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Matilde Urrutia de Neruda (Éditeur scientifique)Miguel Otero Silva (Éditeur scientifique)Claude Couffon (Traducteur)
EAN : 9782070378227
540 pages
Gallimard (10/04/1987)
4.05/5   232 notes
Résumé :
"Peut-être n'ai-je pas vécu en mon propre corps: peut-être ai-je vécu la vie des autres", écrit Pablo Neruda pour présenter ces souvenirs qui s'achèvent quelques jours avant sa mort par un hommage posthume à son ami Salvador Allende.
Les portraits d'hommes célèbres - Aragon, Breton, Eluard, García Lorca, Picasso - côtoient les pages admirables consacrées à l'homme de la rue, au paysan anonyme, à la femme d'une nuit.
À travers eux se dessine la personna... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
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afadeau
  25 novembre 2021
« Ma vie est une vie faite de toutes les vies : les vies du poète. », écrit Pablo Neruda pour présenter ces souvenirs qui s'achèvent quelques jours avant sa mort par un hommage posthume à son ami Salvador Allende, Président du Chili, trahi... assassiné... Que de pages admirables où se dessine la personnalité de Neruda, un homme passionné, attentif, curieux de tout et de tous, le poète de la terre et de l'amour qui se révèle être aussi un merveilleux conteur.
Pablo Neruda, (de son vrai nom Neftali Reyes) raconte ses souvenirs d'enfance, évoque les gens célèbres qu'il a connu – Aragon, Breton, Eluard, García Lorca, Picasso – et bien d'autres. Une oeuvre admirable avec des pages précieuses, d'une poésie éblouissante, dont la traduction ne semble pas amoindrir la beauté. Résumer ce livre immense, à l'image de la démesure de l'homme, me paraît peu raisonnable. Résume-t-on en quelques lignes Picasso ?
Ces mémoires incluent bien des poèmes en proses, ainsi quand il décrit les chevaux, « Les volcans auraient eu cette allure s'ils avaient pu trotter... ». C'est le poids du passé qui apparaît à travers les statues de Bouddha et statues de Christs, « sourire de pierre, pieds de dieux gisants »...
Formidable récit d'exil à travers la montagne andine en 1946. Neruda vit caché pendant un an et demi pour ne pas être arrêté par la police du dictateur Gonzalez Videla, acrobate d'assemblée, comme il le définit si bien. Il compose alors le Chant Général – Canto General – qui sera mis en musique par Mikis Theodorakis, rencontré en Europe où Neruda a réussi à se réfugier .
Sa rencontre avec Che Guevara représente bien l'ambiguïté de toute action, toujours incertaine. Neruda homme d'action et de doute, terriblement humain.
Rares sont les écrivains qui ont su allier à ce point leur travail littéraire, leur engagement et leur participation à des hautes fonctions au niveau de l'Etat (consul, sénateur, ambassadeur...). Et rares aussi les écrivains qui ont su aussi bien expliquer leur choix pour des convictions communistes lui valant encore aujourd'hui bien des inimitiés calomnieuses. Choix du courage dans la lucidité.
La rédaction de ces mémoires a été interrompue par la mort du poète le 23 septembre 1973, 12 jours après le coup d'Etat de Pinochet. En octobre 2017, un groupe de seize experts internationaux mandaté par la justice chilienne a conclu que la mort de Pablo Neruda n'est pas due à un cancer comme l'indiquait le certificat de décès. L'assassinat reste une hypothèse sérieuse, largement documentée maintenant par les témoignages et recoupements ; les coups spéciaux, les coups pour eux, largement utilisés en Amérique, en Afrique... Où on croise l'empoisonneur de Pinochet, Eugenio Berrios et les services secrets de Nixon.
Pablo Neruda, 1904-1973, prix Nobel de littérature 1971 – prix décerné à un auteur « ayant fait preuve d'un puissant idéal » –, est de ces grands destins qui ont allié littérature, poésie, solidarité, carrière diplomatique et politique. le film « le facteur » de Michael Radford (1994) avec un Philippe Noiret époustouflant interprétant Pablo Neruda, est une bonne entrée pour découvrir l'auteur. Dire qu'il est un grand de la littérature mondiale me semble évident. Raison de plus pour le lire et ne pas trahir sa mémoire avec des controverses surtout destinées à l'ensevelir une bonne fois pour toutes dans L Histoire telle qu'elle est rédigée par les vainqueurs.
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Chronique complète sur Bibliofeel, avec documents et illustrations...

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Nuageuse
  13 juillet 2019
Je poursuis ma lecture d'auteurs ayant eu le prix Nobel.
Quel hasard que j'écrive cette critique un 13 juillet, le lendemain du jour de naissance de Pablo Neruda !
Pablo Neruda, de son vrai nom Ricardo Neftalí Reyes Basoalto, se livre avec poésie et malice dans cette autobiographie. Il rend un vibrant hommage à ses amis poètes, dont certains sont tombés dans l'oubli... Il parle de Federico García Lorca avec émotion, assassiné par la milice franquiste.
Je ne savais pas qu'il fut consul en Asie et à Buenos Aires.
Neruda est communiste et aura une vie de voyages entre l'Asie, l'Europe (Madrid et Paris), l'Amérique latine entrecoupée de retour au Chili. Il y retournera pour mourir.
Tout garde son empreinte lumineuse, même dans les moments les plus noirs.
Un grand homme.
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Macabea
  01 mars 2020
Dans J'avoue que j'ai vécu, le poète Pablo Neruda avoue avoir commis un viol sur la personne d'une pauvre femme tamoul, de la caste des parias, qui chaque jour venait pour lui vider les latrines.
"Un matin, décidé à tout, je l'attrapai avec force par le poignet et la regardait droit dans les yeux. Je ne disposais d'aucune langue pour lui parler. Elle se laissa entraîner sans un sourire et fut bientôt nue dans mon lit. Notre rencontre fut celle d'un homme et d'une statue . Elle resta tout le temps les yeux ouverts, impassible. Elle avait raison de me mépriser."
Cet "aveu" ternit certainement un peu l'éclat du grand poète socialiste solidaire de la lutte des peuples et des malheurs de l'humanité. Et aussi le déroutant silence - qui en dit long - sur le destin de son unique fille, Malva Marina, atteinte d'hydrocéphalie, née à Madrid en 1934, de son mariage avec Marika Hagenaar.
En 2019, l'écrivaine néerlandaise Hagar Peeters a choisi de donner voix, dans un roman, En het vergeten zo lang (Es tan largo el olvido), à Malva, cette fille oubliée, délaissée de son père.
Dans une lettre à son amie Sara Ternú, Neruda s'appitoie sur son propre sort. Il lui décrit sa fille comme un "être parfaitement ridicule, une sorte de point-virgule [en raison de la disproportion de la tête provoquée par l'hydrocéphalie] une vampiresse de trois kilos".
En 2004, le chilien Antonio Reynaldos a fait des recherches et s'est entretenu avec des témoins, dont le frère adoptif de la petite, qui lui a permis de découvrir dans un vieux cimetière de Gouda dans les Pays-Bas, la tombe de Malva Marina, décédée à l'âge de huit ans. Ses photos, publiées pour la première fois, nous troublent par leur confondante ressemblance au poète. L'enquête de Reynaldos nous apprend aussi les vicissitudes de sa mère, Maryka, pour subvenir aux besoins de sa fille et aux soins que requérait sa grave maladie. Sans ressources et sans soutiens, elle finit par devoir la confier à la charité d'une famille d'adoption, la famille Julsing, qui s'est occupée de l'enfant jusqu'à sa mort. le "grand homme", "l'immense poète" n'avait rien à foutre.
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EFar
  25 juillet 2011
De Pablo Neruda, je ne connaissait que vaguement un poème appris sur les bancs de l'école, un poème qui dans ma mémoire dégoulinait du sang des incas. Récemment, un ami m'avait parlé du poète qu'il est, mais le souvenir du sang indien m'a détourné de ses vers, et j'ai préféré entamer son autobiographie.
Et là, j'ai pris une petite baffe. Ce livre a été une très agréable surprise.
Il y a des gens qui écrivent comme d'autres respirent. C'est l'impression que m'a donné le style de Néruda : quelque chose de profondément naturel - et encore, j'imagine que son style doit être un peu amoindri par la traduction. Bref c'est de la poésie en prose
Du coup, son récit est d'une légèreté étonnante, il coule de source. Enfin à vrai dire, il s'assèche un peu sur la fin. Il est comme plus formel, plus officiel. J'ai un peu peiné à finir le texte, mais cette faiblesse finale n'est rien par rapport au bonheur de l'avoir écouté me conter sa vie.
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schardt
  25 mai 2022
Magnifique et poétique autobiographie de Pablo Neruda qui nous livre les souvenirs colorés de son enfance et de sa vie d'étudiant au Chili et lève ainsi le voile sur le genèse de ses amours pour la nature, la poésie et l'engagement politique.
Au fil des paysages et des rencontres se dessine la personnalité de Pablo Neruda, homme passionné, attentif, curieux de tout et de tous, le poète qui se révèle être aussi un merveilleux conteur.
Je conseille ce livre à tous ceux qui aiment la poésie, la culture latino-américaine et l'homme politique engagé Pablo Neruda.
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Citations et extraits (92) Voir plus Ajouter une citation
wellibus2wellibus2   22 septembre 2014
.....Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette...........................
.....Je veux que l'immense majorité, la seule majorité : tout le monde puisse parler, lire , écouter, s'épanouir. Je n'ai jamais compris la lutte autrement que comme un moyen d'en finir avec la lutte. Je n'ai jamais compris la rigueur autrement que comme un moyen d'en finir avec la rigueur.
J'ai pris un chemin car je crois que ce chemin nous conduit tous à cette aménité permanente. Je combats pour cette bonté générale, multipliée, inépuisable.
........Il me reste malgré tout une foi absolue dans le destin de l'homme, la conviction chaque jour plus consciente que nous approchons de la grande tendresse. (p344)
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andmanandman   25 février 2014
De la même façon qu'il en coûterait beaucoup aux gens raisonnables d'être poète, il en coûte beaucoup peut-être aux poètes d'être raisonnables. Cependant la raison gagne la partie et c'est la raison, base de la justice, qui doit gouverner le monde.
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wellibus2wellibus2   22 septembre 2014
.....Je regarde les vagues légères d'un nouveau jour sur l'Atlantique.
Le bateau laisse de chaque côté de sa proue une déchirure blanche, bleue et sulfurique d'eau, d'écume et d'abîmes remués.
Ce sont les portes de l'océan qui tremblent.
Au dessus passent les minuscules poissons volants, faits d'argent transparent.
Je reviens de l'exil.
Je regarde longuement ces eaux sur lesquelles je navigue vers d'autres eaux : les vagues tourmentées de ma patrie.
le ciel d'une longue journée couvre tout l'océan.
Puis la nuit viendra qui cachera de son ombre une fois encore le grand palais vert du mystère. (p332)
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Blandine54Blandine54   06 mai 2019
Les mots

...Tout ce que vous voudrez, oui, monsieur, mais ce sont les mots qui chantent, les mots qui montent et qui descendent... Je me prosterne devant eux... Je les aime, je m'y colle, je les traque, je les mords, je les dilapide... J'aime tant les mots... Les mots inattendus... Ceux que gloutonnement on attend, on guette, jusqu'à ce qu'ils tombent soudain... Termes aimés... Ils brillent comme des pierres de couleurs, ils sautent comme des poissons de platine, ils sont écume, fil, métal, rosée... Il est des mots que je poursuis... Ils sont si beaux que je veux les mettre tous dans mon poème... Je les attrape au vol, quand ils bourdonnent, et je les retiens, je les nettoie, je les décortique, je me prépare devant l'assiette, je les sens cristallins, vibrants, éburnéens, végétaux, huileux, comme des fruits, comme des algues, comme des agates, comme des olives... Et alors je les retourne, je les agite, je les bois, je les avale, je les triture, je les mets sur leur tente et un, je les libère... Je les laisse comme des stalactites dans mon poème, comme des bouts de bois poli, comme du charbon, comme des épaves de naufrage, des présents de la vague... Tout est dans le mot... Une idée entière se modifie parce qu'un mot a changé de place ou parce qu'un autre mot s'est assis comme un petit roi dans une phrase qui ne l'attendait pas et lui a obéi... Ils ont l'ombre, la transparence, le poids, les plumes, le poil, ils ont tout ce qui s'est ajouté à eux à force de rouler dans la rivière, de changer de patrie, d'être des racines... Ils sont à la fois très anciens et très nouveaux... Ils vivent dans le cercueil caché et dans la fleur à peine née... Oh ! Qu'elle est belle, ma langue, oh !
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wellibus2wellibus2   19 septembre 2014
.....J'aime tant les mots... Les mots inattendus... Ceux que gloutonnement on attend, on guette, jusqu'à ce qu'ils tombent soudain... Termes aimés... Ils brillent comme des pierres de couleurs, ils sautent comme des poissons de platine, ils sont écume, fil, métal, rosée... Il est des mots que je poursuis... Ils sont si beaux que je veux les mettre tous dans mon poème .
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Et alors je les retourne, je les agite, je les bois, je les avale, je les triture, je les mets sur leur trente et un, je les libère...Je les laisse comme des stalactites dans mon poème, comme des bouts de bois poli, comme du charbon, comme des épaves de naufrage, des présents de la vague
Tout est dans le mot. (p80)
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Videos de Pablo Neruda (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pablo Neruda
« […]
Je ne veux pas continuer à être une racine dans les ténèbres, vacillant, étendu, grelottant de rêve,en dessous, dans les pisés mouillés de la terre,absorbant et pensant, mangeant chaque jour.
Je ne veux pas pour moi tant de malheurs. Je ne veux pas continuer avec la racine et la tombe, avec le souterrain solitaire, avec la cave aux morts transis, me mourant de chagrin.
[…] » (Pablo Neruda (1904-1973), Walking around)
"Il le dit lui-meme dans ce dernier livre intitule J'avoue que j'ai vecu : « Au commencement etait la foret... Qui ne connait pas la foret chilienne ne connait pas cette planete. » C'est de ce silence et de ce tumulte, de ces enchevetrements immemoriaux de troncs et de lianes, de cet appel vertical, obscur et terrifiant, de ce sol putrefie et bruissant de vie que Pablo Neruda est « parti cheminer et chanter a travers le monde ». [...] « Etendre au milieu des guerres et des revolutions la poesie jusqu'a des limites insoupconnees. » Il se retrouvera a la pointe d'une sorte de soulevement litteraire qui, a mi-course de ce siecle, se propage et flambe sous les tropiques. La litterature emancipee, rejetant ses tutelles, se fait le vehicule d'ideologies confuses et genereuses, semant les graines a tout vent. [...] Interpreter la lumiere sans pour autant renier le pacte avec les tenebres est une entreprise desesperee. Peut-etre fallait-il compter avec la revanche des genies de la foret ? Neruda n'a pas survecu a l'effondrement d'un regime que son « action » poetique avait mis en place. Exemple rare, pour ne pas dire unique, d'une revolution a 360 degres – nee et morte le temps d'une vie d'homme, au meme point. Le point noir. Et pourtant, « vieux frere, le futur est a nous... Parce que les hommes n'ont deja plus de mort, et doivent continuer a lutter de l'endroit ou ils tombent »." (André Brincourt, Littératures d'outre-tombe, Éditions Grasset, 2010)
0:00 - le déshabité 2:31 - le sud de l'océan 5:49 - Générique
Image d'illustration : https://www.poetryfoundation.org/poets/pablo-neruda
Bande sonore originale : Sergey Cheremisinov - Gray Drops Gray Drops by Sergey Cheremisinov is licensed under a Attribution-NonCommercial License.
Site : https://www.freemusicarchive.org/music/Sergey_Cheremisinov/The_Healing/Gray_Drops
#PabloNeruda #RésidenceSurLaTerre #PoésieChilienne
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