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EAN : 9782246852087
177 pages
Éditeur : Grasset (30/04/2014)

Note moyenne : 3.95/5 (sur 29 notes)
Résumé :


A Téhéran, dans les années 1980, une petite fille de six ans, contrainte de porter le voile, se révolte en se dénudant. Se soumettre aux exigences des « barbus » et autres « corbeaux » lui paraît absurde.

Son père l'approuve et, afin de fuir brimades et contraintes, la famille va s'exiler à Paris.

Abnousse Shalmani découvre alors que la liberté n'est pas celle qu'elle aurait souhaitée. Sa révolte n'est donc pas finie. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
kielosa
  12 avril 2020
Lorsque j'étais étudiant à Paris et étais logé à la Maison Belge de la cité universitaire, Boulevard Jourdan, j'allais fréquemment prendre mon café à la Maison d'Iran tout proche : le café y était meilleur et les étudiantes plus jolies.
C'était l'époque précédant la révolution des mollahs, des ayatollahs, des barbus et des corbeaux, où regarder une belle fille n'équivalait pas automatiquement à un péché capital ou à un poing direction Allah.
J'ai bien aimé comment la petite Abnousse Shalmani, à Téhéran à 6 ans, se mettait à poil, et 2 ans plus tard, couvrait les murs de sa chambre à Paris d'images de nues, pour tourner en dérision les prescriptions vestimentaires ridicules des mollahs. Ou comme la gamine le formule elle-même : "ça fait fuir les barbus". (page 98).
L'auteure explique de façon tout à fait convaincante la stupidité et l'hypocrisie de ces obsessions vestimentaires des gris et vieux mollahs. En couvrant le corps des femmes, pour qu'elles n'aient pas l'air de putes, ces messieurs obtenaient exactement le contraire. Les hommes détaillèrent le corps des femmes pour soi-disant être sûr que ni une mèche rebelle ni un bout d'orteil nu (horreur) ne soit visible. Et dire que du temps de Rouhollah Khomeiny (1902-1989) et de ses illustres successeurs, des dizaines de milliers de gardiens de la Révolution et des agents de la police des moeurs passaient leur temps à contrôler sans pitié l'application stricte des normes vestimentaires ! Ces braves gens auraient mieux fait de labourer la terre, plutôt que d'enquiquiner et parfois carrément d'abuser des femmes.
Bien que non-croyant, je sais naturellement que chaque religion dispose de préceptes, règles, traditions, ... qui ne soient pas simples à comprendre, la "awra" islamique ou toute partie du corps qui doit être obligatoirement couverte en est un parfait exemple, comparable à la sainte trinité et immaculée conception chez les catholiques par exemple. Peu importe la sémantique d'ailleurs, l'interprétation particulière de la "awra" par les ayatollahs chiites résulte pour les femmes dans une injustice et discrimination effarantes.
Abnousse Shalmani est née à Téhéran en 1977, un 1er avril, qui deviendra, par une amère ironie du sort, 2 ans plus tard, le jour de la proclamation officielle de la république théocratique islamique d'Iran. Pour l'auteure donc un double anniversaire.
Son ouvrage constitue pour une large part un récit de sa prime enfance et adolescence de 1977 à 1985 dans la capitale iranienne et à partir de 1985 à Paris, où sa famille a fui le régime de Khomeiny et consorts.
L'ouvrage est conçu en des brefs chapitres, qui au début alternent Téhéran avec Paris, à partir de la prise de pouvoir par Khomeiny et sa clique, jusqu'à la période 2012-2013 à Paris. L'ensemble fait 334 pages.
Il sort amplement de son récit que la petite Anousse était déjà comme gamine une forte tête aux idées originales. Son père étant un érudit et grand lecteur, elle passait également beaucoup de temps dans les livres. À peine arrivée en France, son père lui fit apprendre la langue du pays en lui passant "Les Misérables" de Victor Hugo. Si Fantine et Cosette devenaient ses héroïnes, ce fut Jean Valjean qui devint son guide.
"J'ai très vite perdu ma langue maternelle. La faute à Hugo, certainement. Mais surtout à Khomeiny. le persan était trop lié à Téhéran et aux barbus..."
Avant de partir pour la douce France, la petite Abnousse a encore connu la frayeur des bombardements de sa ville natale, à la suite de la guerre entre moustachus et barbus. La guerre Iran-Irak qui a été déclenchée en septembre 1980 et a duré 8 longues années et dont le nombre de morts est estimé à 1,2 million de militaires et civils.
En France, après avoir obtenu un diplôme d'histoire, l'auteure s'est lancée dans la réalisation de courts-métrages documentaires et est finalement retournée à son amour de jeunesse : les livres. En 2014 l'essai présent et en 2019 un autre essai "Éloge du métèque". L'année précédente elle avait publié son premier roman, "Les exilés meurent aussi d'amour".
Moi, qui ne regarde que très rarement la télé, même en période de confinement comme maintenant, je suis un jour, d'ailleurs tout à fait par hasard, tombé sur un débat d'actualité politique auquel participait Abnousse Shalmani et j'ai été impressionné par ses vastes connaissances et sa façon convaincante de présenter ses arguments. J'ignorais encore qui était cette Iranienne au juste, mais je me souviens d'avoir fait la réflexion que dans un sérieux débat avec cette Abnousse, il valait mieux se trouver de son côté.
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Cacha
  19 octobre 2016
J'ai eu un grand coup de coeur pour ce livre dans lequel une iranienne nous raconte sa vie, sa liberté, son exil.
D'abord petite fille délurée dans l'Iran de Khomeiny, éduquée par un père intellectuel aux idées larges, elle se moque des "barbus et des corbeaux" en se dénudant dans la cour de récréation et en courant à toute vitesse pour qu'ils (ou plutôt elles, "les corbeaux") ne l'attrapent pas.
Arrivée en France, nous retrouvons une adolescente désappointée quand elle en aperçoit aussi dans les rues de Paris.
Là encore elle se retrouve isolée par son intransigeance mais la lecture la sauvera, ses amis sont les libertin- e-s des siècles passés et modernes.
Elle devient une jeune femme libre et déterminée, qui nous livre de profondes réflexions sur la liberté féminine, la laïcité, l'importance de l'éducation égalitaire,...
On ne sort pas indemne d'une telle lecture.
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Yuean
  10 novembre 2017
Paouw ! Comment décrire ce livre sans tomber dans le clivage "Pour" "Contre", "Ce que j'aime" " Ce que je n'ai me pas" ? Il est vrai que l'auteure, en ayant des idées bien arrêtées et en défendant corps et âme son bout de gras, pourrait, peut-être malgré elle, déclencher des réactions tranchées et clivantes. Ce ne serait pas rendre hommage à la densité de son écrit, mais ça pourrait être une réaction prévisible à un ton parfois à la limite de l'agressif.
Passionné d'Iran, j'ai lu de nombreux témoignages d'exilés ayant quitté leur pays natal suite à la révolution islamique et à la guerre contre l'Irak. Si tous sont passionnants, il faut bien avouer qu'ils sont souvent écrits par des personnes qui ont été engagées politiquement, ou qui sont issues des très proches du Shah. "Khomeiny, Sade et moi" a ceci d'original qu'il nous expose la réflexion d'une française d'origine iranienne, issue d'une famille bourgeoise mais pas vautrée dans le faste, dont la proximité avec le pouvoir royal était relativement faible. Ainsi, les SHAHMANI n'ont pas juste eu à poser leurs valises dans un de leur énième appartement parisien, avec quelques centaines de milliers de francs en petite coupure dans les valises ou les tapis. Ils ont dû s'installer dans un quartier populaire de la capitale,, et vivre de boulots peu qualifiés, sous le statut de réfugiés politiques.
C'est ce vécu, et une sincérité à toute épreuve, qui rendent le témoignage d'Abnousse SHAHMANI rare. Comment réagit une adolescente pour qui la vie a basculé lorsque les barbus ont pris le pouvoir dans son pays, quand elle se rend compte qu'en France aussi, les barbus ont leurs soutiens et leurs adeptes (qui sont souvent des gens nés dans un système qui leur permet justement des les critiquer sans risquer la mort) ? Comment réagit une adolescente quand elle retrouve la même bêtise que chez les mollah dans les familles de ses camarades d'origine maghrébine ou chez les parents de ses fiancés, des bcbg 100% parisiens ? Comment réagit l'ancienne réfugiée politique quand on la traite de raciste si elle ose se dire contre le voile intégral ? Comment réagit l'ancienne traumatisée de Khomeiny quand des camarades de collège nés en France lui présentent des condoléances quand le dictateur est mort, alors que c'est pour l'une des journées les plus joyeuses de sa vie.
Lire "Khomeiny, Sade et moi", c'est s'enfoncer dans la réflexion profonde et remarquablement bien construite d'une philosophe obsédée par le vivre ensemble, la démocratie et la laïcité. C'est suivre un cheminement d'une logique implacablement bien défendue. C'est (ENFIN) entendre le point de vue d'une immigrée de culture musulmane qui a choisi d'épouser les idéaux de son pays d'accueil, car elle et ses proches en ont trop bavé de l'islam politique pour soutenir un quelconque prosélytisme d'état.
On ne peut que suivre SHAHMANI quand elle défend ses idées, quand elle explique pourquoi défendre la laïcité ne veut pas dire être raciste ou obtus. On adore sa culture littéraire prodigieuse et la psychanalyse familiale à laquelle elle se livre pour mettre en relation les habitudes orientales et occidentales. On adore quand elle nous raconte des anecdotes parlantes et qu'elle défend des valeurs qui sont les siennes. Féministe mais pas anti-hommes, elle n'a pas peur de dire aux femmes qu'elles sont en partie responsables de ce que certains se permettent de leur imposer. On ne peut pas lui reprocher un aveuglément de complaisance, car tout le monde en prend pour son grade.
En revanche, je déplore deux choses dans ce texte, qui m'ont empêché d'y apporter ma totale adhésion. 1) L'auteure semble se concentrer un peu plus sur ce qu'elle ne veut pas au lieu de ce qu'elle veut. C'est bien malheureux, car à la lire, on dirait parfois que le monde n'est peuplé que de cons. La portée de son message y gagnerait si elle prenait conscience qu'autour d'elle, de nombreuses personnes partagent son point de vue, et qu'il n'est donc pas nécessaire de s'emporter en permanence ! Bien sûr que face à elle, ce sont des opposants qui n'écoutent que ceux qui hurlent. Mais je ne pense pas que ce soit ceux-là qui lisent son livre. Peut-être que son discours y gagnerait si elle l'entourait de plus de positivité. 2) Sa désillusion sur les printemps arabes entretient le discours pessimiste ambiant sur les pays musulmans. Son analyse est indéniable en ce qui concerne l'Egypte, mais je la trouve particulièrement injuste avec la Tunisie. Son analyse de la situation du pays s'arrête trop tôt. Depuis, les choses ont bougé dans ce petit pays. Et il s'y est passé le contraire de ce qu'elle déplore ! Les islamistes ne se sont pas installés : ils ont été dégagés démocratiquement. Les femmes des milieux populaires se sont certes un peu plus voilées, mais le voile intégral ne fait pas d'émules. Les femmes conservent leur liberté, et elles en gagnent même : égalité des sexes inscrite dans la constitution, renforcement de la loi contre la violence faite aux femmes, abolition de la loi qui obligeait les non musulmans à se convertir pour épouser des tunisiennes. le gouvernement travaille maintenant à inscrire l'égalité dans les droits d'héritage (qui est contraire à la charia). N'est-ce une française convertie, mère de djihadiste, qui a récemment dit qu'elle avait tenté de vire en Tunisie, pensant y trouver un pays extrémiste, et qu'elle en était très vite partie car "on lui demandait de se dévoiler pour travailler", et car les tunisiens ne font pas la prière, boivent de l'alcool et adorent les mini-jupes ?
Vous l'aurez compris, le livre d'Abnousse SHAHMANI se lit très bien, est énormément bien construit et crie des idéaux dans lesquels chacun peut se reconnaitre. En tous les cas, il ne laisse pas insensible et l'auteure est dotée d'une intelligence et d'un sens du raisonnement admirables. Néanmoins, je pense que son discours pourrait avoir encore plus d'impact et d'adeptes s'il était moins enflammé et plus tourné vers la joie de vivre ensemble dans la laïcité et le respect des autres (et notamment de femmes) plutôt que vers le malheur de savoir que des barbus sévissent sur terre.
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wartenkaplan
  31 août 2014
Khomeiny, Sade et Moi" d'Abnousse Shalmani
La femme qui apparait sur la jaquette du livre, est belle, très belle ! le regard,noir et profond, nous commande de la considérer au delà de sa seule apparence. La posture est fière, celle d'une personnalité qui tient tête. Tout au long de la lecture du livre, cette femme se dresse devant nous, les yeux transperçant le mensonge, la brutalité, la vulgarité ou le mépris qui pourraient s'exprimer de chacun de nous.
Abnousse, l'iranienne, veut nous parler de son corps. Et ce corps brûle de cette liberté dont on l'a privé enfant.
Ce corps qui est nié et meurtri par les barbus (hommes) et les corbeaux (femmes), vainqueurs de la Révolution iranienne lors du référendum du 1er avril 1979. A Téhéran, elle subit la tyrannie des mollas de Khomeiny qui exacerbent l'esprit de la 'awra, "la plaie de l'Orient", cette série de règles et de codes qui déterminent la zone privée et publique de chacun des musulmans. Et d'être femme, c'est n'être qu'une ombre dans la sphère publique. "Parce que vous êtes, vous les femmes, des objets dangereux" lui disait le professeur de "religion" à l'école. Elle écrit que dans l'Islam, la femme n'existe pas, ou du moins quand on parle d'elle, c'est en ces termes : "La femme a un genre dont la tromperie est immense" (Coran 12/28). Elle doivent cacher leur corps car "le corps est sale, le corps est dangereux, le corps est l'ennemi de la foi véritable"
Elle le découvrira, ce corps, à Paris, où sa famille, en désaccord avec la république islamique, s'exile.
En France ce long travail sur son corps commence par la découverte des livres de Pierre Louÿs. Puis, elle lira des oeuvres libertines anonymes ou secondaires, telles que Thérèse philosophe. Enfin elle découvre Sade "le divin marquis" et c'est le choc, l'inimaginable, l'effroi, le no limit, aller jusqu'au bout du bout, jouir dans la douleur, souffrir dans la jouissance. le lire jusqu'à l'écoeurement...pour être libre. Enfin !
Ce corps qu'elle veut libre issu d'un esprit libre : "c'est parce que les protagonistes de Thérèse philosophe se sont libérés des entraves du corps qu'ils sont capables de raisonner..." Et elle ajoute "Il y a dans la construction du roman libertin une clef qui ouvre la porte de l'esprit"
Le corps et l'esprit. le corps par l'esprit. le corps sans esprit n'est rien. "La parole et le cul" écrit-elle à la fin du livre.
Elle écrit qu'elle a été une très jolie petite fille qui aimait s'exhiber nue comme souvent les enfants aiment faire et que d'avoir lu les livres érotiques de Pierre Louÿs l'a définitivement rendu femme après une adolescence douloureuse marquée par une précocité qui l'a éloigné des autres.
Abnousse Shahmani va au-delà du fait iranien et islamiste pour déchirer tous les voiles cachées de notre société occidentales. Les lepénistes sont des barbus. Tout comme les trotskistes qui n'aiment pas la femme qu'elle est. La journée de la Jupe avec Adjani la passionne. Mais elle n'a pas d'illusions sur l'issue des Printemps arabes : les islamistes triompheront.
Ses mots pourfendent la religion, toutes les religions qui drapent ce corps honteux dans les voiles et les préjugés.
"Je me demandais si je pouvais continuer comme ça. A ressembler à une femme ! Juste à une femme ! "
Ce livre est un témoignage et une réflexion profonde sur la femme, son corps et l'esprit qui le façonne. Sa plume percute, même si elle n'a pas fait oeuvre d'une brillante littérature. Souvent elle se répète, amplifie inutilement, parfois s'aventure dans des situations ou des pensées qui n'ont que très peu à voir avec le sujet. Mais quel souffle ! Jusqu'à l'excès sans doute, mais peut-on le lui reprocher quand on vient de l'Iran de Khomeiny. Elle forme de jolies phrases qui parfois meurent dans la confusion. Mais elle écrit avec une outrance qui lui va bien. Sa prose est jubilatoire.
Toutefois, elle prend un "sacré" risque. Une fatwa contre elle pourrait être lancée depuis l'Iran.
Souvenons-nous de Salman Rushdi et ses "versets sataniques".
Les militaires masculins n'ont pas d'imagination. leurs bombes tuent. Abnousse, elle, sait comment déstabiliser un régime islamiste : "Bombardez les pays des barbus avec des livres libertins du XVIIIe français"
Ô ! Divine Marquise !
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Apoapo
  02 août 2016
Il faut d'abord s'habituer au mantra du lexème « cul nu » - ou s'agit-il d'une adoration fétichiste du mot « cul » ? - ;
ensuite, accepter une obsession pour le voile, érigé en emblème non seulement de la domination que les « barbus » exerce[raie]nt sur les femmes, mais de la négation de la féminité tout entière, laquelle n'est guère prise en compte que dans le contexte islamique ;
de plus, acquiescer à cette transposition écrite de l'oral, style jadis réservé aux blogs mais qui, à l'évidence, déteint dans les livres – « Ben voyons. » « Sans déconner. » « Si, si. » - ;
de surcroît, sourire aux réitérations inlassables des expressions de « patriotisme » à l'égard de la France, de la République, de sa culture nourricière adoptée de manière inconditionnelle par sa langue et la lecture – mon sourire venant d'une certaine fréquentation de la littérature migrante qui fait de cette loyauté identitaire un thème récurrent afférent à l'identité en questionnement ; en même temps, mesurer à quel point l'analyse que l'auteure mène sur deux décennies d'actualité française et sur une éternité de sexisme et de misogynie est encore déterminée par le paradigme hérité de la culture d'origine et non par les réalités françaises – par ex. qui peut en bonne foi prétendre, dans la généralité de la France contemporaine, que la domination sexiste a pour objet la négation du corps de la femme, son cloisonnement, et non au contraire sa sur-érotisation, sa sur-exposition ? - ;
enfin, il faut avaler l'immense prétention, l'immodestie outrancière de la jeune auteure, qui se révèle à la fois (1) lorsqu'elle assène des évidences – par ex. sur l'importance de la connaissance de l'Histoire pour la compréhension du présent, sur la circonstance que les inégalités de genre s'installent dès l'instruction scolaire différenciée –, (2) dans sa manière catégorique de rejeter les objections qui sont souvent issues de la réflexion française la plus avancée et actuelle – et ne constituent pas que des divergences de sensibilité politique, et (3) sans oublier certaines références un peu gauches sur sa classe sociale d'origine et sa propre exception scolaire et « intellectuelle » - autres réflexes d'exilée...
Je me trouve très rarement en accord avec les analyses de Shalmani, lui sachant cependant gré de me permettre d'élaborer mon contre-argumentaire ; cela étant, je ne cesse de m'interroger surtout sur l'essence de sa démarche intellectuelle qui consiste à trouver en Sade l'antidote à Khomeiny : s'il est clair que les biographies de courtisanes ont pu représenter pour l'auteure une étape d'identification dans une condition de traumatisme de genre hérité, s'il est logique que la littérature libertine du XVIIIe s., dans sa critique et ridiculisation du clergé d'Ancien Régime, notamment par l'émancipation sexuelle, fut essentiellement politique et s'offre à un parallèle pertinent avec la dénonciation de l'islam politique actuel, si encore, comme l'affirment certains dix-huitièmistes, les Lumières posaient l'égalité entre hommes et femmes comme une évidence, comment néanmoins Sade peut-il être pris pour une bannière d'émancipation féminine et féministe ? Comment la sexualité qu'il décrit peut-elle inspirer un militantisme féministe et humaniste actuel ? Comment le sadisme n'est-il pas plutôt rapporté aux « barbus », et avec encore davantage de pertinence au libéralisme (vétéro- et néo-) que d'en représenter l'antidote ?
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Citations et extraits (60) Voir plus Ajouter une citation
soltansoltan   12 juillet 2014
J'ai vingt ans. J'ai vingt ans et j'ai déjà connu l'amour avec Louÿs, et j'ai découvert combien le sexe pouvait être révolutionnaire avec Sade. J'ai vingt ans et je sais que je vis les plus belles années de ma vie. Il me suffit de penser à Sade, il me suffit de penser au dialogue de Madame de Saint-Ange et d'Eugénie pour savoir que rien n'est perdu. Il me suffit de penser à Juliette pour savoir que la femme a un étendard et qu'elle le porte bien haut. Un jour, Sade sera la seule arme disponible pour casser les ténèbres. La violence de Sade n'est pas violente, elle est née de l'imagination et de la foi. La foi dans l'homme devenu le centre de la pensée et non plus le pantin d'hommes cachés derrière Dieu. Ce qui est violence, ce sont les attentats successifs contre le corps féminin à travers le monde. La violence, c'est exciser des petites filles qui aiment la chair et des grandes filles qui aiment la bite. La violence, c'est d'interdire à une petite fille d'apprendre à lire et à une jeune fille de choisir qui elle veut mettre dans son lit. La violence, c'est ce que les barbus font subir aux esprits en les broyant. Un jour, comme la Révolution française a mis ses barbus à la porte, d'autres révolutions éclateront qui réduiront les barbus au silence et célèbreront la parole de Hommes.
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rkhettaouirkhettaoui   02 juillet 2015
les femmes intellectuelles ressemblent à des hommes. Elles s’habillent de pantalon et se maquillent « nude ». Il y a toujours le moment de surprise dans le regard des nouvelles rencontres quand j’ouvre la bouche. Il y a un raccord entre ma jupe et mon cerveau qui met du temps à se faire. Et parfois certains osent le constat à haute voix : « J’ai cru que tu étais une pouffe et tu es brillante. » Le pire est peut-être l’arrogance qu’ils mettent dans leurs remarques. Il y a un vrai problème entre la jupe et le cerveau. Comme si la jupe court-circuitait le cerveau et l’empêchait de se développer normalement. J’ai trop l’air d’une femme pour avoir un cerveau. Aujourd’hui, je suis encore plus fière de mes talons et du cliquetis de mes colliers.
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Olivia-AOlivia-A   09 juin 2020
Et toi connard, comment peux-tu imaginer ce que c'est de ne pas l'être ? Comment peux-tu réduire la France où tu es né, où tu as bénéficié d'une série d'avantages pour lesquels les trois quarts du monde se damneraient, où tu peux voter pour qui tu veux - tous pourris d'accord mais ça aussi tu peux le dire à haute voix sans risquer la corde - lire les journaux qui te parlent - de l'extrême droite à l'extrême gauche - où personne ne vient te reprocher ta religion - enfin pas toujours et pas tout à fait tout le temps - où tu n'es pas abandonné quand tu perds ton travail - nettement moins qu'ailleurs même si c'est toujours la merde quand tu as perdu ton travail - où tu as accès à toute la culture gratuitement - les bibliothèques municipales, le Louvre, bordel le Louvre ! le musée d'Orsay, le centre Pompidou, partout où l’État a posé le bout d'un doigt - où quand tu es malade tu es pris en charge de A à Z et où tu ne regardes pas crever ton père ou tes enfants parce que tu n'as pas les moyens bassement financiers de les sauver - où tu peux faire les études que tu veux sans ruiner tes parents et sans engraisser les banques - même si les choses évoluent, même si les études coûtent plus cher, c'est quand même grandiose d'avoir un tel accès à l'éducation - comment tu peux réduire la France à une moue de dégoût ?
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rkhettaouirkhettaoui   02 juillet 2015
Il n’y a pas de sentimentalisme chez Sade. Il n’y a pas de prince sur son cheval blanc qui vient sauver les princesses prisonnières de pères autoritaires. Si la princesse n’a pas assez de couilles pour sortir de sa tour tant pis pour elle ! Personne ne viendra à sa rescousse, sauf elle-même. Sade, c’est l’apologie de la débrouillardise et le refus du destin. Sade ne cherche pas d’excuses à ses personnages, il démontre que si les hommes sont assez bêtes pour croire ce que leur racontent le pouvoir et ses lois, ils méritent une vie de misère.
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rkhettaouirkhettaoui   02 juillet 2015
J’étais – et je demeure – une patriote et non une nationaliste. Le patriotisme, c’est être pour. Le nationalisme, c’est être contre. Et soudain, nous étions tous des patriotes parce que la France avait réussi à se hisser à coups de buts sur la première place du podium mondial. Je n’étais pas passionnée de football – comme une grande majorité de Françaises avant la victoire – mais les étapes successives vers la victoire consolidaient nos cœurs de Français. Je pense que la majorité des Français ont ressenti, pour la première fois depuis longtemps, à quel point il était agréable de se sentir une pulsation commune.
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