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Françoise Jaouën (Traducteur)
ISBN : 2752904355
Éditeur : Phébus (21/01/2010)

Note moyenne : 3.6/5 (sur 5 notes)
Résumé :
" Je suis mahométan, monarchiste et oriental ", proclamait en 1934 Essad Bey à un journaliste du New York Herald Tribune venu l'interviewer à Vienne. Le jeune auteur, dont les ouvrages sur l'Orient et la Russie avaient acquis une renommée mondiale, posait alors en costume
caucasien, le sabre à la ceinture.

Comment Lev Nussimbaum (1905-1942), un juif d'Azerbaïdjan ayant fui Bakou devant l'arrivée des bolcheviks, est-il devenu Essad Bey, prince ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Apoapo
  22 septembre 2017
J'ai été conduit à la biographie de Lev Nussimbaum – alias Essad Bey, alias Kurban Saïd – par Banine, dont il partage le lieu et l'année de naissance (Bakou, 1905), la condition socio-familiale (héritiers de millionnaires du pétrole azerbaïdjanais ruinés par la Révolution d'Octobre), la carrière littéraire (fulgurante et ensuite oubliée) et l'exil. La vie de Lev fut beaucoup plus courte (terminée prématurément et dans les atroces souffrances d'une maladie incurable en 1942) et plus aventureuse que celle de Banine, puisque placée sous l'enseigne de la dissimulation continuelle, à cause de son ascendance juive et de son installation non à Paris mais à Berlin, puis à Vienne et enfin à Posillipo, en Italie, endroits tous frappés par l'antisémitisme. Lev, grévé aussi du lourd secret familial d'une mère bolchevik suicidée dans son enfance, fit, comme Banine, un premier périple fugitif vers l'Orient pendant la Grande Guerre, puis se réfugia en Europe en passant par Constantinople, avec son père qui perdit progressivement les dernières bribes de son immense fortune.
Il est difficile de comprendre laquelle de sa passion intellectuelle pour les études orientalistes, de sa situation biographique de fugitif perpétuel ne devant son salut qu'à l'imposture identitaire devant les totalitarismes qui manquèrent de peu de le rattraper plusieurs fois (son père mourut quelques mois avant lui déporté à Treblinka), ou de sa propre nature fantasque et essentiellement inadaptée aux relations humaines (et surtout, de son aveu ultime, aux relations amoureuses), fut la cause première de sa complexe mascarade en noble musulman enturbanné et costumé de double cartouchière et de dague : cependant la biographie de Tom Reiss, qui dévoile pour la première fois un mystère de pseudonymes vieux de 80 ans, démontre que la figure de l'orientaliste juif n'était pas inhabituelle dans l'Europe des années 30 et qu'elle servit sans doute beaucoup sa foudroyante carrière littéraire internationale, qui le propulsa, en à peine un décennie, parmi les écrivains à plus grand succès de son époque, auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont deux romans, des biographies surtout (ironie du sort!), et d'innombrables articles orientalistes, littéraires et d'analyse politique.
Dans tout ce qu'il écrivit sur lui-même, jusque dans les six carnets inédits d'une ultime autobiographie que Tom Reiss reçoit de façon assez rocambolesque, et surtout dans sa correspondance abondante, Lev consacra de gros efforts à brouiller les pistes. Et son défi paraît à la fois titanesque et dérisoire si l'on pense que son dernier effort, faisant preuve d'un « courage quasi suicidaire » (p. 360), fut celui de se faire accréditer (par Giovanni Gentile!) comme le biographe officiel de Mussolini... Avait-il été démasqué ? Rien n'est moins sûr, en dépit de rumeurs persistantes qui circulaient déjà depuis longtemps sur sa « race juive », ainsi que des actes de son ex-femme, une richissime héritière qui assurément ne lui voulait pas de bien...
L'on se laisse happer et en somme séduire par cette étrange et mystérieuse étoile filante : grande intelligence, admirable témérité, énormes chagrins. Par conséquent et presque inévitablement, on se laisse aussi prendre au piège de ses dissimulations. Tom Reiss, de surcroît, succombe sans doute à l'identification avec certains aspects de sa propre ascendance juive. Son ambition est de restituer l'environnement historique, politique et culturel où son héros évolua. Or, surtout en ce qui concerne les premières années de ses péripéties, au Caucase, au Turkestan, bref avant Constantinople et l'Europe, les sources à croiser avec la prose affabulatrice de Lev sont rares ; il est donc difficile de distinguer les deux voix, alors même que l'on sait que l'une ment avec brio. Aussi, on trouve tel ou tel parti pris (anti-bolchevik, victimaire par rapport aux différentes manifestations de l'antisémitisme, unilatéral sur la question arménienne, idéalisant l'harmonie originelle entre sionisme et panislamisme), surtout dans les premiers chapitres, qui peut sourdre tour à tour d'Essad Bey, de Tom Reiss, ou de la transposition de l'un sur l'autre... Pourtant, dès lors que la possibilité du croisement des sources apparaît, le travail de Reiss devient minutieux, et l'impressionnant appareil bibliographique, des notes, ainsi que sa ténacité de détective dans les entretiens en témoignent. le lecteur qui a des envies d'historien, s'il est déçu d'abord, découvrira ensuite en compensation des informations précieuses sur le climat du Berlin d'entre-deux-guerres et surtout sur celui de l'émigration russe dans cette ville, laquelle était aussi composée de manière significative de Juifs, dans une dialectique d'une complexité aujourd'hui assez étonnante avec les fascismes. La porosité des relations internationales et des soutiens divers au nazisme avant la guerre est aussi un sujet qui ne cesse de nous laisser pantois. Sur ce point aussi, on ne peut qu'apprécier sans réserve les sources bibliographiques de Reiss, abondantes aussi dans les références d'époque ; j'ai une pensée spécifique pour les figures de Benjamin Disraeli, de George Sylvester Viereck et d'Ernst Hanfstaengl, à mon sens bien malheureusement méconnues.
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paulotlet
  31 août 2014
Tom Reiss a découvert l'existence de Kurban Said un peu par hasard, à l'occasion d'un voyage en Azerbaïdjan. Écrivain, auteur d'un roman extrêmement populaire dans le pays, son existence semble entourée d'un halo de mystère. Durant plusieurs année, le journaliste du New York Time enquête et découvre que Kurban Said est en fait un prince musulman qui défraya la chronique dans les années vingt et que, derrière cette identité se cache Lev Nussimbaum, un juif azéri, fils d'un magnat du pétrole ruiné par la révolution de 1917.
Reiss évoque avec beaucoup de verve le parcours incroyable de Nussimbaum, écrivain à succès, personnalité en vue des nuits berlinoises, orientaliste de talent et mythomane professionnel. Se basant sur plusieurs récits autobiographiques, tous frelatés, le journaliste essaye de dénouer l'écheveau de cette vie aventureuse, de faire émerger la réalité de milliers de pages, de dizaines de témoignages, d'archives fascistes. Une vérité d'autant plus fugace que Lev a brouillé toutes les pistes.
L'ouvrage est volumineux et replace tous les événement de la vie de Lev Nussimbaum dans leur contexte historique et politique. C'est parfois fastidieux, le souci du détail le poussant loin de sa cible. C'est aussi souvent imprécis, voire erroné; un travail de journaliste habitué aux belles formules et aux effets de manches plus que d'historien. le livre est aussi desservi par le fait que Reiss exprime plus d'une fois son opinion personnelle en manière telle qu'on ne sait plus très bien si c'est lui ou Lev qui s'exprime. Parfois même on a l'impression qu'il instrumentalise son personnage pour exprimer sa propre vision du monde. C'est particulièrement vrai pour tout ce qui concerne la Russie soviétique toute pétrie d'un anticommunisme assez simpliste.
Malgré ces réserves, je conseille le bouquin parce qu'il fait revivre avec beaucoup de verve une époque, dans des régions mal connues. L'évocation de la vie aventureuse de Nussimbaum, l'enquête qui conduit à dévoiler l'identité de Kurban Said tiennent le lecteur en haleine. J'ai lu cet Orientaliste au retour d'un voyage en Turquie et je revoyais les paysage anatoliens en parcourant les chapitres. Alors, si vous partez pour Goreme ou Bakou, n'hésitez pas à le mettre dans la valise.
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seriatim
  08 mai 2010
Tom Reiss raconte (et n'oublions pas sa traductrice Françoise Jaouën) avec talent la vie tumultueuse et dangereuse de Lev Nussimbaum né à Bakou en 1905, mort en Italie en1942.
Lev Nussimbaum aux identiés multiples et auteur prolifique, populaire nous emmène du Caucase à l'Europe des années 1918-1942.
Le biographe et son héros sont tous les deux d'une haute voltige: lisez-les!
Lien : http://www.seriatimonline.com
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
ApoapoApoapo   22 septembre 2017
« Lev était devenu adulte au moment où l'assimilation devenait un anachronisme, et où la révolution, qu'elle soit allemande ou russe, de droite ou de gauche, forçait les gens à choisir leur camp. […] Le nouveau tribalisme commençait à reconstruire les anciennes murailles du ghetto. Ils [les Juifs] étaient menacés par la chute brutale des anciens régimes impériaux et monarchiques, en dépit du fait que nombre d'entre eux l'avaient souhaitée et encouragée. Les vieux empires et autocraties, même au plus fort de la répression, avaient laissé un espace où les gens pouvaient continuer à vaquer à leurs affaires. Ce n'était pas le cas des systèmes idéologiques totalitaires que Lev connaissait. » (p. 266)
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paulotletpaulotlet   31 août 2014
Lev rencontra plus tard certains de ces princes et de ces ministres dans les années 1920 à Berlin, où les restes de la cour de Boukhara étaient venus rejoindre les milliers de Russes blancs qui avaient fait de la ville allemande leur capitale. Lev Nussimbaum, désormais musulman comme eux, était devenu célèbre sous le nom d'Essad Bey en se faisant le chroniqueur de leur splendeur, de leur corruption et de leur chute sans grandeur.
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ApoapoApoapo   22 septembre 2017
« De retour parmi la communauté flottante des exilés, Lev fut saisi de nostalgie pour "l'Orient" entrevu à Constantinople. Ses sympathies allaient au sultan et à sa cour. Le califat et le sultanat lui paraissaient des institutions éminemment respectables, et il avait eu le sentiment d'avoir trouvé un sens à la vie en contemplant le spectacle des mosquées et des bazars de la grande capitale islamique. […] Tous les révolutionnaires, tous les mouvements politiques extrêmes, et à vrai dire la politique moderne en général, le dégoûtaient et lui faisaient peur, et il se réfugiait dans les institutions permanentes dont les fondations remontaient à un passé lointain. » (p. 160)
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ApoapoApoapo   22 septembre 2017
« De même que Lev tira l'inspiration de ses livres et de ses articles sur le désert et l'islam de son voyage à travers le Turkestan à dos de chameau, son périple à cheval le long de la frontière entre l'Azerbaïdjan et la Géorgie lui fournit la matière première de ses ouvrages sur le Caucase. Ces deux influences, le désert et la montagne, allaient se fondre et devenir une solution spirituelle de rechange à l'oppression écrasante de la révolution, du totalitarisme et du conflit mondial. » (p. 131)
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