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Pierre Lepape (Préfacier, etc.)
ISBN : 2020386712
Éditeur : Seuil (18/02/2000)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 167 notes)
Résumé :
Nous avons dû prendre l'univers en main mon frère et moi car un matin peu avant l'aube papa rendit l'âme sans crier gare. Sa dépouille crispée dans une douleur dont il ne restait plus que l'écorce, ses décrets si subitement tombés en poussière, tout ça gisait dans la chambre de l'étage d'où papa nous commandait tout, la veille encore. Il nous fallait des ordres pour ne pas nous affaisser en morceaux, mon frère et moi, c'était notre mortier. sans papa nous ne savions... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
Symphonie
  12 janvier 2014
- Tu es parti chercher un cercueil au village et où il est ton cercueil ?
- D'abord ce n'est pas mon cercueil mais le cercueil de papa et je n'ai pas pu en trouver un.
- Alors on va le couper en morceaux et le brûler. On va prendre ses cendres et vu la grosseur de notre fourneau, on va devoir y aller petit feu par petit feu.
Et déjà les dents de l'égoïne étaient posées sur la cuisse de papa.

Vous l'aurez compris par ce court extrait, il y a de quoi se poser des questions sur la santé mentale de ces deux enfants coupés du monde, vivants dans un immense domaine retiré, dirigé par leur richisime et tyran père. le jour où ce dernier met fin à ses jours, ils font tout et n'importe quoi pour tenter de l'enterrer. S'il était leur mortier, celui qui les tenait debout, ce père ne leur a rien appris de l'existence, ne sachant pas même s'ils sont garçon ou fille, s'appelant frère tout simplement et leur cheval, eh bien ma foi, s'appele tout bonnement cheval ! Ils vont de l'avant, sans réfléchir parce qu'ils en sont incapables. Leur ignorance est telle que lorsque l'un des deux protagonistes se rend au village pour acheter " un costume de sapin " à leur défunt père, cela crée forcément des situations plutôt cocasses, voire même jubilatoires. Mais pour ces deux orphelins naïfs au possible, les ennuis ne font que commencer. Très vite, attirés par l'appât du gain, ils vont devoir affronter une meute de loups, celle des hommes.
Ce roman de Gaétan Soucy est aussi glauque que complexe. Certains passages sont franchement tordus, notamment pour tout ce qui se rapporte aux bijoux de famille ( si voyez ce que je veux dire ) ainsi que les assauts sexuels du frère envers sa soeur. Leur langage cru dérange à tel point que l'on se dit que l'auteur a tout de même exagéré l'attitude de ces deux bougres ignares et sauvages. Bien des zones d'ombres entourent le décès de leur mère et d'un autre enfant. Cependant, malgré toutes ces absences, ce récit est une merveille dans son genre. L'auteur possède une grande maitrise d'écriture, de jeux de mots et un sens de l'humour décapant. le récit se termine par une touche poétique, lors d'un moment de lucidité de la narratrice, en songeant à une vie nouvelle, sous de meilleurs hospices, qu'elle imagine avec la petite fille qu'elle vient de mettre au monde.
Un roman drôle et sombre, qui déroute et séduit le lecteur par une puissance de mots hors pairs. Un vrai régal ! Mais attention de ne pas être pris d'une " figette " en cours de lecture...
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Commenter  J’apprécie          234
Neneve
  12 décembre 2016
WOW... la claque !!!!
Un livre à part... déroutant, déstabilisant, troublant, intriguant, captivant, envoutant...
Une langue, un style, des mots qui résonnent en soi et qui résonneront longtemps.
Même si le lecteur peut sembler se perdre au début, Soucy ne nous donne pas le choix que de poursuivre la lecture. Jusqu'à la dernière page, parce qu'on se retrouve happé par cette histoire qui est trop bien construite.
Un vrai coup de coeur. Un livre que je recommande vivement.
Commenter  J’apprécie          220
Syl
  30 septembre 2013
Dans un grand domaine au sein d'une forêt, un père et ses deux enfants vivent dans un complet isolement. le narrateur, le plus jeune des deux, se nomme le secrétarien. Il débute son récit par le décès de leur père qu'il découvre avec son frère, un matin.
"Nous avons dû prendre l'univers en main mon frère et moi car un matin peu avant l'aube papa rendit l'âme sans crier gare".
Ses écrits vont révéler une histoire surprenante, extravagante, terrifiante aussi, qui commence dès les premières pages. Ils sont des mots issus d'un parler ancien, moyenâgeux, un patois, parfois grossier, primitif et si raffiné, poétique. le dosage est complexe et savant ! C'est un dictionnaire d'images et de doctrines où la sagesse et l'absurde se partagent. On ne sait plus l'époque, les lieux, les personnages. Nous sommes spectateurs d'un huis clos et de la confrontation entre deux mondes, le nôtre et le leur.
Ils veulent enterrer le corps mais se retrouvent désemparés face à cette épreuve. Il n'y a plus de directives paternelles, celles qui ordonnent et font loi, celles qui rossent et qui accablent.
La demeure devient un lieu d'exploration et la chambre du père, un sanctuaire, est visitée dans ses secrets… armoire, tiroirs, recoins… On ne le saura que plus tard, la demeure est riche et imposante avec sa salle de bal ; un château.
Cette liberté semble factice, l'autorité et le rigorisme planant encore dans la maison.
Dans cette maison, les sentiments sont inexistants, les joies et les chagrins toujours en sourdine, les plaisirs, les loisirs, sont à dérober et à cacher.
Avec cheval, le secrétarien décide d'aller voir au village "les semblables" pour demander de l'aide. Il y rencontre l'homme à la soutane, une veille "pute" (les femmes sont appelées putes), le maire et un homme en costume, l'inspecteur, beau, si beau, que ses émois lui labourent le ventre.
Il ne comprend pas ce qui se passe, ni cette histoire de mine qui paraît les animer jusqu'à la déraison.
Et on le dit "elle" aussi, "sauvage" et belle. le secrétarien le sait, il s'en doute, mais le père les nommait fils.
"Je ne sais combien de temps j'ai pu écrire à toute vitesse et le coeur en chamaille, car il n'y a pas de lune, le ciel était couvert de limbes, mais je dus remplir une douzaine de feuilles d'un coup sans m'arrêter, traversant les phrases et les mots comme une balle de fusil les pages d'une bible. Quand le secrétarien s'est mis en tête de pédaler dans le verbe, ôtez-vous du chemin, ça déménage, peuchère, tombeau ouvert…"
De retour sans cercueil, en tête à tête avec un frère rageur, un mort encombrant, un palais au bord de la décomposition, le "Juste châtiment", et des ombres à foison, le secrétarien confie les délires et les évènements qui s'enchaînent. L'histoire, un ruban plein de noeuds, se dénoue et dévoile toute sa tragédie.
Je vous conseille cette lecture fantasque, son originalité la rend unique. Elle prête à sourire, elle émeut et fait grincer les dents. L'auteur joue avec les mots, les pare de métaphores, les poétise. L'histoire a plusieurs facettes qui captivent le lecteur de leurs bizarreries. L'innocence se mêle à la violence et à la cruauté, c'est insidieux et malsain. Les mystères la rendent gothique. le secrétarien comme un moine copiste, un conteur, dit avec ingénuité et son intelligence les faits qu'on ne peut deviner tellement ils sont surprenants. Ainsi, au fil des pages, nous comprenons son histoire, bestiale et lyrique.
Un livre qui fera sa place dans mes bons souvenirs…
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Commenter  J’apprécie          70
adtraviata
  01 septembre 2017
Roman étrange et fascinant, roman à tiroirs, conte violemment grotesque, empreint de multiples références sous lesquelles coule une essence psychanalytique, fable emblématique du désir d'indépendance du Québec, comme l'explique la présentation de Pierre Lepape, c'est sans doute tout cela qu'est La petite fille qui aimait trop les allumettes, et bien plus encore.
On pénètre d'abord dans une maison qui se délite et on affronte la mort du père avec deux enfants, deux adolescents plutôt, complètement perdus maintenant que le père n'est plus là pour dicter sa loi. L'un d'eux, « le secrétarien » écrit l'histoire nouvelle qui commence alors. Petit à petit, on découvre ébahi les conditions dans lesquelles ils vivent, l'abandon affectif, la solitude, la violence, l'absence de parole… mais aussi la réalité de la mort du père, le goût des mots que le narrateur a découvert grâce à ce qu'il appelle ses « dictionnaires », des romans de chevalerie, l'Ethique de Spinoza, des contes de fées, les Mémoires de Saint-Simon. Autant de sources qui lui donnent quelques clés, bien étranges et incomplètes, pour découvrir le monde « de l'autre côté de la pinède » (car il faut bien trouver une « boîte à trou » pour enterrer le père) et aller à la rencontre des « semblables » qui y vivent.
Des sources qui façonnent aussi la langue de ce narrateur, la langue de Gaëtan Soucy donc, qui m'a un peu fait penser au début à Si tu passes la rivière de Geneviève Damas. Mais la comparaison s'arrête là, parce que ce roman n'évolue pas vers quelque chose de lumineux, au contraire. Mais de découverte en découverte, de surprise en surprise, on goûte à l'inventivité, à la richesse de réflexion, à l'intelligence de l'auteur qui glisse dans ce roman mille et un symboles que chacun pourra lire et interpréter selon ses propres références. Il y a du Barbe bleue et sa chambre secrète, du Blanche-Neige et son cercueil de verre, du Shakespeare, pour ne citer que quelques exemples. Je l'avoue, je n'ai pas toujours tout compris, mais j'ai apprécié le fond psychanalytique de ce conte de fées à l'envers, qui tisse les questions de l'identité, de la relation à l'autorité, la relation aux autres, l'invention de la liberté entre autres. Il est aussi question d'une religion très prégnante, prescriptrice et dont il est bien difficile de se libérer. Quant à la lecture de Pierre Lepape à propos de l'indépendance du Québec, je n'ai pas assez de clés historiques pour la saisir entièrement, les copines du Québec qui veulent bien m'expliquer ou m'indiquer une source d'explications sont les bienvenues !
Je sens que ce roman mérite une relecture, qu'il ne se donne pas à connaître en une seule fois. Il est vraiment très original et ses inventions langagières, au coeur d'un drame terrible et poétique à la fois, ne sont pas le moindre de ses charmes !
Lien : http://desmotsetdesnotes.wor..
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nath45
  10 juillet 2017
Ce roman dont l'atmosphère déroutante, étrange, énigmatique raconte l'histoire de deux enfants se retrouvant livrés à eux mêmes suite au suicide de leur père.
J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce roman, je m'y suis souvent perdue et c'est en relisant les criques sur Babelio que j'ai persisté, une lecture pas facile mais je dois reconnaître que la plume de Gaëtan Soucy est riche et émouvante à certain moment, un jeux de langage à découvrir et avoir le moral car c'est quand même sombre et cruel.
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critiques presse (1)
LaPresse   11 août 2014
La petite fille qui aimait trop les allumettes ressemble à un vieux conte de chevalerie détraqué, comme si cette tradition littéraire, transplantée au Québec (qui n'est jamais nommé), avait pris un autre chemin, complètement fou.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
VALENTYNEVALENTYNE   15 septembre 2013
Vous ne pouvez pas savoir combien il y en avait, il me fallait quatre heures rien que pour les étaler, je parle de l’argenterie évidemment. Je ne sais pas si j’ai songé à l’écrire, mais la propreté cela me rend folle dans le bourrichon, tellement j’aime. Il y avait des cuillères de toutes sortes, de toutes les familles, et des soucoupes et des assiettes et des coupes et des couteaux, je n’en finirais pas si je disais tout ce qui se trouvait enfoncé dans les tiroirs et les armoires de la salle de bal, en or, en cristal, en argent, en verre de bristol, en pierre philosophale, en tout ce que vous voudrez de plus émerveillant. J’examinais chaque ustensile, c’est ainsi que ça se nomme, je n’aurais pas toléré la moindre brume, tout devait étinceler, j’astiquais, j’asticotais jamais ma jupe n’aura autant servi et à meilleur usage. J’enlevais la poussière et les débris de marbre qui jonchaient le sol , encore ce verbe joncher, et je disposais mes poupées de lumière avec mille et un soins d’amour sur la plus haute des fenêtres où le soleil pénétrait pour venir danser dans ce merveilleux labyrinthe de netteté et d’arrêtes éclatantes. Je crois que ces ustensiles, il y en avait bien quarante-cent-cinquante- treize, toutes les fois que j’ai essayé de les compter à mesure que je les rangeais en rangée, ma tête se mettait à tourner dans le mauvais sens et je perdais le chiffre tellement il y en avait combien, sur mon cœur. Il m’arrivait de valser tout autour, mes pieds nus sur la froideur des dalles amochées. Mais la plupart du temps, les bras étendus tel un engoulevent, je restais debout à les contempler, sans bouger plus qu’une souris apeurée, et je sentais toutes les tristesses et les désemparements tomber de mes ailes, comme au printemps tombent des toits les stalactites de glaçons, que père de son vivant appelait des tsoulala, car il avait été missionnaire au japon à l’époque où il était beau gosse, ne me demandez pas où ça se trouve, quelque part de l’autre côté de la pinède.
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VALENTYNEVALENTYNE   15 septembre 2013
Je m’arrêtais à deux pas de cheval. Lui aussi immobile me regardait. Il était si vieux, si fatigué, que ses yeux ronds n’étaient même plus du même marron. Je ne sais pas s’il existe des chevaux ailleurs sur terre avec des yeux qui soient bleus comme ceux des preux dont les images ornent mes dictionnaires préférés, mais enfin, nous ne sommes pas ici-bas pour obtenir des réponses, semble-t-il. Je m’approchai davantage et lui mis un horion sur le chanfrein, en mémoire de père. L’animal recula puis baissa sa figure énorme. Je me rapprochai de nouveau, je lui caressai la croupe, je ne suis pas rancunier. Et puis, papa, tout ça ce n’était quand même pas sa faute. J’ai peut-être écrit le mot animal un peu à la légère aussi.
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iarseneaiarsenea   10 décembre 2010
Nous avons dû prendre l'univers en main mon frère et moi car un matin peu avant l'aube papa rendit l'âme sans crier gare. Sa dépouille crispée dans une douleur dont il ne restait plus que l'écorce, ses décrets si subitement tombés en poussière, tout ça gisait dans la chambre de l'étage d'où papa nous commandait tout, la veille encore. Il nous fallait des ordres pour ne pas nous affaisser en morceaux, mon frère et moi, c'était notre mortier. Sans papa nous ne savions rien faire. À peine pouvions-nous par nous-mêmes hésiter, exister, avoir peur, souffrir.
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FraHauFraHau   22 novembre 2010
Et je me disais qu'est-ce-qu'on a fait de tout ça, pensant à nous-même autant qu'à nos semblables dans leur totalité pensive. On dirait des fois que je suis seule sur terre à l'aimer, moi, la vie. Mais quand on essaie d'aimer, tout devient compliqué, car peu de gens ont de cela la même imagination dans le chapeau
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SymphonieSymphonie   22 janvier 2014
Parfois la voix de papa s'élevait par dessus la mélodie, la chevauchait quelques instants et je peux vous dire, c'est horrible comme c'était beau.
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Videos de Gaétan Soucy (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Gaétan Soucy
Présentation de Gaétan Soucy, écrivain canadien, par Claude Rouquet (L'Escampette éditions) à l'occasion du festival littéraire Passeurs de monde(s). Vidéo réalisée par les yeux d'IZO. © Centre du livre et de la lecture en Poitou-Charentes - 2009
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