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Jean Marcenac (Traducteur)André Bonhomme (Traducteur)
EAN : 9782070328925
239 pages
Gallimard (23/06/1995)
4.31/5   177 notes
Résumé :
À Mathilde Urrutia

[...] Avec grande humilité moi j'ai fait ces sonnets de bois, en leur donnant le son de cette substance opaque et pure, et qu'ils atteignent ainsi tes oreilles. Toi et moi cheminant par bois et sablières, lacs perdus, latitudes de cendres, nous avons recueilli des fragments de bois pur, madriers sujets du va-et-vient de l'eau et de l'intempérie. De ces vestiges à l'extrême adoucis j'ai construit par la hache, le couteau, le canif, c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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Il m'a fallu bien plus de 100 jours pour venir à bout de cette Centaine d'amour. Au début, elle ne m'inspirait que des rires bêtes devant les associations de mots bizarres, de l'ironie face à cet amour grandiloquent qui prend toute la place, et même un peu d'ennui. Mais, petit à petit, en lisant un sonnet à la fois, parfois à haute voix et en passant aux thèmes plus sombres du recueil, Le Soir et La Nuit, j'ai été touchée et émue. J'ai pu alors recommencer le recueil et, allant au-delà du persil et des châtaignes hirsutes, en apprécier toute la poésie et la beauté.

La centaine d'amour n'a qu'un seul thème, l'amour de Pablo Neruda, écrivain, diplomate et politicien, alors à l'automne de sa vie, pour Mathilde, une chanteuse qui sera d'abord sa maîtresse puis sa troisième femme. Très intimes, ces poèmes étaient probablement au départ des cris d'amour pas du tout destinés à la publication. En 4 parties correspondant aux moments de la journée, ils évoquent le corps et l'esprit de Mathilde, le bien-être à ses côtés, le désir, les doutes, le réconfort, le bonheur...

Le style est exigeant, évitant les lieux communs et les comparaisons faciles, pour nous proposer des vers souvent âpres et hachés, un vocabulaire étrange et foisonnant, et des éclairs d'émotion brute. Je ne dirai donc pas que cette lecture a été facile; mais elle a été riche, intéressante et forte.

Pour moi, la poésie, surtout la poésie d'amour, est un rappel de ce qui compte vraiment dans la vie : les gens, les émotions, les relations, la nature, le beau, le vrai... C'était d'ailleurs très frappant de lire ces sonnets passionnés et de voir en parallèle le physique de vieux politicien au double menton qu'avait Neruda à cette époque, ou de suivre son engagement communiste. De quoi mettre à mal mes préjugés qui voudraient qu'une telle exaltation s'arrête à 20 ans ou exclue toute vie publique...

Challenge Petits plaisirs 30/xx
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Décrire mon ressenti pour une oeuvre musicale ou des poèmes m'a toujours paru difficile, c'est intérieur, c'est un état d'âme imprécis.
Ce fut valable pour cette critique de la Centaine d'amour, j'en suis à ma quatrième ou cinquième version, j'ai voulu éviter une analyse littéraire du livre pour me cantonner à mon ressenti, j'espère m'en approcher !

La Centaine d'amour est un recueil de cent poèmes dédicacés par Pablo Neruda à son épouse Mathilde Urrutia ; tous ces poèmes sont les témoins de son amour.
Ils font l'objet de quatre parties : Matin, Midi, Soir et Nuit, chacune ayant une sensibilité différente : nous passons ainsi le Matin de l'amour charnel et du désir - "J'ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche", à Midi à un amour plus calme, plus spirituel et qui s'interroge - "Sache que je ne t'aime pas et que je t'aime puisque est double la façon d'être de la vie", Le Soir nous présente un amour plus fragile - "L'amour venait avec sa traîne de douleurs" pour arriver à la Nuit, partie plus sombre qui peut évoquer tant la fin de l'amour que la vieillesse et la mort - "Et quand la terre ainsi recevra notre étreinte, nous irons confondus en une seule mort et vivant à jamais un éternel baiser".
Au fil de la journée, le poète peut se révéler tantôt passionné, tantôt pensif, ou philosophe, tantôt pessimiste. Tous ces états d'âme transparaissent dans ses poèmes.

J'ai beaucoup apprécié les nombreuses métaphores de Neruda, parfois extravagantes ou surprenantes - "Tes hanches furent toute la lune pour moi, le soleil, les plaisirs de ta bouche profonde et l'ardente lumière et tout le miel dans l'ombre", parfois irrévérencieuses ou cocasses - "Cher coeur, reine du céleri et de la huche, petite panthère du fil et de l'oignon".

J'ai aimé certaines oppositions -
"Toi ma laide, tu es une châtaigne hirsute,
toi ma belle, tu es belle comme le vent
ma laide, de ta bouche on peut en faire deux,
ma belle, tes baisers sont des pastèques fraîches."

J'ai trouvé très judicieux que cette édition présente tant la version originale que la traduction, elle m'a permis d'apprécier le rythme et la musicalité des poésies, musicalité créée par des allitérations - "con espadas y espinas" est plus marqué que "de ses épées, de ses épines".

L'amour n'est pas facile à définir, il peut me sembler inexprimable, ses visages sont nombreux., Pablo Neruda a l'art de les débusquer, on aimerait s'inspirer de ses poésies pour la femme aimée !


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Recueil de cent poème d'amour écrits par Pablo Neruda pour sa femme Mathilde Urrutia. Ce recueil est bilingue, Espagnol et Français. Et je regrette de ne pas pouvoir savourer Neruda dans le texte. Il me semble que la traduction française ôte de la saveur à la poésie. En Espagnol la musicalité est plus parlante, les poèmes sont plus mélodieux.

Ainsi, je savoure plus :

En los bosques, perdido, corté una rama oscura
y a los labios, sediento, levanté su susurro :
era tal vez la voz de la lluvia llorando,
una campaa rota o un corazon cortado.

que :

Loin, dans les bois, j'ai coupé une branche noire,
assoiffé j'ai porté son murmure à mes lèvres :
était-ce donc la voix de la pluie qui pleurait,
une cloche brisée ou un coeur mis en pièces?

La traduction est un art difficile, plus encore me semble-t-il en matière de poésie... C'est ainsi et ne pratiquant pas l'Espagnol, je ne saisis pas toutes les nuances des vers de Neruda et reste un peu sur ma faim. Je le regrette.
Lien : http://araucaria20six.fr/
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Hier, dans une émission, on demandait à la chanteuse et poète Juliette quel était son mot préféré. Elle a répondu" amour", pour sa belle sonorité et parce qu'elle trouvait génial qu'il soit masculin au singulier et féminin au pluriel.

Les cent sonnets d'amour de Pablo Neruda à la femme qu'il aime, Mathilde Urratia, célèbrent ce mot avec ferveur, passion, imagination fabuleuse. Comme si le temps n'était régi que par son amour, les poèmes suivent le rythme d'une journée.

" Mon Andine, vraie montagnarde de Chillan,
viens déchirer l'obscur des couteaux de ton rire,
la nuit et le matin, et le miel du midi"

Des images obsédantes reviennent, celles du pain, de l'épée, de l'eau et surtout du feu, qui peut être source de lumière, mais aussi consumer le corps:

" les lettres de ton nom sont l'eau d'une rivière
qui viendrait se jeter en mon coeur calciné."

J'avoue que certains vers m'ont assez décontenancée , ou même fait sourire comme ceux-ci:

" Cher coeur, reine du céleri et de la huche,
petite panthère du fil et de l'oignon"

Mais l'ensemble du recueil nous communique son embrasement amoureux, nous enflamme le coeur, et fait danser un feu de joie en nous! de très belles étincelles demeurent après lecture...



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Challenge Nobel 2013/2014

Ah! L'Amour...

Lorsqu'un homme se met à écrire quelques sonnets (une centaine...) à sa chère et tendre: que d'émotions!
Ces poèmes lyriques répartis en quatre parties (matin, midi, soir, nuit) sont destinés à sa troisième femme Matilde Urrutia. Pablo Neruda nous livre ses pensées les plus intimes sur sa relation amoureuse, admirant les qualités de sa dulcinée, et les difficultés rencontrées.

On ressent toute la sensibilité et l'amour en lisant ces poèmes. Excellente découverte que j'ai apprécié de lire en espagnol grâce à l'édition bilingue.
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Citations et extraits (79) Voir plus Ajouter une citation
Je t’aime parce que je t’aime et voilà tout
et de t’aimer j’en arrive à ne pas t’aimer
et de t’attendre alors que je ne t’attends plus
mon cœur peut en passer du froid à la brûlure.

Je ne t’aime que parce que c’est toi que j’aime,
et je te hais sans fin, te hais et te supplie,
et la mesure de mon amour voyageur
est de ne pas te voir, de t’aimer en aveugle.

Et si, lumière de janvier, tu consumais
ton rayon cruel, et mon cœur tout entier,
me dérobant la clef de la tranquillité?

En cette histoire je m’arrive qu’à mourir
et si je meurs d’amour, c’est parce que e t’aime,
parce qu’amour, je t’aime, et à feu et à sang.
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Parmi les étoiles admirées, mouillées
par des fleuves différents et par la rosée,
j'ai seulement choisi l'étoile que j'aimais
et depuis ce temps-là je dors avec la nuit.

Parmi les vagues, une vague, une autre vague,
vague de verte mer, branche verte, froid vert,
j'ai seulement choisi l'unique et seule vague
et c'est la vague indivisible de ton corps.

Vers moi toutes les gouttes, toutes les racines
et tous les fils de la lumière sont venus,
que ce soit aube ou crépuscule ils sont venus.

Je n'ai voulu que ta chevelure pour moi.
Et de toutes les offrandes de la patrie
je n'ai choisi que celle de ton coeur sauvage.
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Matin

J'ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche,
sans manger je vais par les rues, et je me tais,
sans le soutien du pain, et dès l'aube hors de moi
je cherche dans le jour le bruit d'eau de tes pas.

Je suis affamé de ton rire de cascade,
et de tes mains couleur de grenier furieux,
oui, j'ai faim de la pâle pierre de tes ongles,
je veux manger ta peau comme une amande intacte,

et le rayon détruit au feu de ta beauté,
je veux manger le nez maître du fier visage,
Je veux manger l'ombre fugace de tes cils,

J'ai faim, je vais, je viens, flairant le crépuscule
et je te cherche, et je cherche ton cœur brûlant
comme un puma dans le désert de Quitratùe.
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Tu te rappelleras ce ravin capricieux,
c'est là que palpitaient les arômes grimpants,
de temps en temps passait un oiseau revêtu
de lenteur et de pluie : son costume d'hiver.

Tu te rappelleras les présents de la terre :
l'irascible parfum, avec la fange d'or,
les herbes du buisson et les folles racines,
sortilège d'épine et pareil à l'épée.

Tu te rappelleras le bouquet apporté
par toi, bouquet fait d'ombre et d'eau et de silence,
bouquet pareil à la pierre entourée d'écume.

Ce fut alors comme jamais, comme toujours :
nous partons tous les deux vers le lieu sans attente
pour y trouver tout ce qui est en train d'attendre.
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J'ai cru mourir et j'ai senti le froid de près,
de ce que j'ai vécu je ne laissais que toi,
ta bouche était mon jour et la nuit de la terre
et ta peau le pays fondé par mes baisers.

Alors en cet instant s'achevèrent les livres,
l'amitié, les trésors accumulés sans trêve,
la maison transparente édifiée par nous deux :
tout cessa d'exister, tout excepté tes yeux.

Car l'amour, alors que la vie nous persécute,
n'est qu'une haute vague entre toutes les vagues,
mais hélas quand la mort vient frapper à la porte

il n'est que ton regard pour s'opposer au vide,
en face du non-être il n'est que ta clarté :
il n'est que ton amour pour refermer la nuit.

NUIT
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Videos de Pablo Neruda (20) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pablo Neruda
« […] « La poésie est parole dans le temps », Machado (1875-1939) n'a pas cessé de l'affirmer. Encore fallait-il que le temps ne se résumât pas à la pression immobile du passé sur la circonstance, ni la parole au simple ressassement de l'irrémédiable. Certes Machado […] a éprouvé une manière d'attirance étrange devant la négativité et la noirceur du destin de l'Espagne. Il ne s'y est point abandonné. Ou plutôt, avec une véhémence souvent proche du désespoir, une tendresse mêlée de répulsion et de haine, il a tenté, longuement, d'en sonder les abîmes. […] La poésie - Machado, seul de sa génération, s'en persuade - n'a plus pour tâche de répertorier pieusement les ruines ; elle se doit d'inventer le futur, cette dimension héroïque de la durée que les Espagnols ont désappris dans leur coeur, dans leur chair, dans leur langue depuis les siècles révolus de la Reconquête. […] […] Nostalgique de l'Inaltérable, à la poursuite du mouvant… Par son inachèvement même, dans son échec à s'identifier à l'Autre, la poésie d'Antonio Machado atteste, et plus fortement que certaines oeuvres mieux accomplies, la permanence et la précarité d'un chemin. Hantée par le néant, elle se refuse au constat de l'accord impossible. Prisonnière du doute et de la dispersion, elle prononce les mots d'une reconnaissance. Elle déclare la tâche indéfinie de l'homme, la même soif à partager. » (Claude Esteban.)
« […] “À combien estimez-vous ce que vous offrez en échange de notre sympathie et de nos éloges ? » Je répondrai brièvement. En valeur absolue, mon oeuvre doit en avoir bien peu, en admettant qu'elle en ait ; mais je crois - et c'est en cela que consiste sa valeur relative - avoir contribué avec elle, et en même temps que d'autres poètes de ma génération, à l'émondage de branches superflues dans l'arbre de la lyrique espagnole, et avoir travaillé avec un amour sincère pour de futurs et plus robustes printemps. » (Antonio Machado, Pour « Pages choisies », Baeza, 20 avril 1917.)
« Mystérieux, silencieux, sans cesse il allait et venait. Son regard était si profond qu'on le pouvait à peine voir. Quand il parlait, il avait un accent timide et hautain. Et l'on voyait presque toujours brûler le feu de ses pensées. Il était lumineux, profond, car il était de bonne foi. Il aurait pu être berger de mille lions et d'agneaux à la fois. Il eût gouverné les tempêtes ou porté un rayon de miel. Il chantait en des vers profonds, dont il possédait le secret, les merveilles de la vie ou de l'amour ou du plaisir. Monté sur un Pégase étrange il partit un jour en quête d'impossible. Je prie mes dieux pour Antonio, qu'ils le gardent toujours. Amen. » (Rubén Darío, Oraison pour Antonio Machado)
0:00 - Titre 0:06 - Solitudes, VI 3:52 - du chemin, XXII 4:38 - Chanson, XLI 5:39 - Humour, fantaisies, notes, LIX 7:06 - Galeries, LXXVIII 7:54 - Varia, XCV, Couplets mondains 9:38 - Champs de Castille, CXXXVI, Proverbes et chansons, XXIX 10:14 - Champs de Castille, idem, XLIII 10:29 - Prologues. Art poétique. Pour « Champs de Castille » 12:17 - Générique
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