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Jean-Luc Lacarrière (Traducteur)
EAN : 9782070379460
336 pages
Gallimard (15/05/2009)
3.73/5   11 notes
Résumé :
Paru en 1966, ce recueil exprime la condition de l'exilé, oscillant entre ombre et lumière, mémoire et quête de l'ailleurs, érotisme et sentiment amoureux.
Que lire après Cahier du nomade : Choix de poèmes 1946-1997Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Chez Tomàs Segovia, l'exil est fondateur et non déracinement. le nomade, berger, voyageur, prophète ou encore exilé, est homme en mouvement : toutes ces figures tiennent une place privilégiée dans sa poésie parce qu'elles représentent l'origine de la parole.

C'est aussi le temps et l'amour, consubstantiels à l'homme, temps et amour du corps, de la nature, du monde. D'une expressivité intense, l'écriture poétique de Tomàs Segovia est d'une rare qualité et d'une intensité remarquable.
Lien : https://tandisquemoiquatrenu..
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Les rencontres poétiques ne se font plus par hasard. Alors que j'attendais que le libraire du Grain des mots, à Montpellier, trouve dans ses rayonnages l'essai de Baudouin de Bodinat, La vie sur Terre, afin de l'offrir à un ami belge, je feuilletais le matricule des anges, revue littéraire tombée du ciel et irradiant depuis son présentoir. Je filais illico à la rubrique poésie et découvrais l'anthologie de Tomàs Segovia, Cahier du nomade. La puissance avec laquelle les hispanophones contemporains ont investi la poésie faisait rougeoyer avec encore plus d'éclat un titre prometteur. Bien m'en a pris d'acquérir le 449e ouvrage de la collection Poésie chez Gallimard ! Celui qui va mourir sans amour dans l'arène des tourments salue le poète dont les mots, même traduits dans une autre langue, réveille l'ardeur dans le feu : « Tout me brûle et me détruit, tu as dit que tu m'aimes ». D'autres vers puisés dans le courant vif du recueil disent encore la douleur de vivre et la nécessité d'aimer : « tu es la langue dans laquelle je me parle/ne me laisse pas sans toi je n'ai pas de visage » ; « Mes baisers pleuvront sur ta bouche océanique ». Plus loin, au détour d'une poésie qui file chronologiquement au rythme de la vie du poète, on peut lire : « Nous ne vivons pas dans ce que nous vivons/nous délirons de chagrin ». Certains longs poèmes, Discours, possèdent une densité étonnante, frappante. Il y a parfois quelques baisses d'intensité mais la lecture apporte suffisamment de plaisir pour que la reconnaissance soit acquise une fois de plus à un grand poète de nulle part et de partout, parlant la langue d'une humanité lucide, généreuse et sensible : « Et celui qui pense aux marges/s'efface dans la poussière ». Cela sonne comme une épitaphe. le dernier poème du recueil, « le vieux poète », est particulièrement émouvant, « Eternel amoureux sans défense » […] « Renonçant à être parole pour être résonance ». Toute l'humilité, la clairvoyance et la grandeur du poète y sont condensées, prêtes à exploser quand le lecteur aura dégoupillé la grenade des mots.
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Fausse poésie de l'exil au service d'une vraie profondeur d'évocation...

Bien que Mexicain né en Espagne et exilé au Mexique après la guerre d'Espagne, le poète Tomas Segovia (1927-) s'est toujours refusé à se laisser enfermer dans la "littérature de l'exil".

Avec tous les risques attachés à de la traduction de poésie, ce recueil de textes échelonnés entre 1946 et 1997 montre brillamment que son art ne se laisse en effet pas assigner ou localiser aussi simplement. J'ai beaucoup aimé.

"Plongés dans un fond de gratitude charnelle
ils déchiffrent aveuglément le langage émouvant de la violence
Et ils remportent finalement la rencontre, surpris de se voir véritables, et de ne pouvoir rien contre leur propre tendresse apitoyée."

"Le meilleur de moi-même
c'est ce qui comprend l'éloquence si pure
de ton corps, de ton poids, ta chaleur, ta douceur,
Parce que tu es la vérité de ma force la plus profonde,
ma force recueillie, dépouillée,
dialoguant dans sa douceur aveugle
avec l'aveugle douceur des choses."

"La nuit émoussée tournait déjà à l'aurore.
Sa violence spectrale se crispait, rendant
tout étrange et difficile."

"Des chiens disséminés se répondent
par des aboiements fatals, où renaissent
et prospèrent
de vieilles inquiétudes que nous croyions étouffées."

"Et courbé je remonte le col de ma veste
Si à cet instant je me réveillais
Il me faudrait savoir si l'espérance est morte
Et depuis quand
Depuis quand je suis resté
À manger le vide empoisonné
Dans le pain que je croyais être une bouchée de vie."
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Souffles dans la nuit

Ici contre ma peau le souffle
de ta respiration endormie
Et de l'autre côté au dehors
Le murmure du vent errant dans la nuit
Qui traîne des tréfonds l'effusion solitaire
Du tumulte muet des choses
Et parmi les souffles
Les ailes ouvertes plongeant à travers le temps
L'extension de l'embrassade
d'un heureux moi-même de musicale absence
Qui boit un profond fleuve d'amour et de mystère
Dont les deux branches sont
Deux haleines dissemblables.
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Le soleil et son écho 1955-1959

LE CONFIANT


Avec un grand coup de douceur
et de silence
nous est tombée dessus
la nuit bleue du monde.
Des brises s'exhalent de son sein,
secrète fête naturelle
pour une plénitude des sens.

Tendre nuit terrestre,
le corps pur est l'accent
d'un amour plus large
que celui où il vit.

Harmonie,
sein du temps,
auguste et habitable :
tu offres un royaume sans trahison
à celui qui refusant la bataille
au-delà de lui-même confie.

p.97
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Vécu

Le jour braise consumée
S'éteint et devient plus léger.

Chargé de traces invisibles
Le ciel fatigué s'endort.
Dans la pénombre tiède
Je me rafraîchis les yeux
Et avec la glace lunaire
J'apaise la longue brûlure
De La beauté.

La nuit se garde tout;
Elle m'emporte en son sein
Comme un oiseau dans le creux de la main.
Et du soleil je garde encore des traces de fièvre.

J'ai vécu
Un jour de plus.
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Terceto 1967-1971

MIEL, HUILE


Une tache de miel teint la lumière
En touchant la ville
Qui encore endormie élabore

D'ici en haut
On la voit déborder
Ses ondes réchauffées
Jusqu'au flanc où la montagne
Amorce son oisive innocence

Dans les bras l'une de l'autre
La ville et la lumière
Se digèrent sans cesse

Je comprends enfin qu'un été
Si longtemps attendu est ainsi revenu
Le ciel et la babel mélangent leurs airs

Bellement viciée
L'épaisse lumière blonde
Enduit les jointures
C'est à son niveau que le monde est un

Plongés dans son huile douce
Nous glissons hors de sa ligature
Au niveau d'un miel
Où amour et ciment
Tournent l'un dans l'autre sans fracture.

p.144-145

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CHANSON SANS MUSIQUE

1


Le jour où tu viendras
je sais que tu viendras si libre que ni le lien
avec lequel ta propre liberté t'attache
ni la nécessité de te comprendre
ni l'horreur de mentir ni moi-même
ni rien n'entravera les ailes de ton amour

tu viendras entière et simple
sans rien à dire ni à taire
libre comme un mendiant.

p.101
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Videos de Tomàs Segovia (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Tomàs Segovia
« […] […] comme le dira Octavio Paz (1914-1998), “la poésie mexicaine ne trouvait pas sa forme propre. Chaque fois qu'elle se risquait à exprimer le meilleur et le plus secret de son être, elle ne pouvait que mettre en oeuvre une culture qui ne lui appartenait que par un acte de conquête spirituelle“. […] Enrique González Martínez annonçait qu'il fallait “tordre le cou au cygne“ moderniste pour pénétrer dans la réalité concrète de la vie quotidienne : “Cherche dans tout chose une âme et un sens / caché ; ne te drape pas dans la vaine apparence“ […] »
« Le poème tournoie sur la tête de l'homme en cercles proches ou lointains
L'homme en le découvrant voudrait s'en emparer mais le poème disparaît
Avec ce qu'il peut retenir l'homme fait le poème
Et ce qui lui échappe appartient aux hommes à venir » (Homero Aridjis, « Le Poème », in Brûler les vaisseaux, 1975.)
0:00 - DOLORES CASTRO 0:57 - JAIME SABINES 4:28 - TOMÁS SEGOVIA 5:37 - ULALUME GONZÁLEZ DE LEÓN 6:31 - Générique
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Référence bibliographique : Poésie mexicaine du XXe siècle, traduction de Claude Couffon et René Gouédic, Genève, Patiño, 2003.
Images d'illustration : DOLORES CASTRO : https://buzos.com.mx/index.php/nota/index/11324 JAIME SABINES : https://www.informador.mx/cultura/20-anos-sin-Jaime-Sabines-el-poeta-de-los-amorosos-20190319-0128.html TOMÁS SEGOVIA : https://www.milenio.com/cultura/laberinto/tomas-segovia-un-ensayista-de-amplia-mirada ULALUME GONZÁLEZ DE LEÓN : https://www.facebook.com/CulturaTam/photos/a.744736628894199/4595347440499746/?type=3
Bande sonore originale : Mike Durek - The Good News Or The Bad News The Good News Or The Bad News by Mike Durek is licensed under a CC-BY Attribution License.
Site : https://freemusicarchive.org/music/Michael_Durek/Piano_Music_for_The_Broken_Hearted_1221/05_The_Good_News_Or_The_Bad_News/
#PoésieMexicaineDuXXeSiècle #PoèmesMexicains #PoésieSudAméricaine
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