AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 9791022607490
Éditeur : Métailié (01/03/2018)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 8 notes)
Résumé :
Dans l’air pur des montagnes d’Ayacucho règne une odeur de mort. Pourtant, quand Vicente Blanco, reporter espagnol, débarque dans la ville andine pour enquêter sur le Sentier lumineux, il ne voit rien. Les militaires paradent, l’archevêque Crispin joue au basket, les habitants se taisent, les “subversifs” se cachent. Pas de scènes tragiques, pas de barricades, pas de combats. Tout juste, parfois, quelques bruits de balles. Avec deux journalistes locaux qui deviennen... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
viou1108
  12 mars 2018
Ayacucho, le Recoin des Morts en quechua, doit son nom à un massacre remontant à l'époque de l'empire Inca. Quelques siècles plus tard, dans les années 80-90, cette ville des Andes péruviennes s'est à nouveau trouvée à l'épicentre du champ de bataille, coincée malgré elle dans une guerre silencieuse entre l'armée et la guérilla du Sentier Lumineux.
Or donc, nous avons à ma gauche les communistes du Sentier, « troupes fantasmagoriques d'un parti maoïste, aussi primaire, aussi caricatural et aussi déliquescent qu'un épiphénomène asiatique implanté en Amérique ». A ma droite, l'Etat péruvien, « dignement » représenté par son armée « endoctrinée et, surtout, armée par les puissances qui commandent réellement dans ce monde, comme d'habitude ». Et ces deux extrêmes sont tellement extrêmes qu'ils se rejoignent, hallucinés et sanguinaires, pour encercler ceux qui ne demandaient que la paix, les villageois, les paysans, désormais pris au piège de leurs oppresseurs des deux bords. Car s'il est risqué de choisir un camp, il est deux fois plus dangereux de ne pas le choisir : « souffrir les assauts des bourreaux pervers qui ne veulent qu'une chose, éviter que tu t'allies avec leur ennemi. Mais que se passe-t-il si les bourreaux ne te veulent pas non plus à leur côté et te tuent ? » Choisir ou ne pas choisir n'est pas la question. Bienvenue dans la paranoïa et la terreur péruviennes. Dans cette guerre sale et sournoise qui ne laisse entendre que quelques coups de feu dans la nuit et ne laisse paraître que de rares cadavres au petit matin, le troisième camp, celui des victimes, préfère « ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire ». A la marge de cette troisième voie, quelques courageux, audacieux, insensés, qui rêvent de rendre compte de ce qui se passe : trois journalistes, deux locaux et un Espagnol, Vicente Blanco (personnage fictif mais manifestement l'alter-ego ibérique de l'auteur). Celui-ci, narrateur, arrivé à Ayacucho avec une certaine candeur pour enquêter sur la guérilla, sera bien vite déniaisé par ses collègues péruviens, Luis et Max, et par ses entretiens avec les représentants de l'intelligentsia locale, l'Armée et l'Eglise. Inexorablement engagés dans le camp des innocents anonymes, Vicente, Max et Luis sont lancés corps et âme dans un jeu de plus en plus serré et dangereux.
Terrorisme aveugle, répression aveugle, victimes lucides mais impuissantes, tout cela est au coeur de ce « grand roman de la violence péruvienne », entretenue par des idéologies bancales et un profond racisme à l'égard des Indiens. Une histoire pesante qui parvient jusqu'à nous, un « J'accuse » andin qui dénonce la folie maoïste, la barbarie militaire et la lâcheté, voire la complicité, de l'Eglise catholique. Le style aurait gagné à être moins répétitif et moins pédagogique, plus concis, plus aéré et allégé en points d'exclamation un brin naïfs, mais on ressent parfaitement le dilemme désespéré du narrateur (et de l'auteur), qui a dû se résoudre, la mort dans l'âme, à fuir le Pérou et à y abandonner ses amis, pour sauver sa peau et le produit de ses investigations, et témoigner. Un travail de mémoire essentiel.
Lien : https://voyagesaufildespages..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          430
Stelphique
  18 avril 2018
Ce que j'ai ressenti:
Depuis le commencement de la répression, contre le Sentier Lumineux, l'armée a fait disparaître les gens, mais au début ils n'étaient que quelques-uns et on pouvait les identifier.
Si seulement vous pouviez voir mon exemplaire de Ayacucho, rien qu'à l'oeil nu, vous pourriez voir que ce livre ne m'a pas laissée indifférente…C'est très souvent le cas avec les lectures de la collection Metailié, et quand je le feuillette une énième fois pour écrire cette chronique, je le vois maintes fois corné ( c'est quand un passage me bouleverse…), des phrases sont surlignés en fluo (c'est quand la poésie s'y glisse), et puis, il y a toutes les recherches en post-it que j'ai faites pour mieux m'imprégner de l'ambiance du livre…Oui si seulement, vous pourriez voir tout cela, il a vécu ce livre: en couleurs et plissage, en émerveillement et émotions…Ce n'est pas une lecture qui laisse indemne: il m'a fait prendre conscience, que dans le monde, il y a des lieux maudits et Ayacucho porte bien son nom: le Recoin des Morts…
« Mais quand je voyage, je retrouve la liberté et mon vice de toujours, le papier, les crayons, l'encre. »
Le talent d'un auteur se déniche dans les détails. Alfredo Pita en étant journaliste, écrivain et poète nous dévoile dans une prose magnifique et bouleversante, tout un contexte historique, politique et social au Pérou: il a l'art et la manière d'utiliser les mots qui parle au coeur, de suggérer plutôt que de heurter, de dépeindre avec une beauté sensitive, les malheurs d'une population. Une plume à l'image de la violence péruvienne: dissimulée à un oeil non averti, il en reste pourtant l'odeur, encore plus intrusive… le cadre de vie de Ayacucho est irrespirable, les horreurs bien dissimulées aux regards d'autrui, et ce qui est encore pire, car c'est dans l'ombre que les monstres se révèlent, les plus cruels…En créant son personnage de Vicente Blanco et ses deux acolytes un peu téméraires Luis et Max, Alfredo Pita lance son intrigue dans une enquête journalistique pour comprendre les massacres qui s'y déroulent, pour rendre justice aux victimes de ses pairs tués à Uchuraccay, mais surtout pour faire enfin la lumière, sur ces milliers d'anonymes, disparus dans le néant…Une enquête qu'on ressent comme une urgence, au péril de leurs vies, avec toutes les menaces sourdes ou énoncées…La tension dans ses lignes est oppressante, et pourtant, l'auteur arrive à nous atteindre avec de la douceur et de la poésie…
« Tout au long de l'histoire du Pérou la vie d'un indien n'a jamais rien valu. Elle n'est bonne qu'à arroser la terre des autres de sueur et de sang. Et je ne parle pas de ses larmes parce qu'il y a longtemps qu'il n'en a plus! »
Je ne croyais plus jamais revoir écrit, et surtout dans l'actualité des années 80, les mots tels que « Camps d'extermination ». Mes yeux se sont brouillés… Comme j'ai été naïve de croire que l'Histoire aiderai les Hommes à ne pas reproduire les horreurs du passé… Ayacucho, théâtre macabre et lieux de perdition pour tous ses habitants, victimes d'une guerre silencieuse entre la folie terroriste du Sentier Lumineux, l'Etat Péruvien et quelques arrangements flous avec l'Eglise: un cocktail détonnant qui a vu mourir des milliers d'innocents dans les hauteurs andines…Voilà pourquoi cette lecture, restera longtemps dans mon esprit, parce que tout le contexte est réel dans cette fiction, et qu'on ne peut décidément pas rester de marbre devant de telles souffrances…C'est d'abord un coup au coeur, avant d'affirmer que c'est un coup de coeur. Une histoire qui mérite de sortir des sombres sentiers, où la cruauté a cru agir impunément. Un livre magnifique pour ne pas oublier cette tragédie ignoble…
« Alors la logique s'impose: ce qui est invisible n'existe pas,et s'il arrive quelque chose à ce qui n'existe pas, aussi dramatique que cela soit, quelle importance. »
Ma note Plaisir de Lecture 10/10
Chronique complète sur le blog ;)
Lien : https://fairystelphique.word..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          272
traversay
  28 mars 2018
Une très sale guerre. Elle a ensanglanté le Pérou durant des années, dans les campagnes notamment, avec pour principales victimes des paysans qui n'avaient que le tort de se trouver entre le Sentier lumineux et les forces militaires lesquelles, avec l'aide des autorités et de l'Eglise, rivalisaient avec leurs opposants dans les exécutions expéditives, faisant régner un climat d'horreur. C'est ce que le héros de Ayacucho (une ville dont le nom signifie le recoin des morts, en langue quechua), un journaliste espagnol un peu candide, va découvrir au fil de son séjour au coeur du cyclone de violence. en 1991. le paradoxe est qu'il ne voit pratiquement rien au début, avant de comprendre, avec la fréquentation et l'amitié de journalistes locaux, l'étendue des atrocités de cette "guerre invisible". C'est tout l'intérêt du roman d'Alfredo Pita que de coller aux basques de ce reporter naïf et inconscient dans une enquête minutieuse et patiente où l'on apprécie notamment les entrevues avec l'évêque d'Ayacucho, une canaille absolue dont la personnalité n'est pas sans rappeler le rôle des ecclésiastiques dans la guerre d'Espagne, le parallèle entre les deux conflits étant souvent établi par l'auteur. le livre n'est pas exempt de répétitions ni d'atermoiements mais sa richesse documentaire est indéniable de même que son intensité dramatique. Journaliste, poète et auteur de nouvelles et de contes, Alfredo Pita n'a écrit qu'un autre roman. Nul doute que Ayacucho est pour lui le livre le plus important de son existence, ce qui explique sa force malgré un style que l'on pourrait assez souvent qualifier de journalistique.
Lien : https://cin-phile-m-----tait..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
RomansNoirsEtPlus
  15 janvier 2019
Alors que certains médias sont dans la tourmente aujourd'hui à tort ou à raison n'oublions pas le rôle des véritables journalistes d'investigation - pas ceux qui répètent pendant des heures des propos insipides histoire de combler le temps qui leur est dévolu sur les chaînes d'information continue - ceux qui couvrent les conflits au péril de leur vie , à fin de montrer au monde la vérité des horreurs quotidiennes qui parsèment la planète . Vincente Blanco est un de ceux-là . le journaliste espagnol se retrouve en ce début des années 90 à arpenter les rues d'Ayacucho , cette ville du haut Pérou . Cornaqué par deux journalistes locaux , Max et Luis , il va découvrir une terrible guerre civile qui ne dit pas son nom , opposant le Sentier Lumineux , un groupuscule communiste maoïste et l'armée régulière péruvienne . le pire ce ne sont pas les victimes combattantes mais les milliers de victimes collatérales, pour la plupart innocentes, torturées, tuées et ensevelies dans des fosses communes et dont les bourreaux sont autant du côté du groupuscule rouge que de celui de l'armée, sensée protéger ses citoyens non les massacrer. Des victimes pour la plupart paysans ou autochtones d'origine quechua , mais aussi des témoins plus gênants.
Les trois amis n'ont alors plus qu'un objectif : témoigner , briser le silence qui semble être la règle à Ayacucho , faire éclater la vérité sur le drame qui se cache derrière ces immondes exactions et ses disparitions de masse dont les militaires semblent vouloir garder le secret à tout prix ..même s'il s'agit de la vie d'un journaliste.
Ce roman narré par Vicente c'est d'abord et avant tout le témoignage de l'auteur péruvien , Alfredo Pita , qui s'est enfuit d'Ayacucho au péril de sa vie , avant de se réfugier en France.
Il nous fait découvrir , à travers un style d'une grande efficacité , de magnifiques personnages , hauts en couleur, comme Doña Domitila , cette femme qui érige l'hospitalité et la solidarité en symboles , la mère Begoña , une femme avec un coeur gros comme ça , qui , dans son institution , aide les enfants orphelins et parmi les plus pauvres en leur offrant l'hébergement et un enseignement de qualité ou le père Esteban dont le parcours spirituel ne peut cautionner les connivences abjectes de l'Eglise catholique , symbolisé ici par l' évêque Crispin , avec les autorités militaires qui fomentent ces crimes contre l'humanité.
Ce roman rend un vibrant hommage au courage de ses hommes et de ses femmes qui continuent de vivre malgré le danger , qui continue de faire leur travail d'investigation malgré les menaces .
Un récit poignant et émouvant comme un devoir de mémoire envers toutes les victimes innocentes au sein des populations civiles et pour tous les reporters morts lors des conflits passés ou futurs .
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Bougnadour
  20 octobre 2018
Plutôt qu'un long reportage le journaliste A.Pita a préféré un roman. Mal lui en a pris car son écriture assez plate et redondante affaiblit son sujet.
La guerre civile au Pérou aurait mérité un meilleur traitement. Certes on apprend l'essentiel, à savoir que la guerria maoïste du Sentier Lumineux et l'armée Péruvienne emploient la terreur contre la population avec une cruauté insupportable, qu'il faut baisser la tête ou mourir,qu'être journaliste est un chemin direct vers le martyre et que l'Eglise ne fait pas preuve de charité chrétienne.
Mais avec des personnages manquant d'épaisseur et une narration didactique et sans surprise le lecteur s'ennuie ferme.
Commenter  J’apprécie          30
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
viou1108viou1108   11 mars 2018
Tu dois être au courant que la société péruvienne est très raciste. Dans ce cadre, si la violence, le conflit affecte des villageois, des paysans, des pauvres Indiens, comme on disait avant et comme on dit toujours à Lima, quelle importance? Tout au long de l'histoire du Pérou la vie d'un Indien n'a jamais rien valu. Elle n'est bonne qu'à arroser la terre des autres de sueur et de sang. Et je ne parle pas de ses larmes, parce qu'il y a longtemps qu'il n'en a plus!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
viou1108viou1108   02 mars 2018
Tu sais, en Amérique latine, nous avons de formidables écrivains. Tu n'as peut-être pas conscience que l'Espagne n'est qu'une province de la langue, et non son unique propriétaire.
Commenter  J’apprécie          271
StelphiqueStelphique   17 avril 2018
Alors la logique s'impose: ce qui est invisible n'existe pas,et s'il arrive quelque chose à ce qui n'existe pas, aussi dramatique que cela soit, quelle importance.
Commenter  J’apprécie          200
StelphiqueStelphique   18 mars 2018
Ne t’inquietes pas, lui ai-je dit, moi aussi je commets des poèmes en cachette.
Commenter  J’apprécie          240
StelphiqueStelphique   17 avril 2018
Tout au long de l'histoire du Pérou la vie d'un indien n'a jamais rien valu. Elle n'est bonne qu'à arroser la terre des autres de sueur et de sang. Et je ne parle pas de ses larmes parce qu'il y a longtemps qu'il n'en a plus!
Commenter  J’apprécie          20
Videos de Alfredo Pita (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alfredo Pita
Alfredo Pita - Ayacucho
Livres les plus populaires de la semaine Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr

Autres livres de Alfredo Pita (1) Voir plus




Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
1603 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre