en U.R.S.S. Elle devient bibliothécaire. La guerre l'arrache aux brumes de la lecture. La famille est déplacée et trouve refuge au sous-sol d'une bibliothèque. Un jour Robert Victorovitch se présente dans la salle de lecture. Il réclame un livre en français des éditions Elzévir. Elle en connaît neuf. Pendant qu'elle complète sa fiche, il regarde son front pur, sourit de sa ressemblance avec "un jeune dromadaire, animal patient et tendre". Victor a quarante-sept ans. Peintre avant-gardiste cosmopolite, séducteur, il a bourlingué partout avant de retourner dans sa patrie et de faire cinq ans de camp de relégation. Victor rend son livre et la demande en mariage. Elle croit d'abord à une plaisanterie puis accepte. Elle n'arrêtera pas désormais de se répéter: "Seigneur qu'ai-je donc fait pour mériter un tel bonheur ?"
C'est une histoire assez cruelle avec une narration distante émaillée de traits d'humour. Sonietchka se laisse porter, subit les événements et l'égoïsme de son entourage sans colère et sans amertume. Une femme ordinaire dans des temps très durs, la guerre, la pauvreté, les déménagements obligatoires des relégués, la grisaille soviétique. le peintre apporte la couleur, l'imagination et sait vivre au jour le jour. Lui sait aussi qu'il va la trahir comme il a trahi les autres. Sonietchka aura au moins connu quelques années de bonheur et puis "elle replongera la tête la première dans les profondeurs exquises des allées sombres et des eaux printanières".
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Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   15 août 2018
Vladimir A., un musicien célèbre (...) décrira dans des souvenirs édités à la fin des années quatre-vingt et révélant un exceptionnel talent d'écrivain, ces soirées musicales dans la chambre de Tania, et ce piano droit au son merveilleux qu'il fallait réaccorder tous les jours. Il se souviendra avec tendresse de ce vieil instrument qui révéla au musicien débutant qu'il était alors le mystère de la personnalité des objets. Il en parle comme on pourrait parler d'un vieil oncle disparu depuis longtemps, qui aurait régalé l'auteur, dans son enfance, d'inoubliables gâteaux fourrés d'une unique cerise. (p. 56)
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fanfanouche24fanfanouche24   12 août 2018
Quant à Sonietchka, après avoir appris tant bien que mal ses leçons, elle éludait chaque jour et à chaque instant la nécessité de vivre ces pathétiques et glapissantes années trente en menant paître son âme dans les vastes pâturages de la grande littérature russe (...) (p. 12)
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AelaAela   09 mars 2011
Pendant vingt années, de sept à vingt-sept ans, Sonietchka avait lu presque sans discontinuer. Elle tombait en lecture comme on tombe en syncope, ne reprenant ses esprits qu'à la dernière page du livre.
Elle avait pour la lecture un talent peu ordinaire, peut-être même une sorte de génie.
Целых двадцать лет, с семи до дватцати семи, Сонетчка читала почти без перерыва. Она впадала в чтение как в обморок, оканчивавшийся с последней страницей книги.
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fredhofredho   26 décembre 2015
[…] voilà qu’il se trouvait devant une femme éclairée de l’intérieur par une réelle lumière, il pressentait en elle une épouse qui abriterait entre ses mains fragiles sa vie exténuée, recroquevillée contre terre, il voyait aussi qu’elle serait un doux fardeau pour ses épaules qui n’avaient jamais supporté de famille, pour sa virilité frileuse qui avait fui les charges de la paternité et les contraintes du mariage.
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jeunejanejeunejane   07 mai 2016
Sonia avait beaucoup de lait , il coulait facilement, et la tétée, accompagnée de pincements, de tiraillements et de la morsure légère de ces gencives sans dents lui procurait une volupté que percevait mystérieusement son mari, qui s'éveillait infailliblement à cette heure matinale.
Il enlaçait le large dos de Sonia, le serrant jalousement contre lui, et elle défaillait sous le double poids de ce bonheur insoutenable.
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