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Matt Mendelsohn (Illustrateur)Pierre Guglielmina (Traducteur)
EAN : 9782081205512
650 pages
Éditeur : Flammarion (03/09/2007)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 622 notes)
Résumé :
Depuis qu'il est enfant, Daniel Mendelsohn sait que son grand-oncle Shmiel, sa femme et leurs quatre filles ont été tués, quelque part dans l'est de la Pologne, en 1941. Comment, quand, où exactement ? Nul ne peut lui en dire plus. Et puis il découvre ces Lettres désespérées écrites en 1939 par Shmiel à son frère, installé en Amérique, des lettres pressant sa famille de les aider à partir, des lettres demeurées sans réponse…

Parce qu'il a voulu savoir... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (106) Voir plus Ajouter une critique
Melpomene125
  25 avril 2021
Ruchele Jager avait seize ans en 1941. Sur la photo, elle est une jeune fille belle et souriante.
Nous avons tous dans nos tiroirs quelques photos de nos aïeux prises dans leur jeunesse. J'avais demandé à mon grand-père des photos de lui quand il était jeune et ainsi j'avais récupéré un portrait de lui et ma grand-mère dans les années quarante. En 1941, il avait vingt-quatre ans et ma grand-mère vingt. Ils ont vieilli, pour le meilleur et pour le pire… Mais Ruchele, elle, n'a pas vieilli… Pourquoi ?... Parce qu'elle « a été tuée par les nazis ». Comment ? À cause de "la Shoah par balles ». Qu'est-ce que cela signifie? Que se cache-t-il derrière ces étiquettes très brèves, trop brèves peut-être?
Daniel Mendelsohn s'est posé la question et est parti enquêter aux quatre coins du monde, sur les traces de Ruchele, ses soeurs : Lorka, Frydka, Bronia et leurs parents: l'oncle Shmiel et la tante Ester.
Ce récit se lit à la fois comme une enquête policière, un essai philosophique et une réflexion historique, psychologique et métaphysique, grâce à l'insertion et aux commentaires de passages bibliques.
J'ai trouvé le texte agréable à lire malgré la gravité du propos. J'avais envie comme Daniel Mendelsohn de comprendre comment le mal et l'horreur absolu pouvaient soudain surgir mais aussi, comme lui, de savoir qui étaient ses quatre jeunes filles, comment elles avaient vécu, qui les connaissait, qui les aimait, quels souvenirs ceux qui les avaient côtoyées gardaient d'elles.
Daniel Mendelsohn est un conteur érudit et talentueux qui parvient à retracer les histoires croisées des membres de sa lointaine et défunte famille. le récit est toujours captivant, jamais glauque. Pourtant, il ne cache rien des horreurs de cette terrible période. Il sait faire preuve d'une grande empathie, tout aussi grande que son intelligence, son aptitude à apaiser les esprits tourmentés par la culpabilité et ainsi obtenir sans juger des confessions qui l'aident à mieux comprendre la situation politique des pays de l'Est dans les années quarante, comment tout a basculé dans la barbarie, comment le voisin est soudain devenu un ennemi qu'il fallait éliminer.
Ce livre est un hommage rendu aux êtres chers disparus pour qu'ils ne sombrent pas définitivement dans l'oubli. Soixante ans après, il n'est pas évident de trouver des témoins, d'anciens amis, petits amis qui, parfois, n'ont pas envie de se remémorer une page douloureuse de leur existence.
Dans Les Disparus, Daniel Mendelsohn voudrait d'abord savoir comment sont morts ses aïeux mais ce qu'il finit par apprendre, c'est surtout comment ils ont vécu. Ainsi, il les fait revivre à travers ses recherches et la quête de témoignages. Il reconstitue une époque révolue et qui pourtant n'est pas si différente de la nôtre. La jeunesse des quatre filles ressemblerait presque à la nôtre et à celle de nos enfants. C'est ce qui est troublant, effrayant, nous incite à la vigilance, à la réflexion sur le mal et comment il peut parfois surgir ou pourrait resurgir.
Ce récit revêt un caractère universel, intemporel et, à travers l'histoire personnelle de Daniel Mendelsohn, devient un livre qui honore aussi la mémoire de tous les peuples victimes de massacres de masse et de génocides.
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Bobby_The_Rasta_Lama
  05 mars 2021
"We shall not cease from exploration
And the end of all our exploring
Will be to arrive where we started
And know the place for the first time."
(T.S. Eliot, "Four Quartets")
Il n'est pas aisé de qualifier le brillant livre de Daniel Mendelsohn. Est-ce un roman, un document, un témoignage, une quête généalogique, un récit sur la Shoah ? On a un brin de chaque, et l'ensemble nous donne une histoire passionnante ; un livre nécessaire sur la transmission de la mémoire.
Imaginez qu'on vous pose des questions sur un ami que vous avez connu enfant. Seriez vous encore capable de vous en souvenir ? Donner des détails sur sa vie, sa famille, savoir ce qu'il est devenu ? Au fur et à mesure que les années passent, les connaissances et les événements d'autrefois tombent dans l'oubli. Parfois consciemment, parfois seulement parce que la vie est ainsi faite, et les vieux souvenirs se transforment, s'effacent, et disparaissent...
Il est de notre devoir d'humain d'entretenir la mémoire des 6 millions de victimes de la Shoah, et la littérature sur le sujet ne manque pas. Mais ceci est la quête personnelle d'un homme à la recherche du destin des six membres de sa famille, perdus dans cet océan anonyme. Et ces personnes ont bien un nom : son grand-oncle Shmiel Jäger, sa femme Ester, et leurs quatre filles - Lorka, Frydka, Ruchele et la petite Bronia.
Enfant, Daniel Mendelsohn - un Juif new-yorkais dont la famille vit en Amérique depuis trois générations - a toujours été fasciné par les vieilles histoires racontées par son grand-père. Y compris celles de Bolechow, la bourgade en Galicie où Shmiel, le frère de son grand-père, a décidé de retourner après son bref passage aux Etats-Unis pendant la guerre. Dans la famille Mendelsohn, on ne sait pas grand-chose sur la famille Jäger, seulement qu'ils ont été tous "tués par les nazis". Mais quand et comment sont-ils morts ? Est-il encore possible d'en savoir plus sur ces six disparus depuis le début des années 40, quand tant de Juifs ont péri dans les camps de concentration, et d'autres étaient fusillés lors des nombreuses razzias organisées ou spontanées un peu partout dans ce coin d'Europe ?
Mendelsohn est du genre obstiné. Ses recherches généalogiques, ses correspondances et ses fouilles méticuleuses pour trouver les témoins de ces événements - quelques "anciens de Bolechow" qui soient encore en vie - sont peu à peu couronnées de succès. Ses pas, en compagnie de son frère, le mènent d'abord à Bolechow (en actuelle Ukraine), puis aux quatre coins du monde, en des endroits aussi éloignés que l'Australie, Israël, la Suède ou le Danemark. Tant d'années après la guerre, c'est parfois littéralement une course contre la montre, et les résultats relèvent du miracle.
Alors oui, on saura... mais on saura aussi que la quête en soi peut devenir plus importante et révélatrice que son résultat final. Que des impasses peuvent cacher des portes secrètes qui s'ouvrent sur d'autres personnes et d'autres souvenirs. Que tout cela n'est en réalité jamais fini, et que les souvenirs sont importants non seulement pour qu'on sache comment les gens sont morts, mais aussi et surtout comment ils ont vécu.
Le destin de la famille Jäger n'est qu'une petite histoire perdue dans le cours de l'Histoire, et Mendelsohn va patiemment la reconstruire à l'aide de témoignages entrecroisés, enregistrements, anciennes notes, lettres et photos. Son écriture ne tombe jamais dans le pathos, même lors des passages glaçants sur les "aktions" à Bolechow, sur les comportements inhumains ou sur les observations de quoi on est parfois capable pour sauver notre vie, ou celle de quelqu'un d'autre. Mais le livre est aussi loin d'avoir un style sec et documentaire : chaque infime détail compte - les gestes, les intonations, les petites observations et souvenirs, les sonorités de certains mots, l'accent avec lequel ils sont prononcés ou la façon dont ils sont orthographiés - tout cela est parfois répété jusqu'à l'obstination, et donne une dimension très personnelle et presque mélancolique au récit.
Cette vaste entreprise est encore mise très intelligemment en valeur par son reflet dans la Torah et les quatre premiers récits de la Genèse. Ces passages ponctuent et organisent le livre de Mendelsohn et lui ajoutent une dimension supplémentaire, en nous rappelant l'histoire biblique du peuple juif. L'arbre de la connaissance fait écho aux arbres généalogiques, tout comme l'histoire de Caïn et Abel reflète non seulement Shmiel et son frère, mais aussi Daniel et son frère Matt, ainsi que les rapports entre les Juifs, les Polonais et les Ukrainiens à Bolechow. Tant de châtiments divins s'abattent sur le peuple juif, et à chaque fois Dieu va choisir seulement quelques justes qui doivent survivre. Peut on anéantir tout un peuple ? Condamner toute une nation pour cet anéantissement ? Peut on juger objectivement tous les actes du passé ? Certains des témoins de Daniel le pensent, d'autres préfèrent se taire ou occulter une partie de la vérité. Daniel ne juge pas, il veut juste savoir, afin de préserver ses "disparus" de leur disparition définitive.
Pendant la lecture j'ai souvent pensé à "l'immortalité" de Kundera : un livre qui met en parallèle "l'immortalité" des grands hommes qui se transmet par la mémoire collective, et la "petite immortalité" de tout un chacun, possible seulement grâce à la mémoire familiale, et bien plus difficile à entretenir. C'est cette "petite immortalité" qui est le but de la quête de Mendelsohn, en nous révélant au passage tout un pan de la grande Histoire. 5/5, avec tous mes respects, et non seulement au livre.
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Erveine
  17 juillet 2014
C'est un très beau livre. Daniel Mendelsohn nous explique l'objet de sa recherche.
Shmiel, son grand-oncle, sa femme et leurs quatre filles ont été tués, durant la seconde guerre mondiale, dans l'est de la Pologne, en 1941. Il va parcourir le monde et faire des allers-retours, de Bolechow en Ukraine, en Australie, en Suède, au Danemark et en Israël, puis une dernière fois, revenir à Bolechow, pour marcher dans les pas de Shmiel.
Il nous parle des ‘Aktions' allemandes lors de l'extermination des Juifs, celles des Allemands, mais aussi des Ukrainiens et du paradoxe des contextes de ‘temps ‘, celui de la guerre et de l'après guerre. Les bons Ukrainiens d'aujourd'hui dont l'accueil est si chaleureux et les mauvais Ukrainiens d'hier, ceux des milices, idem, des bons et des mauvais Juifs. Mais, qui est-on pour juger et surtout que savons-nous, qu'aurions-nous fait, nous, en de pareilles circonstances ?
Non ! Il ne juge pas, il ne veut pas juger. D'ailleurs, on ne lui dit pas tout, on ne peut pas tout lui dire et il y a des choses qu'on ne sait pas, tout simplement. Mais qu'est-ce qu'il cherche en fait ? Il en va de l'espoir au désespoir, celui de ne rien trouver là et de trouver ici des éclaircies qui lui donnent accès à des périodes de sérénité et même de ravissement, à l'évocation de souvenirs qui lui sont restitués, comme : « elle avait de belles jambes, elle était très jolie, elle était amoureuse... » Des périodes de son enfance : « les chaussures bien rangées, alignées à l'extérieur, à l'entrée de la maison. Non ! On ne pénétrait pas chaussé à l'intérieur... » Et jusqu'à ces souvenirs des savoirs faire en cuisine, des saveurs et des repas traditionnels, voire, ceux des rituels, puis les mots. Ces accents qui sont les reflets d'une parenté, d'un passé bien précis et de cette vie d'ailleurs, celle de ces gens-là. Non ! Ce n'est pas à proprement parler celle de l'oncle Shmiel, mais des moments d'intimité des autres familles, des familles qui se rapprochent de la sienne et donc, une intimité qui a pu être, la sienne, à Shmiel, comme celle toute semblable qu'il partageait avec son grand-père, celui qui savait si bien lui transmettre, de son être, de cette part de lui, à travers les histoires qu'il lui racontait et qui le transportait, lui, le petit Daniel. Cet enfant qu'on regardait bizarrement et dont la ressemblance avec Shmiel provoquait les pleurs, une attitude qui ne manqua pas de le troubler et d'attirer justement son attention sur cet oncle, celui, dont on ne parlait pas, dont on ne parlait plus, un silence, qui attisera sa curiosité jusqu'à cette détermination.
Écrire un livre. Ne pas renoncer. Aller jusqu'au bout de ses résolutions.
Oui ! C'est bien cela qu'il cherche Daniel, à travers tous ces récits, la reconstitution de son héritage affectif, de ces familles et de la sienne propre. Ce prolongement du grand-père qu'il a tant aimé et qui lui manque. C'est aussi ce que cherchent, tous ceux qui n'ont pas connu leurs vrais parents. Surtout au moment d'accueillir une nouvelle descendance. La femme, quand elle a tant besoin, avant d'enfanter, d'augmenter ces repères, comme si une conscience aveugle lui dictait qu'elle avait à transmettre à son tour et qu'il lui manquait, à elle, ses propres connaissances.
Il va même se battre contre le temps, ce temps qui passe et qui efface tout. Il s'attachera à Madame Begley jusqu'à son dernier instant, celui d'après, juste après qu'elle lui dise : « je vous aime, vous savez ».
C'est une belle oeuvre dont la construction est très agréable à lire. Les faits sont retranscrits de façon véridiques et sans exagération, sans extrapolation. Daniel fait mention des passages de la bible qui nous éclairent intelligemment et qui ont un effet réparateur, si je puis dire, l'effet de tempérer l'atmosphère autant que de l'expliciter, quand à l'esprit de la fratrie, par exemple, quand Cain tue Abel et puis des faits de théologie qui nous éclairent autant que la philosophie peut nous aider à comprendre que précisément, le fait de comprendre n'est pas absoudre, si ce n'est en nous, le refus d'être cela, c'est-à-dire d'accepter que nous soyons aussi nous-mêmes capables de tuer. Ce qui revient à dire que s'il n'est pas question de nier, il n'est pas question non plus de ne pas renier par un effort de compréhension que nous puissions être finalement, que cela.
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CorinneCo
  23 juillet 2014
J'écris cette mince appréciation au fil de la pensée (je viens de terminer le livre), donc cela risque d'être assez décousu et chaotique. J'ai toujours été sensible au "sauvetage" de la mémoire quel qu'elle soit. Tout en ayant à l'esprit que la mémoire est perfectible, mouvante, subjective, sélective, qu'elle doit se confronter au fleuve de la vie et à son érosion. Je dis d'emblée que je n'ai rien appris (au sens général) sur ce qui fut nommé "la Shoah par balles" ayant déjà une littérature historique sur le sujet derrière moi mais là en écrivant je me reprends tout de suite, car n'ayant jamais lu de témoignage sur ce qui se passa pour les juifs de la petite ville de Bolechow j'ai donc de ce fait appris quelque chose de plus. Je reviendrai, un jour, (sûrement à travers le livre du Père Patrick Desbois "Porteur de mémoire" ) sur cette période de l'extermination des juifs.
Daniel Mendelsohn part dans une enquête, une quête sur sa "mishpuchah " (famille). Il part au sens propre et figuré sur les trace du frère de son grand-père maternel adoré Abraham. Son grand-oncle Shmiel Jäger et sa femme Ester Schneelicht et de leurs quatre filles : Lorka, Frydka, Ruchele, Bronia, assassinés par les nazis. Cette affirmation énoncée souvent par les personnes les plus âgées de la famille de Daniel Mendelsohn, affirmation teintée de douleur, de mystère dont on parle sans parler. Et puis lui, Daniel il ressemble tant à Shmiel entend-il souvent....
Ce livre est une Odyssée. Récit très dense abordant l'histoire familiale, L Histoire, la Philosophie, la réflexion biblique. C'est aussi une méditation sur la part de hasard et d'inéluctable inscrit dans la vie de chacun. Collectant au fil des années auprès des membres de sa famille mais aussi d'organismes divers une somme considérable d'informations sur la famille de sa mère et de son père (certificats de naissance, certificats de décès, archives de registres de commerces, témoignages écrits et oraux, données généalogiques...) Il le dit lui-même, la seule zone d'ombre, la lacune récurrente est ce grand-oncle et sa famille (à part de très rares photos qu'il dissèque sans rien en retirer de probant). Une phrase, un mot, un nom inconnu, une réflexion anodine le persuade de pousser ses recherches, d'être plus méthodique et plus opiniâtre à sortir cette famille de l'oubli de leur vie.
Mendelsohn qui se décrit comme sentimental, digresse fréquemment, ses passions, ses souvenirs d'enfance, se mêlent souvent au récit.
Peu à peu, de ces témoignages émergera un monde effacé, annihilé, le monde des Shtetls.
C'est une course à travers le globe (on peut appeler cela ainsi puisque souvent l'âge avancé des témoins, impose à Mendelsohn un timing serré). Ce qui importe le plus et ce qui s'imposera de plus en plus dans les questions de Mendelsohn se sera de connaître la vie, d'avoir un nuage de la vie de ces six personnes. Il veut l'écoulement de leur quotidien, l'impression futile du souvenir (il était « toyb » (sourd), fier ; il avait la première radio de la ville ; elle avait de jolies jambes, elle était bonne cuisinière, elle portait son cartable comme ça, etc...).
Bien sûr inutile de rappeler que ceux qui témoignent, les vieilles juives et les vieux juifs de Scandinavie, d'Israël, d'Australie soit, ont pu partir à temps, soit se sont cachés jusqu'à la fin de la guerre. Ce sont donc des témoins "par défaut". C'est une parole réappropriée, passée au tamis de la distance de la réalité. Ce n'est que le récit d'une réalité. Ceux qui l'ont vues et vécues ne sont plus là.
Daniel Mendelsohn pense que malgré tous ses efforts, tous ces kilomètres engloutis, ces pays parcourus, toutes les questions posées et les réponses reçues, il ne saura jamais comment toute cette famille si lointaine et si proche, presque entrée dans son propre mythe a disparu. Même les vieilles et les vieux Ukrainiens de Bolechow sont bien vagues. Combien d'Aktion à Bolechow ? Deux, trois ? Qui a été tué en premier ? La fille la plus jeune ? Avec qui s'est caché Shmiel Jäger ? Ces deux filles les plus âgées ? Qui les a dénoncés ?
Daniel Mendelsohn décide donc de retourner une dernière fois à Bolechow (lui qui déteste revenir dans un endroit qu'il connaît déjà, il le fait presque par acquis de conscience). Il faut clore l'histoire, achever l'accomplissement de la quête. Et puis « genug ist genug ».
Daniel Mendelsohn a la réflexion sensible, « sentimentale », drôle parfois, érudite, douce et respectueuse. Il écrit sur la démarche de chercher,qu'il lie à l'action de création et Création. de cette démarche parfois infime en sortira une chose importante, banale peu importe, mais cette chose obscure et invisible qui pour lui a toujours été là est rendue visible et lisible de part la décision de chercher.
Dans ce retour morne qu'il raconte comme la fin d'une énigme policière, avec un sens indéniable de la narration mais surtout de la « chute », soudain le puzzle s'emboîte. Il trouve.

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Allantvers
  12 juin 2015
J'ai dévoré en huit jours ce gros livre de plus de 900 pages, un livre de mémoire dont la richesse et la profondeur m'ont littéralement happée.
Bien sûr, le volet historique sur la civilisation juive disparue d'Europe de l'Est est passionnant, et je vous mets au défi de ne pas à un moment ou un autre de votre lecture googleliser tel lieu ou tel nom pour en savoir plus. D.Mendelsohn m'a d'ailleurs emmenée au-delà de l'intérêt purement historique, car en extirpant du grand tout indifférencié des victimes de l'holocauste quelques individus précis de sa famille et son entourage à Bolechow, village ukrainien proche de la Pologne, il m'a apporté ce "révélateur de réalité" que j'attendais de son livre.
Mais le récit de cette longue quête n'aurait pas été si riche de sens sans l'honnêteté intellectuelle dont l'auteur a fait preuve dans sa démarche : D.Mendelsohn n'a pas d'a priori sur ce qu'il cherche ni sur ce qu'il va trouver, et prend soin de ne jamais être dans le jugement. Grâce à cet état d'esprit, il laisse sa recherche dévoiler toutes ses richesses propres : "Je croyais et je crois encore que si vous vous projetez dans la masse des choses, vous ferez par l'acte même de chercher se produire quelque chose qui sinon n'aurait pas eu lieu".
Ce faisant, éclairant par des passages de la Bible le lien impossible entre grande et petite histoire, l'auteur déploie au fil de ses découvertes une réflexion sur la mémoire, sur le bien et le mal, sur la communauté, l'identité, le poids du temps et de la vie...
Un témoignage nourri de réflexions d'un calme étourdissant, profondément humain, où l'on va de découverte en émotion, avec le sentiment de parcourir le grand livre du monde.

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Citations et extraits (105) Voir plus Ajouter une citation
etvousetvous   01 mai 2021
Qu'est ce que la mémoire ? la mémoire, c'est ce dont on se souvient.
Non , on change l'histoire; on se la rappelle Une histoire pas un fait.
Ou sont les faits ? Il y a la mémoire; il y a la vérité_ on ne peut pas savoir jamais
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Melpomene125Melpomene125   22 avril 2021
Mon désir de posséder un tel récit n’était pas très différent du désir qu’avait mon grand-père de croire aux histoires du voisin juif ou de la bonne polonaise. Les deux étaient motivés par un besoin de croire à une histoire qui, aussi horrible fût-elle, donnait un sens à leurs morts – qui ferait qu’ils seraient morts de « quelque chose ». Jack Greene m’a dit autre chose, ce soir-là : ses propres parents, comme Shmiel, avaient espéré pouvoir mettre leur famille à l’abri, obtenir des visas ; mais, en 1939, la liste d’attente pour obtenir des papiers était de six ans (et six ans plus tard, tout le monde était mort, a-t-il ajouté). Comme je suis quelqu’un de sentimental, j’aimerais croire – nous ne le saurons jamais, bien sûr – que mon grand-père, ses frères et ses sœurs, ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour Shmiel et sa famille. Ce que nous savons, au moins, c’est que, en 1939, rien de ce qu’ils auraient pu faire n’aurait pu les sauver.
Pendant tout notre voyage, j’avais été déçu parce que aucune des histoires dont j’avais entendu parler n’était confirmée par ce que nous pouvions entendre et voir ; pendant tout le voyage, j’avais désiré un récit passionnant. C’était seulement en écoutant Jack Greene que j’ai compris que j’étais à la recherche de la mauvaise histoire – l’histoire de la façon dont ils étaient morts, plutôt que celle dont ils avaient vécu.
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LutvicLutvic   28 juin 2020
C'est cet échec arbitraire à comprendre Sodome dans son contexte, en tant que métropole ancienne du Proche-Orient, en tant que lieu de plaisirs sophistiqués et même décadents, de beautés hyper-civilisées, qui aboutit à cette incapacité du commentateur à saisir la véritable signification des deux éléments cruciaux de cette histoire : le commandement de l'ange à la famille de Lot de ne pas se retourner vers la ville qu'ils fuient et la transformation de la femme de Lot en statue de sel. Car si vous voyez en Sodome quelque chose de beau – qui le paraîtra encore plus, sans aucun doute, du fait qu'il faut l'abandonner et la perdre à jamais, précisément de la même manière que des parents morts sont toujours plus beaux et meilleurs que ceux qui sont encore en vie –, alors il me paraît clair que Lot et sa famille reçoivent l'ordre de ne pas regarder en arrière non comme une punition mais pour une raison pratique : parce que le regret pour ce que nous avons perdu, pour les passés que nous devons abandonner, empoisonne parfois toute tentative pour commencer une vie nouvelle, ce qui est ce qui attend Lot et sa famille, tout comme l'avaient fait Noé et sa famille, et comme doivent le faire d'une manière ou d'une autre tous ceux qui ont survécu à d'horribles annihilations. Cette explication, à son tour, permet d'expliquer la forme prise par le châtiment de la femme de Lot – si c'est bien un châtiment, ce que je ne crois pas personnellement, dans la mesure où, selon moi, cela ressemble beaucoup plus à un processus naturel, à l'expression inévitable de sa personnalité. Pour ceux qui sont contraints par leur nature de regarder toujours en direction de ce qui est passé, plutôt que vers l'avenir, le grand danger, ce sont les larmes, les sanglots impossible à contenir dont les Grecs, sinon l'auteur de la Genèse, savaient qu'ils n'étaient pas seulement une douleur mais aussi un plaisir narcotique : une contemplation endeuillée et cristalline, si pure, qu'elle peut finalement vous immobiliser.

Quatrième partie : « Lech Lecha, ou En avant ! (juin 2003-février 2004) », 4. « Chez soi de nouveau (un faux dénouement) », pp. 808-809.
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Bobby_The_Rasta_LamaBobby_The_Rasta_Lama   01 mars 2021
Alors que nous passions devant la Zeremonienhalle, qui était, je ne me rendais pas compte alors, une reconstruction, une restauration d'un édifice qui avait été incendié le soir du 8 novembre 1938, et marchions en direction des tombes proprement dites, le panorama qui nous a accueilli était celui d'un grand vide. Car de ce vaste terrain qui avait été acheté par les Juifs de Vienne dans les années 1920 pour la nouvelle section du cimetière, une fois que l'ancienne section avait été surpeuplée par les morts de cette florissante communauté, seule une petite portion était occupée par les tombes. A côté de ces tombes (presque aucune d'entre elles, avons-nous remarqué en y circulant, ne porte de dates postérieures au début des années 1930), se déployait une vaste prairie vide. Nous l'avons regardée fixement pendant un moment, avant de comprendre que la Nouvelle Section juive était en grande partie vide parce que tous les Juifs qui auraient dû être enterrés là, selon le cours normal des choses, étaient morts dans des circonstances qu'ils n'avaient pas prévues et s'ils avaient été enterrés, l'avaient été dans d'autres tombes moins élégantes qu'ils n'avaient pas choisies. [...] J'avais passé pas mal de temps dans les cimetières, mais il ne m'était pourtant jamais venu à l'esprit, avant cet après-midi dans le Zentralfriedhof, que les cimetières, eux aussi, pouvaient être vidés de leur vie.
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mariecesttoutmariecesttout   10 février 2014
Mais aujourd'hui, je peux voir que la véritable raison pour laquelle je préférais les Grecs, par dessus tous les autres, aux Hébreux, c'était que les Grecs racontaient les histoires comme les racontait mon grand-père. Lorsque mon grand-père racontait une histoire- par exemple celle qui se terminait par Mais elle est morte une semaine avant de se marier- il ne recourait pas au procédé évident de commencer par le commencement et d'en finir par la fin; il préférait la raconter en faisant de vastes boucles , de telle sorte que chaque incident, chaque personnage, mentionné pendant qu'il était assis là , sa voix de baryton déchirante oscillant sans cesse, avait droit à sa mini-histoire, à une histoire à l'intérieur de l'histoire, un récit à l'intérieur du récit, de telle sorte que l'histoire ne se déployait pas ( comme il me l'a expliqué un jour) comme des dominos, une chose se produisant après une autre, mais plutôt comme des boîtes chinoises ou des poupées russes, chaque évènement en contenant un autre, qui à son tour en contenait un autre, et ainsi de suite. D'où le fait, par exemple, que l'histoire qui expliquait pourquoi sa soeur superbe avait été obligée d'épouser son cousin laid et bossu commençait, nécessairement du point de vue de mon grand-père , par l'histoire de son père mourant brutalement , un matin, dans le spa de Jaremcze, puisque c'était après tout le début de la période difficile pour la famille de mon grand-père, des années terribles qui allaient en définitive forcer sa mère à prendre la décision tragique de marier sa fille au fils bossu de son frère, en paiement du prix du passage en Amérique pour commencer une nouvelle vie, mais tout aussi tragique au bout du compte. Bien entendu, pour raconter l'histoire de la façon dont son père était mort brutalement, un matin, à Jaremcze, mon grand-père devait s'interrompre pour raconter une autre histoire, l'histoire de lui et de sa famille, à la période faste, passant des vacances dans certains spas magnifiques à la fin de chaque été, par exemple à Jaremcze, sur les contreforts des Carpates, quand ils n'allaient pas au sud mais à l'ouset, dans les spas de Baden ou de Zakopane,un nom que j'adorais. Ensuite, pour donner une meilleure perception de ce qu'était la vie à l'époque, pendant cette période dorée d'avant 1912 et la mort de son père, il repartait plus loin dans le temps pour expliquer ce qu'avait été son père dans leur petite ville, quel respect il avait inspiré et quelle influence il avait exercée; et cette histoire, à son tour, l'emmenait au tout début , à l'histoire de sa famille à Bolechow depuis que les premiers Juifs y étaient arrivés, depuis la période où Bochelow n'existait pas encore....
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Vidéo de Daniel Adam Mendelsohn
Daniel Mendelsohn vous présente son ouvrage "Trois anneaux : un conte d'exils" aux éditions Flammarion. Entretien avec Véronique Béghain.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2450829/daniel-mendelsohn-trois-anneaux-un-conte-d-exils
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