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Jean Gaudon (Autre)
ISBN : 2070324419
Éditeur : Gallimard (01/10/1987)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 50 notes)
Résumé :
«Aux grenouilles de la modernité qui n'en finissent pas de se faire aussi grosses que le bœuf, aux éléphants poétiques gambadant dans la forêt de l'Être, Supervielle répond par la fable, et prête aux dieux, aux bêtes et aux arbres sa parole ou son silence.
Il faut, cela va de soi, mettre Dieu au singulier. Même s'il arrive à Vénus, au corps "plein de lignes", de faire une brèche dans ce monothéisme poétique, le pluriel nous entraînerait dans un réseau par tr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
vincentf
  01 juillet 2010
Une poésie étonnamment simple, loin de la suspension du sens que cherchent la plupart de ses contemporains, voilà sans doute ce qui fait la particularité de Supervielle. Il y a dans ses vers, souvent classiques, une limpidité qui ramène à des époques anciennes, la genèse du monde ou l'enfance, peut-être. Il y a aussi, et c'est ce qui touche profondément à la lecture de sa poésie, cette volonté de décrire l'expérience humaine dans ce qu'elle a de plus fondamental et de plus mystérieux, sans pour autant que le mystère ne vienne troubler la lucidité du poète qui pense à son monde intérieur, à ses nerfs, à ses organes qui répondent un par un aux astres du ciel, réveillant ainsi la veille théorie du microcosme et du macrocosme et jouant cette partition harmonique que l'on croyait perdue depuis belle lurette. Cette expérience de l'infini du dedans de l'homme s'élargit même à celle, plus mystérieuse et plus simple encore, du dedans de Dieu, qui se voit créer le monde et qui s'étonne de se sentir devenir arbre ou homme, comme si la création n'était que duplication infinie faisant de chaque parcelle de l'univers entier à chaque fois un fragment complet (étrange expression…) de Dieu. le poète est Dieu, puisqu'il parle pour lui et puisque comme lui, il sent en lui un monde qui lui échappe alors qu'il constitue sa plus sûre identité. Rien de religieux dans tout ça, juste le sentiment vrai d'être tout. Dieu, c'est le poète au carré, l'infini multiplié par l'infini.
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Wozniaksandy
  22 mai 2018
Ce recueil se développe autour de "la Fable du monde" Jules Supervielle utilise tous les moyens de la versification : décasyllabes ou d'alexandrins non rimés. Jules Supervielle s'adresse à un "inconnu" à travers un récit épique de la création du monde, du "Premier Arbre", du "Premier Chien" et des animaux, dont Supervielle dresse un tendre bestiaire.
L'angoisse qui plane dans ce recueil est liée à la montée des périls dans l'Europe d'avant-guerre. le recueil est rythmé par un mouvement alternatif d'expansion et de concentration, allant de la représentation du macrocosme à la vision du microcosme intérieur et des abîmes du corps. Supervielle est alors proche de l'espace du dedans" et du "lointain intérieur"
La Fable du monde poursuit la méditation douloureuse sur la place de l'homme dans le cosmos et sur l'unité d'un moi menacé par les "monstres de la nuit".
Un recueil touchant enprunt de réflexion à méditer.
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OhOceane
  22 mars 2017
De Jules Supervielle, je ne connaissais au début que ses nouvelles presque surréalistes. Je me rappelle comme si c'était hier (et c'est loin d'être le cas…), de la première fois où j'ai lu L'Enfant de la Haute Mer, en classe de primaire, suite à une dictée ou quelque exercice de ce genre. Par la suite j'avais emprunté le recueil de nouvelles au CDI, et bien plus tard j'ai découvert ses poèmes.
Contrairement aux nouvelles, la poésie de Supervielle ne s'inscrit pas dans le Surréalisme. On y retrouve la fragilité, la douceur, une élégance de chevalier d'un autre temps. Est-ce de n'avoir pas connu ses parents, morts dans sa très jeune enfance ; est-ce d'être de deux patries, et donc du monde, la poésie de Supervielle est de celle qui trace un chemin vers le coeur, discrètement mais pour longtemps.
De manière tout à fait personnelle, et peut-être à cause de L'Enfant de la Haute Mer, Jules Supervielle est pour moi le poète de l'océan, des rivages et des voyages imaginaires. Mais ce serait vain et réducteur de vouloir l'assigner quelque part. Supervielle est un poète, et comme tous les poètes : le messager universel de la beauté et des sentiments humains.
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LouSayahazar
  24 mars 2014
C'est la création du monde, des animaux, de l'arbre, de l'homme...
Tour à tour dans la peau de chacun, intérieur extérieur, détail et grand évènement, le poète nous raconte l'apparition de la vie toute entière. Les sens en éveil, il dévoile des émotions tout en gardant la part de mystère qui habite cette histoire.
Nous sommes là, au plus près de la vie, dans ce qu'elle a de plus simple et de poétique. C'est un vrai bonheur de vivre ces mots, le temps de la lecture.
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frandj
  25 octobre 2017
Elu peu avant sa mort "prince de poètes", Jules Supervielle (1884-1960) a laissé une oeuvre importante. J'ai choisi un peu au hasard ce recueil. Il débute par une première partie: "La fable du monde", qui évoque la création divine, mais que je n'ai pas particulièrement appréciée. D'une manière générale, j'ai été assez peu sensible à cette poésie simple et parfois presque maladroite (à mon avis...). Toutefois, quelques-unes de ces pièces - parmi les plus courtes - m'ont bien plu. Par exemple: "C'est la couleuvre du silence" (que j'ai mis en citation) ou "Lettre à l'étoile".
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Citations et extraits (63) Voir plus Ajouter une citation
MalauraMalaura   23 août 2012
Sous la peau des ténèbres,
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j'ai de nocturne,
D'étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.
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aleatoirealeatoire   16 mars 2017
Visage des animaux
Si bien modelés du dedans à cause de tous les mots que vous n'avez pas su dire,
Tant de propositions, tant d'exclamations, de surprise bien contenue,
Et tant de secrets gardés et tant d'aveux sans formule,
Tout cela devenu poil et naseaux bien à leur place,
Et humidité de l'oeil,
Visages toujours sans précédent tant ils occupent l'air hardiment !
Qui dira les mots non sortis des vaches, des limaçons, des serpents,
Et les pronoms relatifs des petits, des grands éléphants.
Mais avez-vous besoin des mots, visages non bourdonnants,
Et n'est-ce pas le silence qui vous donne votre sereine profondeur,
Et ces espaces intérieurs qui font qu'il y a des vaches sacrées et des tigres sacrés.
Oh ! je sais que vous aboyez, vous beuglez et vous mugissez.
Mais vous gardez pour vous vos nuances et la source de votre espérance
Sans laquelle vous ne sauriez faire un seul pas, ni respirer.
Oreilles des chevaux, mes compagnons, oreilles en cornets
Vous que j'allais oublier,
Qui paraissez si bien faites pour recevoir nos confidences
Et les mener en lieu sûr,
Par votre chaud entonnoir qui bouge à droite et à gauche...
Pourquoi ne peut-on dire des vers à l'oreille de son cheval
Sans voir s'ouvrir devant soi les portes de l'hôpital.
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coco4649coco4649   04 janvier 2016
OUBLIEUSE MÉMOIRE (EXTRAITS)


Mais avec tant d'oubli comment faire une rose,
Avec tant de départs comment faire un retour,
Mille oiseaux qui s'enfuient n'en font un qui se pose
Et tant d'obscurité simule mal le jour.

Écoutez, rapprochez-moi cette pauvre joue,
Sans crainte libérez l'aile de votre cœur
Et que dans l'ombre enfin notre mémoire joue,
Nous redonnant le monde aux actives couleurs.

Le chêne redevient arbre et les ombres, plaine,
Et voici donc ce lac sous nos yeux agrandis ?
Que jusqu'à l'horizon la terre se souvienne
Et renaisse pour ceux qui s'en croyaient bannis !

Mémoire, sœur obscure et que je vois de face
Autant que le permet une image qui passe...

p.140-141
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patrick75patrick75   28 août 2014
L'ENFANT ET LES ESCALIERS

Toi que j'entends courir dans les escaliers de la maison
Et qui me cache ton visage et même le reste du corps,
Lorsque je me montre à la rampe,
N'es-tu pas mon enfance qui fréquente les lieux de ma préférence,
Toi qui t'éloigne difficilement de ton ancien locataire.
Je te devine à ta façon pour ainsi dire invisible
De rôder autour de moi lorsque nul ne nous regarde
Et de t'enfuir comme quelqu'un qu'on ne doit pas voir avec un autre.
Fort bien, je ne dirai pas que j'ai pu te reconnaître,
Mais garde aussi notre secret, rumeur cent fois familière
De petits pas anciens dans les escaliers d'à présent.
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JunieJunie   20 mars 2013
O DIEU TRES ATTENUE

ô Dieu très atténué
Des bouts de bois et des feuilles
Dieu petit et séparé,
On te piétine, on te cueille
Avec les herbes des prés.
Dieu des légères fumées
Dieu des portes mal fermées
On les ouvrit tan de fois
Que l'air traverse le bois.
Et toi, dans l'humaine écorce,
Dieu de qui n'a plus la force
D'avoir un Dieu résistant
Comme celui qu'abandonne
Par ses blessures le sang.
Dieu qui ne remplis sa chose
Qu'à moitié, comme à regret,
Dieu sur le point de quitter
Le coeur d'un homme qui n'ose
Le retenir, le goûter,
Tu t'absentes, tu reviens,
Tu es toujours en voyage.
Heureux celui qui retient
Un bon Dieu comme un bon vin
Qui prend avec lui de l'âge.
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Oloron-Sainte-Marie, Jules Supervielle lu par Jules Supervielle
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