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EAN : 9782021450514
160 pages
Seuil (28/05/2020)
3.58/5   20 notes
Résumé :
Depuis la mort de sa femme, Émile Sever mène avec son fils une existence recluse sur la ferme familiale, jusqu’au jour où il se résout à engager une domestique.

Celle qui se présente a un passé mystérieux, une volonté farouche de s’ancrer quelque part. Aussi Florian l’accueille-t-il avec hostilité. Son père, obsédé par la transmission de son patrimoine à sa descendance, se prend à imaginer qu’elle pourrait être la parfaite épouse. Florian se fait à l’... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Le titre fait référence au personnage central du récit : une domestique qui, un jour, débarque à la ferme des Sever, « où aucune femme n'a vécu depuis plus de vingt ans ». Impénétrable, impassible, jamais nommée et toujours désignée par « elle » ou « la servante », elle n'en bousculera pas moins le quotidien et le destin des deux autres protagonistes. Celui d'Emile Sever, veuf taciturne et sexiste aux idées bien arrêtées, dur à la tâche et se méfiant de tout, à commencer par ses propres émotions. Et celui de son fils, Florian, boiteux de naissance, taiseux, qui a sacrifié ses rêves pour soutenir son père.

Dès le début, Brigitte Pilote établit le lien entre les trois personnages : le père a fait venir la servante à la ferme dans l'espoir secret de la marier à son fils infirme, qui ne semble pas avoir d'inclinaison pour les femmes. Il voit en elle la possibilité de "sauver" Florian et de prolonger la lignée. Pourtant, malgré la promiscuité, chacun regarde l'autre sans pouvoir s'exprimer, bloqué dans ses amertumes. Une solitude bien rendue par l'alternance des points de vue, qui jamais ne se croisent. Et cette impossible communication est plus « criante » quand au fil des pages se font entendre les bruits du quotidien : le bourdonnement d'une mouche, la pluie qui heurte la fenêtre, le meuglement des vaches...

L'atmosphère est lourde, nul ne pourra échapper à son destin. Or, même s'il est difficile d'avoir de la sympathie pour les personnages, le roman marque par la qualité de l'écriture. Entre les évocations de la dure et frugale vie paysanne et les magnifiques descriptions de la nature, tout est transcendé. Court roman de 159 pages mais extrêmement dense. Je vous le recommande.
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"La femme qui rit" de Brigitte Pilote paru chez Seuil fut une très bonne lecture pour moi qui suit fan d'histoire du monde rural, de personnages taiseux qui ne font qu'un avec la nature, avec les animaux, ...

L'histoire commence avec l'arrivée d'une domestique au passé mystérieux chez Emile Sever, le père, vieillissant et Florian, le fils, souffrant d'infirmité qui vivent une existence recluse dans la ferme familiale. le père voit alors l'opportunité de donner une chance à sa famille de perdurer en faisant de la domestique, la nouvelle femme de la maison.

L'ambiance du roman est authentique. On ressent la rudesse de l'hiver au coeur des campagnes.
La tension est palpable tout le long du récit car on se doute que des catastrophes vont avoir lieu mais lesquelles?




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J'ai apprécié l'ambiance douce amère de ce récit qui se lit en quelques heures. La menace sourde, les personnages bien campés, le rythme qui passe d'une lenteur rurale à des accélérations maîtrisées nourrissent avec brio cette histoire pleines de revirements.
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Emile fait appel à une domestique pour entretenir sa maison, elle vient s'installer, on ne saura rien de son passé, et elle va prendre sa place bien au delà que ce à quoi on l'attendait.

Je m'attendais au vu du titre à un roman joyeux, il n'en est rien : c'est gris, sale, âpre hors du temps et de l'espace. Un coin de campagne, le travail à la ferme où chacun joue son rôle dans la douleur et le silence, tout en préservant son jardin secret. de jolis moments de poésie malgré tout distillés avec parcimonie, des mots justes et précis, apportent à ce court roman une certaine grâce.
Lien : http://keskonfe.eklablog.com..
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Livre au style particulier. Un mélange de Mauriac (le baiser au lépreux) et Duras (Moderato Cantabile).
Un plaisir singulier.
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Citations et extraits (94) Voir plus Ajouter une citation
Pour la première fois, il a senti la fragilité de cette femme trop fière. Juste avant d’aller chercher la robe, il a eu envie de prendre ses mains dans les siennes, puis s’est ravisé. C’était une mauvaise idée d’abolir la distance qu’il avait maintenue entre eux, en ne prenant pas la peine de la remercier, en se gardant de lui faire savoir qu’il était très satisfait de son travail. Il savait qu’il ne l’aimerait jamais pour elle-même. C’était à l’aune de ce qu’elle apporterait à son fils qu’il avait mesuré sa valeur, et à cela uniquement. Au moment où s’achevait sa vie, pourquoi se raconterait-il des histoires ? Il ne lui servirait à rien de prétendre qu’il disposait de réserves d’amour, alors qu’elles étaient asséchées depuis fort longtemps. Il n’avait véritablement aimé que sa grand-mère, sa femme et son fils. Il ne voyait pas comment cela pourrait changer.
Plus le veuf ressasse ce qui vient de se produire, plus il est désemparé. Il s’enlise dans sa réflexion et ne parvient pas à répondre à cette question toute simple : A-t-il, oui ou non, mentionné la rivière ? La perspective que cette femme soit dépositaire de son terrible secret l’accable.
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Parfois le veuf décèle chez l’enfant une bonté presque messianique. Il peut être absorbé dans son jeu et se figer soudainement, un pli lui barrant le front, tandis que la locomotive en bois qu’il faisait rouler sur les rails s’arrête dans sa course, les petits wagons à sa suite. Il pointe alors sur le grand-père une antenne invisible qui capte même les signaux les plus faibles des émotions humaines, déjouant les interférences que sont les sourires de façade. Si son grand-père a du chagrin, il paraît inquiet, n’a pas le cœur à s’amuser.
Quand l’enfant le scrute avec ces yeux-là, Émile Sever se sent revigoré. Absous de ses fautes, lavé de tout soupçon. Il ne faut pas en abuser, songe-t-il, il faut même décourager cette sensibilité, sinon l’enfant souffrira. Nos enfants ne sont pas là pour nous sauver. Il se formule les choses ainsi pour la première fois et cette pensée l’apaise. Alors que lui-même a tout sacrifié à son fils, et bien qu’il ne le regrette pas, il croit que le petit devrait avoir le droit de mener sa vie comme il l’entend, même si cela signifiait qu’il tournerait un jour le dos à leur vie de paysans.
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Comme il regrette de lui avoir un jour ouvert sa porte ! Elle était capable de profiter de sa faiblesse et il ne voulait pas, ne voulait plus… Il sait jusqu’où elle peut aller pour obtenir la semence des Sever. Il mobilise ses dernières forces et appelle Florian. Il ne la laissera pas s’interposer entre eux, personne d’autre que son fils unique ne pansera ses blessures. Il ferme les yeux un instant puis les ouvre. Sa vision est trouble, comme si le froid lui avait brûlé la cornée. Quand sa bru réapparaît devant lui, ses cheveux flottent sur ses épaules et elle est vêtue de sa chemise de nuit diaphane, comme toutes les fois où elle l’a visité dans son sommeil, sans qu’il ait d’autre moyen de la chasser qu’en se faisant violence pour se réveiller, en nage, se demandant à quoi il venait de rêver pour être aussi bouleversé. Qu’elle la déchire, qu’elle la jette au feu ! Il cligne des yeux et voit sa robe de laine, son chignon strict et son visage sinistre, pâle comme du verre.
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À la naissance de son fils, Émile Sever avait planté ces sureaux noirs dont les anciens disaient qu’ils protégeaient les maisons de la foudre et du feu. Comme toutes les femmes elle aime sûrement les fleurs. En mai leur parfum l’aurait enivrée juste assez pour qu’elle ne soit pas rebutée par l’état de la maison qu’elle devrait entretenir. Pendant plusieurs semaines, le pays n’aura rien à lui offrir. Mais quand elle voudra repartir, ses souliers et sa valise auront disparu. Elle se rendra compte que le père croit savoir mieux que personne ce qui est bon pour ceux qui vivent sous son toit.
Quand le veuf entre avec la femme dans la maison, Florian délivre la chienne qui n’a cessé de protester. Pourquoi ne pas lui donner la meilleure chambre tant qu’on y est ! Florian était d’avis qu’elle ne tarderait pas à réclamer ceci ou cela, mais que, quoi qu’Émile Sever fasse pour lui plaire, elle s’agripperait à sa première impression. On restera des culs-terreux.
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C’était une chance d’être tombés sur une fille presque muette, pensait le veuf. Entre les murs de la vieille maison résonnaient les éructations de toutes sortes, les toux qui n’en finissaient pas, le son mat des jets d’urine heurtant les pots de chambre et les râles pour un oui ou pour un non que les membres d’une même famille ne prenaient plus la peine de retenir. Les jacasseries d’une femme, dans cette promiscuité, il n’aurait pas pu les endurer.
Elle aimait travailler dehors et il eut envie de faire renaître pour elle le potager d’Alma. Si elle se blessait ou s’épuisait à la tâche, si elle devait renoncer un jour à travailler dur comme un homme, elle pourrait entretenir ce lopin. De ses années de mariage, Émile Sever a appris qu’une femme a besoin d’un endroit rien qu’à elle pour être heureuse. Florian regimba, puis il alla chercher le cordeau, l’aida à délimiter la surface et à labourer la terre laissée à l’abandon.
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Vidéo de Brigitte Pilote
Les Capsules éclair du SLM 2020: regardez, écoutez Brigitte Pilote nous parler de son dernier livre, La femme qui rit, paru au Seuil.
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