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Michel Arnaud (Traducteur)
ISBN : 2070315010
Éditeur : Gallimard (2004)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 145 notes)
Résumé :
"Un jour de janvier de l'an 1941 un soldat allemand marchait dans le quartier de San Lorenzo à Rome. Il savait en tout 4 mots d'italien et du monde ne savait que peu de chose ou rien. Son prénom était Gunther. Son nom de famille demeure inconnu".
Dans cette fresque à la fois historique et populaire, Elsa Morante fait revivre à travers l'histoire d'Useppe, fruit d'un viol commis par un soldat allemand ivre, et de sa mère, les horreurs de la guerre, cet " inte... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
Allantvers
23 avril 2016
  • 5/ 5
Il est rare que je m'offre le luxe d'une relecture, tant sont nombreux les livres à découvrir et rare le temps pour le faire, mais « la Storia » m'avait laissé une impression si profonde que je n'ai pas résisté à l'envie de la redécouvrir quelques vingt ans plus tard.
La « Storia » : c'est bien l'Histoire le sujet de ce texte magnifique, l'Histoire âpre et cruelle de l'éternelle domination des uns au profit des autres, de l'infini recommencement de la manipulation violente des faibles par les forts, mais aussi de la lutte acharnée, dérisoire et sublime des millions d'instincts de vie contre la pulsion de mort.
La storia dans cette « Storia » nous emmène plus précisément dans l'Italie de la seconde guerre mondiale où Ida, une veuve timorée, juive par sa mère, mal armée pour le monde brutal dans lequel elle se retrouve ballottée, mais dont l'instinct maternel surpuissant sera le moteur de son instinct de survie, donne naissance à la suite d'un viol par un soldat allemand à l'une des créatures les plus éclatantes de bonheur et de joie de vivre que la littérature nous ait offert, le petit Useppe. Ensemble, ils traverseront tant bien que mal les années de guerre, dont les horreurs finiront pourtant par s'imprégner irrémédiablement dans le regard immense, joyeux et innocent d'Useppe…
« Useppe ! Useppe ! » C'est ce cri récurrent dans le livre, ce cri apeuré de la protectrice Ida appelant son petit qui m'était resté dans la tête depuis toutes ces années et m'a donné envie de le rouvrir et de retrouver ces deux personnages inoubliables, tout poignant que soit le récit. Autour d'eux, le petit peuple de Rome vivace et endurant, Nino le fils aîné d'Ida, bouillonnant d'une jeunesse façonnée par la guerre et fou d'amour pour son petit frère, mais encore la figure lugubre et désespérée de David Segré, partisan, anarchiste, juif en rupture avec ses origines bourgeoises, tous apportent une chair juteuse et amère à la storia d'Ida et Useppe.
La « Storia » est un très grand livre, dont a d'ailleurs été tiré un beau film avec Claudia Cardinale, que je recommande à tous les amateurs d'histoire dans l'Histoire, n'ayant pas peur de regarder en face la mort se mêler à la luxuriance de la vie, ni de vider une boite de mouchoirs.
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tolbiac
31 mars 2013
  • 5/ 5
Oulala. Que trois critiques? Combien d'entre-nous a eu la chance de tomber sur ce livre?
La storia ; c'est de l'Bombe. C'est le cuir d'une époque déchiré par les yeux d'une femme. C'est les misérables à la sauce italienne. C'est la grande histoire dans la petite. C'est l'histoire d'un destin.
Un petit bout de femme, Iduzza (diminutif de Ida) dans le maelström de la guerre, tente de survivre à Rome, avec son fils Useppe.
La Storia ; c'est la folie des hommes décortiqués par Elsa Morante.
La Storia ; Elle cri, pleure, fait trembler, fait froid dans le dos ; La Storia.
La Storia ; C'est la vie d'une saison en enfer entre les mains de l'amour.
J'avais lu le Christ c'est arrêté à Eboli ( et non pas à Ebola, quoique là… Il a du faire demi-tour) de Carlo Levi ( entre parenthèse un tout petit petit ouistiti qui mérite d'être dévoré cru), qui déjà m'avait plongé dans cet Italie sans italique. Dans ce décor derrière les épaules de Musso-Lit-Ni, dans ce décor qui nie le monde ; on est happé. Parce tout est là, dit, avec les non-dits. On entend la voix des sans-voix, on boit avec ceux qui ne boivent rien d'autres que la poussière de l'histoire. On suit cette mère, cet amour de femme, on est là, entre 1940 et 1947, on plonge dans cette période dantesque et on hésite, on marche d'un pas peu assuré, puis on espère, on croit, on se bat, on entend l'armée allemande passer, les fascistes danser, on sent la résistance se lever. On est là et Ida nous porte à bout de bras…
Elsa Morante a écrit là, une oeuvre majeur du long et éphémère XX siècle.
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Meps
04 septembre 2015
  • 5/ 5
Belle histoire que cette Storia à l'italienne. Une façon originale de raconter l'Histoire en alternant quelques chronologies commentées courtes et lapidaires et le récit du quotidien d'une famille durant ces années troublées.
Ce qui m'a touché c'est la totale empathie de l'auteur pour l'ensemble de ses personnages. On ressent en même temps qu'elle leurs émotions, même quand elle évoque certains individus pas forcément admirables. L'utilisation parcimonieuse d'un je narratif, qui semble être témoin de l'histoire sans y participer, renforce sans doute cette impression.
Certains trouveront peut-être que l'exercice amène quelques longueurs... Sans doute mais ces longueurs ont parfois des accents proustiens aux qualités littéraires indéniables.
J'ai été plus circonspect sur certaines tirades politiques. J'admire et partage plutôt l'engagement de l'auteur mais j'ai parfois eu l'impression de personnages pris en otages pour exprimer certaines théories de l'époque... Mais malgré tout ces passages restent maîtrisés et ironisent même souvent sur cette pensée, laissant le lecteur libre de ses opinions.
Si ce lecteur reste prisonnier, ce ne sera que du souvenir d'Useppe, Ida, Ninarriedu ou Bella, que les années auront bien du mal à effacer.
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louisef
13 novembre 2014
  • 5/ 5
C'est de la grande littérature, avec une histoire et des personnages qui vous emportent.
L'histoire se passe principalement pendant la deuxième guerre mondiale. Chaque chapitre représente une année de la guerre (hormis le premier et le dernier qui s'étalent sur plusieurs années.). Les chapitres débutent par un résumé des faits historiques. C'est un véritable coup de génie de l'auteur car le lecteur a vraiment l'impression qu'elle a extrait ses personnages de la masse des millions de gens qui ont tant souffert. Et le contraste entre les faits décrits froidement par les historiens et le vécu des petites gens est violent.
Ida, l'héroïne principale est une jeune veuve, craintive. Elle est la fragilité incarnée et vit dans la peur. Depuis qu'elle est enfant on lui a toujours dit qu'elle devait cacher sa judaïcité et qu'un jour quelque chose de terrible arriverait pour les juifs. Ce temps est venu!
Ida a perdu son mari et élève seule leur fils Nino. C'est un ado rebelle qui s'oppose souvent à sa mère. Il a abandonné l'école et commet des petits larcins.
Un jour alors qu'elle revient de son travail, elle est institutrice; elle se fait violer par un soldat allemand ivre. de ce crime naît un enfant Useppe.
Ce petit bout de femme va tout faire pour sauver sa famille dans l'Italie en guerre. C'est un roman fleuve ou chaque personnage est porteur de violence, de bravoure, de joies, de peines. C'est foisonnant, incroyablement riche. Il y a tout dans la Storia, l'horreur de la guerre, la déportation des juifs, les traitements inhumains, les scènes de la vie quotidienne pour survivre. Mais c'est avant tout un immense roman d'amour. L'amour inconditionnel d'une mère pour son petit garçon, l'amour d'un grand frère pour son petit frère sans oublier la chienne Bella!
J'ai adoré!!!!! Ça devrait être une lecture obligatoire.
La lecture de cette Storia m'a provoqué un vrai choc émotionnel. Il y a des passages atroces, intenses que je ne risque pas d'oublier. L'un des romans les plus marquants sur cette période.

Lien : http://secretelouise.eklablo..
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Sophonisba
07 mars 2013
  • 5/ 5
Ce livre parle de la guerre, mieux nous fait vivre la deuxième guerre mondiale à travers une galerie de personnages attachants et parfois un peu surréalistes. Ce mélange des réalités dures et d'une sorte de poésie en fait pour moi une oeuvre magistrale.
A découvrir pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur.
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Citations & extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
PilingPiling20 juillet 2008
incipit :
Un jour de janvier de l'an 1941, un soldat allemand, jouissant d'un après-midi de liberté, se trouvait seul, en train de flâner dans le quartier de San Lorenzo, à Rome. Il était environ deux heures de l'après-midi, et à cette heure-là, comme d'habitude, peu d egens circulaient dans les rues. Aucun des passants, d'ailleurs, ne regardait le soldat, car les Allemands, bien que camarades des Italiens dans la présente guerre mondiale, n'étaient pas populaires dans certaines périphéries prolétaires. Et ce soldat ne se distinguait pas des autres de la même série : grand, blond, avec l'habituel comportement de fanatisme disciplinaire et avec, en particulier dans la position de son calot, une correspondante expression provocante.

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michfredmichfred01 septembre 2015
Et cela fit comprendre à Ida que son petit garçon se refusait même à un bonheur promis par terreur de le perdre! Elle en éprouva un choc excessif, avec la sensation étrange, éprouvée ce jour-là pour la première fois, d'une présence physique: comme si là, dans leur chambre, s'était installé un Ogre , qui menaçait Useppe avec d'innombrables bouches et d'innombrables mains.
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ignatus-reillyignatus-reilly06 octobre 2010
De plus en plus s'étend sur les territoires du monde le cancer industriel qui empoisonne l'air, l'eau et les organismes et dévaste les centres habités, de même qu'il dénature et détruit les hommes condamnés à la chaîne à l'intérieur des usines.
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ignatus-reillyignatus-reilly29 septembre 2010
On raconte qu'une tigresse, dans une solitude glacée, se soutint avec ses petits en léchant, quant à elle, la neige et en distribuant à ses petits des lambeaux de chair qu'elle s'arrachait du corps avec les dents.
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maylibelmaylibel15 septembre 2015
“Ah oui, la guerre est finie !ˮ répéta David sur un ton de polémique,“ et on est en temps de paix, oui…ˮ […] “Ce genre de paix-làˮ, invectiva-t-il […], “on en a fait cent mille ! Et on en fera cent mille autres, et la guerre n’est jamais finie ! Utiliser le mot PAIX pour certaines manigances, c’est… c’est de la pornographie ! C’est cracher sur les morts ! Mais oui, les morts, on en fait approximativement le compte, et puis on les met aux archives : affaire terminée ! Pour les anniversaires, des messieurs en habit portent une couronne au soldat inconnu…ˮ
(p. 808)
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