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ISBN : 9791095360964
Éditeur : L Antilope (22/08/2019)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Quarante ans après les faits, le narrateur revient sur un épisode traumatisant de son enfance : l’exclusion de son collège, pour avoir adressé, avec deux camarades, une lettre antisémite à son professeur d’anglais.
Quelques années plus tard, le narrateur, fils d’une mère juive et d’un père catholique, deviendra spécialiste de culture juive. Que s’est-il passé entre ces deux moments de son histoire ?
Le narrateur tente de décortiquer l’imbrication des c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Cancie
  08 septembre 2019
Au milieu des années 1970, Gilles, le narrateur, jeune élève au collège des Mattons à Vizille, est un brillant élève ; quarante ans plus tard, alors qu'il est devenu spécialiste de culture juive, un message électronique reçu lors d'un colloque va l'obliger à convoquer ses souvenirs pour revenir sur un épisode s'étant déroulé lorsqu'il était en classe de cinquième.
Le roman débute avec une photo de classe "année scolaire 1974-1975" prise au collège de Vizille, sur laquelle se trouve notre narrateur.
J'ai immédiatement embarqué avec lui, en retrouvant avec plaisir ces années-là dans une région très proche de la mienne. Même si c'est souvent un peu teinté de nostalgie, il est toujours très agréable de se voir plongée quarante ans en arrière.
Je crois que tout lecteur peut se retrouver dans cette vie de collégien et je pense que l'auteur a très bien analysé les sentiments de ce jeune ado, encore enfant et donc un peu naïf. Il a su également entretenir le suspense avec maestria avant de nous dévoiler quel avait été ce fameux évènement qui avait marqué cette année scolaire 75. Une fois l'épisode crucial dévoilé, j'ai suivi Gilles, le narrateur, avec grand intérêt dans ses tentatives de décortiquer l'imbrication des conflits politiques des années 70 et des malaises familiaux. Quelle torture mentale pour lui qui ne se souvient que de très peu de choses et qui tente néanmoins de convoquer des souvenirs enfouis et refoulés pour reconstituer ce sombre épisode.
L'auteur creuse alors l'identité juive et nous fait part des différences existant suivant leur origine. N'oublions pas que l'auteur est spécialiste de culture juive !
Cette recherche de souvenirs et de sensations qui forment un tas, comme un empilement d'aiguilles de mikado qu'il faut tenter d'extraire une à une, souvent en se piquant, est menée avec beaucoup de patience et de talent.
Ce court roman autobiographique de 186 pages dont le sujet principal est la quête d'identité m'a séduite par les multiples aspects qu'il aborde : la vie au collège puis au lycée, la mémoire, qui peut se révéler souvent capricieuse, l'histoire de la 2ème guerre mondiale avec ses camps de déportation et l'antisémitisme toujours d'actualité. Ce sont tous, des sujets très sérieux et pourtant, Gilles Rozier a réussi à les développer en les saupoudrant assez souvent d'un humour très fin. Une recette du gâteau au chocolat de la grand-mère de son père qui, sans nul doute, sera ma prochaine expérience culinaire, nous est d'ailleurs offerte. Il a su également créer une forme d'expression à part, en écrivant certaines expressions très importantes pour lui, sans espace et en italique : lusine, mortendéportation, lévènement, endéportation, copinesdedéportation, lesJuifs, lescamps, ce que j'ai trouvé très efficace et original.
Mikado d'enfance de Gilles Rozier : un livre que je recommande chaleureusement !
Livre lu dans le cadre des Explorateurs de la rentrée littéraire 2019 de Lecteurs.com.

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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hcdahlem
  23 août 2019
«Vieux Juif, tu seras puni par le IIIe Reich»
Gilles Rozier aurait bien aimé dire qu'il n'y était pour rien, mais aujourd'hui, quarante ans après les faits, il revient sur le courrier antisémite adressé à l'iun de ses professeurs et nous livre avec «Mikado d'enfance» un roman sensible et, sans doute, la clé de sa vocation.
Quatre enfants au milieu des années soixante-dix. De Gaulle est mort, la parenthèse Pompidou vient de s'achever et le nouveau président Valery Giscard d'Estaing entend moderniser sa fonction et la France «qui n'a pas de pétrole, mais des idées».
Nous sommes à Vizille, dans la «grise vallée de la Romanche», où la moitié de la population travaille à l'usine de Jarrie, propriété d'Ugine-Kuhlmann. C'est aussi le cas du père de Gilles, le narrateur, qui est ingénieur dans cette entreprise qui fabrique de la soude et du chlore, dont les émanations empestent l'atmosphère.
La famille s'est installée à sept kilomètres, à Champ-sur-Drac, dans la cité ouvrière. Sur la photo de classe de la cinquième 2 de l'année scolaire 1975-1975 du collège de Vizille, il est au premier rang. Derrière lui, Vincent et Pierre sont les deux seuls garçons «parmi une série de filles longues comme des tiges de marguerites». Il aimerait se rapprocher de ses camarades de classe, parce que son statut social, mais aussi le fait qu'il ait un an d'avance le marginalisent quelque peu. Sans oublier le fait qu'il préfère les poupées au rugby et faire de la pâtisserie avec son amie Pascale. Aussi quand l'occasion se présente d'aider Vincent et Pierre, il ne va pas hésiter. Ayant retrouvé les adresses des professeurs dans l'annuaire, il va transmettre celle de son prof d'anglais auxquels ils destinent ce message: «Vieux Juif, tu seras puni par le IIIe Reich». Bien que Gilles ne l'ait pas vu, il va se retrouver quelques jours plus tard en conseil de discipline et sera exclu du collège. Sanction traumatisante, notamment pour sa mère qui aura ce cri du coeur: «Comment voulez-vous que mon fils soit antisémite alors que mon père est mort à Auschwitz ?»
Gilles ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive. Et quarante ans plus tard, il continue à s'interroger: «J'avais cheminé dans la vie, presque toujours avec la sensation que je n'étais pas maître de mon destin, comme si j'avais pris place à l'avant d'une locomotive et qu'à l'approche d'un aiguillage, j'ignorais si la machine emprunterait les rails de droite ou ceux de gauche. Et le chemin de fer n'avait cessé de proposer de nouveaux aiguillages, de sorte que quarante ans plus tard j'étais incapable de reconstituer le trajet, la suite de hasards, de rencontres, de fuites, d'injonctions, de tentatives d'échappement et de décisions qui m'avaient amené à vouer ma vie au yiddish, à l'hébreu, aux langues juives. Etait-ce vraiment lévénement qui avait tout déclenché, comme le coup de sifflet d'un chef de gare, me lançant dans cette course folle, cette vie étourdie?»
On serait tenté de répondre par l'affirmative et d'absoudre le garçon. Mais au-delà de «l'anecdote», ce qui donne la force à ce roman, c'est bien ce questionnement qui n'a jamais cessé et l'idée sous-jacente que celui qui trouve n'a pas vraiment cherché. Gilles Rozier continue donc de chercher et nous avec lui les fondements de cette culture juive et ceux de son identité. C'est à la fois pudique et profond. C'est une belle découverte de cette rentrée.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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mollymon
  19 septembre 2019
Alors qu'il était gamin, Gilles s'est retrouvé (involontairement ?) complice d'une très mauvaise blague de potaches qui lui vaut le conseil de discipline de son collège pour antisémitisme.
Ce bon élève a la sensation d'avoir commis une faute grave mais qu'il ne comprend pas vraiment puisqu'il n'a pas les clés pour en saisir toute la portée. Après l'avoir profondément enfoui en lui pendant des années, cet épisode douloureux ressurgit de façon inopinée, l'obligeant à se replonger dans ses souvenirs d'enfance afin de se libérer de ce qu'il considère encore comme traumatisant mais aussi fondateur de ce qu'il est devenu.

Dans ce mikado où les souvenirs font office de baguettes, Gilles Rozier se livre avec la simplicité de l'enfant de douze ans qu'il était quand "l'événement" fâcheux s'est produit. Une voix fraîche et naïve, légèrement teintée d'humour, pour aborder des sujets graves tels que la mémoire et la transmission.
Né de parents profondément anti-cléricaux, ce n'est que tardivement qu'il découvre sa part de judéité, un héritage dont sa mère veut le protéger car inconsciemment considéré comme dangereux. C'est ce silence maternel sur ses racines, maintenant Gilles dans la méconnaissance de son identité profonde, qui a pu provoquer tout aussi inconsciemment le fameux "événement" . En 40 ans, il s'est bien rattrapé en apprenant le yiddish et l'hébreu et en faisant connaitre la richesse de la culture juive grâce à L'antilope, sa maison d'édition.
Je connaissais Gilles Rozier uniquement en tant qu'éditeur, je suis ravie d'avoir enfin découvert sa jolie plume si sensible !
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Leraut
  26 août 2019
Ouvrir « Mikado d'enfance » c'est déjà un acte fort, des plus citoyens. Deviner que ce jeu d'adresse est patience et quintessence. Respecter l'envolée de la première page et pénétrer dans un récit de renom, subrepticement, le regard plongé dans les plus respectables délivrances de l'auteur Gilles Rozier. Ce récit solaire, extraordinaire, puissant et riche d'une initiation à la vie et à la quête de soi est beau à pleurer. Ce plaidoyer lumineux qui encense la vérité absolue, la sincérité et ses ouvertures, est un hymne à la beauté des coeurs et des croyances les plus nobles. Gilles Rozier est cet enfant entre deux rives dont on rêve de caresser les cheveux et de l'élancer dans l'aube nouvelle. Sa force et son altérité n'auront pas besoin du lecteur. Seul, il va franchir après bien des tumultes le soleil levant de sa liberté de croyance. Cette métamorphose prendra racine dans un contre-jour lorsqu'il refuse la pensée même de ses propres actions et leurs conséquences. le monde des adultes est impitoyable pour des enfants qui ont écrit à leur professeur Monsieur Guez un billet antisémite. « Vieux juif, tu seras puni par le IIIème Reich » Gilles a fait trembler le Mikado de son enfance. Il a oeuvré au passage des mots qui auraient pu tout détruire sur le mont de sa vie en création. Racisme et intolérance ? Ces enfants ont risqué la faille du jeu sur leurs consciences. Plus qu'un billet, ces enfants égarés ont copié le modèle des êtres qui, ne savent pas et les horreurs d'un racisme qui détruit l'universalité d'un peuple les plus aimants. Il faut atteindre les racines du mal détruire le Mikado d'enfance et renaître tel le Phénix pour pardonner à soi-même ce que les intolérants des siècles passés ont écrit comme fausse vérité à la face du monde. Ce récit est majestueux, sa leçon de vie est la ligne messagère que laissent les oiseaux migrateurs au summum d'un ciel des plus symboliques et paraboliques lorsque la pureté s'élève de l'intériorité. Cet enfant, Gilles, adulte devenu, altruiste et messager, voue sa vie à modeler avec la glaise d'amour les syllabes d'un Yiddish immortel. Ce récit est un langage hédoniste à apprendre par coeur. Il faut lever le voile du filigrane et lire l'invisibilité. C'est une barque sur la mer qu'on ne voudrait jamais quitter des yeux. Je sais qu'en lisant cet écrin j'ai appris la marche du désert, j'ai foulé le sable rouge qui divinise et j'ai appris par coeur la majuscule du premier mot nourricier de ce grand livre C pour comprendre. le point final est oeuvre. Ce récit est une clé. Publié par Les Editions L'Antilope « Mikado d'enfance » est en lice pour le Prix Hors Concours 2019 et c'est une grande chance. Merci Monsieur Gilles Rozier pour mes larmes sur votre chef-d'oeuvre. A lire et relire mille fois. Culte.
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Christlbouquine
  07 septembre 2019
J'ai lu d'une traite ce livre qui m'a transportée dans les années 70 et dans les pensées intimes du narrateur.

Un mail est à l'origine de la résurgence d'un pénible souvenir qui a marqué l'enfance de Gilles, miroir de l'auteur.

Nous sommes en 1975, Gilles est au collège. Par fanfaronnade ou désir de se faire bien voir de deux de ses condisciples, il se retrouve embarqué dans une sordide histoire d'antisémitisme qui vise l'un de leurs professeurs. Un événement qui lui vaudra deux semaines d'exclusion. Quarante ans après, il revient sur les faits, cherchant à les comprendre et à les analyser. Et surtout à expliquer en quoi cet incident passé a été le déclencheur d'une succession d'événements et de changements qui l'ont conduit à devenir un spécialiste de la culture juive.

Ce livre est un véritable plaisir de lecteur. A la fois d'une grande simplicité dans la narration et complexe dans les questions qu'il éveille.

Gilles Rozier nous plonge avec réalisme dans l'ambiance des années 70. Il évoque avec pudeur les relations assez distantes que le narrateur entretient avec son père et son frère, parle en filigrane de l'homosexualité et du rapport de proximité qu'il a avec sa mère. Mais surtout il raconte avec sensibilité son grand-père mort en déportation, sa tante déportée et les douleurs d'enfance de sa mère qui se sont probablement transmises d'elle à son fils.

Au-delà de l'événement honteux qu'il a cherché à enfouir au plus profond de sa mémoire, l'auteur interroge sur la filiation et la transmission.

Le récit, pourtant très court, réussit la prouesse d'alterner des moments de vie intime avec de véritables instants de grâce, comme cette intervention de la mère de Gilles face au conseil de discipline, que je trouve à la fois si juste et si naïve : « Comment voulez-vous que mon fils soit antisémite alors que mon père est mort à Auschwitz ? ».

Le roman raconte aussi dans le détail, d'un côté, les sentiments du jeune Gilles et, de l'autre, la compréhension des événements quarante ans après à la lumière de l'histoire familiale.

L'auteur ne donne pas ici l'impression que l'histoire douloureuse de la famille maternelle ait été secrète, comme cela a pu être le cas dans certaines familles, mais il semble qu'en tant qu'enfant il lui a manqué certaines clés pour comprendre l'étendue de l'horreur et ce que cela impliquait.

L'ensemble de ce récit m'a touchée par ce qu'il traduit de la solitude de l'enfance, à travers les rapports que Gilles entretient avec ses camarades et avec sa famille. C'est un récit à la fois très intime et très universel qui parle à la lectrice que je suis et qui a aussi été élevée dans les années 70. C'est évidemment, et surtout, un magnifique hommage rendu aux personnes qui ont subit la déportation et dont l'histoire reste à jamais ancrée au coeur des familles.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
CancieCancie   11 septembre 2019
Mon père avait la République chevillée au corps. C'était sa religion. Hors la République point de Salut. Il n'aurait jamais inscrit ses enfants dans le privé, alors mon frère et moi avons toujours fréquenté l'école publique. Il ne s'agissait pas seulement d'une foi infaillible dans son enseignement institué sous la troisième République en bras armé de la Nation. Il avait la conviction que le brassage était le ferment de la vie en société.
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hcdahlemhcdahlem   23 août 2019
Je me souviens du slogan clamé sur toutes les ondes après la première crise pétrolière, celle de 1973. La France s’est lancée dans la chasse au « gaspi » et les spots annonçaient : « En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. »
En 1978, mon père nous promettait l’exil au Québec si l’Union de la gauche remportait les élections législatives. J’ai commencé à m’imaginer sur un traîneau tiré par des chiens, dans des forêts bien plus denses que nos forêts des Alpes et des étendues de neige bien plus immenses que les nôtres.
1979. La gauche n’était pas passée mais nous sommes quand même partis. Dans le Pas-de-Calais. Mon père y était muté. Il a fallu recommencer une vie, se faire des nouveaux amis. C’était peut-être mieux ainsi.
1975, rien. Le rien du journal de Louis XVI en date du 14 juillet 1789. Rien dans l’histoire de France, rien dans ma vie, seulement cette classe de cinquième 2 au collège de Vizille, un bourg traversé l’hiver par les skieurs de l’Europe entière en route vers l’Alpe d’Huez.
Vizille ensommeillée en aval de la grise vallée de la Romanche dont les rares habitants ne voient le soleil que quelques heures par jour en été, jamais en hiver. Vizille, son château édifié par le connétable de Lesdiguières, son collège flambant neuf construit sur le modèle d’Édouard-Pailleron à Paris. En 1973, l’incendie du collège Édouard-Pailleron avait fait vingt morts.
Il s’était passé quelque chose en 1975, mais je l’avais éjecté de ma mémoire, placé dans un recoin de mon cerveau.
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CancieCancie   10 septembre 2019
La mémoire est une pelote de laine, un nœud de serpents, des grains de riz dans un bocal, un jeu de mikado. Comment tel souvenir est-il invité à remonter à la surface de cet embrouillamini ?
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CancieCancie   11 septembre 2019
Les écrivains peuvent faire mal sans le vouloir. En convoquant le dévoilement de leur existence, ils emportent celle d'autres qui ne demandent qu'à vivre en paix. Ils embarquent dans leur cérémonie des vies qui ne sont pas les leurs.
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hcdahlemhcdahlem   23 août 2019
INCIPIT
L’ardoise tenue par cette adolescente blonde indique « année scolaire 1974-1975 », mais sans la précision, l’on comprendrait au premier coup d’œil que la photo a été prise dans les années 1970. La professeure de mathématiques exhibe une coiffure à la Mireille Darc dans Le téléphone rose, version brune. Les cols de chemise sont pointus, les pantalons évasés, « pat’ d’éph » comme on disait.
Il est assis au premier rang, le deuxième à partir de la gauche. Il a les cheveux longs mais sans outrance, une coiffure beaucoup moins exubérante que celle de ses camarades, on devine qu’il n’ose pas l’excès de ces années où pourtant presque tout est permis. Il est habillé de bleu, pantalon de toile bleue, chemise ciel, blouson bleu. La couleur dictée par sa mère. « Un enfant aux yeux bleus porte du bleu. » Il est assis au premier rang parce qu’il est petit. Il a un an d’avance. Bon élève, donc. Son corps n’est pas encore passé à la moulinette de l’adolescence alors le photographe ne l’a pas placé à côté de Vincent et de Pierre, le blond et le brun debout au dernier rang, les deux seuls garçons sur la ligne de crête parmi une série de filles longues comme des tiges de marguerites : Pascale, Christine, Ghislaine, Éva, Josiane, Marylène. Peut-être est-il devant, collé à la prof de maths, parce qu’il est bon élève, un peu fayot même, il a toujours aimé l’école, il adorait le maître en primaire, et à présent les professeurs du collège. En classe, il est souvent le premier à répondre. Sur son visage, un sourire à peine esquissé. De la tristesse dans son regard. On me le dit encore : j’ai une tristesse dans la pupille dont je ne parviens pas à me départir. Car lui, c’est moi. Enfin pas tout à fait. Un moi à plus de quarante ans de distance, un collégien dont je ne me souviens guère, un garçon encore niché auquel je n’ai plus vraiment accès. Il s’est perdu dans le lointain pays de l’enfance, dans l’épais brouillard des années passées. Elles se sont agglomérées les unes aux autres et ont laissé une masse de souvenirs et d’oublis, série de flashs aspirés par une matière noire, un flou dans lequel il faut sans cesse poser des balises afin qu’il ne se transforme définitivement en chaos.
J’ai un souvenir très vif de la mort du général de Gaulle en 1970. Je me souviens du visage de mon père quand il a appris la nouvelle à la radio. Il perdait son père spirituel, celui qui accompagnait sa vie depuis l’enfance. Je ne comprenais pas très bien comment la mort d’un chef d’État pouvait tant l’affecter et je me suis tu, me contentant d’observer.
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Videos de Gilles Rozier (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Gilles Rozier
Gilles Rozier vous présente son ouvrage "Mikado d'enfance" aux éditions L'Antilope. Rentrée littéraire Septembre 2019.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2339703/gilles-rozier-mikado-d-enfance
Notes de musique : Youtube Audio Library
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