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Armand Lanoux (Autre)
EAN : 9782253002833
216 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/2003)

Note moyenne : 3.63/5 (sur 836 notes)
Résumé :
Angélique, enfant trouvée, s'enfuit de chez sa nourrice. Recueillie par un couple de brodeurs, elle grandit là comme dans un cloître, loin du monde, niant le mal. «Le mal... on n'a qu'à le vaincre, et l'on vit heureux», pensait-elle.
L'amour vient sous les traits d'un peintre, Félicien d'Haute coeur, fils d'un gentilhomme devenu évêque. L'idée du plus léger empêchement à leur mariage ne pouvait effleurer Angélique : «On s'adore, on se marie, et c'est très sim... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (67) Voir plus Ajouter une critique
Kittiwake
  21 mai 2020
C'est à la passion, mystique ou amoureuse que Zola consacre cet opus de la série des Rougon-Macquart. incarnée par la jeune Angélique, c'est une enfant abandonnée (elle est la fille de Sidonie Rougon) et recueillie par Hubert et Hubertine, un couple qui a lui aussi préféré la passion à la raison et a ressenti comme un châtiment le décès de leur fille unique.
Angélique, tout en apprenant son métier de brodeuse, s'enflamme en secret pour les figures légendaires qui font le décor de la religion chrétienne. Elle se nourrit des légendes contant la vie de martyre des vierges qui ornent la cathédrale avoisinant la maison où elle vit. Jusqu'au jour où une ombre entrevue à son balcon éveille son émoi, et se substitue à ses héros mystiques.
Amoureuse du jeune homme, qui se dit ouvrier verrier, elle en oublie pour un temps les illusions qui la berçaient et lui faisaient entrevoir un avenir de princesse de conte de fées.
Le roman en possède les codes, la jeune fille pauvre, recueillie par un couple sans enfant, rêvant d'un avenir fastueux auprès d'un prince charmant. Zola casse cependant le mythe par une fin qui ne reprend pas la formule : « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants ».
Dans ces derniers tomes, qui mettent en scène les héritiers de la génération fondatrice, à chaque fois, le personnage principal s'interroge sur son hérédité et Angélique n'échappe pas à la règle :

"Elle l'entendait gronder au fond d'elle, le démon du mal héréditaire. Qui sait ce qu'elle serait devenue, dans le sol natal? Une mauvaise fille sans doute ; tandis qu'elle grandissait en santé nouvelle, à chaque saison, dans ce coin béni. N'était-ce pas la grâce, ce milieu fait des contes qu'elle savait par coeur, de la foi qu'elle y avait bue, de l'au-delà mystique où elle baignait, ce milieu de l'invisible où le miracle lui semblait naturel, de niveau avec son existence quotidienne."

La religion est au coeur du roman , à travers la dévotion des personnages, des figures du curé et de l'évêque, des processions et de la remise des légendes des premiers chrétiens. (L'énumération des vierges et de leurs destinées peut être un peu lassante, mais quand Zola s'empare d'un thème, il le décline jusqu'à plus soif!)
On entrevoit aussi l'univers des brodeurs, un métier artistique exigeant, que la jeune Angélique s'approprie avec talent et abnégation.

Un opus qui se distingue des précédents par sa brièveté , à peine deux cent pages. Ce qui est suffisant.

Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Gwen21
  11 mai 2016
Le 16ème tome des Rougon-Macquart ne trônera pas parmi mes favoris de la série, même si sa lecture aura été bien moins douloureuse que celle de son grand frère "La faute de l'abbé Mouret".
Avec son nombre de personnages remarquablement réduit, sa prose exaltée et emphatique plutôt oppressante et son thème éthéré, "Le rêve" a certes de quoi faire couler beaucoup d'encre dans une classe de littérature, permettant bien des interprétations et ouvrant sur de nombreuses analyses, mais n'a pas eu le pouvoir de totalement me charmer. Cela tient sans doute en grande partie au fait que le goût de décortiquer la littérature m'a passé avec les années ; je ne suis plus aujourd'hui qu'en quête du plaisir, celui que procure un style poétique et une trame dynamique ; poésie et action, j'en conviens, n'étant pas toujours facile à concilier.
Pour ce qui est du style, rien à dire. Ou plutôt rien à ajouter à tout ce qui a déjà été dit. C'est du Zola, c'est vivant, palpitant et enivrant. Pour la trame, aïe. Notre cher auteur devait être en pleine crise de mysticisme et aura peut-être voulu créer son propre mythe, le situant grosso modo entre le "Roméo et Juliette" de Shakespeare et l'hagiographie de Sainte Agnès. Partant de là, le récit trouve difficilement son équilibre entre tragédie (un peu trop théâtrale) et texte sacré (un peu trop mythologique).
"Le rêve", c'est la dissection du désir, la poussée de la passion, nés dans une âme innocente, celle d'Angélique, une orpheline au nom prédestiné puisque Zola en fait un ange, la parabole de la pureté, le symbole de l'innocence et l'allégorie du martyre. L'enfant naturelle de Sidonie Saccard, abandonnée à sa naissance, témoigne dès son plus jeune âge d'une belle propension à l'imagination. Fantasque, exaltée, mystique, elle a conçu le rêve qu'un Prince Charmant viendrait l'épouser et ferait d'elle, la pauvresse, une nouvelle reine de Saba. A 16 ans, sa rencontre déterminante avec un ouvrier verrier va la faire basculer du rêve à la réalité. Se succèdent alors dans le récit, de façon très académique, trois phases bien identifiables : le souhait du songe, la réalité du rêve et le réveil... brutal.
N'allez pas croire en me lisant que ce roman ne vaut pas le détour, loin de là. Simplement, pour moi, c'est typiquement le genre de texte dont la puissance poétique ne conviendra pas à tous les lecteurs, surtout aux plus terre-à-terre. Je pense que pour l'apprécier, il faut déjà avoir une sensibilité spirituelle bien éveillée et être prêt à entrer dans une bulle d'irréalité où chaque parole et chaque action sont dictées non pas par le pragmatisme du quotidien mais bien par la ferveur de l'idéal, celui qui habite les poètes et les saints. Sans cela, gare à l'ennui !
Un beau texte, mais pas le meilleur de l'auteur.

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Challenge 19ème siècle 2016
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michfred
  13 mai 2016
Quelle mouche échappée des ombres d'un confessionnal a piqué l'auteur de la Bête Humaine? Quel encensoir balancé avec trop de vigueur a brutalement frappé la tempe de l'auteur de la Curée?
Certes, Zola avait beaucoup à se faire pardonner et devait montrer patte blanche pour entrer à l'Académie: c'est dans ce but qu'il a écrit le Rêve, ce roman "calme" dit F. A. Burguet et pétri de sainteté...Mais personne n'a cru à cette patte blanche : on voyait trop le nez du loup, et Mimile n'est pas entré à l'Académie...
Bien fait pour lui: cette mascarade bondieusarde ne lui ressemble vraiment pas. Même La Faute de l'Abbé Mouret, un autre Rougon-Macquart peu concluant, avait le charme de l'inattendu, si ce n'est de l'inavouable, avec son Eden sensuel et ses galipettes naturalistes...Un bon curé découvrant sans remords les plaisirs de la chair, tout un programme!
Mais le Rêve !!
Zola sera-t-il absout pour cette exaspérante hagiographie d'une petite gourde aux doigts de fée ? Sera-t-il convié au banquet des grandes âmes pour cette pièce nouvelle ajoutée à la Légende Dorée de Jacques de Voragine ? Sera-t-il admis au rang des grands moralistes chrétiens pour cette sulpicienne version de la Petite fille aux allumettes?
En deux mots, l'histoire : elle a tout du conte !
Une petite mendiante, pupille fugueuse de l'Assistance, trouve refuge chez de pieux chasubliers, dans une petite ville de Picardie, Beaumont, qui vit à l'ombre de sa cathédrale. Ils l'adoptent, ils l'élèvent, ils en font une brodeuse hors pair, elle remplace l'enfant qu'ils ont perdu, maudits par une mère acariâtre. La petite perd peu à peu ses rancunes et révoltes d'enfant trouvée et vit recluse entre ses deux parents, rêvant comme toutes les petites filles d'épouser un beau prince, riche et charmant. Il ne tarde pas à se manifester : c'est le fils de l'évêque –eh oui ! avant de rentrer dans les ordres, ce dernier a connu la passion, mais la femme en est morte et le fils, maudit, est tardivement rentré en grâce auprès du prélat qui veut le marier à un riche héritière…
Angélique et Félicien, la fille de substitution et le fils du remords, s'épouseront-ils ? La brodeuse sans nom épousera-t-elle le prince sans mère, au mépris de tous les interdits sociaux et de toutes les conventions ?
On est à la fois dans la Petite fille aux allumettes, dans la petite Poucette, dans la Belle au Bois Dormant et dans Blanche -Neige-un-jour-mon –prince—viendra…
Trop, c'est trop !!
Essayons pourtant de plaider la cause de ce naturaliste fourvoyé dans le pays des contes et de ce déterministe égaré en terre mystique...
D'abord l' « écriture artiste », chère aux Goncourt: il est vrai qu'elle est, dans le Rêve, particulièrement travaillée : quand les personnages sont respectivement des brodeurs - des chasubliers- des maîtres verriers, des évêques...on se doit d'ornementer son langage , de le fleurir de mots savants et d'or nué.
Zola, donc, s'en donne à coeur joie: ensubles, chanlatte, coutisse, pâté, bourriquet, cannetilles, bouillon, frisure, broches..et j'en passe. Moi qui ne sais même pas faire un ourlet correct, j'en avais les doigts tout entortillés, comme si j'avais tressé les nattes de Bo Derek toute la journée!!
Ces recherches « in situ » chères aux écrivains naturalistes qui en crédibilisent leur récit m'ont toujours paru plutôt bien intégrées dans les Rougon-Macquart que j'ai lus – une petite quinzaine- mais ici elles m'ont pesé, m'ont paru plaquées, artificielles et je me suis prise à soupirer plus d'une fois : « Ah, nous voilà chez le verrier, on va avoir droit au vade mecum du vitrail, encore une fiche technique de Castorama ! » (j'ai parfois honte de ma propre trivialité!)
Deux exceptions, et elles sont de taille, car l'une m'a ferrée et décidée à lire le livre –c'était l'incipit du bouquin, pas folle la guêpe, Zola connaît son métier d'écrivain ! – et l'autre m'a tout simplement enchantée.
Rien que pour ces vingt pages-là il faut lire le Rêve !
La première, ce sont les pages de description , sous la neige, de la cathédrale de Beaumont où, sous le porche de Sainte Agnès, au milieu des statues de saints emmitouflés de neige, se réfugie la petite mendiante blonde qui sera l'héroïne de cette histoire édifiante, Angélique, la bien-nommée. Sans ironie, cette fois, je me suis trouvée dans un conte – La Reine des Neiges d'Andersen –pas celle de Disney, « délivrée, libérée », non, non !!
La seconde est une scène de lessive dans un jardin clos, traversé par un torrent, un jour de grand vent : une pure merveille ! Le vent souffle, les draps et les camisoles s'envolent, papillonnent tout blancs sur les prés verts, les lavandières d'occasion courent, un jeune maître-verrier les aide…Ravissement printanier et scène de première rencontre magique !
Voilà pour l'écriture artiste - on peut aussi rajouter un bel exercice de style à la Monet : la cathédrale de Beaumont évoquée avec talent à toutes les saisons de l'année…
Sinon, que dire encore pour la défense de notre Emile ?
Qu'il a bien essayé de raccrocher le Rêve à ses théories sur l'hérédité : Angélique est une enfant abandonnée par l'infâme Sidonie Rougon, vendeuse à la toilette –c'est-à-dire un peu maquerelle sur les bords-et comme nous dit Zola, « sèche comme une facture, froide comme un protêt, indifférente et brutale comme un recors » !! De cette souche peu tendre et peu recommandable, viennent les crises de violence d'Angélique, ses révoltes, ses bouffées de sensualité…mais l'inné est ici battu en brèche par l'acquis : deux parents adoptifs que Zola n'a pas craint d'appeler Hubert et Hubertine Hubert – le comble de la cucuterie, non ? – et qui corrigent par la piété, l'amour et…. la réclusion consentie cette nature un peu rebelle. De leur petite diablesse, ils font une sainte, vouée à expier, vierge et martyre, ses impossibles rêves de princesse le jour même de leur miraculeuse réalisation. Et sans doute aussi à expier leur amour à eux deux, pauvres artisans, si tendrement attachés l'un à l'autre et déjà « punis » par la mort d'un enfant..Alors quand on aime, on ne compte pas : pourquoi pas un deuxième sacrifice ? Ou même un troisième, car il y a du Frollo dans Monseigneur l'archevêque, dont la chair fut bien faible autrefois et qui ne supporte pas que son fils vive un parfait amour avec sa bergère…pardon sa brodeuse !
Les parents jouissent, les enfants trinquent...
Décidément trop c'est trop !
Même mon plaidoyer se retourne contre ce pauvre Rêve si maladroit, si benêt, si plein de clichés qu'on entend tinter chacun d'eux dans la sébile !!
Restent une belle écriture et une lessive envolée...

Anatole France ne fut pas plus tendre à l'égard du Rêve :
« Devant l'impalpable héroïne de ce roman nébuleux, je suis forcé de convenir que la Mouquette [ dans Germinal] avait du bon. Et, s'il fallait absolument choisir, à M.Zola ailé, je préférerais encore M.Zola à quatre pattes. Le naturel, voyez-vous, a un charme inimitable, et l'on ne saurait plaire, si l'on n'est plus soi-même. »
Je vais vite me mettre à un Zola bien dur, bien noir, bien tassé : La Terre…
Un Zola à quatre pattes….
Lu dans le cadre du club de lecture 2016.
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denis76
  10 avril 2019
C'est une histoire d'amour passionnel...
Lu d'une traite !... Argh ! La Passion....
D'abord, je me suis dit :
-- Ah ! on va voir qui va gagner ? …
D'une part l'Amour Passionnel Réciproque ( extrêmement rare ) pur et innocent d'Angélique Rougon, de l'Assistance Publique, la pauvre petite brodeuse, la Cosette, et le riche Félicien VII d'Hautecourt, fils de Monseigneur l'évêque ;
et d'autre part les traditions séculaires, de l'Orgueil et de l'Avidité de Monseigneur l'évêque, du "qu'en dira t-on", du "les nobles se marient entre eux" ? ....
Le Bien contre le Mal !
Vous savez comme je déteste le Mal, plus répandu qu'il n'en a l'air, et très ancré dans la race humaine.
De plus, Monseigneur comme les Hubert, parents d'adoption d'Angélique, ont un passé douloureux, des fautes de jeunesse [ dettes karmiques ] qui les obligent à rester dans les rails de la tradition.
.
Mais les amoureux n'y sont pour rien, et surtout ne le savent pas !
C'est d'abord frais, léger, Angélique est dans le rêve de Cendrillon. Angélique, comme guidée par une petite voix, un peu comme Jeanne d'Arc, aveuglée par sa passion, n'écoute personne !
Je sais de quoi je parle...
.
Puis c'est la lutte !
La terrible lutte entre la puissance des préjugés et la passion.
Malgré la foi d'Angélique en son rêve, on sent un mur artificiel qui se dresse entre les amoureux. La lecture devient pénible et lancinante, mais en même temps, je suis hypnotisé, fasciné par une chute, à la fois lente et vertigineuse, inexorable, comme celle de Gervaise, dans "L'Assommoir", une sorte de meurtre lent de la société sur ses individus les plus faibles, un rouleau compresseur : Zola sait très bien peindre cela.
Angélique, comme la petite chèvre de Mr Seguin, résiste longtemps.
On se demande malgré tout comment cela va finir, car il reste quand même 50 pages !
.
On sent alors que Zola tutoie les puissances divines avec méfiance.
Vous savez, là aussi, que j'ai mon opinion bien tranchée sur la théologie, ou plus exactement l'influence des Esprits.
Alors, une puissance invisible donne la force à Angélique de combattre les préjugés, cette même puissance qui semble, parallèlement, infléchir l'inflexibilité de Monseigneur :
"-- Si Dieu veut, je veux.
Tout de suite, Angélique ouvrit les paupières...
Le lit leur avait paru enveloppé d'une vive lumière..."
.
"Elle fut surprise de marcher, car ce n'étaient plus ses forces à elle, une aide sûrement lui venait de l'invisible, des mains amies la portaient...."
.
"Depuis longtemps, il sentait bien qu'il possédait une ombre. La vision, venue de l'invisible, retournait à l'invisible. Ce n'était qu'une apparence, qui s'effaçait après avoir créé une illusion. Tout n'est que rêve. Et, au sommet du bonheur, Angélique avait disparu, dans le petit souffle d'un baiser."
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colimasson
  24 novembre 2014
Emile Zola pensait avoir rempli « la case réservée pour l'étude de l'au-delà » avec son Rêve mais à l'au-delà religieux et inaccessible auquel on pense spontanément, l'écrivain nous propose un imaginaire sacré et merveilleux qui relève plutôt de l'ici-maintenant du fantasme.

Tout commence avec la lecture de la Légende dorée de Jacques de Voragine. Ce livre, consacré aux saints de la tradition chrétienne, est la source de l'émerveillement enfantin d'Angélique, recueillie par des parents adoptifs après une nuit de souffrances glaciales. Les motifs traditionnels des descriptions zoliennes s'égrainent cette fois sur le mode de la découverte intérieure. Les saints, les diables et les miracles deviennent les déclinaisons de modes d'émerveillement ; les symboles sacrés se drapent de tissus et de couleurs sans cesse redécouverts dans la répétition du travail quotidien de la broderie. Dans son univers clos, Angélique confond le rêve et la réalité. Pour quelle raison les miracles de la Légende dorée ne se produiraient-ils plus ? Innocente dans sa conception de l'amour, elle ne rêve plus que de rencontrer l'image pure et idéale, presque christique, de celui qui l'aimera et qui se dévoilera à elle sans se présenter, au-delà de la superfluité des mots et des usages.

Le Rêve ne se brise pas à cause de la naïveté d'une enfant insouciante. Emile Zola s'attaque presque à la volonté toujours trop pragmatique d'adultes qui se vouent à la réalité comme à un refuge contre leurs fantasmes. le rêve échoue à cause de la réalité, sa faillite tient tout entière dans le manque de foi.

Après la magie d'un premier temps d'innocence édénique, le Rêve se transforme en cri de révolte outré contre le péché de tristesse et de désespoir des parents. Angélique refuse le modèle qu'on lui propose en héritage. On entend la voix de Henry David Thoreau qui écrivait :

« Nulle façon de penser ou d'agir, si ancienne soit-elle, ne saurait être acceptée sans preuve. Ce que chacun répète en écho ou passe sous silence comme vrai aujourd'hui, peut demain se révéler mensonge, simple fumée de l'opinion, que d'aucuns avaient prise pour le nuage appelé à répandre sur les champs une pluie fertilisante. Ce que les vieilles gens disent que vous ne pouvez faire, vous vous apercevez, en l'essayant, que vous le pouvez fort bien. »

Car après tout, puisque les parents sont malheureux, à quoi bon écouter leurs conseils et suivre leur exemple ? La mort plutôt qu'une vie indigne. Mais Emile Zola n'est pas un chantre de la dissidence et ses considérations plus nuancées nous conduisent bientôt à l'étape supérieure de la réflexion. Parcours existentiel et cheminement initiatique vers une spiritualité moins parjure s'alignent pour conduire la bouillante petite fille à la sage jeune femme.

Le Rêve, récit d'une passion en trois étapes, ne mérite absolument pas sa réputation de parenthèse innocente et inconsistante. On oserait presque croire que l'âme d'Emile Zola y palpite dans toute la faiblesse de son coeur d'homme…
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Citations et extraits (146) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   11 décembre 2014
À cette distance, elle le voyait comme en plein jour, âgé de vingt ans, blond, grand et mince. Il ressemblait au saint Georges, à un Jésus superbe, avec ses cheveux bouclés, sa barbe légère, son nez droit, un peu fort, ses yeux noirs, d’une douceur hautaine. Et elle le reconnaissait parfaitement : jamais elle ne l’avait vu autre, c’était lui, c’était ainsi qu’elle l’attendait. Le prodige s’achevait enfin, la lente création de l’invisible aboutissait à cette apparition vivante. Il sortait de l’inconnu, du frisson des choses, des voix murmurantes, des jeux mouvants de la nuit, de tout ce qui l’avait enveloppée, jusqu’à la faire défaillir. Aussi le voyait-elle à deux pieds du sol, dans le surnaturel de sa venue, tandis que le miracle l’entourait de toutes parts, flottant sur le lac mystérieux de la lune. Il gardait pour escorte le peuple entier de la Légende, les saints dont les bâtons fleurissent, les saintes dont les blessures laissent pleuvoir du lait. Et le vol blanc des vierges pâlissait les étoiles.
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cmpfcmpf   17 octobre 2014
Souriante, elle avait levé la main, d’un geste d’attention profonde. Tout son être était ravi dans les souffles épars. C’étaient les vierges de la Légende, que son imagination évoquait comme en son enfance, et dont le vol mystique sortait du vieux livre, aux images naïves, posé sur la table. Agnès, d’abord, vêtue de ses cheveux, ayant au doigt l’anneau de fiançailles du prêtre Paulin. Puis, toutes les autres, Barbe avec sa tour, Geneviève avec ses agneaux, Cécile avec sa viole, Agathe aux mamelles arrachées, Élisabeth mendiant par les routes, Catherine triomphant des docteurs. Un miracle rend Luce si pesante, que mille hommes et cinq paires de bœufs ne peuvent la traîner à un mauvais lieu. Le gouverneur qui veut embrasser Anastasie, devient aveugle. Et toutes, dans la nuit claire, volent, très blanches, la gorge encore ouverte par le fer des supplices, laissant couler, au lieu de sang, des fleuves de lait. L’air en est candide, les ténèbres s’éclairent comme d’un ruissellement d’étoiles. Ah ! mourir d’amour comme elles, mourir vierge, éclatante de blancheur, au premier baiser de l’époux !
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Gwen21Gwen21   12 mai 2016
- Venez, les routes sont noires à cette heure, la voiture nous emportera dans les ténèbres ; et nous irons toujours, toujours, bercés, endormis aux bras l’un de l’autre, comme enfouis sous un duvet, sans craindre les fraîcheurs de la nuit ; et, quand le jour se lèvera, nous continuerons dans le soleil, encore, encore plus loin, jusqu’à ce que nous soyons arrivés au pays où l’on est heureux… Personne ne nous connaîtra, nous vivrons, cachés au fond de quelque grand jardin, n’ayant d’autre soin que de nous aimer davantage, à chaque journée nouvelle. Il y aura là des fleurs grandes comme des arbres, des fruits plus doux que le miel. Et nous vivrons de rien, au milieu de cet éternel printemps, nous vivrons de nos baisers, ma chère âme.
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colimassoncolimasson   26 décembre 2014
Elle se dressait, éperdue, s’agenouillait parmi les draps rejetés, la sueur aux tempes, toute secouée d’un frisson ; et elle joignait les mains, et elle bégayait : « Mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonnée ? » […] C’était la grâce qui se retirait d’elle, Dieu cessait d’être à son entour, le milieu l’abandonnait. Désespérément, elle appelait l’inconnu, elle prêtait l’oreille à l’invisible.
Et l’air était vide, plus de voix chuchotantes, plus de frôlements mystérieux. Tout semblait mort : le Clos-Marie, avec la Chevrotte, les saules, les herbes, les ormes de l’Évêché, et la cathédrale elle-même. Rien ne restait des rêves qu’elle avait mis là, le vol blanc des vierges, en s’évanouissant, ne laissait des choses que le sépulcre. Elle en agonisait d’impuissance, désarmée, en chrétienne de la primitive Église que le péché héréditaire terrasse, dès que cesse le secours du surnaturel. Dans le morne silence de ce coin protecteur, elle l’écoutait renaître et hurler, cette hérédité du mal, triomphante de l’éducation reçue. Si, deux minutes encore, aucune aide ne lui arrivait des forces ignorées, si les choses ne se réveillaient et ne la soutenaient, elle succomberait certainement, elle irait à sa perte. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonnée ? » Et, à genoux au milieu de son grand lit, toute petite, délicate, elle se sentait mourir.
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colimassoncolimasson   25 novembre 2014
Comme elle furetait un matin, fouillant sur une planche de l’atelier, couverte de poussière, elle découvrit, parmi des outils de brodeur hors d’usage, un exemplaire très ancien de La Légende dorée, de Jacques de Voragine. Cette traduction française, datée de 1549, avait dû être achetée jadis par quelque maître chasublier, pour les images, pleines de renseignements utiles sur les saints.

Longtemps elle-même ne s’intéressa guère qu’à ces images, ces vieux bois d’une foi naïve, qui la ravissaient. Dès qu’on lui permettait de jouer, elle prenait l’in-quarto, relié en veau jaune, elle le feuilletait lentement : d’abord, le faux titre, rouge et noir, avec l’adresse du libraire, « à Paris, en la rue Neuve Nostre Dame, à l’enseigne Saint Jean Baptiste » ; puis, le titre, flanqué des médaillons des quatre évangélistes, encadré en bas par l’adoration des trois Mages, en haut par le triomphe de Jésus-Christ foulant des ossements. Et ensuite les images se succédaient, lettres ornées, grandes et moyennes gravures dans le texte, au courant des pages : l’Annonciation, un Ange immense inondant de rayons une Marie toute frêle ; le Massacre des Innocents, le cruel Hérode au milieu d’un entassement de petits cadavres ; la Crèche, Jésus entre la Vierge et saint Joseph, qui tient un cierge ; saint Jean l’Aumônier donnant aux pauvres ; saint Mathias brisant une idole ; saint Nicolas, en évêque, ayant à sa droite des enfants dans un baquet ; et toutes les saintes, Agnès, le col troué d’un glaive, Christine, les mamelles arrachées avec des tenailles, Geneviève, suivie de ses agneaux, Julienne flagellée, Anastasie brûlée, Marie l’Egyptienne faisant pénitence au désert, Madeleine portant le vase de parfum. D’autres, d’autres encore défilaient, une terreur et une pitié grandissaient à chacune d’elles, c’était comme une de ces histoires terribles et douces, qui serrent le cœur et mouillent les yeux de larmes.
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À l'occasion du Festival International de la Bande Dessinée 2020, Méliane Marcaggi & Alice Chemama, vous présentent leur bande dessinée, "Les Zola".
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