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Alain Préchac (Traducteur)
EAN : 9782841900817
378 pages
Parangon (24/04/2002)
4.14/5   28 notes
Résumé :
« Aux heures les plus sombres, lorsque personne n'osait prononcer la parole de vérité, on se contentait de citer leurs romans comme des mots de passe entre esprits libres. Leurs romans étaient perçus comme un défi au pouvoir. » Aliona Yavorskaïa

« En Russie soviétique, disait-il en se drapant dans sa couverture, l'hôpital psychiatrique est le seul endroit où puisse vivre un homme normal. Tout le reste n'est qu'une vaste pétaudière. Non, décidément, je... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Suite directe de ces « douze chaises » dont je vous ai parlé il y a peu.

Où l'on comprend un peu mieux le pourquoi du comment de l'épilogue bâclé du premier roman ;
celui-là étant ici quelque peu réparé…

Où l'on en ressort rassuré sur la qualité de traduction d'Alain Prechac ;
confirmant également sa faiblesse divulgâcheuse dans son élaboration de préfaces.

Où notre appréciation sur l'essentialité du travail d'éditeur se confirme ;
ici dans son édition Parangon de 2002, où le lecteur n'est plus noyé sous les notes de bas de page : il y perdra justement ces sempiternels « réminiscences de Pouchkine ou de Gogol » ( eux-mêmes farcis de « réminiscences de Schiller ou de Shakespeare »… ) ; en échange, il pourra savourer une histoire sans être troublé par ces tics d'exégète…
(de plus, ce second tome des aventures d'Ostap Bender semblant moins enclin aux pastiches et emprunts…)

Où l'on appréciera l'éternel dilemme entre spontanéité et réflexion, notamment appliqué à l'humour ; trois années de travail ici, contre quelques mois pour le premier ; peut-être moins drôle, il semble davantage distrayant, et surtout beaucoup mieux construit… dans la constance…
(avec le grand soulagement qu'il n'existe plus multiples versions… pas plus que de chaises…)

Où l'on pourra continuer de s'émerveiller de cette liberté de ton face à une censure stalinienne miraculeusement clémente ; la critique flinguant tous azimuts est décuplée, décomplexée, toujours protégée par l'immense succès populaire de cette suite, jusqu'à nous faire imaginer le moustachu géorgien se marrant seul comme un gros morse dans son coin…

Où l'on pourra s'enfoncer, si volonté, dans la grande histoire, à travers ces nombreuses mises en abîme, dont la plus frappante reste celle du Juif Errant, insérée avec une diabolique habileté, sans l'air d'y toucher, dans une réflexion sur la manière de travailler des grands reporters…
On en ressortira trempé, et pas beaucoup plus avancé, restant sidéré par cette trouble évocation d'un héros de la nation ukrainienne, l'ataman Symon Petlioura, par deux écrivains odessites d'expression russe, mâtinée d'argot d'Odessa…
( sans oublier qu'Ilya Ilf se nomme en réalité Yehiel-Leib Arievich Fainzilberg… )
Libre à vous d'y plonger… Vous y heurterez l'impossible débat, sous le feu de propagandes croisées, de l'évaluation de son antisémitisme (ou non), et de son degré de responsabilité dans les nombreux pogroms de l'époque (1918-19). Les historiens n'ont d'ailleurs jamais complètement tranché, son instrumentalisation récente ayant définitivement enterré tout cela sous vingt mille tonnes de gravât…

On en ressort définitivement conquis par ce couple d'écrivains soviétiques, tout heureux d'avoir entre-temps trouvé le reste de leurs oeuvres… mon éternelle reconnaissance aux compagnons d'Emmaüs…

A noter que les éditions Gingko l'ont récemment ré-édité, comme le signale Apikrus dans sa critique, en une version qui renoue avec la passion des notes et astérisques…
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En préface, les co-auteurs expliquent qu'en terminant « Les douze chaises » (premier volet de la dilogie) ils n'étaient pas d'accord sur la destinée d'Ostap Bender. Un tirage au sort trancha leur différent, ainsi que la gorge de leur héros…
Qu'importe, puisqu'Ostap Bender réapparait ici, et d'abord dans la meilleure catégorie de la population : celle des piétons ! Ressuscité, il est toujours aussi roublard, et il cherche encore fortune.
La société soviétique et sa désorganisation semblent offrir un cadre idéal pour ses activités !

Il n'y a cette fois pas de trésor caché dans une chaise, mais un homme richissime qu'Ostap regarde comme une proie idéale. Ostap est imaginatif ; il est bon manager aussi, mais sa tâche est rude, avec les bras-cassés qu'il a choisi comme collaborateurs. Son intention de garder la plus grosse part du butin à venir explique peut-être ces choix.
Au début du roman Ostap aide à démasquer un homme qui se fait passer pour le fils d'un héros de guerre, ce statut ouvrant les portes et les tables garnies d'officiels soucieux d'être bien vus des autorités. Il faut dire qu'il n'y avait pas place dans la même ville et au même moment pour deux imposteurs jouant le même rôle ! Et Ostap n'apprécie pas la concurrence d'autres imitateurs. Ce passage m'a fait penser à des épisodes historiques du pays. Il y eut en effet quatre faux-Dimitri entre 1603 à 1612, qui se prétendaient être fils d'Ivan de Terrible (pas l'aîné, tué par son père dans un accès de colère). L'un de ces faux-Dimitiri (1582-1606) régnât en 1605 et 1606.
Ostap et ses complices s'invitent ensuite dans une compétition automobile. Avec quelques jours d'avance sur la course, ils se présentent en vainqueur à chaque arrivée d'étape et profitent ainsi de l'accueil préparé pour les compétiteurs. Ils espèrent trouver quelques ressources pour financer l'escroquerie envisagée.
Et ce n'est que le début de leurs aventures…

Les auteurs ont parodié le régime soviétique, profitant de l'ambiguïté de leurs propos (et peut-être d'un relâchement ponctuel de la censure pour des motifs d'affichage politique et/ou grâce à leur célébrité ?). Pour les artistes, en particulier pendant l'ère stalinienne, liberté de ton et longévité n'étaient pas compatibles. Ilf et Pétrov sont d'ailleurs tous deux décédés peu avant leurs 40 ans, le premier en 1937 (officiellement d'une tuberculose ; mais il s'est plus probablement suicidé, à moins qu'il n'ait été aidé ?) et le second en 1942 (officiellement lors d'un accident d'avion).

C'est l'édition de GINKGO que j'ai lue et que je conseille : les annotations de l'éditeur en bas de pages y sont riches et très utiles au lecteur français, qui sans ce décodage passerait à côté de la majeure partie des allusions ou critiques.

Cet ouvrage est un classique de la littérature russe, mais sa finesse est parfois noyée dans des développements pas toujours passionnants.

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Je m'intéresse à ce livre qui est encore aujourd'hui très populaire en Russie. Octap Bender, le héros est un filou roublard sympathique et très loquace. Les russes s'amusent souvent à citer des répliques de Bender. Si vous leur dites que vous êtes un franzouski Ostap Bender, vous vous attirez immédiatement leur sympathie.
Sur le plan historique ce livre ne présente pas un grand intérêt. L'action se déroule pendant la NEP, mais on n'y apprend rien sur les luttes de pouvoir entre les principaux leaders politiques. L'intérêt, c'est qu'il souligne l'humour des soviétiques. Ce sens de l'humour leur a permis de traverser des moments historiques si sombres.
Lisez absolument du " Ilf et Petrov " si vous devez vous rendre en Russie soit pour affaires soit en tant que touriste. Vous marquerez des points.
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Paru en 1931, ce bon gros roman reprend le personnage de Les douze chaises. Mais ne pas l'avoir lu n'était pas gênant, et je dois dire qu'ensuite j'ai eu envie de découvrir Les douze chaises.

Grand Combinateur, Ostap Bender est finalement un escroc fort inventif, rêvant de s'installer à Rio de Janeiro, une fois qu'il aura dépouillé d'un million un millionnaire discret. Pour ce faire, le voilà acoquiné à Choura Balaganov, Mikhaël Panikovsky, et se déplaçant dans l'Antilope, taxi bien vieillot de Adam Kozlewicz, mécanicien hors pair avec sa guimbarde.

Et c'est parti! Dans une ville ressemblant à Odessa, vit Alexandre Koreïko, dont les détournements et autres ficelles l'ont conduit à amasser un joli paquet. Acceptera-t-il de se délester d'un million?

Allez, je me suis bien amusée à découvrir ces aventures contées avec ironie et causticité, tout le monde en prend pour son grade, les allusions à la situation soviétique sont nombreuses. Un plan quinquennal à terminer en quatre ans, des entreprises dont les employés n'en fichent pas une rame, des appartements communautaires, tout y passe ou presque.

Le tout paru quand Staline était au pouvoir.
Lien : https://enlisantenvoyageant...
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
On doit aimer les piétons.
Les piétons représentent la plus grande partie de l'humanité. Et non seulement la plus grande, mais la meilleure. Ce sont les piétons qui ont créé l'univers. Ce sont eux qui ont construit les villes, édifié des immeubles à plusieurs étages; qui ont posé des canalisations et des conduites d'eau; eux qui ont pavé les rues et les ont éclairées au moyen d'ampoules. Ce sont eux qui ont implanté la civilisation dans les cinq parties du monde, qui ont inventé l'imprimerie, imaginé la poudre; qui ont jeté des ponts au-dessus des fleuves, déchiffré les hiéroglyphes, lancé le rasoir de sûreté, mis fin à la traite des nègres et établi qu'on pouvait préparer à partir des graines de soja cent quatorze plats savoureux et nourrissants.

Et quand tout fut prêt et que notre planète-mère eut pris un aspect plus ou moins décent, alors les automobilistes firent leur apparition.
Il convient de noter que l'automobile a elle aussi été inventée par les piétons. Mais ils emblerait que les automobilistes l'aient oublié, car ils ont aussitôt entrepris d'écraser les piétons, êtres dociles et policés. Créées par les piétons, les rues ont été accaparées par les automobilistes. Les chaussées ont doublé de largeur, tandis que les trottoirs se rétrécissaient aux dimensions d'un paquet de cigarettes. Et les piétons effrayés se sont mis à raser les murs…

Dans les grandes villes, les piétons mènent une vie de martyrs. On a conçu pour eux une sorte de ghetto de la circulation. Ils n'ont le droit de traverser les rues qu'aux carrefours, c'est-à-dire aux endroits précis où la circulation est la plus intense et où le fil ténu qui retient habituellement la vie du piéton est le plus aisé à rompre.
Dans notre vaste pays, l'automobile, destinée dans la pensée des piétons au paisible transport des marchandises et des êtres, a pris l'apparence redoutable d'un obus fratricide, qui met hors de combat des colonnes entière de syndiqués, avec leur famille. Si par extraordinaire, un piéton réussit à esquiver la proue argentée de l'une de ces machines, c'est pour se voir gratifier d'une contravention par un milicien qui l'accuse de ne pas avoir respecté le catéchisme de la circulation.


D'une façon générale, les piétons ont vu leur crédit fortement ébranlé. Eux qui ont donné au monde des hommes aussi illustres qu'Horace, Boyle et Mariotte, que Lobatchevski, Gutenberg et Anatole France, sont aujourd'hui contraints de faire les pires simagrées pour rappeler simplement leur existence. Ô mon Dieu, Toi qui n'existes pas, à quel sort as-Tu (malgré le fait de Ta non-existence) réduit ce pauvre piéton!
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En Russie soviétique, disait-il en se drapant dans sa couverture, l'hôpital psychiatrique est le seul endroit où puisse vivre un homme normal. Tout le reste n'est qu'une vaste pétaudière. Non, décidément, je ne peux pas coexister avec les bolcheviks. Il vaut mieux à tout prendre vivre ici, avec les fous ordinaires. Ceux-là au moins ne construisent pas le socialisme, et en plus on me nourrit. Tandis que là-bas, dans leur pétaudière, ils vous obligent à travailler et moi, je n'ai pas l'intention de travailler pour leur socialisme. Et enfin, ici, j'ai la liberté personnelle : liberté de parole, de conscience... » Apercevant soudain un infirmier qui passait, César Starokhamski poussa un cri perçant : « Vive l'Assemblée Constituante! Tous au forum! Toi aussi, Brutus, tu t'es vendu aux responsables du Parti ? » Et se tournant vers Berlaga, il ajouta: « Vous avez vu? ,je crie ce que je veux. Essayez un peu dans la rue!"
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Précisons ici qu'en ce qui concerne les cadeaux faits à l'occasion des fêtes, inaugurations solennelles, anniversaires et jubilés en tout genre, tout n'a pas toujours été chez nous pour le mieux. Ou bien l'on offrait une maquette de locomotive minuscule, pas plus grande qu'un chat, ou bien c'était un burin gigantesque, plus grand qu'un poteau télégraphique. Ces inversions douloureuses de volumes prennent énormément de temps, coûtent d'énormes sommes d'argent et ne servent à rien : les locomotives enfantines se recouvrent de poussière au sommet des armoires de bureau, tandis que le burin que l'on a à grand peine transporté sur deux camions rouille dans toute sa monstrueuse absurdité au beau milieu de la cour de l'administration jubilaire. (pages 410 et 411, édition GINKGO)
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Le début (voir site de l'éditeur , éditeur que je remercie chaudement)

On doit aimer les piétons. Les piétons représentent la plus grande partie de l’humanité. Et non seulement la plus grande, mais la meilleure. Ce sont les piétons qui ont créé l’univers. Ce sont eux qui ont construit les villes, édifié des immeubles à plusieurs étages ; qui ont posé des canalisations et des conduites d’eau ; eux qui ont pavé les rues et les ont éclairées au moyen d’ampoules. Ce sont eux qui ont implanté la civilisation dans les cinq parties du monde, qui ont inventé l’imprimerie, imaginé la poudre ; qui ont jeté des ponts au-dessus des fleuves, déchiffré les hiéroglyphes, lancé le rasoir de sûreté, mis fin à la traite des nègres et établi qu’on pouvait préparer à partir des graines de soja cent quatorze plats savoureux et nourrissants. Et quand tout fut prêt et que notre planète-mère eut pris un aspect plus ou moins décent, alors les automobilistes firent leur apparition. Il convient de noter que l’automobile a elle aussi été inventée par les piétons. Mais il semblerait que les automobilistes l’aient oublié, car ils ont aussitôt entrepris d’écraser les piétons, êtres dociles et policés. Créées par les piétons, les rues ont été accaparées par les automobilistes. Les chaussées ont doublé de largeur, tandis que les trottoirs se rétrécissaient aux dimensions d’un paquet de cigarettes. Et les piétons effrayés se sont mis à raser les murs.
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C'était l'instant, entre cinq et six heures du matin, où les concierges fatigués d'avoir agité dans les cours leurs balais de bouleau se sont retirés sous leurs tentes, et où la ville est propre, claire et silencieuse comme une banque d'Etat. On se sent alors des envies de pleurer et de croire que le yaourt est véritablement meilleur au goût et à la santé que l'eau-de-vie de grain.
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