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Marianne Millon (Traducteur)
ISBN : 2742744525
Éditeur : Actes Sud (11/09/2003)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 211 notes)
Résumé :
2006. Dans ce futur dangereusement proche, la représentation des corps ne fait plus recette au sein du marché de l'art, qui cote désormais des toiles humaines. Signées par de grands maîtres, elles sont louées, vendues, manipulées, livrées à tous les regards, à tous les fantasmes. Clara est modèle. Elle rêve d'être peinte par le dieu de l'art hyperdramatique : Bruno Van Tysch. Mais, tandis que la jeune toile est apprêtée dans un pavillon isolé des abords d'Amsterdam,... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (38) Voir plus Ajouter une critique
AMR
23 mars 2017
Personnellement, c'est avec ce roman que j'ai découvert Somoza, considéré par la critique comme un écrivain qui a renouvelé le roman policier espagnol par des intrigues construites sur des trames policières mais qui touchent également au fantastique, à la terreur ou à la philosophie. Clara et la pénombre, publié en 2001 est un roman d'anticipation dans lequel il extrapole de manière cohérente sur certaines tendances de l'art contemporain dans un univers référentiel réaliste qui représente notre société.
Je livre ici le [trop] long résumé d'un travail de recherche que j'avais entrepris sur ce roman noir il y a environ deux ans ; je reconnais que ma lecture s'est moins intéressée aux péripéties de l'enquête policière qu'à l'étude du personnage féminin et la réflexion sur la place et le rôle de l'art.
Dans un futur dangereusement proche, Somoza invente le concept d' « art hyperdramatique » ou HD. Les modes de représentation ont évolué au point que le marché de l'art cote des toiles humaines. Les oeuvres sont en général figées, immobiles, en intérieur ou en extérieur mais elles peuvent aussi être animées ou interactives comme dans le cas des « art-shocks » ou de « l'art tâché », tableaux mobiles parfois à l'extrême du soutenable. Les modèles qui ne deviennent pas des oeuvres d'art servent de support à des objets décoratifs ou d'usage quotidien, lampes, tables, dessertes ou sièges par exemple. Les oeuvres et les objets humains sont ainsi loués, vendus et livrés à tous les regards.
Somoza invente une nouvelle forme de représentation dans laquelle la peinture est étroitement reliée au personnage principal féminin, Clara Reyes. Il revisite des tableaux célèbres, tout d'abord par des allusions implicites que chaque lecteur pourra s'approprier. le roman est divisé en quatre parties ou « pas » qui empruntent leurs titres au champ lexical de la peinture. Dans le premier pas, intitulé « les couleurs de la palette », nous voyons Clara, toile professionnelle exposée dans une galerie de Madrid, face à un miroir pour « Jeune Fille à son miroir », huile qui n'a rien d'extraordinaire, proposée à un prix accessible pour collectionneur moyen. le miroir est utilisé en peinture depuis le moyen-âge d'abord pour élargir l'image, refléter ce que l'oeil ne voit pas, ou montrer le hors champ. S'il faut chercher une première référence de tableau dès le début du roman, je trouve un rapprochement possible avec un tableau de Manet, « Devant la Glace » ou avec « La Psyché » de Berthe Morisot. Nous pouvons lire ici un effet d'annonce qui vient relayer l'épigraphe de Lewis Carroll au début du premier pas : Somoza a bien l'intention de nous faire « pénétrer dans la maison au miroir » pour nous montrer le monde de l'art au delà de ce que nous croyons connaître. le thème du miroir va lui servir de fil rouge, du tableau du début, « Jeune fille à son miroir » où il est ostensiblement visible à celui de la fin, « Suzanne au bain » où seule Clara le regarde puisqu'il est « situé à la base du podium et dissimulé au public » et dans lequel elle se voit comme « un camée lointain de traits peints » en passant par un épisode traumatique de son enfance au cours duquel elle est terrorisée par son propre reflet.
Le deuxième pas s'intitule « Les Formes de l'esquisse ». Clara a été engagée par la Fondation van Tysch et apprêtée. A l'issue des essais de couleurs, en s'observant dans un miroir, Clara « entrevoit la figure derrière l'esquisse : une jeune fille de Manet, grande, svelte, nue, rousse, aux muscles qui se détachaient un par un sans violence, comme dessinés par un expert ; sous la lumière du soleil, ses cheveux étaient une hémorragie lumineuse ». L'allusion à Manet m'évoque deux tableaux, « le Déjeuner sur l'herbe » ou « Olympia » qui ont été des objets de scandale ; dans ces deux tableaux, comme Somoza dans son roman, Manet est allé plus loin que ses contemporains ; il a voulu montrer une peinture nouvelle avec des couleurs plus vraies, des formes plus franches, des personnages plus modernes, une rupture avec les conventions. Dans les deux cas, la manière de peindre a presque autant choqué que les sujets traités. Somoza, toujours précédé d'une deuxième épigraphe de Lewis Carroll nous fait subtilement passer du sujet représenté à la représentation vivante, de la « figure de cire » à l'être vivant.
Le troisième pas correspond au « fini du tableau ». Les techniques d'art hyperdramatique se sont appropriées le célèbre clair obscur de Rembrandt avec des lumières spécialement conçues par un physicien russe. Clara devient « Suzanne au bain », un oeuvre de Rembrandt de 1647.
Le quatrième pas est consacré à l'exposition. « Suzanne au bain » y devient une « toile d'épouvante et de pitié ». Après la longue préparation, la toile finie, laisse le lecteur sur sa faim quand van Tysch donne solennellement le signal d'allumer les clairs obscurs et ne révèle finalement « rien de beau, mais rien d'humain non plus » ; cette double condamnation s'adresse à la fois au peintre du roman et à Rembrandt lui-même car dans son tableau qui se veut une oeuvre vouée à représenter une forme de réalité, Suzanne n'a aucune séduction : « les cheveux rouge foncé, [elle] vient de se déshabiller, il ne lui reste que sa chemise… Les deux vieillards sont arrivés par derrière… Ils se jettent sur elle. Elle a un pied dans l'eau comme si l'un des vieillards l'avait poussée… »
Clara semble ne pas avoir d'existence propre : elle ne trouve force et substance que dans l'incarnation de Suzanne : la jeune femme n'est que le support de l'oeuvre d'art et elle subit un processus de dépersonnalisation et de négation d'elle-même.
Au naturel, pourtant, c'est une jeune femme espagnole de vingt-quatre ans, indépendante et parfaitement adaptée à la société dans laquelle elle évolue ; elle est très belle, sportive, attentive à son corps, séduisante. Elle a un amant, pense souvent à la mort de son père quand elle était encore enfant, a des terreurs nocturnes. Mais, les affects de Clara ont été comme refoulés pour ne pas faire obstacle à sa réussite. Nous les voyons affleurer lorsque, émue, éprouvant crainte et joie en même temps, « terreur démesurée et joie extatique », elle touche enfin au but qu'elle s'était fixé. Nous la surprenons multipliant les contradictions dans un trop grand soucis de sincérité. Nous lisons sa fascination devant l'important trafic d'oeuvres d'art quand elle arrivera en Hollande, son anxiété tandis qu'elle attend la venue de Bruno van Tysch. Nous essayons, nous aussi, d'attraper « le petit animal qui luit dans [ses] yeux » et nous sommes troublés de la voir perdre et retrouver la faculté de pleurer. Enfin et surtout, revenue de la pénombre, nous la retrouvons dans le monde et dans la réalité, surgissant du tableau effacé « pour le meilleur et pour le pire », « comme si [elle respirait] pour la première fois».
En effet, les lecteurs que nous sommes, suivons Clara avec empathie dans son voyage au centre du tableau et dans une réflexion sur l'art. Comme toile professionnelle, elle doit abandonner toute pudeur et toute timidité, supporter la douleur, contrôler ses sensations comme ses nécessités physiologiques ou la contraction de ses muscles, faire preuve d'une patience infinie, être neutre, trouver pour supporter l'immobilité un rapport particulier au temps et à l'espace. Pour une toile humaine, la vie entière est au service de l'art ; il faut « laisser le peintre exprimer avec elle ce qu'il a en tête, non le comprendre » et pour se faire tout accepter, sans limites et sans barrières. En tant que toile, Clara aime « les extrêmes, l'obscurité au delà de la frontière » ; elle pense être « encore loin de son propre plafond. Ou de son fond » ; elle est prête à relever tous les défis pour servir son ambition : « je suis douce, je m'endurcis quand on me peint ».
Engagée par la Fondation van Tysch, Clara va alors subir une épreuve de « tension » particulièrement difficile. La tension correspond au portique d'entrée dans le monde de l'hyperdrame : certains artistes utilisent des infrastructures sado-masochistes ou alors créent une émotion préalable. Il n'y a pas de règles. Quoi qu'il se passe, la toile humaine ne peut qu'avancer. A l'issue de la tension, vient la phase d'apprêt qui consiste en fait en une terrible neutralisation, physiologique, psychologique et morale. Ainsi, pour atteindre à l'intemporalité de l'oeuvre d'art, Clara se met comme hors temps. Cette réification, cette servitude volontaire est en effet souhaitée par Clara : elle fait tout pour se sentir « comme un insecte. Comme quelqu'un qui a oublié son nom. Une toile de lin tissée de lignes blanches. […] Ne pas être ». Ainsi, dans Clara et la pénombre, l'art hyperdramatique est devenu une sorte de servitude volontaire, une forme d'esclavage sexuel légalisé, la prostitution du XXIème siècle.
Ainsi remise à zéro, Clara, la toile, va devenir le tableau et être identifiée à Suzanne, l'héroïne biblique de Rembrandt et revêtir une dimension tragique. Horreur et pitié sont des termes que Somoza emploie souvent au sujet de Clara ainsi que dans la description du tableau achevé. La jeune femme est toujours tirée vers l'accomplissement d'un destin de plus en plus tragique ; au moment de la signature, Clara « éprouve la sensation d'avoir fini, d'être achevée […] complètement achevée », « comme si elle était partie d'elle-même et avait éteint avant de sortir ».
Nous avons vu Clara dépassant ses limites pour atteindre le statut de toile originale du plus grand génie de l'art hyperdramatique au prix de tous les renoncements physiques, psychologiques et moraux, au prix du déni d'elle-même. Nous la savons en danger, victime sacrificielle désignée du tueur connu sous le nom de « l'Artiste ». Par ailleurs, même si la règle des trois unités chères à nos classiques n'est pas ici clairement respectée surtout au niveau du lieu puisque nous voyageons dans plusieurs pays et qu'au moins deux actions se superposent, l'évolution de Clara de simple toile en chef d'oeuvre et l'enquête sur les meurtres de l'Artiste, tout le roman se déroule somme toute sur un laps de temps assez court, entre le mercredi 21 juin 2006 et le 15 juillet 2006, le dernier acte ou quatrième pas tenant en un seule et longue journée.
Mais la tragédie dit aussi l'espoir de l'homme debout, qui lance un défi à un monde difficile à déchiffrer. L'épilogue du roman rend Clara à la vie, dans un certaine manière : « La vie et l'art se fondaient sur la même chose : aller et voir ». Clara a vécu une forme de katabase, une descente au plus profond d'elle même pour l'art hyperdramatique et elle en est revenue, différente : «Suzanne était effacée. Au-dessous avait surgi Clara Reyes, pour le meilleur et pour le pire. L'événement […] revêtait l'allure médiocre d'un échec de tentative de divorce. […] Elle allait devoir s'habituer aux aveux sincères. […] Bienvenue au monde, Clara, bienvenue à la réalité ». Clara vit une deuxième naissance : « c'est comme si je respirais pour la première fois ».
Somoza écrit un peu à la manière des clairs obscurs de Rembrandt. Il nous met face à la notion de « régime d'art ». Qu'est-ce qui donne le caractère d'oeuvre d'art à un objet ? Comment mesurer le beau ? Jusqu'où peut-on aller pour donner ou retirer la qualité d'oeuvre d'art ? Il met l'accent sur les dérives de l'art dans une société qui pourrait bien devenir la notre dans un avenir proche.
Pour ce faire, il fait intervenir le personnage de l'Artiste, bras armé du génie, psychopathe ou visionnaire à la fois, et une autre toile professionnelle, Póstumo Baldi, qui illustre « un monde qui s'est transformé en art, en simple plaisir de dissimuler, de feindre », un monde où tout n'est qu'apparence. Baldi peut atteindre un niveau de neutralisation de lui-même supérieur à celui décrit pour Clara. A ce niveau de performance, le lecteur ressent comme un malaise car la seule motivation connue de cette toile exceptionnelle en tous points, c'est l'argent. L'hyperdramatisme est donc avant tout un « business ». Et qui dit argent, dit pouvoir : le pouvoir est « une autre sorte d'art ».
De même, le personnage de Bruno van Tysch permet un portrait controversé du génie ; il est à la fois le maître et l'ombre, donne de lui une image changeante dans les revues et les reportages. On parle beaucoup de lui, comme d'un « automate sans vie propre », d'un « monstre de Frankenstein » comme si le créateur devenait créature, si le contact avec la société le rendait monstrueux ou s'il préfigurait une catégorie d'artistes qui n'auraient plus rien d'humain. Son oeuvre est liée à sa vie intime et à ses émotions. Si ce sont là deux notions qu'il lui importe peu de détruire chez ses toiles, il les exploite à fond quand il s'agit de créer ses tableaux. van Tysch incarne donc ici le culte du génie abîmé dans la figure d'un mage intouchable, en dehors de la morale commune, inspirant un respect et une idolâtrie démesurés. Avec le personnage de van Tysh, Somoza illustre et dénonce cette valorisation de l'attitude qui met l'art plus haut que tout au point d'aboutir à une pratique d'immolation à l'oeuvre d'art. Dans le personnage de van Tysch et sa quête d'absolu artistique, nous retrouvons le vieille distinction classique réactivée autour de la notion de génie : avoir et être, inné et acquis. le génie ne relève pas de l'avoir mais de l'être. La mort du génie prend ici toute sa signification puisqu'elle fait partie de l'oeuvre d'art.
Avec Clara et la pénombre, Somoza écrit à la fois un roman noir basé sur une transgression criminelle liée au monde de l'art et un roman d'anticipation qui projette le lecteur dans un temps futur proche mais encore fictif. L'auteur propose une critique de la société individualiste contemporaine et des institutions qui font vivre l'art ; l'invention de l'art hyperdramatique sert à montrer le triomphe du culte du MOI et de l'individu. Dans le roman, même en dehors des rapports marchands, les personnages ont du mal à entretenir des rapports sociaux, amicaux ou familiaux. Tout rapport non fondé sur l'argent ou le pouvoir est faible et éphémère. L'idéalisme de la société en matière d'art est exploité à des fins marchandes. Les tableaux suggérés ou directement mis en scène permettent un ancrage dans une forme de réalité artistique et esthétique suffisamment vraisemblable pour susciter une réflexion sur l'évolution des théories sur l'art. Somoza respecte l'art et les oeuvres d'art mais dénonce par un savant mélange d'intérêts financiers, de mondanité et de création le monde de l'art et ses dérives mystificatrices et malhonnêtes, voire criminelles.
Une lecture difficile, pour lecteur averti, qui questionne et force à la recherche.
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Ambages
05 décembre 2015
« Les hommes une nuit d'horreur, inventèrent l'art »
Une petite phrase qui vous fait frissonner ? Alors bienvenue dans le monde de José Carlos Somoza et vous ne regarderez plus un Rembrandt de la même manière.
« Vous savez ce qu'est l'art hyperdramatique, détective ?
Je dirais que ce sont des personnes qui restent immobiles et dont les autres disent que ce sont des peintures, non ? Répondit-il
C'est tout le contraire. Ce sont des peintures qui bougent parfois et ressemblent à des personnes. Ce n'est pas une question de terminologie, mais de points de vue, et c'est celui que nous avons adopté à la Fondation. »
Voici en quelques lignes la dialectique du roman. Surtout quand une « toile » est découpée par un tueur... Qu'a-t-il découpé ? Une toile ou un individu ? C'est in fine la question que pose Somoza tout au long de son roman : « Mais qu'est-ce qu'un individu aujourd'hui ? »
Un Roman passionnant sur l'art : acheteurs, vendeurs, peintres, Maîtres disent certains, fondations pour promouvoir l'art et leurs arrières pensées vénales... et les toiles humaines, tendues pour donner ce que le Maître attend. Clara, pour ne citer qu'elle est touchante et excite notre curiosité, car elle vit l'art et tente de faire comprendre le point de vue de la « toile »: « Chaque fois que je suis un tableau, c'est comme si j'accouchais de moi-même, tu comprends ? » Oui Clara, j'ai compris jusqu'où vous pouviez aller pour l'art.
Un Roman dont l'intrigue policière tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne.
Les deux se mariant à merveille.
Cet auteur est ''fantastique'', à tous les points de vue. J'ai adoré tellement de mots, de pensées, difficile de choisir un extrait, peut-être celui-ci que je trouve magnifique :
« L'obscurité est peuplée de choses : formes, odeurs, pensées... Et observez la lumière de cet après-midi d'été. Diriez-vous qu'elle est pure ? Regardez-là bien. Je ne parle pas que des ombres. Regardez entre les fentes de la lumière. Vous voyez les petits grumeaux de ténèbres ? La lumière est brodée sur une toile très obscure mais c'est difficile à voir. Il faut mûrir. Quand nous mûrissons, nous comprenons enfin que la vérité est un point intermédiaire. C'est comme si nos yeux s'accoutumaient à la vie. Nous comprenons que le jour et la nuit, et peut-être la vie et la mort, ne sont que des degrés d'un même clair-obscur. Nous découvrons que la vérité, la seule qui mérite ce nom, est la pénombre. »
Un Roman à regarder.
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Malaura
24 octobre 2011
En ce début du XXIème siècle, le marché de l'art a développé un commerce artistique très lucratif : l'Art Hyper Dramatique.
Désormais, ce sont sur des toiles humaines que les peintres expriment leur talent.
Juin 2006. Jolie jeune toile de 24 ans, Clara Reyes doit participer à la nouvelle exposition du génie de l'art HD, Bruno VanTysch ; une exposition se déroulant à Amsterdam, qui promet d'être grandiose et que tout le monde attend avec la plus vive impatience.
Mais une série de destructions d'oeuvres du maître vient jeter le trouble au sein de la fondation VanTysch et de son service de sécurité.
Des cadavres de modèles sont retrouvés aux côtés d'enregistrements aussi terrifiants qu'énigmatiques « …dans ton sacrifice final repose le sens de la création….parce que l'art qui survit est l'art qui est mort… »
Au fil d'une enquête éprouvante, l'agent de sécurité Lothar Bosch pénètre l'univers extravagant, fantasmatique et inquiétant des marchands d'art, des artistes et des toiles humaines…
Quand le génial psychiatre espagnol José Carlos Somoza s'attaque à l'art pictural cela donne une oeuvre dense, riche et subtile, toute en atmosphère, relief, ambiance et clair-obscur.
Dans ce roman à la lisière de la science-fiction, la peinture est devenue une perversion artistique, un art dégénéré.
Avec un style très visuel, quasi graphique, une narration fluide, où l'utilisation des couleurs, des détails, des architectures et des espaces nous baigne sans effort dans un climat troublant et envoûtant, Somoza dépeint une réalité infléchie, parabolique, ni tout à fait différente, ni tout à fait semblable à notre réel, à l'orée de deux mondes, celui d'aujourd'hui et celui d'un demain proche.
Dans cet hypothétique - et toutefois fort plausible - monde de demain, le corps humain se manipule comme n'importe quel matériau, décliné selon les besoins en oeuvres d'art, objets de décoration ou d'artisanat. Une nouvelle forme d'Art est en place avec ses codes, ses côtes, ses valeurs, ses estimations et ses représentations ; un courant créatif extrêmement lucratif conduisant à tous les excès…
Mais si les éléments de « Clara et la pénombre » sont fictifs, ils ne sont pourtant guère éloignés de la réalité.
La peinture corporelle - body-art ou body-painting - existe depuis la nuit des temps, depuis l'aube de l'humanité.
Si nos ancêtres recouraient à cette expression par esprit d'appartenance, pour des impératifs de guerre, par signes distinctifs ou rites tribaux, l'époque contemporaine a érigé cette pratique picturale en expression artistique.
José Carlos Somoza dit : « J'ignore si la situation changera dans l'avenir, mais j'ai tendance à penser que si quelqu'un découvre comment gagner de l'argent par ce biais, ce ne seront pas les considérations morales qui empêcheront un tel marché humain de se dérouler de façon aussi spectaculaire ou plus que dans mon livre. »
Il nous en livre ici une variante des plus effarantes avec ce thriller philosophique intense, reflétant, tel un miroir de l'horrible, les déviances de nos sociétés.
« le Beau n'est que le commencement du terrible », Rainer Maria Rilke
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Darkcook
20 septembre 2014
Je publie ma critique augmentée de Clara et la Pénombre, la première étant, à mon goût, un peu incomplète et obscure. C'est donc un roman policier de science-fiction aussi essai sur l'art, ovni littéraire assez incroyable, comme on aimerait en lire plus souvent, en tout cas à lire pour les amateurs ne serait-ce que de l'un des trois genres!
Il recèle de références littéraires, picturales, notamment à Rembrandt, mais on peut en trouver plein d'autres (Alice au pays des merveilles...) Oeuf très riche, développant un monde cohérent, aussi biscornu qu'il soit, où l'on déniche, en revenant sur des passages, toujours plus de parallélismes artistiques, un bonheur pour les comparatistes! Que sa taille ne vous rebute pas, il se lit très vite, cela reste un thriller. Après, il n'est pas parfait, évidemment. Personnellement, malgré l'efficacité de la rhétorique de Somoza, liant l'art à la mort, quand on est transporté par l'art, littéraire, musical et autres, au quotidien, on grimace devant un tel propos. Il a beau être pertinent et appuyé, on s'y oppose forcément.
Le principe de base : dans le futur, les tableaux ne sont plus des toiles... Mais des êtres humains!! Rémunérés pour poser, leur corps est entièrement peint, et en découlent évidemment toutes les questions morales de réification des individus, considérés non plus comme tels, mais comme de simples objets, supports. le roman va jusqu'au bout, et installe une hiérarchie, des grands modèles peints par les grands artistes, aux gens les plus modestes qui se prêtent à une servitude volontaire pour poser en tant que chaise, table de design! Et comme si ce n'était pas assez, il y a aussi les "art-shocks", forme illégale dont on devine qu'elle recèle prostitution et tout ce qui s'ensuit. Lorsqu'un tueur en série se met à assassiner des modèles/toiles, le débat se pose au sein de ce futur fou : meurtre ou vandalisme?
Le personnage principal, Clara, comme son nom l'indique, est candide, transparente, et va évidemment subir ce lavage de cerveau progressif pour qui veut arriver à être la toile suprême de l'artiste ultime (Van Tysch), de sorte qu'au final, on s'identifie et se soucie peu d'elle. L'intrigue elle-même passionne bien plus, dans la construction effarante de ce monde musée. Hirum Oslo, artiste retiré dans son jardin fabuleux, exilé en pleine lande anglaise, effaré, loin du monde, obsédé par sa muse (certes la détestable Mlle Wood) m'a davantage conquis.
En clair, un roman si original qu'il vous reste longtemps en mémoire... Et je n'ai pas tout dit. Seul le dénouement de l'intrigue policière, un peu prévisible (comme ce qui arrive à Clara) parmi les quelques solutions qui s'offraient au lecteur, peut légèrement assombrir le tableau, c'est le cas de le dire, mais au final, on en garde un souvenir vivace, comme si Somoza avait peint notre cerveau de toute cette histoire et de ce cosme qui a franchi une limite faisant frissonner.
Si ça vous donne envie, sachez que Jose Carlos Somoza adore ça et ne fait que ça : des polars hybrides, mêlés à un autre monde, fictif, complètement fou. La quatrième de couverture de CHACUN de ses romans pousse à l'achat compulsif!!
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Woland
17 avril 2012
Clara y la penumbra
Traduction : Marianne Millon
Ce gros roman de près de six-cent-cinquante pages est probablement l'une des réflexions les plus intelligentes qu'on ait jamais écrites sur les dérives invraisemblables et plus encore malsaines de l'art contemporain. Mais cette réflexion englobe également une interrogation sur la nature de la Beauté et sur la limitation des droits du créateur sur son oeuvre, si tant est qu'elle puisse exister.
L'auteur imagine, dans un futur très proche, un monde de l'Art dominé par une école dérivée du body-art actuel et dénommée "l'hyperdramatisme." C'est Bruno van Tysch, personnage hautain, obsessionnel, hanté par son enfance rigide sous la férule d'un père artiste raté, qui a donné à l'hyperdramatisme ses lettres de noblesse. Quand s'ouvre le livre, van Tysch est devenu, comme aiment à le répéter les critiques, le "Dieu de l'Hyperdramatisme" et nul ne songerait à lui contester son génie.
L'héroïne du livre, Clara, n'a d'ailleurs qu'un rêve : être "peinte" par van Tysch. La jeune fille a découvert l'hyperdramatisme un jour de son adolescence, devant une oeuvre exposée près d'une piscine, dans la confortable maison des parents d'une camarade, et, depuis lors, elle a tout fait pour devenir modèle hyperdramatique. Entendons-nous : "modèle" n'a pas ici le sens qu'il revêt encore pour nous en peinture. Dans l'hyperdramatisme, le modèle - femme, homme ou enfant - est peint et "mis en place" par l'artiste qui l'expose alors dans une galerie, espérant bien entendu qu'il sera vendu. Lorsque cela arrive, l'"oeuvre" - puisque le modèle est une oeuvre désormais - est transportée et exposée chez l'acheteur le temps que celui-ci désire, ce qui signifie en général tant qu'il ne s'en lasse pas. Bien entendu, les heures d'exposition sont fixées à l'avance et, en dehors de leurs limites, le modèle-oeuvre peut vivre normalement : revêtir des vêtements, se promener, se restaurer aussi, satisfaire aux besoins divers de sa nature, etc, etc ... C'est un métier exigeant mais qui paie bien son homme. Et puis, il y a la gloire de l'artiste rejaillissant sur son modèle-oeuvre ...
Au travers d'un labyrinthe policier assez gore - les oeuvres maîtresses de van Tysch sont assassinées une à une de manière atroce - Somoza nous révèle les excès de la méthode hyperdramatiste. Tout d'abord, on ne voit que des détails dérangeants, inquiétants : nécessité pour les modèles de prendre certains médicaments afin de calmer leur faim ou leur désir de se rendre aux toilettes pendant les longues heures d'exposition, adoration servile pour "le Maître", orgueil aussi à l'idée de recevoir enfin, tatouée sur leur peau, une signature prestigieuse. Mais peu à peu, nous prenons conscience de tout ce que l'hyperdramatisme - et même certaines manifestations artistiques que nous connaissons - ont en commun avec la vision sadienne de l'univers.
Ainsi, ceux qui ne réussissent pas comme "oeuvres" ont toujours la possibilité de se reconvertir en "meubles" (canapé, table, lampe ...). Et ils servent réellement de canapé, de fauteuil, de tapis ... En fait, ils doivent tenir le rôle pour lequel on les a achetés. Ou bien les modèles qui débutent et qui ne sont pas encore très connus participent souvent - il faut bien alimenter le garde-manger - à des spectacles d'"art taché." Somoza ne s'étend pas outre mesure sur la chose mais on devine que c'est plutôt musclé, bien sanguinolent, plus ou moins sexuel, voire dangereux. Enfin, les modèles-oeuvres sont essentiellement des enfants ou de jeunes femmes et hommes. (A partir de trente ans, il devient difficile d'être une "oeuvre.") Dans le monde que Somoza nous dépeint avec un réalisme soigné, n'importe quel pédophile assez riche pour le faire peut par conséquent s'offrir une "oeuvre" qui n'est, à bien y regarder, qu'un enfant ou un jeune adolescent.
Le style est sans doute moins classique que dans "La Caverne des Idées" mais l'intrigue, menée tambour battant, est si prenante, elle amène tant de réflexions dans la tête du lecteur, tant d'interrogations aussi, qu'on a bien du mal à se libérer de temps à autre de ces (presque) six-cent-cinquante pages pour vaquer à ses occupations personnelles.
Dans l'oeuvre de l'auteur espagnol, "Clara et la Pénombre" reste assurément l'un des ouvrages les plus riches et les plus intéressants - même si les puristes pourront se plaindre d'avoir deviné l'identité de l'assassin aux deux tiers du roman. ;o)
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Citations & extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland17 avril 2012
[...] ... L'adolescente est nue sur un podium. Le ventre lisse et l'ellipse sombre du nombril se trouvent à hauteur de notre regard. Elle a le visage incliné, les yeux baissés, une main devant le pubis, l'autre sur la hanche, les genoux rapprochés et légèrement fléchis. Elle est peinte en terre de Sienne naturelle et ocre. Des ombres terre de Sienne foncée soulignent les seins et épousent l'aine et la fente. Nous ne devrions pas dire "fente" parce que nous parlons d'une oeuvre d'art, mais à la voir, aucun autre terme ne nous vient à l'esprit. C'est une infime ouverture verticale, sans trace de duvet. Nous faisons le tour du podium et contemplons la silhouette de dos. Les fesses brunies reflètent des grappes de lumière. Si l'on recule, son anatomie semble plus innocente. De petites fleurs blanches lui tapissent les cheveux. Il y a d'autres fleurs à ses pieds, une flaque de lait. Même à cette distance, nous percevons toujours l'odeur si particulière qu'elle dégage, semblable à celle d'une forêt parfumée par la pluie. Devant le panneau de sécurité, un panneau indique le titre en trois langues : Défloration.

Deux notes de musique qui émanent du haut-parleur tirent le public de son ravissement : le musée ferme. Une jeune fille l'annonce en allemand, puis en anglais et en français. En général, tout le monde la comprend, ou capte du moins le message implicite. L'enseignante du collège huppé de Vienne regroupe ses ouailles en uniforme et les compte, afin de s'assurer qu'il n'en manque aucune. Elle a emmené ses élèves voir l'exposition, bien qu'il s'agisse de nus. Ce n'est pas grave, ce sont des oeuvres d'art. Pour les Japonais, ce qui est grave, c'est qu'on ne les a pas laissés prendre de photos, aussi ne sourient-ils pas en sortant. Ils se consolent dans l'entrée où l'on vend des catalogues au prix de cinquante euros, avec des photographies en couleur. Un joli souvenir à rapporter de Vienne.

Dix minutes plus tard, le public ayant déserté la salle, un événement inattendu se produit. Plusieurs hommes arrivent, un badge accroché au revers de leur costume. L'un d'eux se dirige vers le podium sur lequel se trouve l'adolescente et dit à voix haute :

- "Annek."

Rien ne se passe.

- "Annek", répète-t-il.

Un battement de paupières, le cou s'anime, la bouche s'ouvre, les seins minuscules sont projetés en avant sous l'effet de la respiration.

- "Tu peux descendre seule ?"

Elle acquiesce mais hésite un peu. L'homme lui tend la main.

Enfin, l'adolescente descend du podium, entraînant du pied une poussière de pétales. ... [...]
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AmbagesAmbages25 novembre 2015
Tous les grands peintres tendaient leurs toiles avant de commencer une oeuvre. La tension était le portique d'entrée dans le monde de l'hyperdrame : une façon de préparer le modèle à ce qui se profilait, de l'avertir que dorénavant rien de ce qui se déroulerait ne suivrait les voies logiques ou les normes acceptées par la société. Clara avait l'habitude d'être tendue de plusieurs façons. Le déploiement d'une infrastructure sadomasochiste était la méthode la plus utilisée par les artistes du Circle et Gilbert Brentano. Au contraire, Georges Chalboux tendait de façon subtile, créant une émotion préalable par le biais d'individus spécialement entraînés qui feignaient d'aimer ou de détester les modèles de ses oeuvres, ou devenaient menaçants, successivement fuyants ou affectueux, suscitant en eux de l'anxiété. Des peintres exceptionnels tels Vicky Lledó s'utilisaient eux-mêmes pour tendre. Vicky était particulièrement cruelle, parce qu'elle utilisait des émotions sincères : c'était comme un mystérieux dédoublement de la personnalité, comme s'il avait existé une Vicky humaine et une Vicky artiste dans le même corps et qu'elles aient travaillé chacune pour son compte.
Pour dépasser de façon satisfaisante la phase de tension, la toile devait savoir deux choses : la seule règle était qu'il n'existait pas de règles et la seule conduite possible était d'avancer.
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leolechatleolechat21 février 2011
Tu connais le problème Lothar ? Aujourd'hui tout ce qui est précieux est éphémère. C'est-a-dire qu'à une autre époque la solidité et la durée constituaient des valeurs en soi : un sarcophage, une statue, un temple ou une toile. Mais actuellement, tout ce qui a un prix se consomme, s'use, s'éteint, que l'on parle ressources naturelles, drogues, espèces protégées ou art. Nous sommes passés par une phase préalable dans laquelle les produits rares avaient plus de valeur parce qu'ils devenaient rares. C'était logique. Mais quelle en a été la conséquence ? Qu'aujourd'hui, pour que les choses aient d'avantage de valeur, elles doivent être rares. Nous avons inversé la cause et l'effet. Aujourd'hui nous raisonnons ainsi : les bonnes choses n'abondent pas. Faisons donc en sorte que les mauvaises choses n'abondent pas, et elles deviendront bonnes.
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WolandWoland17 avril 2012
[...] ... - "Et toi, comme toujours, tu penses que le monde est devenu idiot[, dit-elle.]

- Non, le monde est idiot depuis l'origine, ce n'est pas ça. Ce qui se passe, c'est que je ne suis pas d'accord avec l'opinion que la majorité des gens a de Van Tysch.

- Laquelle ?

- Que c'est un génie.

- C'en est un.

- Excuse-moi, Van Tysch est un malin, ce n'est pas la même chose. Mon frère dit que l'art hyperdramatique a été créé par Tanagorsky, Kalima et Buncher au début des années soixante-dix. Eux, c'étaient vraiment des artistes, mais ça ne leur a pas rapporté un radis. Alors Van Tysch est arrivé, il avait hérité dans sa jeunesse une fortune d'une sorte d'oncle d'Amérique, il a inventé un système de vente et d'achat des tableaux, créé une Fondation pour gérer ses oeuvres et a veillé à s'en mettre plein les poches avec l'hyperdramatisme. Quelle bonne affaire, putain.

- Tu penses que ce n'est pas bien ?"

Elle faisait preuve d'une tranquillité insupportable. Habituée à se maîtriser, elle utilisait cette maîtrise comme un avantage par rapport à lui. Jorge avait beaucoup de difficultés à la faire sortir de ses gonds, parce que la patience d'un modèle est infinie.

- "Ce que je pense, c'est que c'est du business, pas de l'art. Même si, à bien y réfléchir, n'est-ce pas ton cher Van Tysch qui a sorti cette connerie : "L'art, c'est de l'argent" ?

- Et il avait raison.

- Il avait raison ? Rembrandt est un génie parce que ses tableaux valent aujourd'hui des millions de dollars ?

- Non mais si les tableaux de Rembrandt ne valaient pas aujourd'hui des millions de dollars, qui cela intéresserait-il, que ce soit un génie ?" ... [...]
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denisarnouddenisarnoud18 décembre 2014
Être une oeuvre d'art a quelque chose de... d'inhumain. Tu dois être plus froide, beaucoup plus froide. Imagine un sujet de film de science-fiction : l'art est comme un être d'une autre planète et se manifeste à travers nous. Nous pouvons peindre des tableaux ou composer des musiques, mai ni le tableau ni la musique ne nous appartiendront, parce que ce ne sont pas des choses humaines. L'art nous utilise, petite, il nous utilise afin de pouvoir exister, mais c'est comme un alien . Tu dois penser à ça : quand tu es un tableau, tu n'es pas humaine.
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