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> Marianne Millon (Traducteur)

ISBN : 2742752978
Éditeur : Actes Sud (2004)


Note moyenne : 4.03/5 (sur 96 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
2006. Dans ce futur dangereusement proche, la représentation des corps ne fait plus recette au sein du marché de l'art, qui cote désormais des toiles humaines. Signées par de grands maîtres, elles sont louées, vendues, manipulées, livrées à tous les regards, à tous les ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 24 octobre 2011

    Malaura
    En ce début du XXIème siècle, le marché de l'art a développé un commerce artistique très lucratif : l'Art Hyper Dramatique.
    Désormais, ce sont sur des toiles humaines que les peintres expriment leur talent.
    Juin 2006. Jolie jeune toile de 24 ans, Clara Reyes doit participer à la nouvelle exposition du génie de l'art HD, Bruno VanTysch ; une exposition se déroulant à Amsterdam, qui promet d'être grandiose et que tout le monde attend avec la plus vive impatience.
    Mais une série de destructions d'œuvres du maître vient jeter le trouble au sein de la fondation VanTysch et de son service de sécurité.
    Des cadavres de modèles sont retrouvés aux côtés d'enregistrements aussi terrifiants qu'énigmatiques « …dans ton sacrifice final repose le sens de la création….parce que l'art qui survit est l'art qui est mort… »
    Au fil d'une enquête éprouvante, l'agent de sécurité Lothar Bosch pénètre l'univers extravagant, fantasmatique et inquiétant des marchands d'art, des artistes et des toiles humaines…
    Quand le génial psychiatre espagnol José Carlos Somoza s'attaque à l'art pictural cela donne une œuvre dense, riche et subtile, toute en atmosphère, relief, ambiance et clair-obscur.
    Dans ce roman à la lisière de la science-fiction, la peinture est devenue une perversion artistique, un art dégénéré.
    Avec un style très visuel, quasi graphique, une narration fluide, où l'utilisation des couleurs, des détails, des architectures et des espaces nous baigne sans effort dans un climat troublant et envoûtant, Somoza dépeint une réalité infléchie, parabolique, ni tout à fait différente, ni tout à fait semblable à notre réel, à l'orée de deux mondes, celui d'aujourd'hui et celui d'un demain proche.
    Dans cet hypothétique - et toutefois fort plausible - monde de demain, le corps humain se manipule comme n'importe quel matériau, décliné selon les besoins en œuvres d'art, objets de décoration ou d'artisanat. Une nouvelle forme d'Art est en place avec ses codes, ses côtes, ses valeurs, ses estimations et ses représentations ; un courant créatif extrêmement lucratif conduisant à tous les excès…
    Mais si les éléments de « Clara et la pénombre » sont fictifs, ils ne sont pourtant guère éloignés de la réalité.
    La peinture corporelle - body-art ou body-painting - existe depuis la nuit des temps, depuis l'aube de l'humanité.
    Si nos ancêtres recouraient à cette expression par esprit d'appartenance, pour des impératifs de guerre, par signes distinctifs ou rites tribaux, l'époque contemporaine a érigé cette pratique picturale en expression artistique.
    José Carlos Somoza dit : « J'ignore si la situation changera dans l'avenir, mais j'ai tendance à penser que si quelqu'un découvre comment gagner de l'argent par ce biais, ce ne seront pas les considérations morales qui empêcheront un tel marché humain de se dérouler de façon aussi spectaculaire ou plus que dans mon livre. »
    Il nous en livre ici une variante des plus effarantes avec ce thriller philosophique intense, reflétant, tel un miroir de l'horrible, les déviances de nos sociétés.
    « le Beau n'est que le commencement du terrible », Rainer Maria Rilke
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    • Livres 4.00/5
    Par Ellen-R, le 11 décembre 2012

    Ellen-R
    Dans un futur proche, en 2006, le marché de l'art a décidé de mettre en exergue « l'art hyperdramatique » qui consiste à utiliser le corps humain comme toile. Les artistes, convaincus dans leur mégalomanie de faire de la vie de l'art et vice-versa, manipulent les modèles jusqu'à les transformer en pantins aux chairs anonymes et vidées d'émotions. Malgré cela, Clara, jeune modèle espagnole, est fascinée par ce qu'elle voit avant tout comme une mise en lumière, et rêve d'être peinte par Bruno van Tysh, le précurseur de ce courant. Mais la frontière qui sépare le génie de l'horreur n'est pas loin, le jour où l'une des œuvres humaines est détruite et massacrée dans un nouveau rite « artistique »…

    Dans cette histoire, Somoza s'intéresse aux mises en abîme qui fascinent et effraient, mélange ambigu de lumière et de clair-obscur – et s'interroge sur les dérives de l'art, et de notre société qui veut tout montrer, fascinée qu'elle est par la jeunesse et la beauté, et où l'exhibitionnisme est paré de toutes les vertus… On pense inévitablement à des artistes comme Orban, ou encore Sophie Calle, qui ont choisi de se mettre elles-mêmes en scène, et ce, depuis des années, mais on pense aussi à la Télé-réalité… Et c'est bien toute la qualité d'un écrivain contemporain futuriste que d'arriver par la fiction à retranscrire des idées qui nous touchent pourtant de près au présent.
    L'écriture limpide, et parfois compulsive de Somoza, qui laisse libre court à de multiples interprétations, colle parfaitement au sujet ; à l'instar d'un Jauffret, on a parfois l'impression que les mots se diluent pour mieux laisser parler l'absurdité des vies et la dilution des existences. L'envers du décor fascine, et pourtant la frontière entre la démarche artistique et l'imposture est mince. Par l'intermédiaire de Clara, on comprend aussi qu'on peut être d'autant plus attiré par la clarté et la transparence qu'il y a quelque chose en soi qui n'y croit pas, mais qu'on refuse de voir. Avec Somoza, écrivain trop lucide, il n'est de toute façon d'expression que fragmentaire, partielle… et toute lumière cache son ombre… Qu'est-ce qui est réalité, qu'est-ce qui est illusion, tout cela n'est-il pas un jeu de dupes et de miroirs, dont l'art sait mieux que quiconque extraire les reflets ?!
    Mais comme le dit le personnage du livre lui-même, « toute vérité est dans la pénombre ». Alors forcément, ce livre inclassable laisse planer plus de questions que de réponses, et on n'ira pas s'en plaindre.
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    • Livres 4.00/5
    Par Woland, le 17 avril 2012

    Woland
    Clara y la penumbra
    Traduction : Marianne Millon
    Ce gros roman de près de six-cent-cinquante pages est probablement l'une des réflexions les plus intelligentes qu'on ait jamais écrites sur les dérives invraisemblables et plus encore malsaines de l'art contemporain. Mais cette réflexion englobe également une interrogation sur la nature de la Beauté et sur la limitation des droits du créateur sur son oeuvre, si tant est qu'elle puisse exister.
    L'auteur imagine, dans un futur très proche, un monde de l'Art dominé par une école dérivée du body-art actuel et dénommée "l'hyperdramatisme." C'est Bruno van Tysch, personnage hautain, obsessionnel, hanté par son enfance rigide sous la férule d'un père artiste raté, qui a donné à l'hyperdramatisme ses lettres de noblesse. Quand s'ouvre le livre, van Tysch est devenu, comme aiment à le répéter les critiques, le "Dieu de l'Hyperdramatisme" et nul ne songerait à lui contester son génie.
    L'héroïne du livre, Clara, n'a d'ailleurs qu'un rêve : être "peinte" par van Tysch. La jeune fille a découvert l'hyperdramatisme un jour de son adolescence, devant une oeuvre exposée près d'une piscine, dans la confortable maison des parents d'une camarade, et, depuis lors, elle a tout fait pour devenir modèle hyperdramatique. Entendons-nous : "modèle" n'a pas ici le sens qu'il revêt encore pour nous en peinture. Dans l'hyperdramatisme, le modèle - femme, homme ou enfant - est peint et "mis en place" par l'artiste qui l'expose alors dans une galerie, espérant bien entendu qu'il sera vendu. Lorsque cela arrive, l'"oeuvre" - puisque le modèle est une oeuvre désormais - est transportée et exposée chez l'acheteur le temps que celui-ci désire, ce qui signifie en général tant qu'il ne s'en lasse pas. Bien entendu, les heures d'exposition sont fixées à l'avance et, en dehors de leurs limites, le modèle-oeuvre peut vivre normalement : revêtir des vêtements, se promener, se restaurer aussi, satisfaire aux besoins divers de sa nature, etc, etc ... C'est un métier exigeant mais qui paie bien son homme. Et puis, il y a la gloire de l'artiste rejaillissant sur son modèle-oeuvre ...
    Au travers d'un labyrinthe policier assez gore - les oeuvres maîtresses de van Tysch sont assassinées une à une de manière atroce - Somoza nous révèle les excès de la méthode hyperdramatiste. Tout d'abord, on ne voit que des détails dérangeants, inquiétants : nécessité pour les modèles de prendre certains médicaments afin de calmer leur faim ou leur désir de se rendre aux toilettes pendant les longues heures d'exposition, adoration servile pour "le Maître", orgueil aussi à l'idée de recevoir enfin, tatouée sur leur peau, une signature prestigieuse. Mais peu à peu, nous prenons conscience de tout ce que l'hyperdramatisme - et même certaines manifestations artistiques que nous connaissons - ont en commun avec la vision sadienne de l'univers.
    Ainsi, ceux qui ne réussissent pas comme "oeuvres" ont toujours la possibilité de se reconvertir en "meubles" (canapé, table, lampe ...). Et ils servent réellement de canapé, de fauteuil, de tapis ... En fait, ils doivent tenir le rôle pour lequel on les a achetés. Ou bien les modèles qui débutent et qui ne sont pas encore très connus participent souvent - il faut bien alimenter le garde-manger - à des spectacles d'"art taché." Somoza ne s'étend pas outre mesure sur la chose mais on devine que c'est plutôt musclé, bien sanguinolent, plus ou moins sexuel, voire dangereux. Enfin, les modèles-oeuvres sont essentiellement des enfants ou de jeunes femmes et hommes. (A partir de trente ans, il devient difficile d'être une "oeuvre.") Dans le monde que Somoza nous dépeint avec un réalisme soigné, n'importe quel pédophile assez riche pour le faire peut par conséquent s'offrir une "oeuvre" qui n'est, à bien y regarder, qu'un enfant ou un jeune adolescent.
    Le style est sans doute moins classique que dans "La Caverne des idées" mais l'intrigue, menée tambour battant, est si prenante, elle amène tant de réflexions dans la tête du lecteur, tant d'interrogations aussi, qu'on a bien du mal à se libérer de temps à autre de ces (presque) six-cent-cinquante pages pour vaquer à ses occupations personnelles.
    Dans l'oeuvre de l'auteur espagnol, "Clara et la pénombre" reste assurément l'un des ouvrages les plus riches et les plus intéressants - même si les puristes pourront se plaindre d'avoir deviné l'identité de l'assassin aux deux tiers du roman. ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par Claudepuret, le 07 avril 2013

    Claudepuret
    Dans un thriller particulièrement raffiné et construit avec maîtrise, José-Carlos Somoza nous fait voyager dans l'univers de l'art, dans un futur qui ressemble au présent, mais où les êtres humains deviennent des œuvres d'art.
    La dichotomie entre le beau et l'humain est ici poussée très loin.
    Peu de temps après, j'ai lu Lorsque j'étais une œuvre d'art, d'Éric-Emmanuel Schmitt, qui aborde le me e thème, mais sous un angle différent.
    Un grand roman de Somoza qui sonde, une fois de plus, les profondeurs de l'âme humaine.
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    • Livres 5.00/5
    Par Sara2a, le 18 novembre 2012

    Sara2a
    Vous aimez les thrillers ?
    L'art ?
    Vous avez aimé 1984 de George Orwell ?
    Le Meilleur des mondes d' Aldous Huxley ?
    Vous aimez les romans denses, intelligemment écrits?
    Si vous avez répondu oui à une de ces questions alors il faut absolument lire ce roman qui ne ressemble à aucun autre !
    José Carlos Somoza ouvre son roman sur une monde crépusculaire où l'art est tombé dans un gouffre obscur.
    Les toiles sont désormais vivantes, elles se vendent, s'échangent, s'exposent et peu importe leur âge, sexe ou ethnie. Les marchands d'art les traquent, les collectionneurs se les arrachent et les spectateurs les observent dans les galeries subjugués par ces toiles humaines.
    Ce nouvel art c'est l'hyperdramatisme . Une déviance de l'âme humaine ? Une apologie de l'art ? Une négation de l'éthique ?
    Ce monde à la fois dérangeant et subjugant va devenir le théatre d'une intrigue machiavélique où chaque personnage tient un rôle bien défini , car chez José Carlos Somoza nulle place n'est laissée au hasard .
    Les personnages sont admirablement sculptés par l'auteur, tel un artiste qui pousse le réalisme à l'extrème, José Carlos Somoza les façonne de chair et de sang.
    Mais au-delà de ces personnages, de l'intrigue policière, l'auteur nous questionne et si c'était demain ? Et si l'art n'avait plus aucune limite? Comment l'auteur a-t'il eu l'idée de créer ce monde dénaturé, étrange, glauque et amoral ? Il en connait un rayon sur l'âme humaine, psychiatre de profession sa vision fait frémir que l'on soit sensible ou pas.
    Mais le body art existe déjà ! Est-ce qu'il dérange , est-ce qu'il fait des émules? Allez-y torturez-vous l'esprit moi je n'en suis pas sortie indemne.
    L'être humain est-il déja sur cette voie de trangression?
    Ce roman est terrifiant, extrèmement bien écrit et intelligemment construit.
    Un roman troublant qui laisse une véritable marque .
    Un énorme coup de coeur .
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 17 avril 2012

    [...] ... L'adolescente est nue sur un podium. Le ventre lisse et l'ellipse sombre du nombril se trouvent à hauteur de notre regard. Elle a le visage incliné, les yeux baissés, une main devant le pubis, l'autre sur la hanche, les genoux rapprochés et légèrement fléchis. Elle est peinte en terre de Sienne naturelle et ocre. Des ombres terre de Sienne foncée soulignent les seins et épousent l'aine et la fente. Nous ne devrions pas dire "fente" parce que nous parlons d'une oeuvre d'art, mais à la voir, aucun autre terme ne nous vient à l'esprit. C'est une infime ouverture verticale, sans trace de duvet. Nous faisons le tour du podium et contemplons la silhouette de dos. Les fesses brunies reflètent des grappes de lumière. Si l'on recule, son anatomie semble plus innocente. De petites fleurs blanches lui tapissent les cheveux. Il y a d'autres fleurs à ses pieds, une flaque de lait. Même à cette distance, nous percevons toujours l'odeur si particulière qu'elle dégage, semblable à celle d'une forêt parfumée par la pluie. Devant le panneau de sécurité, un panneau indique le titre en trois langues : Défloration.

    Deux notes de musique qui émanent du haut-parleur tirent le public de son ravissement : le musée ferme. Une jeune fille l'annonce en allemand, puis en anglais et en français. En général, tout le monde la comprend, ou capte du moins le message implicite. L'enseignante du collège huppé de Vienne regroupe ses ouailles en uniforme et les compte, afin de s'assurer qu'il n'en manque aucune. Elle a emmené ses élèves voir l'exposition, bien qu'il s'agisse de nus. Ce n'est pas grave, ce sont des oeuvres d'art. Pour les Japonais, ce qui est grave, c'est qu'on ne les a pas laissés prendre de photos, aussi ne sourient-ils pas en sortant. Ils se consolent dans l'entrée où l'on vend des catalogues au prix de cinquante euros, avec des photographies en couleur. Un joli souvenir à rapporter de Vienne.

    Dix minutes plus tard, le public ayant déserté la salle, un événement inattendu se produit. Plusieurs hommes arrivent, un badge accroché au revers de leur costume. L'un d'eux se dirige vers le podium sur lequel se trouve l'adolescente et dit à voix haute :

    - "Annek."

    Rien ne se passe.

    - "Annek", répète-t-il.

    Un battement de paupières, le cou s'anime, la bouche s'ouvre, les seins minuscules sont projetés en avant sous l'effet de la respiration.

    - "Tu peux descendre seule ?"

    Elle acquiesce mais hésite un peu. L'homme lui tend la main.

    Enfin, l'adolescente descend du podium, entraînant du pied une poussière de pétales. ... [...]
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  • Par leolechat, le 21 février 2011

    Tu connais le problème Lothar ? Aujourd'hui tout ce qui est précieux est éphémère. C'est-a-dire qu'à une autre époque la solidité et la durée constituaient des valeurs en soi : un sarcophage, une statue, un temple ou une toile. Mais actuellement, tout ce qui a un prix se consomme, s'use, s'éteint, que l'on parle ressources naturelles, drogues, espèces protégées ou art. Nous sommes passés par une phase préalable dans laquelle les produits rares avaient plus de valeur parce qu'ils devenaient rares. C'était logique. Mais quelle en a été la conséquence ? Qu'aujourd'hui, pour que les choses aient d'avantage de valeur, elles doivent être rares. Nous avons inversé la cause et l'effet. Aujourd'hui nous raisonnons ainsi : les bonnes choses n'abondent pas. Faisons donc en sorte que les mauvaises choses n'abondent pas, et elles deviendront bonnes.
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  • Par Woland, le 17 avril 2012

    [...] ... - "Et toi, comme toujours, tu penses que le monde est devenu idiot[, dit-elle.]

    - Non, le monde est idiot depuis l'origine, ce n'est pas ça. Ce qui se passe, c'est que je ne suis pas d'accord avec l'opinion que la majorité des gens a de Van Tysch.

    - Laquelle ?

    - Que c'est un génie.

    - C'en est un.

    - Excuse-moi, Van Tysch est un malin, ce n'est pas la même chose. Mon frère dit que l'art hyperdramatique a été créé par Tanagorsky, Kalima et Buncher au début des années soixante-dix. Eux, c'étaient vraiment des artistes, mais ça ne leur a pas rapporté un radis. Alors Van Tysch est arrivé, il avait hérité dans sa jeunesse une fortune d'une sorte d'oncle d'Amérique, il a inventé un système de vente et d'achat des tableaux, créé une Fondation pour gérer ses oeuvres et a veillé à s'en mettre plein les poches avec l'hyperdramatisme. Quelle bonne affaire, putain.

    - Tu penses que ce n'est pas bien ?"

    Elle faisait preuve d'une tranquillité insupportable. Habituée à se maîtriser, elle utilisait cette maîtrise comme un avantage par rapport à lui. Jorge avait beaucoup de difficultés à la faire sortir de ses gonds, parce que la patience d'un modèle est infinie.

    - "Ce que je pense, c'est que c'est du business, pas de l'art. Même si, à bien y réfléchir, n'est-ce pas ton cher Van Tysch qui a sorti cette connerie : "L'art, c'est de l'argent" ?

    - Et il avait raison.

    - Il avait raison ? Rembrandt est un génie parce que ses tableaux valent aujourd'hui des millions de dollars ?

    - Non mais si les tableaux de Rembrandt ne valaient pas aujourd'hui des millions de dollars, qui cela intéresserait-il, que ce soit un génie ?" ... [...]
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  • Par sarasvati, le 19 juin 2010

    p.463/"C'est alors que naquit l'hyperdramatisme, qui, d'une certain façon, est relié à la destruction davantage que tout autre mouvement artistique.
    - De quelle façon ? demanda Wood.
    - D'après Kalima, le grand théoricien du HD, l'humain n'est pas seulement contraire à l'art, mais encore l'*annule*-t-il. Il le dit textuellement dans ses livres, je ne l'invente pas. Pour l'exprimer en termes simples : une oeuvre HD est d'autant plus *artistique* qu'elle est moins *humaine*. Les exercices hyperdramatiques tendent à cette fin concrète : dépouiller le modèle de sa condition de personne, de ses convictions, de sa stabilité émotionnelle, sa fermeté, lui ravir sa dignité pour le transformer en une chose avec laquelle pouvoir faire de l'art. "Nous devons détruire l'être humain pour créer l'oeuvre", disent les hyperdramatistes. Voici l'art de notre *époque*, April. Voici l'art de notre monde, de notre nouveau siècle. On en a non seulement fini avec les êtres humains mais également avec tous les autres arts. Nous avons vécu dans un monde hyperdramatique."
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  • Par Madimado, le 31 mars 2011

    Il faut de temps en temps affronter ce que nous n’aimons pas. Ce que nous n’aimons pas est comme un ami honnête : il nous offense en nous disant la vérité.

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