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Interview du lecteur gill
À la rencontre des membres de Babelio

 

Article publié le 02/08/2022 par Florin Nogueira

Nous donnons régulièrement la parole aux membres du site pour qu'ils partagent avec nous leurs coups de cœur et nous dévoilent leur bibliothèque. En juillet, nous avons posé quelques questions à gill, l'un des grands experts en littérature maritime de Babelio, afin qu'il nous parle de sa passion.

 

 

Rencontre avec gill, inscrit sur Babelio depuis le 24 juin 2012


Quand et comment êtes-vous arrivé sur Babelio ? Quel usage faites-vous du site ?

Je suis arrivé sur Babelio il y a une dizaine d’années, en janvier 2012, à la recherche d’un endroit chauffé, de la mémoire de ma bibliothèque et d’une manière de lire plus lente, et plus ancrée sur la durée. J’avais erré quelque temps sur la toile, avec ma bibliothèque sous le bras, m’étant posé sur quelques autres sites avant de découvrir Babelio. Enfin, j’ai pu poser durablement mes cartons. C’était le temps où le papier peint n’avait pas encore été refait, le temps de l’ancienne version du site. Je me souviens encore, avec amusement, des cris d’effroi et des protestations contre ce changement qui forcément allait mener Babelio à sa perte. Je me suis senti ici chez moi dès les premières critiques, et me suis mis à lire en annotant à tour de bras afin de rédiger mes impressions de lecture. Depuis, je vais, je viens entre les critiques, les citations et plus occasionnellement entre les quizz et les listes. A ce jour, je ne me suis encore frotté à aucun challenge. J’avoue que la notion de compétition m’effraie toujours un peu malgré l’envie qui parfois m’en prend.

Pouvez-vous nous parler de votre bibliothèque ?

Ma bibliothèque est comme un vieux costume qui craque de toutes ses coutures. Elle déborde sur ma vie, et sur celle de mes proches, car il y a quelques personnes qui comptent dans ma vie, et beaucoup de livres qui l’encombrent. Mais ces livres donnent tant que je leur pardonne aisément. Mes bibliothèques sont assez bien rangées, moins bien qu’avant pourtant et surtout par genres. Entre l’Histoire, la littérature maritime, le théâtre, le régionalisme qui se vexe aujourd’hui si l’on ne le nomme pas du terroir, les différentes pièces de la maison se disputent le gratin de la littérature, la crème de l’écrivain. Ma bibliothèque est une vieille dame respectable et courtoise, les ouvrages parviennent à s’y accorder entre eux sans trop de heurts. Les vieux livres centenaires n’y snobent pas trop le code-barres des rééditions et autres nouveautés. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! Les premiers arrivés se serrent toujours un peu plus pour faire une petite place aux derniers arrivants. Jack London y côtoie entre autres G. Lenotre, Claude Farrère, Marcel Aymé, Jules Romains, H.G. Wells et quelques autres belles plumes, connues ou inconnues, qui sont mon univers littéraire. Seule la bande dessinée semble faire bande à part, c’est qu’elle se prendrait pour le neuvième art, qu’elle aurait attrapé le melon. Mais elle se trompe. Le roi du lieu est le vieux broché jauni, le Mirbeau d’époque, le Mercure de France lorsqu’il donne la parole à Louis Pergaud. Le roi du lieu est le vieux livre déniché pour quelques pièces au fond d’une caisse de brocanteur, sur l’étagère poussiéreuse d’un bouquiniste ou dans une foire aux livres.

 

 

 

Vous semblez lire beaucoup de littérature maritime ! Que cherchez-vous dans ces lectures et comment vous est venue cette passion ?

La littérature maritime, peut-être, certainement même, est celle de toutes auprès de laquelle je reviens immanquablement. Parce qu’elle prolonge le rêve du terrien, parce que je suis originaire de Saint-Vaast-la-Hougue, le dernier petit port du bout du monde que les Bretons ne revendiquent pas, parce que j’ai navigué quelques années durant ou parce que Vingt Mille Lieues sous les mers est la lecture qui a le plus profondément marqué mon enfance… Je n’en sais fichtre rien au bout du compte. J’aime lire l’écrivain comme Claude Farrère, l’écrivaine comme Christiane Baroche lorsque marins d’abord, ils ont su se faire belles plumes. Le dépaysement, la liberté et l’aventure sont au bout de chacune de ces lectures.

Quel aspect préférez-vous dans ce genre d’ouvrages ? 

Jean Merrien aimait écrire qu’il y avait quatre sortes de marins : le militaire, le pêcheur, celui du commerce et le plaisancier. Chacune de ces catégories a ses grands noms et ses belles plumes oubliées. J’aime à relire Paul Chack, Claude Farrère, Maurice Larrouy et les quelques autres officiers de la Marine nationale qui souvent ont démissionné du « grand corps » pour se consacrer à leur carrière d’écrivains. Quel plaisir que de flâner au fil des pages de Pierre Loti. La littérature de la pêche est moins fournie mais tout aussi passionnante, Le grand métier de Jean Recher est un des grands livres qui marquent le genre. Vercel s’y est aussi frotté en racontant si brillamment la grande pêche à la morue. Melville avec Moby Dick… Les deux grands, à mon sens, de la marmar – la marine marchande – sont Edouard Peisson et Roger Vercel qui ont décrit si bien et ont su capter la tragédie humaine qui parfois se jouait là. Quant à la plaisance, l'œuvre immense de Jean Merrien en est toute imprégnée. Lui qui connaissait chacun des petits ports français comme s'il en était originaire, il a redonné la mer aux femmes, a inscrit un splendide imaginaire de la mer et a autorisé l’aventure marine au profane. Mais il serait aussi long de citer tous les grands auteurs du genre que de traverser plusieurs océans.

 

 

Quelles œuvres littéraires de voyage en haute-mer vous ont le plus marqué ?

Le loup des mers de Jack London, Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, Le bateau de Lothar-Gunther Buchheim, Les secrets de la mer rouge d’Henry de Monfreid et L'expédition du Kon-Tiki de Thor Heyerdahl. Quel plaisir d’avoir quelques années après ces deux dernières lectures navigué au large de Djibouti et d’avoir visité le Kon-Tiki muséum à Oslo !

 


Quels ouvrages de littérature maritime vous intéressent le plus ?

Je reviens de quelques jours de vacances à Saint-Vaast-la-Hougue avec quelques livres sous le bras, quelques ouvrages attrapés entre le superbe salon du livre Ancres et encres et une foire aux vieux bouquins :

- La superbe étude d’Annick Perrot Saint Vaast la Hougue et ses gens de mer, parue en 2020 aux éditions OREP
- Le magnifique album réédité par les éditions du Gerfaut, À l’assaut des océans de Léon Haffner, l’immense illustrateur maritime
- Et L’Atlantique en rond de Farrère que je ne savais plus avoir lu ou non !
J’ai peu de goût pour la fiction dans le genre, encore que. Ma préférence va à l’historique, au vécu, au régionalisme, à l’aventure sans toutefois dédaigner le roman lorsqu’il sait se faire aussi puissant que celui de Vercel, ou de Peisson.


Comment choisissez-vous le prochain livre que vous ajouterez à votre bibliothèque ?

Clairement, c’est lui qui me choisira au cours de mes flâneries en librairie, à la brocante, chez le bouquiniste ou en longeant une boîte à livres. J’entends parfois quelques auteurs protester du fond de ma PAL.

Quels sont les écrivains de mer que vous aimeriez recommander et pourquoi eux ?

D’abord quelques BD, parce qu’on oublie trop souvent la BD dans le genre :
- Riff Reb’s d’abord avec ses fabuleuses adaptation du Loup des mers, d’À bord de l’Étoile Matutine et Hommes à la mer 
- Jean-Yves Delitte avec sa grande bataille navale de la Hougue parue chez Glénat en 2020
- Les deux superbes séries Tramp de Kraehn et Jusseaume et celle, plus ancienne, des aventures de Bernard Prince de Greg et d’Hermann.

 Puis, pour jeter tout à trac quelques suggestions, je choisirais des pages oubliées :
- Gilbert Dupé avec Figure de proue, La barque de nuit et Le bateau à soupe
- Maurice Larrouy avec Le cargo tragique ou « Le révolté », encore que les deux chefs-d’oeuvre à lire absolument de Larrouy ne soient pas des livres maritimes mais deux grandes fresques historiques : La race immortelle et L’esclave triomphante
- Claude Farrère avec Fumée d’opium ou ses Dix-sept histoires de marins
- Maurice Guierre avec Seul maître à bord et Jean Feuga avec Le Cap de la désespérance
- Roger Vercel et Edouard Peisson bien sûr, Jean Merrien assurément …

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Paresse pour tous d’Hadrien Klent et Méfie-toi d’une femme qui lit, un superbe et intelligent album BD collectif paru aux éditions Daviken sous la direction de Frédéric Lardou.

 

 

Quel est le livre auprès duquel vous êtes revenu le plus souvent ?

 

Celui que j’ai aussi offert le plus souvent : Le Loup des mers de Jack London.

 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

La Femme et le Marin de Maurice Guierre paru aux éditions Le Masque en 1934.

 


Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Je lis un peu partout et tout le temps. Je ne m’éloigne que rarement de plus de quelques mètres de l’ouvrage en cours. Mon endroit préféré pour lire est un bon livre que je regrette d’avoir fini aussi vite.

 


 

Avez-vous une anecdote particulière en rapport avec Babelio ?

Oui, plusieurs. Une rencontre bien sympathique d’abord avec Pierre Krause dans une rhumerie de Saint-Malo à l’occasion du Festival de la BD où je n’avais pas été d'ailleurs retenu que j’avais été chez l’excellent bouquiniste du coin. Le pique-nique annuel bien sûr. Mais aussi et surtout les rencontres du club des lectrices et des lecteurs Babelio de Vannes dont je faisais partie avant de déménager vers Nantes. Nous y avons créé une émission radio sur radio Larg’, radio associative du Golfe du Morbihan, où chacun pouvait donner de la voix à ses critiques. « Les mots du large », un beau moment, une belle prolongation de lecture de plus grâce à Babelio ! Et j’en profite pour lancer ici un appel afin de créer à la rentrée un club nantais de lectrices et de lecteurs de Babelio, un doodle est sur le feu…

Merci à l’équipe de Babelio de m’avoir donné la parole, pour la confiance. Mais aussi pour tout le travail offert à la littérature de quelque genre qu’elle soit, pour nous avoir à tous donné l’occasion de parler entre nous de nos lectures et d’avoir transformé notre façon de lire. Bel été à tous, bonnes lectures et à très vite sur Babelio.

 

 

 


Merci à gill pour ses réponses !
 

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