AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Armand Lanoux (Autre)
ISBN : 2253002836
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/2003)

Note moyenne : 3.64/5 (sur 723 notes)
Résumé :
Angélique, enfant trouvée, s'enfuit de chez sa nourrice. Recueillie par un couple de brodeurs, elle grandit là comme dans un cloître, loin du monde, niant le mal. «Le mal... on n'a qu'à le vaincre, et l'on vit heureux», pensait-elle.
L'amour vient sous les traits d'un peintre, Félicien d'Haute coeur, fils d'un gentilhomme devenu évêque. L'idée du plus léger empêchement à leur mariage ne pouvait effleurer Angélique : «On s'adore, on se marie, et c'est très sim... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (57) Voir plus Ajouter une critique
Gwen21
  11 mai 2016
Le 16ème tome des Rougon-Macquart ne trônera pas parmi mes favoris de la série, même si sa lecture aura été bien moins douloureuse que celle de son grand frère "La faute de l'abbé Mouret".
Avec son nombre de personnages remarquablement réduit, sa prose exaltée et emphatique plutôt oppressante et son thème éthéré, "Le rêve" a certes de quoi faire couler beaucoup d'encre dans une classe de littérature, permettant bien des interprétations et ouvrant sur de nombreuses analyses, mais n'a pas eu le pouvoir de totalement me charmer. Cela tient sans doute en grande partie au fait que le goût de décortiquer la littérature m'a passé avec les années ; je ne suis plus aujourd'hui qu'en quête du plaisir, celui que procure un style poétique et une trame dynamique ; poésie et action, j'en conviens, n'étant pas toujours facile à concilier.
Pour ce qui est du style, rien à dire. Ou plutôt rien à ajouter à tout ce qui a déjà été dit. C'est du Zola, c'est vivant, palpitant et enivrant. Pour la trame, aïe. Notre cher auteur devait être en pleine crise de mysticisme et aura peut-être voulu créer son propre mythe, le situant grosso modo entre le "Roméo et Juliette" de Shakespeare et l'hagiographie de Sainte Agnès. Partant de là, le récit trouve difficilement son équilibre entre tragédie (un peu trop théâtrale) et texte sacré (un peu trop mythologique).
"Le rêve", c'est la dissection du désir, la poussée de la passion, nés dans une âme innocente, celle d'Angélique, une orpheline au nom prédestiné puisque Zola en fait un ange, la parabole de la pureté, le symbole de l'innocence et l'allégorie du martyre. L'enfant naturelle de Sidonie Saccard, abandonnée à sa naissance, témoigne dès son plus jeune âge d'une belle propension à l'imagination. Fantasque, exaltée, mystique, elle a conçu le rêve qu'un Prince Charmant viendrait l'épouser et ferait d'elle, la pauvresse, une nouvelle reine de Saba. A 16 ans, sa rencontre déterminante avec un ouvrier verrier va la faire basculer du rêve à la réalité. Se succèdent alors dans le récit, de façon très académique, trois phases bien identifiables : le souhait du songe, la réalité du rêve et le réveil... brutal.
N'allez pas croire en me lisant que ce roman ne vaut pas le détour, loin de là. Simplement, pour moi, c'est typiquement le genre de texte dont la puissance poétique ne conviendra pas à tous les lecteurs, surtout aux plus terre-à-terre. Je pense que pour l'apprécier, il faut déjà avoir une sensibilité spirituelle bien éveillée et être prêt à entrer dans une bulle d'irréalité où chaque parole et chaque action sont dictées non pas par le pragmatisme du quotidien mais bien par la ferveur de l'idéal, celui qui habite les poètes et les saints. Sans cela, gare à l'ennui !
Un beau texte, mais pas le meilleur de l'auteur.

Challenge ABC 2015 - 2016
Club de lecture Babelio - Mai 2016
Challenge Petits Plaisirs 2016
Challenge 19ème siècle 2016
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          481
michfred
  13 mai 2016
Quelle mouche échappée des ombres d'un confessionnal a piqué l'auteur de la Bête Humaine? Quel encensoir balancé avec trop de vigueur a brutalement frappé la tempe de l'auteur de la Curée?
Certes, Zola avait beaucoup à se faire pardonner et devait montrer patte blanche pour entrer à l'Académie: c'est dans ce but qu'il a écrit le Rêve, ce roman "calme" dit F. A. Burguet et pétri de sainteté...Mais personne n'a cru à cette patte blanche : on voyait trop le nez du loup, et Mimile n'est pas entré à l'Académie...
Bien fait pour lui: cette mascarade bondieusarde ne lui ressemble vraiment pas. Même La Faute de l'Abbé Mouret, un autre Rougon-Macquart peu concluant, avait le charme de l'inattendu, si ce n'est de l'inavouable, avec son Eden sensuel et ses galipettes naturalistes...Un bon curé découvrant sans remords les plaisirs de la chair, tout un programme!
Mais le Rêve !!
Zola sera-t-il absout pour cette exaspérante hagiographie d'une petite gourde aux doigts de fée ? Sera-t-il convié au banquet des grandes âmes pour cette pièce nouvelle ajoutée à la Légende Dorée de Jacques de Voragine ? Sera-t-il admis au rang des grands moralistes chrétiens pour cette sulpicienne version de la Petite fille aux allumettes?
En deux mots, l'histoire : elle a tout du conte !
Une petite mendiante, pupille fugueuse de l'Assistance, trouve refuge chez de pieux chasubliers, dans une petite ville de Picardie, Beaumont, qui vit à l'ombre de sa cathédrale. Ils l'adoptent, ils l'élèvent, ils en font une brodeuse hors pair, elle remplace l'enfant qu'ils ont perdu, maudits par une mère acariâtre. La petite perd peu à peu ses rancunes et révoltes d'enfant trouvée et vit recluse entre ses deux parents, rêvant comme toutes les petites filles d'épouser un beau prince, riche et charmant. Il ne tarde pas à se manifester : c'est le fils de l'évêque –eh oui ! avant de rentrer dans les ordres, ce dernier a connu la passion, mais la femme en est morte et le fils, maudit, est tardivement rentré en grâce auprès du prélat qui veut le marier à un riche héritière…
Angélique et Félicien, la fille de substitution et le fils du remords, s'épouseront-ils ? La brodeuse sans nom épousera-t-elle le prince sans mère, au mépris de tous les interdits sociaux et de toutes les conventions ?
On est à la fois dans la Petite fille aux allumettes, dans la petite Poucette, dans la Belle au Bois Dormant et dans Blanche -Neige-un-jour-mon –prince—viendra…
Trop, c'est trop !!
Essayons pourtant de plaider la cause de ce naturaliste fourvoyé dans le pays des contes et de ce déterministe égaré en terre mystique...
D'abord l' « écriture artiste », chère aux Goncourt: il est vrai qu'elle est, dans le Rêve, particulièrement travaillée : quand les personnages sont respectivement des brodeurs - des chasubliers- des maîtres verriers, des évêques...on se doit d'ornementer son langage , de le fleurir de mots savants et d'or nué.
Zola, donc, s'en donne à coeur joie: ensubles, chanlatte, coutisse, pâté, bourriquet, cannetilles, bouillon, frisure, broches..et j'en passe. Moi qui ne sais même pas faire un ourlet correct, j'en avais les doigts tout entortillés, comme si j'avais tressé les nattes de Bo Derek toute la journée!!
Ces recherches « in situ » chères aux écrivains naturalistes qui en crédibilisent leur récit m'ont toujours paru plutôt bien intégrées dans les Rougon-Macquart que j'ai lus – une petite quinzaine- mais ici elles m'ont pesé, m'ont paru plaquées, artificielles et je me suis prise à soupirer plus d'une fois : « Ah, nous voilà chez le verrier, on va avoir droit au vade mecum du vitrail, encore une fiche technique de Castorama ! » (j'ai parfois honte de ma propre trivialité!)
Deux exceptions, et elles sont de taille, car l'une m'a ferrée et décidée à lire le livre –c'était l'incipit du bouquin, pas folle la guêpe, Zola connaît son métier d'écrivain ! – et l'autre m'a tout simplement enchantée.
Rien que pour ces vingt pages-là il faut lire le Rêve !
La première, ce sont les pages de description , sous la neige, de la cathédrale de Beaumont où, sous le porche de Sainte Agnès, au milieu des statues de saints emmitouflés de neige, se réfugie la petite mendiante blonde qui sera l'héroïne de cette histoire édifiante, Angélique, la bien-nommée. Sans ironie, cette fois, je me suis trouvée dans un conte – La Reine des Neiges d'Andersen –pas celle de Disney, « délivrée, libérée », non, non !!
La seconde est une scène de lessive dans un jardin clos, traversé par un torrent, un jour de grand vent : une pure merveille ! Le vent souffle, les draps et les camisoles s'envolent, papillonnent tout blancs sur les prés verts, les lavandières d'occasion courent, un jeune maître-verrier les aide…Ravissement printanier et scène de première rencontre magique !
Voilà pour l'écriture artiste - on peut aussi rajouter un bel exercice de style à la Monet : la cathédrale de Beaumont évoquée avec talent à toutes les saisons de l'année…
Sinon, que dire encore pour la défense de notre Emile ?
Qu'il a bien essayé de raccrocher le Rêve à ses théories sur l'hérédité : Angélique est une enfant abandonnée par l'infâme Sidonie Rougon, vendeuse à la toilette –c'est-à-dire un peu maquerelle sur les bords-et comme nous dit Zola, « sèche comme une facture, froide comme un protêt, indifférente et brutale comme un recors » !! De cette souche peu tendre et peu recommandable, viennent les crises de violence d'Angélique, ses révoltes, ses bouffées de sensualité…mais l'inné est ici battu en brèche par l'acquis : deux parents adoptifs que Zola n'a pas craint d'appeler Hubert et Hubertine Hubert – le comble de la cucuterie, non ? – et qui corrigent par la piété, l'amour et…. la réclusion consentie cette nature un peu rebelle. De leur petite diablesse, ils font une sainte, vouée à expier, vierge et martyre, ses impossibles rêves de princesse le jour même de leur miraculeuse réalisation. Et sans doute aussi à expier leur amour à eux deux, pauvres artisans, si tendrement attachés l'un à l'autre et déjà « punis » par la mort d'un enfant..Alors quand on aime, on ne compte pas : pourquoi pas un deuxième sacrifice ? Ou même un troisième, car il y a du Frollo dans Monseigneur l'archevêque, dont la chair fut bien faible autrefois et qui ne supporte pas que son fils vive un parfait amour avec sa bergère…pardon sa brodeuse !
Les parents jouissent, les enfants trinquent...
Décidément trop c'est trop !
Même mon plaidoyer se retourne contre ce pauvre Rêve si maladroit, si benêt, si plein de clichés qu'on entend tinter chacun d'eux dans la sébile !!
Restent une belle écriture et une lessive envolée...

Anatole France ne fut pas plus tendre à l'égard du Rêve :
« Devant l'impalpable héroïne de ce roman nébuleux, je suis forcé de convenir que la Mouquette [ dans Germinal] avait du bon. Et, s'il fallait absolument choisir, à M.Zola ailé, je préférerais encore M.Zola à quatre pattes. Le naturel, voyez-vous, a un charme inimitable, et l'on ne saurait plaire, si l'on n'est plus soi-même. »
Je vais vite me mettre à un Zola bien dur, bien noir, bien tassé : La Terre…
Un Zola à quatre pattes….
Lu dans le cadre du club de lecture 2016.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          2810
colimasson
  24 novembre 2014
Emile Zola pensait avoir rempli « la case réservée pour l'étude de l'au-delà » avec son Rêve mais à l'au-delà religieux et inaccessible auquel on pense spontanément, l'écrivain nous propose un imaginaire sacré et merveilleux qui relève plutôt de l'ici-maintenant du fantasme.

Tout commence avec la lecture de la Légende dorée de Jacques de Voragine. Ce livre, consacré aux saints de la tradition chrétienne, est la source de l'émerveillement enfantin d'Angélique, recueillie par des parents adoptifs après une nuit de souffrances glaciales. Les motifs traditionnels des descriptions zoliennes s'égrainent cette fois sur le mode de la découverte intérieure. Les saints, les diables et les miracles deviennent les déclinaisons de modes d'émerveillement ; les symboles sacrés se drapent de tissus et de couleurs sans cesse redécouverts dans la répétition du travail quotidien de la broderie. Dans son univers clos, Angélique confond le rêve et la réalité. Pour quelle raison les miracles de la Légende dorée ne se produiraient-ils plus ? Innocente dans sa conception de l'amour, elle ne rêve plus que de rencontrer l'image pure et idéale, presque christique, de celui qui l'aimera et qui se dévoilera à elle sans se présenter, au-delà de la superfluité des mots et des usages.

Le Rêve ne se brise pas à cause de la naïveté d'une enfant insouciante. Emile Zola s'attaque presque à la volonté toujours trop pragmatique d'adultes qui se vouent à la réalité comme à un refuge contre leurs fantasmes. le rêve échoue à cause de la réalité, sa faillite tient tout entière dans le manque de foi.

Après la magie d'un premier temps d'innocence édénique, le Rêve se transforme en cri de révolte outré contre le péché de tristesse et de désespoir des parents. Angélique refuse le modèle qu'on lui propose en héritage. On entend la voix de Henry David Thoreau qui écrivait :

« Nulle façon de penser ou d'agir, si ancienne soit-elle, ne saurait être acceptée sans preuve. Ce que chacun répète en écho ou passe sous silence comme vrai aujourd'hui, peut demain se révéler mensonge, simple fumée de l'opinion, que d'aucuns avaient prise pour le nuage appelé à répandre sur les champs une pluie fertilisante. Ce que les vieilles gens disent que vous ne pouvez faire, vous vous apercevez, en l'essayant, que vous le pouvez fort bien. »

Car après tout, puisque les parents sont malheureux, à quoi bon écouter leurs conseils et suivre leur exemple ? La mort plutôt qu'une vie indigne. Mais Emile Zola n'est pas un chantre de la dissidence et ses considérations plus nuancées nous conduisent bientôt à l'étape supérieure de la réflexion. Parcours existentiel et cheminement initiatique vers une spiritualité moins parjure s'alignent pour conduire la bouillante petite fille à la sage jeune femme.

Le Rêve, récit d'une passion en trois étapes, ne mérite absolument pas sa réputation de parenthèse innocente et inconsistante. On oserait presque croire que l'âme d'Emile Zola y palpite dans toute la faiblesse de son coeur d'homme…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          268
sarahdu91
  27 avril 2016
Le rêve est un roman singulier de Zola où ce dernier accorde énormément d'importance à décrire la grâce et la délicatesse de son personnage Angélique.
Pendant toute l'histoire on baigne dans le champ lexical de la douceur et de la pureté, c'est d'une écriture plus qu'agréable à la lecture.Tout d'abord on a les prénoms comme Angélique, qui révèle la douceur, la pureté des anges tout comme Félicien son amoureux, qui reflète aussi le bonheur et la joie...Tout y est. Les descriptions sont aussi très recherchées, les fleurs sont toujours d'une blancheur extraordinaire, le linge transparent, la soie blanche et étincelante...Quant à l'état d'esprit de nos personnages, le titre est très révélateur, il ne s'appelle pas "le rêve" pour rien...On se croirait dans un conte tellement notre Angélique, lit les légendes des Saintes vierges et croit en l'arrivée de son beau prince charmant qui la rendra heureuse le jour de ses noces...Bref, que du pur plaisir à lire ce tome 16 des Rougon Macquart, si vous voulez rêver un peu et vous laisser porter par le registre lyrique alors plongez vite dans cette lecture Zolienne...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          272
Malivriotheque
  24 avril 2015
La petite Angélique, affamée et frigorifiée, est recueillie par les Hubert, un couple de couturiers sans enfant. Au départ agitée, l'enfant se révèle une artiste de qualité et travaille dur dans l'entreprise familiale. Elle rêve du beau prince charmant, sous l'oeil attentif des Saintes Vierges qui, elle en est certaine, veillent sur elle...
Y a-t-il besoin de tomber dans la mièvrerie pour dépeindre l'innocence et l'espoir naïf ? le personnage principal, Angélique, jeune fille de quinze ans, cumule tous les désirs puérils de l'âge avec un sourire béat sur le visage et un halo divin qui illumine ses beaux cheveux d'or. Si Zola avait écrit à notre époque, pour sûr l'Académie française l'aurait boudé et Harlequin l'aurait publié !
L'auteur accumule les descriptions immaculées de notre personnage au nom trop manifeste pour être subtile (sans parler du nom de ses parents Hubert et Hubertine Hubert... plus simplement grotesque, y a pas), la fait niaisement rêver d'un bonheur opalescent, nous embarquant dans une candide histoire d'amour digne des plus beaux contes de Disney où la pureté continuelle en devient idiote et ridicule, sans compter le dénouement au comble du ravissement ingénu où la mort est presque le but ultime du bonheur.
Tout cela étalé sur 220 pages, pendant lesquelles nos deux tourtereaux vont et viennent dans leurs sentiments, et au bout desquelles la simple Angélique va tout bouleverser pour rester aussi vierge que sa chère Sainte Agnès. Que de tergiversations pour si peu ! L'amour et la joie dans les milliers de candélabres de la cathédrale arrosée de confettis locaux et la foule qui acclame le couple dans le soleil printanier père de toutes les fleurs qui s'ouvrent en extase mènent inévitablement à un absurde qui laisse le lecteur totalement pantois.
L'auteur, dans son souci de précision et à fortiori dans sa bonté éducative, bassine le même lecteur pendant des dizaines et dizaines de pages sur la Légende Dorée et les saintes vierges (leurs petits minois représentés sur les murs de la cathédrale et tous les ouvrages de couture), ainsi que l'assomme avec le jargon du métier peu accessible et surtout trop invasif.
On aura beau dire, ce roman ahurit le lecteur fan. Et si cet opus n'est pas considéré comme un navet, c'est uniquement grâce au talent d'écriture de ce même Zola qui est parti dans un délire de pureté... Cela m'apprendra à vouloir élargir ma culture et attraper tout ce qui me passe sous la main, sous prétexte que c'est "du Zola"...
Lien : http://livriotheque.free.fr/..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
Citations et extraits (132) Voir plus Ajouter une citation
luis1952luis1952   19 février 2019
Dans les ténèbres, que bleuissait la chute lente et entêtée des flocons, seule une forme indécise vivait, une fillette de neuf ans, qui, réfugiée sous les voussures de la porte, y avait passé la nuit à grelotter, en s’abritant de son mieux. Elle était vêtue de loques, la tête enveloppée d’un lambeau de foulard, les pieds nus glacés dans de gros souliers d’homme.
Commenter  J’apprécie          20
colimassoncolimasson   11 décembre 2014
À cette distance, elle le voyait comme en plein jour, âgé de vingt ans, blond, grand et mince. Il ressemblait au saint Georges, à un Jésus superbe, avec ses cheveux bouclés, sa barbe légère, son nez droit, un peu fort, ses yeux noirs, d’une douceur hautaine. Et elle le reconnaissait parfaitement : jamais elle ne l’avait vu autre, c’était lui, c’était ainsi qu’elle l’attendait. Le prodige s’achevait enfin, la lente création de l’invisible aboutissait à cette apparition vivante. Il sortait de l’inconnu, du frisson des choses, des voix murmurantes, des jeux mouvants de la nuit, de tout ce qui l’avait enveloppée, jusqu’à la faire défaillir. Aussi le voyait-elle à deux pieds du sol, dans le surnaturel de sa venue, tandis que le miracle l’entourait de toutes parts, flottant sur le lac mystérieux de la lune. Il gardait pour escorte le peuple entier de la Légende, les saints dont les bâtons fleurissent, les saintes dont les blessures laissent pleuvoir du lait. Et le vol blanc des vierges pâlissait les étoiles.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          210
cmpfcmpf   17 octobre 2014
Souriante, elle avait levé la main, d’un geste d’attention profonde. Tout son être était ravi dans les souffles épars. C’étaient les vierges de la Légende, que son imagination évoquait comme en son enfance, et dont le vol mystique sortait du vieux livre, aux images naïves, posé sur la table. Agnès, d’abord, vêtue de ses cheveux, ayant au doigt l’anneau de fiançailles du prêtre Paulin. Puis, toutes les autres, Barbe avec sa tour, Geneviève avec ses agneaux, Cécile avec sa viole, Agathe aux mamelles arrachées, Élisabeth mendiant par les routes, Catherine triomphant des docteurs. Un miracle rend Luce si pesante, que mille hommes et cinq paires de bœufs ne peuvent la traîner à un mauvais lieu. Le gouverneur qui veut embrasser Anastasie, devient aveugle. Et toutes, dans la nuit claire, volent, très blanches, la gorge encore ouverte par le fer des supplices, laissant couler, au lieu de sang, des fleuves de lait. L’air en est candide, les ténèbres s’éclairent comme d’un ruissellement d’étoiles. Ah ! mourir d’amour comme elles, mourir vierge, éclatante de blancheur, au premier baiser de l’époux !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
Gwen21Gwen21   12 mai 2016
- Venez, les routes sont noires à cette heure, la voiture nous emportera dans les ténèbres ; et nous irons toujours, toujours, bercés, endormis aux bras l’un de l’autre, comme enfouis sous un duvet, sans craindre les fraîcheurs de la nuit ; et, quand le jour se lèvera, nous continuerons dans le soleil, encore, encore plus loin, jusqu’à ce que nous soyons arrivés au pays où l’on est heureux… Personne ne nous connaîtra, nous vivrons, cachés au fond de quelque grand jardin, n’ayant d’autre soin que de nous aimer davantage, à chaque journée nouvelle. Il y aura là des fleurs grandes comme des arbres, des fruits plus doux que le miel. Et nous vivrons de rien, au milieu de cet éternel printemps, nous vivrons de nos baisers, ma chère âme.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          180
colimassoncolimasson   26 décembre 2014
Elle se dressait, éperdue, s’agenouillait parmi les draps rejetés, la sueur aux tempes, toute secouée d’un frisson ; et elle joignait les mains, et elle bégayait : « Mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonnée ? » […] C’était la grâce qui se retirait d’elle, Dieu cessait d’être à son entour, le milieu l’abandonnait. Désespérément, elle appelait l’inconnu, elle prêtait l’oreille à l’invisible.
Et l’air était vide, plus de voix chuchotantes, plus de frôlements mystérieux. Tout semblait mort : le Clos-Marie, avec la Chevrotte, les saules, les herbes, les ormes de l’Évêché, et la cathédrale elle-même. Rien ne restait des rêves qu’elle avait mis là, le vol blanc des vierges, en s’évanouissant, ne laissait des choses que le sépulcre. Elle en agonisait d’impuissance, désarmée, en chrétienne de la primitive Église que le péché héréditaire terrasse, dès que cesse le secours du surnaturel. Dans le morne silence de ce coin protecteur, elle l’écoutait renaître et hurler, cette hérédité du mal, triomphante de l’éducation reçue. Si, deux minutes encore, aucune aide ne lui arrivait des forces ignorées, si les choses ne se réveillaient et ne la soutenaient, elle succomberait certainement, elle irait à sa perte. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonnée ? » Et, à genoux au milieu de son grand lit, toute petite, délicate, elle se sentait mourir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
Videos de Émile Zola (107) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Émile Zola
Alice Chemama est diplômée de L'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (2017), a reçu le Premier Prix de dessin pour un carnet de voyage déjanté (Concours Libé Apaj 2016) et publiera son tout premier album chez Dargaud à la rentrée 2019 ! Jeune autrice, grand talent, l'artiste impressionne par sa créativité sans borne et son style. Son premier album, Zola, avec Méliane Marcaggi au scénario, sera à découvrir en librairies en 2019. En attendant, visitez son site https://www.alicechemama.com/
autres livres classés : naturalismeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr






Quiz Voir plus

Le rêve - Emile Zola

Comment se nomme l'héroïne du roman ?

Juliette
Angeline
Angélique
Marie

10 questions
21 lecteurs ont répondu
Thème : Les Rougon-Macquart, tome 16 : Le Rêve de Émile ZolaCréer un quiz sur ce livre
.. ..