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ISBN : 2246852080
Éditeur : Grasset (30/04/2014)

Note moyenne : 3.9/5 (sur 26 notes)
Résumé :


A Téhéran, dans les années 1980, une petite fille de six ans, contrainte de porter le voile, se révolte en se dénudant. Se soumettre aux exigences des « barbus » et autres « corbeaux » lui paraît absurde.

Son père l'approuve et, afin de fuir brimades et contraintes, la famille va s'exiler à Paris.

Abnousse Shalmani découvre alors que la liberté n'est pas celle qu'elle aurait souhaitée. Sa révolte n'est donc pas finie. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Cacha
  19 octobre 2016
J'ai eu un grand coup de coeur pour ce livre dans lequel une iranienne nous raconte sa vie, sa liberté, son exil.
D'abord petite fille délurée dans l'Iran de Khomeiny, éduquée par un père intellectuel aux idées larges, elle se moque des "barbus et des corbeaux" en se dénudant dans la cour de récréation et en courant à toute vitesse pour qu'ils (ou plutôt elles, "les corbeaux") ne l'attrapent pas.
Arrivée en France, nous retrouvons une adolescente désappointée quand elle en aperçoit aussi dans les rues de Paris.
Là encore elle se retrouve isolée par son intransigeance mais la lecture la sauvera, ses amis sont les libertin- e-s des siècles passés et modernes.
Elle devient une jeune femme libre et déterminée, qui nous livre de profondes réflexions sur la liberté féminine, la laïcité, l'importance de l'éducation égalitaire,...
On ne sort pas indemne d'une telle lecture.
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Yuean
  10 novembre 2017
Paouw ! Comment décrire ce livre sans tomber dans le clivage "Pour" "Contre", "Ce que j'aime" " Ce que je n'ai me pas" ? Il est vrai que l'auteure, en ayant des idées bien arrêtées et en défendant corps et âme son bout de gras, pourrait, peut-être malgré elle, déclencher des réactions tranchées et clivantes. Ce ne serait pas rendre hommage à la densité de son écrit, mais ça pourrait être une réaction prévisible à un ton parfois à la limite de l'agressif.
Passionné d'Iran, j'ai lu de nombreux témoignages d'exilés ayant quitté leur pays natal suite à la révolution islamique et à la guerre contre l'Irak. Si tous sont passionnants, il faut bien avouer qu'ils sont souvent écrits par des personnes qui ont été engagées politiquement, ou qui sont issues des très proches du Shah. "Khomeiny, Sade et moi" a ceci d'original qu'il nous expose la réflexion d'une française d'origine iranienne, issue d'une famille bourgeoise mais pas vautrée dans le faste, dont la proximité avec le pouvoir royal était relativement faible. Ainsi, les SHAHMANI n'ont pas juste eu à poser leurs valises dans un de leur énième appartement parisien, avec quelques centaines de milliers de francs en petite coupure dans les valises ou les tapis. Ils ont dû s'installer dans un quartier populaire de la capitale,, et vivre de boulots peu qualifiés, sous le statut de réfugiés politiques.
C'est ce vécu, et une sincérité à toute épreuve, qui rendent le témoignage d'Abnousse SHAHMANI rare. Comment réagit une adolescente pour qui la vie a basculé lorsque les barbus ont pris le pouvoir dans son pays, quand elle se rend compte qu'en France aussi, les barbus ont leurs soutiens et leurs adeptes (qui sont souvent des gens nés dans un système qui leur permet justement des les critiquer sans risquer la mort) ? Comment réagit une adolescente quand elle retrouve la même bêtise que chez les mollah dans les familles de ses camarades d'origine maghrébine ou chez les parents de ses fiancés, des bcbg 100% parisiens ? Comment réagit l'ancienne réfugiée politique quand on la traite de raciste si elle ose se dire contre le voile intégral ? Comment réagit l'ancienne traumatisée de Khomeiny quand des camarades de collège nés en France lui présentent des condoléances quand le dictateur est mort, alors que c'est pour l'une des journées les plus joyeuses de sa vie.
Lire "Khomeiny, Sade et moi", c'est s'enfoncer dans la réflexion profonde et remarquablement bien construite d'une philosophe obsédée par le vivre ensemble, la démocratie et la laïcité. C'est suivre un cheminement d'une logique implacablement bien défendue. C'est (ENFIN) entendre le point de vue d'une immigrée de culture musulmane qui a choisi d'épouser les idéaux de son pays d'accueil, car elle et ses proches en ont trop bavé de l'islam politique pour soutenir un quelconque prosélytisme d'état.
On ne peut que suivre SHAHMANI quand elle défend ses idées, quand elle explique pourquoi défendre la laïcité ne veut pas dire être raciste ou obtus. On adore sa culture littéraire prodigieuse et la psychanalyse familiale à laquelle elle se livre pour mettre en relation les habitudes orientales et occidentales. On adore quand elle nous raconte des anecdotes parlantes et qu'elle défend des valeurs qui sont les siennes. Féministe mais pas anti-hommes, elle n'a pas peur de dire aux femmes qu'elles sont en partie responsables de ce que certains se permettent de leur imposer. On ne peut pas lui reprocher un aveuglément de complaisance, car tout le monde en prend pour son grade.
En revanche, je déplore deux choses dans ce texte, qui m'ont empêché d'y apporter ma totale adhésion. 1) L'auteure semble se concentrer un peu plus sur ce qu'elle ne veut pas au lieu de ce qu'elle veut. C'est bien malheureux, car à la lire, on dirait parfois que le monde n'est peuplé que de cons. La portée de son message y gagnerait si elle prenait conscience qu'autour d'elle, de nombreuses personnes partagent son point de vue, et qu'il n'est donc pas nécessaire de s'emporter en permanence ! Bien sûr que face à elle, ce sont des opposants qui n'écoutent que ceux qui hurlent. Mais je ne pense pas que ce soit ceux-là qui lisent son livre. Peut-être que son discours y gagnerait si elle l'entourait de plus de positivité. 2) Sa désillusion sur les printemps arabes entretient le discours pessimiste ambiant sur les pays musulmans. Son analyse est indéniable en ce qui concerne l'Egypte, mais je la trouve particulièrement injuste avec la Tunisie. Son analyse de la situation du pays s'arrête trop tôt. Depuis, les choses ont bougé dans ce petit pays. Et il s'y est passé le contraire de ce qu'elle déplore ! Les islamistes ne se sont pas installés : ils ont été dégagés démocratiquement. Les femmes des milieux populaires se sont certes un peu plus voilées, mais le voile intégral ne fait pas d'émules. Les femmes conservent leur liberté, et elles en gagnent même : égalité des sexes inscrite dans la constitution, renforcement de la loi contre la violence faite aux femmes, abolition de la loi qui obligeait les non musulmans à se convertir pour épouser des tunisiennes. le gouvernement travaille maintenant à inscrire l'égalité dans les droits d'héritage (qui est contraire à la charia). N'est-ce une française convertie, mère de djihadiste, qui a récemment dit qu'elle avait tenté de vire en Tunisie, pensant y trouver un pays extrémiste, et qu'elle en était très vite partie car "on lui demandait de se dévoiler pour travailler", et car les tunisiens ne font pas la prière, boivent de l'alcool et adorent les mini-jupes ?
Vous l'aurez compris, le livre d'Abnousse SHAHMANI se lit très bien, est énormément bien construit et crie des idéaux dans lesquels chacun peut se reconnaitre. En tous les cas, il ne laisse pas insensible et l'auteure est dotée d'une intelligence et d'un sens du raisonnement admirables. Néanmoins, je pense que son discours pourrait avoir encore plus d'impact et d'adeptes s'il était moins enflammé et plus tourné vers la joie de vivre ensemble dans la laïcité et le respect des autres (et notamment de femmes) plutôt que vers le malheur de savoir que des barbus sévissent sur terre.
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wartenkaplan
  31 août 2014
Khomeiny, Sade et Moi" d'Abnousse Shalmani
La femme qui apparait sur la jaquette du livre, est belle, très belle ! le regard,noir et profond, nous commande de la considérer au delà de sa seule apparence. La posture est fière, celle d'une personnalité qui tient tête. Tout au long de la lecture du livre, cette femme se dresse devant nous, les yeux transperçant le mensonge, la brutalité, la vulgarité ou le mépris qui pourraient s'exprimer de chacun de nous.
Abnousse, l'iranienne, veut nous parler de son corps. Et ce corps brûle de cette liberté dont on l'a privé enfant.
Ce corps qui est nié et meurtri par les barbus (hommes) et les corbeaux (femmes), vainqueurs de la Révolution iranienne lors du référendum du 1er avril 1979. A Téhéran, elle subit la tyrannie des mollas de Khomeiny qui exacerbent l'esprit de la 'awra, "la plaie de l'Orient", cette série de règles et de codes qui déterminent la zone privée et publique de chacun des musulmans. Et d'être femme, c'est n'être qu'une ombre dans la sphère publique. "Parce que vous êtes, vous les femmes, des objets dangereux" lui disait le professeur de "religion" à l'école. Elle écrit que dans l'Islam, la femme n'existe pas, ou du moins quand on parle d'elle, c'est en ces termes : "La femme a un genre dont la tromperie est immense" (Coran 12/28). Elle doivent cacher leur corps car "le corps est sale, le corps est dangereux, le corps est l'ennemi de la foi véritable"
Elle le découvrira, ce corps, à Paris, où sa famille, en désaccord avec la république islamique, s'exile.
En France ce long travail sur son corps commence par la découverte des livres de Pierre Louÿs. Puis, elle lira des oeuvres libertines anonymes ou secondaires, telles que Thérèse philosophe. Enfin elle découvre Sade "le divin marquis" et c'est le choc, l'inimaginable, l'effroi, le no limit, aller jusqu'au bout du bout, jouir dans la douleur, souffrir dans la jouissance. le lire jusqu'à l'écoeurement...pour être libre. Enfin !
Ce corps qu'elle veut libre issu d'un esprit libre : "c'est parce que les protagonistes de Thérèse philosophe se sont libérés des entraves du corps qu'ils sont capables de raisonner..." Et elle ajoute "Il y a dans la construction du roman libertin une clef qui ouvre la porte de l'esprit"
Le corps et l'esprit. le corps par l'esprit. le corps sans esprit n'est rien. "La parole et le cul" écrit-elle à la fin du livre.
Elle écrit qu'elle a été une très jolie petite fille qui aimait s'exhiber nue comme souvent les enfants aiment faire et que d'avoir lu les livres érotiques de Pierre Louÿs l'a définitivement rendu femme après une adolescence douloureuse marquée par une précocité qui l'a éloigné des autres.
Abnousse Shahmani va au-delà du fait iranien et islamiste pour déchirer tous les voiles cachées de notre société occidentales. Les lepénistes sont des barbus. Tout comme les trotskistes qui n'aiment pas la femme qu'elle est. La journée de la Jupe avec Adjani la passionne. Mais elle n'a pas d'illusions sur l'issue des Printemps arabes : les islamistes triompheront.
Ses mots pourfendent la religion, toutes les religions qui drapent ce corps honteux dans les voiles et les préjugés.
"Je me demandais si je pouvais continuer comme ça. A ressembler à une femme ! Juste à une femme ! "
Ce livre est un témoignage et une réflexion profonde sur la femme, son corps et l'esprit qui le façonne. Sa plume percute, même si elle n'a pas fait oeuvre d'une brillante littérature. Souvent elle se répète, amplifie inutilement, parfois s'aventure dans des situations ou des pensées qui n'ont que très peu à voir avec le sujet. Mais quel souffle ! Jusqu'à l'excès sans doute, mais peut-on le lui reprocher quand on vient de l'Iran de Khomeiny. Elle forme de jolies phrases qui parfois meurent dans la confusion. Mais elle écrit avec une outrance qui lui va bien. Sa prose est jubilatoire.
Toutefois, elle prend un "sacré" risque. Une fatwa contre elle pourrait être lancée depuis l'Iran.
Souvenons-nous de Salman Rushdi et ses "versets sataniques".
Les militaires masculins n'ont pas d'imagination. leurs bombes tuent. Abnousse, elle, sait comment déstabiliser un régime islamiste : "Bombardez les pays des barbus avec des livres libertins du XVIIIe français"
Ô ! Divine Marquise !
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Apoapo
  02 août 2016
Il faut d'abord s'habituer au mantra du lexème « cul nu » - ou s'agit-il d'une adoration fétichiste du mot « cul » ? - ;
ensuite, accepter une obsession pour le voile, érigé en emblème non seulement de la domination que les « barbus » exerce[raie]nt sur les femmes, mais de la négation de la féminité tout entière, laquelle n'est guère prise en compte que dans le contexte islamique ;
de plus, acquiescer à cette transposition écrite de l'oral, style jadis réservé aux blogs mais qui, à l'évidence, déteint dans les livres – « Ben voyons. » « Sans déconner. » « Si, si. » - ;
de surcroît, sourire aux réitérations inlassables des expressions de « patriotisme » à l'égard de la France, de la République, de sa culture nourricière adoptée de manière inconditionnelle par sa langue et la lecture – mon sourire venant d'une certaine fréquentation de la littérature migrante qui fait de cette loyauté identitaire un thème récurrent afférent à l'identité en questionnement ; en même temps, mesurer à quel point l'analyse que l'auteure mène sur deux décennies d'actualité française et sur une éternité de sexisme et de misogynie est encore déterminée par le paradigme hérité de la culture d'origine et non par les réalités françaises – par ex. qui peut en bonne foi prétendre, dans la généralité de la France contemporaine, que la domination sexiste a pour objet la négation du corps de la femme, son cloisonnement, et non au contraire sa sur-érotisation, sa sur-exposition ? - ;
enfin, il faut avaler l'immense prétention, l'immodestie outrancière de la jeune auteure, qui se révèle à la fois (1) lorsqu'elle assène des évidences – par ex. sur l'importance de la connaissance de l'Histoire pour la compréhension du présent, sur la circonstance que les inégalités de genre s'installent dès l'instruction scolaire différenciée –, (2) dans sa manière catégorique de rejeter les objections qui sont souvent issues de la réflexion française la plus avancée et actuelle – et ne constituent pas que des divergences de sensibilité politique, et (3) sans oublier certaines références un peu gauches sur sa classe sociale d'origine et sa propre exception scolaire et « intellectuelle » - autres réflexes d'exilée...
Je me trouve très rarement en accord avec les analyses de Shalmani, lui sachant cependant gré de me permettre d'élaborer mon contre-argumentaire ; cela étant, je ne cesse de m'interroger surtout sur l'essence de sa démarche intellectuelle qui consiste à trouver en Sade l'antidote à Khomeiny : s'il est clair que les biographies de courtisanes ont pu représenter pour l'auteure une étape d'identification dans une condition de traumatisme de genre hérité, s'il est logique que la littérature libertine du XVIIIe s., dans sa critique et ridiculisation du clergé d'Ancien Régime, notamment par l'émancipation sexuelle, fut essentiellement politique et s'offre à un parallèle pertinent avec la dénonciation de l'islam politique actuel, si encore, comme l'affirment certains dix-huitièmistes, les Lumières posaient l'égalité entre hommes et femmes comme une évidence, comment néanmoins Sade peut-il être pris pour une bannière d'émancipation féminine et féministe ? Comment la sexualité qu'il décrit peut-elle inspirer un militantisme féministe et humaniste actuel ? Comment le sadisme n'est-il pas plutôt rapporté aux « barbus », et avec encore davantage de pertinence au libéralisme (vétéro- et néo-) que d'en représenter l'antidote ?
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Delphine-Olympe
  13 mai 2014
Par où commencer ?
Peut-être en disant tout simplement le choc que cette lecture a été pour moi.
De ceux, rares, produits par un livre précieux qui vous marque durablement de son empreinte.
C'est sa couverture qui m'a d'abord interpellée : une jeune femme à la chevelure luxuriante, au regard direct nous invite sans détour à écouter son histoire, celle d'une personnalité qui s'est construite entre deux figures dont on n'aurait jamais imaginé qu'il fût possible de les voir associer : Khomeiny et Sade. La couverture promet beaucoup : les pages surpassent toute attente.
Ce récit résolument autobiographique s'ouvre sur la première provocation d'une petite fille de 6 ans étonnamment précoce. En 1983, au coeur de Téhéran, alors que le Shah a été renversé et que les « barbus » sont désormais au pouvoir, cette petite fille traverse la cour de récréation de son école entièrement nue. Il ne s'agit pas là d'une simple espièglerie, mais d'un pied de nez fait à tous ceux qui veulent la contraindre à cacher son corps sous un voile étouffant. Car elle ne supporte pas ce monde devenu uniformément gris et noir où les femmes sont réduites à des corps coupables qu'il faut cacher. Elle ne comprend pas en quoi son corps d'enfant peut représenter un danger. C'est épidermique, c'est instinctif et c'est son premier cri de révolte.
Dès lors, jamais Abnousse ne se taira, jamais elle n'acceptera.
Et la nudité deviendra le mode d'expression de sa révolte, comme elle l'a été et continue de l'être pour d'autres femmes, de cette jeune Egyptienne qui choisit de s'exhiber sur Facebook vêtue de simples bas aux Femen bien connues.
Plus aucune minute de son existence ne s'écoulera qui ne soit dédiée à ce combat pour la liberté des femmes.
Agée de 8 ans, elle gagne Paris avec ses parents, croyant ainsi définitivement échapper à l'emprise des « barbus » et de celles qu'elle nomme les « corbeaux ». Las, quelle ne sera pas sa stupeur de découvrir qu'au coeur de cette république laïque dont elle a immédiatement appris à chérir les valeurs des femmes sont capables de choisir le voile, pendant que d'autres, ailleurs, meurent de devoir le porter !
Alors elle va affûter ses armes. Et ses armes, désormais, ce sont les mots. Ceux qu'elle découvre avec les grands écrivains français, ceux qui visent à pulvériser toute forme de censure, d'exclusion, de fanatisme, d'oppression.
Parmi ces écrivains, il en est un qu'elle place au-dessus de tous les autres, écrivain sulfureux s'il en est, écrivain qu'aucun régime ne put jamais soumettre: le marquis de Sade. Et là encore, il ne s'agit pas d'une simple provocation de sa part. Il faut voir comme elle en parle ! Oui, c'est pénible à lire, intolérable, même. Mais cet homme-là ne s'est jamais autorisé la moindre censure, et sa cruelle imagination fut sa façon de dire à tous ceux qui l'emprisonnèrent tour à tour : entre vos murs, ma liberté reste entière et je me ris de vos pudeurs et de vos préjugés.
Rire. Abnousse a compris que c'était l'arme ultime. Elle le reprend à son compte et nous parle d'expériences graves et tragiques avec des formules qui dégonflent instantanément tous les bouffis d'orgueil, des barbus aux trotskistes qu'elle trouve également sur son chemin, qui prétendent nier aux femmes le droit d'exister.
Je ne doute pas que certains trouveront sa parole trop libre, trop radicale, trop crue, trop tout.
Et pourtant. Des femmes mises sous voile à celles que l'on accuse d'être responsables du viol dont elles ont été victimes ; des femmes qui, à travail égal, continuent d'être moins payées que les hommes à celles qui se font conspuer parce qu'elles ont l'audace de porter une robe lorsqu'elles s'expriment au sein de l'Hémicycle parlementaire; des femmes à qui l'on dénie de droit de choisir de porter ou non une grossesse à son terme à ces jeunes lycéennes nigérianes enlevées pour être vendues comme de vulgaires marchandises, il reste, ici comme ailleurs, un long chemin à parcourir pour éradiquer toutes les formes de violence qui leur sont faites, et leur permettre - nous permettre - simplement d'être.
Alors oui, j'applaudis des deux mains à cette parole courageuse et intelligente, drôle parfois et mordante souvent, qui hisse la liberté et la tolérance au rang de valeurs suprêmes !
Et je me dis qu'à l'heure où des responsables politiques prétendent s'émouvoir de l'existence d'un livre où les personnages sont «Tous à poil», le geste de la petite Abnousse reste d'une terrible actualité.

Lien : http://delphine-olympe.blogs..
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Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
soltansoltan   12 juillet 2014
J'ai vingt ans. J'ai vingt ans et j'ai déjà connu l'amour avec Louÿs, et j'ai découvert combien le sexe pouvait être révolutionnaire avec Sade. J'ai vingt ans et je sais que je vis les plus belles années de ma vie. Il me suffit de penser à Sade, il me suffit de penser au dialogue de Madame de Saint-Ange et d'Eugénie pour savoir que rien n'est perdu. Il me suffit de penser à Juliette pour savoir que la femme a un étendard et qu'elle le porte bien haut. Un jour, Sade sera la seule arme disponible pour casser les ténèbres. La violence de Sade n'est pas violente, elle est née de l'imagination et de la foi. La foi dans l'homme devenu le centre de la pensée et non plus le pantin d'hommes cachés derrière Dieu. Ce qui est violence, ce sont les attentats successifs contre le corps féminin à travers le monde. La violence, c'est exciser des petites filles qui aiment la chair et des grandes filles qui aiment la bite. La violence, c'est d'interdire à une petite fille d'apprendre à lire et à une jeune fille de choisir qui elle veut mettre dans son lit. La violence, c'est ce que les barbus font subir aux esprits en les broyant. Un jour, comme la Révolution française a mis ses barbus à la porte, d'autres révolutions éclateront qui réduiront les barbus au silence et célèbreront la parole de Hommes.
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rkhettaouirkhettaoui   02 juillet 2015
les femmes intellectuelles ressemblent à des hommes. Elles s’habillent de pantalon et se maquillent « nude ». Il y a toujours le moment de surprise dans le regard des nouvelles rencontres quand j’ouvre la bouche. Il y a un raccord entre ma jupe et mon cerveau qui met du temps à se faire. Et parfois certains osent le constat à haute voix : « J’ai cru que tu étais une pouffe et tu es brillante. » Le pire est peut-être l’arrogance qu’ils mettent dans leurs remarques. Il y a un vrai problème entre la jupe et le cerveau. Comme si la jupe court-circuitait le cerveau et l’empêchait de se développer normalement. J’ai trop l’air d’une femme pour avoir un cerveau. Aujourd’hui, je suis encore plus fière de mes talons et du cliquetis de mes colliers.
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rkhettaouirkhettaoui   02 juillet 2015
Il n’y a pas de sentimentalisme chez Sade. Il n’y a pas de prince sur son cheval blanc qui vient sauver les princesses prisonnières de pères autoritaires. Si la princesse n’a pas assez de couilles pour sortir de sa tour tant pis pour elle ! Personne ne viendra à sa rescousse, sauf elle-même. Sade, c’est l’apologie de la débrouillardise et le refus du destin. Sade ne cherche pas d’excuses à ses personnages, il démontre que si les hommes sont assez bêtes pour croire ce que leur racontent le pouvoir et ses lois, ils méritent une vie de misère.
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rkhettaouirkhettaoui   02 juillet 2015
J’étais – et je demeure – une patriote et non une nationaliste. Le patriotisme, c’est être pour. Le nationalisme, c’est être contre. Et soudain, nous étions tous des patriotes parce que la France avait réussi à se hisser à coups de buts sur la première place du podium mondial. Je n’étais pas passionnée de football – comme une grande majorité de Françaises avant la victoire – mais les étapes successives vers la victoire consolidaient nos cœurs de Français. Je pense que la majorité des Français ont ressenti, pour la première fois depuis longtemps, à quel point il était agréable de se sentir une pulsation commune.
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rkhettaouirkhettaoui   02 juillet 2015
Il y des lois et il y a des limites, et liberté n’est pas licence, mais s’il fallait donner crédit aux frayeurs de chacun, le monde ne serait peuplé que de barbus et de corbeaux. Nos amitiés ont survécu aux goûts particuliers mais cela ne fut possible que parce que nous avions vingt ans et que notre intolérance était toute molle. Encore quelques années et la rigidité des goûts aurait brisé notre amitié.
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Vidéo de Abnousse Shalmani
Pour son quinzième roman Tous les hommes désirent naturellement savoir chez JC Lattès, Nina Bouraoui retourne à ses premiers amours pour l'autofiction et dresse le portrait de l'Algérie du milieu des années 1980. Elle revient sur ses premiers émois homosexuels dans un livre magnifique. Elle sera accompagnée par Abnousse Shalmani, journaliste et romancière iranienne qui fait paraitre chez Grasset Les exilés meurent aussi d'amour. Elle y raconte son exil à Paris avec sa famille au moment de la révolution islamique. Avec : Abnousse SHALMANI : Journaliste et romancière, Nina BOURAOUI : Romancière. Présenté par Adèle VAN REETH.
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