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Lucien Jacques (Traducteur)Joan Smith (Traducteur)Jean Giono (Traducteur)
ISBN : 2070400662
Éditeur : Gallimard (03/05/1996)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.88/5 (sur 1059 notes)
Résumé :
Avec Moby Dick, Melville a donné naissance à un livre-culte et inscrit dans la mémoire des hommes un nouveau mythe : celui de la baleine blanche. Fort de son expérience de marin, qui a nourri ses romans précédents et lui a assuré le succès, l'écrivain américain, alors en pleine maturité, raconte la folle quête du capitaine Achab et sa dernière rencontre avec le grand cachalot. Véritable encyclopédie de la mer, nouvelle Bible aux accents prophétiques, parabole chargé... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (89) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
05 mai 2014
Herman Melville prend d'emblée un parti osé : écrire une sorte de monographie romanesque sur la baleine et la chasse qui lui est faite au milieu du XIXème siècle.
Choix doublement hasardeux d'une part parce qu'à l'époque la connaissance des cétacés n'est pas mirobolante et d'autre part, parce que le sujet de la chasse à la baleine n'est ni très fédérateur ni très palpitant, a priori. Comme quoi, l'auteur démontre qu'on peut faire un véritable chef-d'oeuvre avec n'importe quoi, qu'il n'y a pas de mauvais sujet ou de petites portes d'entrée pour faire un grand roman, qu'il suffit d'un grand talent, et ça, Melville en a à revendre.
Il aborde, à travers le prisme de la baleine, l'univers dans son entier, où j'ai remarqué, pêle-mêle : l'économie, le consumérisme, l'écologie, les relations raciales entre les hommes, le système social d'un microcosme, les valeurs humaines, les passions, les mythes et les religions, l'histoire, la philosophie, le développement technique, la compétition athlétique, la législation, la solidarité, la folie, bref, le monde, à l'image de ses interminables océans où se meuvent nos augustes mammifères marins.
Quelle étrange activité tout de même quand on y songe ; il s'agit d'un bateau de pêche, mais à la vérité, on y chasse. On y chasse quoi ? le plus grand prédateur carnivore du monde, le grand cachalot aux terribles mâchoires. On le chasse comment ? À l'arme blanche (sachant qu'à l'époque, les chasseurs utilisaient déjà le fusil pour pratiquement tous les autres types de chasse). On le chasse où ? Sur la Terre entière et son vaste océan, autant dire une goutte d'eau dans une piscine. Dans quelle zone ? Dans la mince et improbable zone de contact entre ce géant des profondeurs aqueuses et ce frileux minuscule primate aérien. Avouez qu'il y a de quoi s'arrêter sur une activité aussi singulière.
Nous suivons donc le brave Ishmaël, en rupture avec le monde citadin de New York, qui s'embarque à la fois pour oublier, se sentir vivre, donner un sens à sa vie, et aussi se faire des petites montées d'adrénaline au passage. Une manière de Kerouac avant l'heure en quelque sorte.
Notre matelot par intérim, rencontre à Nantucket — le grand port baleinier de la côte est — un harponneur coupeur de tête, Queequeg, qui deviendra un ami indéfectible. Les deux gaillards s'embarquent sur le Péquod, un baleinier de réputation acceptable, à la tête duquel officie un obscur capitaine qui sème le froid dans le dos, avec son regard farouche et sa jambe de bois, ou, plus précisément, avec sa jambe d'ivoire taillée dans une mâchoire de cachalot.
On découvre vite que ce vieux fou de capitaine se contrefiche que des gars, voire un équipage complet risque sa peau, pour peu que lui, Achab, puisse assouvir sa vengeance envers celui qui lui a retaillé les mollets, à savoir, Monsieur Moby Dick en personne, un cachalot étonnamment blanc, doué d'un caractère assez vicieux (du point de vue de l'humain) pour qui essaie de lui planter un harpon dans la carcasse.
Vous avez compris que Melville fait de ce roman bien plus qu'un basique roman d'aventures, que de bout en bout, il lui donne une consonance biblique et que le nom d'Achab n'est pas choisi au hasard et qu'il fait visiblement référence au Livre des Rois de l'Ancien Testament où Achab, un roi d'Israël, estimait ne rien posséder tant qu'il n'aurait pu mettre la main aussi sur la vigne de Naboth. On peut en dire autant de beaucoup des noms utilisés dans le roman et qui renvoient quasiment tous à des passages de la Bible.
Le personnage du capitaine Achab est donc particulièrement intéressant, avec sa manie qui tourne à la folie de vouloir à tout prix la dernière parcelle de l'océan qui lui résiste, sa science et son caractère taciturne qui le rendent comparable au Capitaine Nemo de Jules Verne, mais je sens qu'il est grand temps de ne pas vous en dire plus si je ne veux pas déflorer davantage le noeud de l'intrigue pour celles et ceux qui auraient encore le bonheur de ne pas connaître la substance de cet immense monument de la littérature mondiale, père de tout un courant de la littérature américaine, en passant du Vieil Homme Et La Mer au célèbre Sur La Route.
Qu'est-ce qu'Herman Melville cherche à nous dire avec l'essence de ce livre ? On pourrait hasarder des milliers d'interprétations car, dans cette oeuvre, tout est parabole, tout est symbole, tout est à interpréter. Selon notre propre jus culturel on y lira des choses résolument différentes. Je me bornerai donc à n'en livrer que deux, plus que jamais d'actualité.
La première interprétation, c'est celle de l'homme qui essaie de maîtriser, de contrôler, de juguler la nature, la fantastique et surpuissante nature qui, quand il se sent trop fort, trop sûr de lui, lui rappelle qu'il n'est qu'un homme, un tout petit homme, et qu'Elle est grande, qu'Elle est éternelle tandis que lui est dérisoire, horriblement mortel et risiblement fragile.
Le cachalot géant l'a rappelé au capitaine Achab et le monde nous le rappelle à nous périodiquement, avec un tsunami, une sécheresse, un tremblement de terre, un glissement de terrain, que sais-je encore, un avion qui s'abîme en mer, tellement petit, tellement frêle dans cet océan qu'on n'arrive même pas à en retrouver la moindre miette...
La seconde interprétation, si l'on se souvient qu'Herman Melville s'est appuyé sur des éléments réels : le capitaine Achab s'inspire du capitaine baleinier Edmund Gardner, Moby Dick de Mocha Dick, du nom de l'île Mocha au large du Chili et que les informations monographiques de l'auteur proviennent en grande partie du travail d'un passionné anglais en 1831, Thomas Bill.
Bref, à cette époque, l'Atlantique est déjà largement écumé et il ne reste que bien peu de cachalots à y chasser. Les Américains, dont Gardner, s'aventurent à contourner le cap Horn pour aller faire une curée dans le Pacifique. Les populations locales, notamment chiliennes, ont voué une sorte de culte à Mocha Dick, espèce de grand démiurge qui lutta contre l'envahissante pression des baleiniers américains. Donc, surpêche et lutte des pays du sud contre les pays du nord, ça ne vous rappelle rien ?
Mais tout ceci, bien évidemment, n'est que mon tout petit avis planctonique qui évolue gauchement au milieu de l'océan de ceux qui l'ont dit et pensé mieux que moi, autant dire, une larve de krill, presque rien.
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finitysend
11 avril 2013
En préliminaire je tiens à préciser que je ne suis pas un littéraire et je précise de surcroit que si je suis sensible à la beauté et à la grandeur des textes et aux effets de style ,j'ai la fâcheuse habitude de considérer les romans et tous les autres types de textes littéraires comme des sources historiques ou autres ( même les textes contemporains ) ...
Je ne reviendrais pas sur les aspects grandioses et envoutant de Moby Dick qui en font un fabuleux roman d'aventure édifiant ...
Ce texte est moins un texte épique que un conte moral selon mon humble avis ..
Sur le contexte général , je voudrais insister sur le fait que ce texte est quasiment un commentaire biblique qui tourne autour du Mal , qui est ici étudié dans ces différents aspects ( typologie ) mais surtout dans ses conséquences et ses procédés ..
Il s'agit d'un véritable monument de la littérature anglo-saxonne et sa résonnance fut immense dans ces sociétés où la bible était intimement connu de toute personne du fait des oeuvres de mise à disposition des deux testaments bibliques A LA PORTEE D'UN LARGE PUBLIC QUI LES CONNAISSAIENT ET LES RESSENTAIENT INTIMEMENT et qui jonglait spontanément avec ces connaissances ...
Le lecteur contemporain ne doit pas faire l'impasse sur cette donne au risque de tâtonner dans ses efforts pour comprendre intimement ce texte intimisme et intense sur la lutte du bien et du mal dans chaque conscience où les idées se déchainent comme les éléments et qui représente surtout le lieu où le libre arbitre ne semble pas toujours avoir sa place ,ce qui légitime le fait et la nécessité de présenter au public des imago apparemment soumises à la fatalité et destinées à nourrir une profitable réflexion .
Il ne me semble pas utile ici de présenter ce roman en détail et je ne souhaite pas non plus « spoiler « ,aussi je me contenterais de revenir sur les aspects et valeurs bibliques qui seront une piste utile pour appréhender ce texte à la manière des lecteurs contemporains de sa rédaction , qui soyez-en certains n'ont pas manqué de faire des associations d'idées avec des épisodes bibliques qui se télescopaient avec leurs expériences personnelles ...
Ismaël premier fils d'Abraham porteur d'espoir et au destin grandiose mais avortée en grande partie , car non dépositaire de l'alliance avec la divinité finalement .
Il symbolise la réponse humaine à la stérilité de la matriarche Sarah et il n'est « que cela » finalement .C'est un personnage très touchant , aimé de de dieu et qui de par sa destinée devra faire son chemin seul et qui devra compter sur ses propres ressources morales et matérielles pour réussir sa vie dans un anonymat biblique assez remarquable et lourd de sens ..
N'est-ce pas le destin de la plupart des êtres humains qui ont vécu et qui vivront jamais .. ??
Achab , roi d'Israël et persécuteur des prophètes sectateur à certains moments des dieux aux cultes interdis par l'alliance sacrée ..
Achab mourra et les chiens laperont son sang royal .
Achab est dans l'erreur et il symbolise la volonté qui se nourrit d'hubris au dépend de la sagesse qui consiste en grande partie à être clairvoyant en matière de dessins divins .
Achab est aussi à plaindre et dieu n'a pas fait que s'acharner contre lui et il a su répondre à ses prières lorsqu'elles furent sincères ..
Il est touchant car le repentir ne lui est pas inaccessible et parce que il témoigne de ce que la volonté ne suffit pas toujours pour s'affranchir de l'erreur de jugement et pour ne pas courir à sa perte.
Elijah fait référence à Elie ( Eliyahou ) le prophète de la rédemption , des temps messianiques et de la libération D'Israël ..
Il a prophétisé la venue du rejeton de David mais il reviendra aussi annoncer la parousie en même temps qu'il sera le témoin de l'effort des hommes pour accueillir ou rejeter la rédemption ..
Ill est donc prophète mais témoin sacré également ..
Cet aspect est à mettre en rapport avec l'Ismaël et l'Achab du roman ..
YONAS ( yns ) prophète est la clef de la compréhension du personnage ( ou de la métaphore ? ) du cachalot blanc ..
Il séjourna dans le ventre d'un grand poisson dans la grande mer ( Yam hagdola –la méditerranée ) .. son nom est ambigu car en hébreu il signifie colombe et en araméen : -grand – poisson ...
Il se lèvera pour prophétiser la chute de Ninive que dieu épargnera car ses habitants jeuneront en signe de repentir et au contraire d'Achab qui mourra dans la honte posthume ...
Le cachalot est blanc comme la colombe ...
Jonas est par ailleurs le seul prophète capable de s'apitoyer de la mort d'une simple plante !
Le cachalot du roman avale Achab plus qu'il ne le mange ...
Ce roman est beaucoup plus que la simple figuration de la lutte du bien et du mal .
Il est le témoignage que rien n'est simple décidément et que la victoire du bien ne peut être que le résultat de la volonté et de l'effort et que ce drame se joue et se rejoue perpétuellement dans chaque conscience qui fut et qui sera et qui fera ou dira (asah – léaguide ) des choses ou des paroles ( dévarim débarim ) ...
Moby Dick est quasiment la scénarisation d'une psychè , c'est l'effet que me fait ce texte ...
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Cosaque
15 novembre 2014
QUEL CHOC !!!
Je m'apprêtais à tranquillement lire un roman d'aventure, un peu sur le modèle de l'Île au trésor de Stevenson. Erreur grave ! de l'aventure, certes on en a, mais la narration est tellement entrelardée de morceaux hétérogènes, que le fil du récit se perd totalement.
L'argument général tient en peu de mots. Ismaël, jeune marin de commerce cherche à s'engager sur un baleinier. Il s'embarque à bord du Péquod en compagnie d'un ami harponneur du nom Quequeg (un sauvage originaire des îles des mers du sud). Ce navire baleinier est commandé par le capitaine Achab, habité par l'idée fixe de tuer une baleine blanche du nom de Moby Dick.
Le Péquod, après avoir largement parcouru la planète à la poursuite de cette dernière, engage un combat qui sera fatal à tout l'équipage, excepté Ismaël qui en réchappe, et peut ainsi nous rapporter toute l'aventure. Cette histoire sur l'ensemble de l'ouvrage ne représente qu'environ un tiers de l'ensemble.
Bien sûr, du début à la fin Ismaël (le narrateur) ne nous entretient que de baleines et uniquement de ça, et ce, sous toutes les formes possibles. de quelles manières les chasse-t-on ? Qu'est-ce qu'une baleine ? En quoi elle diffère des poissons ? Comment est constituée sa physiologie interne ? Qui appartient à la famille des cétacés ? Toutes questions qui ne semblent avoir qu'un intérêt purement encyclopédique. Cependant tous ces chapitres qui annoncent des propos strictement scientifiques et rationnels s'achèvent par des envolées poétiques au souffle cosmique. Si, par exemple, l'on prend le chapitre, intitulé La fontaine, consacré au jet d'air et d'eau produit par les cétacés lorsqu'ils remontent à la surface, il débute d'une manière platement descriptive et s'achève par une image d'une beauté ineffable.
« L'idée que nous nous faisons du monstre puissant et brumeux s'élève et s'ennoblit à le voir voguer solennellement dans le calme des tropiques, sa vaste tête surmontée d'un dais de vapeur engendrée par son recueillement incommunicable, cette vapeur que vous verrez souvent glorifiée par un arc-en-ciel comme si le ciel lui-même mettait son sceau sur ses pensées. » Chapitre 86, la fontaine.

La version française que j'ai eue la chance de lire est due au travail talentueux d'Henriette Guex-Rolle. À aucun moment je n'ai senti des formulations artificielles ou plaquées ; le texte que j'avais sous les yeux coulait naturellement en français, ce qui je pense a dû être un travail colossal si l'on considère l'étrangeté des images poétiques. Plusieurs fois, j'ai ressenti le besoin de faire une lecture à haute voix, tant les mots que j'avais sous les yeux résonnaient fortement. Et cela fonctionnait parfaitement bien à l'oral et aurait pu être proféré devant un public, ce qui selon moi est un indice de qualité rédactionnelle.

De par ses envolées lyrico-poétiques ce roman n'est pas sans rappeler «  les travailleurs de la mer », toutefois contrairement à Hermann Melville, Victor Hugo ne nous abandonne pas, il reste présent, on le sent toujours là qui nous guide. Hugo place chaque élément du récit afin qu'il s'insère comme une brique indispensable à l'architecture de l'ensemble. Or Moby Dick n'apparaît pas selon un plan prédéterminé, sous une forme clairement charpentée. Non, j'ai plutôt ressenti une espèce de flux, de poussée interne, enfin quelque chose d'assez organique, un peu comme un arbre dont les branches se déploient au hasard des conditions propices. Ce livre est habité d'une impressionnante force vitale. Il y a un fond très archaïque, quelque chose qui s'apparente aux récits mythologiques antiques du type de l'Odyssée. Toutefois la référence incontournable est l'Ancien Testament. Moby Dick est sans doute une baleine, mais c'est surtout un « léviathan », un être terrible et monstrueux qu'aucune force humaine ne peut vaincre. Afin que la référence au Texte Sacré soit tout à fait claire, Melville situe d'emblée dans le prologue son récit dans un contexte biblique.
Et Dieu créa les grandes baleines : GENÈSE
Léviathan laisse derrière lui un sillage lumineux l'abîme semble couvert d'une toison blanche. JOB
L'Eternel fit venir un grand poisson qui engloutit Jonas. JONAS
Là se promènent les navires
Et ce Léviathan que tu as formé pour se jouer dans les flots. PSAUMES
  Ce jour-là, Yahvé châtiera de son épée dure, grande et forte
Léviathan, serpent fuyard,
Léviathan, serpent tortueux ;
Et il tuera le dragon de la mer. ISAÏE
Ces citations viennent tout de suite après une recherche étymologique sur l'origine du mot baleine, car : « Au commencement était le verbe ».
Moby Dick n'est donc pas un uniquement un très gros cachalot, mais un être funeste engendré par le Créateur dans le but de punir tous ceux qui ne respectent pas la Loi ; toute rencontre avec ce monstre est nécessairement fatale pour celui qui le défie. Or le capitaine Achab l'ose, il ne craint pas la Création et son Auteur, c'est un blasphémateur. À noter que le nom « Achab » est issu de l'ancien testament. Achab désigne un roi impie d'Israël qui se vouait à un faux dieu (Baal) et défiait Yahvé en combattant le prophète Élie. Ce roi sacrilège mourut criblé de flèches, et les chiens se désaltérant de son sang : cette mort était conforme aux prédictions d'Élie. Ainsi, de par son nom même, le capitaine du Péquod vit sous la marque d'une malédiction. Il est prédestiné à combattre Moby Dick et par là à braver la création. Achab agit malgré lui : une force le possède. Et la puissance de cette possession est telle que tout l'équipage est entraîné dans cette aventure funeste ; même ceux, qui à l'instar du second, Starbuck, ont conscience de l'issue inéluctablement fatale de l'aventure, ne peuvent résister à cette force morbide. Cette faiblesse de la volonté humaine devant la puissance divine est manifestée dans un sermon sur Jonas, au début du roman, et résonne comme une prophétie.
«  O père – Toi dont je connais avant tout la colère – mortel ou immortel, me voici sur le point de mourir. J'ai lutté pour être tien, plus que pour appartenir à ce monde ou m'appartenir à moi-même. Et pourtant ce n'est rien.. Je t'abandonne l'Éternité, car l'homme, qu'est-il pour prétendre à la durée de son Dieu ? »
Ne reste plus dès lors à l'homme qu'à se consoler de sa petitesse en chantant la grandeur de la création. Et l'on peut considérer que la presque totalité de Moby Dick n'est qu'une sorte de vaste chant. Melville le met en oeuvre en utilisant des formes très diverses : comme nous l'avons vu, par des prédications, mais sont également utilisées des formes théâtralisées. Par exemple, le chapitre 40 emprunte au modèle de la tragédie antique, avec choeur et contre choeur ce qui aboutit à une scansion incantatoire. Mais aussi sur le mode plus traditionnel du dialogue, avec entrée en scène et didascalies (indications de jeux de scène) dans le chapitre 108 dont le titre : « Achab et le charpentier. le pont. Premier quart de nuit » me semble annoncer le caractère théâtral de la séquence, mais l'indication suivante va apparaître beaucoup plus explicitement théâtrale : « Achab s'avance. Au cours de la scène suivante le charpentier continue à éternuer à intervalles ». D'une manière générale l'oralité est cultivée dans l'ensemble du texte. Et là, je pense notamment au chapitre 48, dans lequel on trouve un passage qui n'est qu'une suite de jurons, d'interjections, ou de simples cris ; les répétitions et les assonances y ont une bonne place. Je ne résiste pas au plaisir de vous en donner un extrait dans la version originale, que Nastasia-B m'a gentiment fourni.
« Hurrah for the gold cup of sperm oil, my heroes! Three cheers, men? all hearts alive! Easy, easy; don't be in a hurry? don't be in a hurry. Why don't you snap your oars, you rascals? Bite something, you dogs! So, so, so, then:?softly, softly! That's it?that's it! long and strong. Give way there, give way! The devil fetch ye, ye ragamuffin rapscallions; ye are all asleep. Stop snoring, ye sleepers, and pull. Pull, will ye? pull, can't ye? pull, won't ye? » Chapitre 48 : première mise à la mer.

Au fur et à mesure de la lecture il m'est apparu que si une adaptation théâtrale n'avait pas été faite, ce roman eût mérité que l'on s'y attelât. Après une petite recherche, j'ai effectivement trouvé une adaptation théâtrale française, qui a été jouée vers la fin des années 80, manifestement dans une mise en scène assez innovante, par le Roy Hart theatre (compagnie basée dans les Cévennes). Mais bien entendu l'adaptation la plus célèbre est celle que John Huston a faite pour le cinéma en 1956 ; et je ne vais pas manquer de regarder ce film.

Enfin, pour conclure, parce qu'il va bien falloir que je finisse : même si j'ai un peu de mal tant ce texte m'a bouleversé, ce livre proprement stupéfiant, hallucinant et halluciné m'a dévoilé une part des fondements mythiques de la société américaine. Merci Hermann !
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dgwickert
12 mai 2017
Je me suis fait ch __ r, sauf les 40 dernières pages (le combat), qui valent six étoiles !
Nantucket, au nord de NY, 1850 : Ishmaël, marin, cherche un embarquement sur un baleinier. le Pequod l'accepte. Les seconds, que je nomme "Tabarly", "Popeye" et "Joe Dalton", manoeuvrent le bateau dans les trois premiers jours sans que le terrible capitaine Achab ne pointe le bout du nez...
Au début, c'est un bon style US "rough" à souhait, comme Hemingway ou Jim Harrison ! Mais l'auteur part assez vite sur des logorrhées interminables, sur tout et son contraire : Platon, Jonas, la couleur blanche, l'anatomie ou la respiration des baleines, Linné, Cuvier, la mythologie, Melanchthon (et pas Mélenchon), Shakespeare, Champollion, Persée et Andromède, Ezéchiel, St-Georges, Brahma et Vichnou, les lois, le spermaceti, la nourriture à bord, etc...
Je connais les calmes plats en mer... On peut s'ennuyer, et ça pousse parfois à philosopher ou devenir poète. Il faut aussi meubler l'année entière à voguer à la recherche de la baleine blanche. Mais je suis déçu, car ces logorrhées coupent l'élan du récit. Je l'avais déjà remarqué chez Victor Hugo. Quitte à lire de la philo, je préfère un vrai Spinoza, Schopenhauer ou Nietzsche, qui insistent bien sur leurs "dadas", chose que Melville ne prend pas le temps de faire ici !
Il y a quand même de bons moments, avec Queequeg, le cannibale ;
avec les deux "Dupont-Dupond", les propriétaires du bateau ;
ou le pauvre Dough-boy, maltraité par les trois harponneurs ;
les "gam", croisements de baleiniers, où l'on apprend l'histoire de l'Homme-des-lacs et l'apostrophe de l'archange Gabriel, ou le dialogue so british de Bloomer et Bunger ;
le dialogue de Stubb avec le cuisinier sur les 'equins ;
l' "accouchement" de Tasktego par Queequeg dans le spermaceti ;
le jugement sur la baleine échouée mais harponnée ;
Stubb qui se moque du capitaine français ;
la résurrection de Queequeg ;
le dialogue entre Achab et le charpentier ;
la poursuite acharnée de la pauvre baleine-taureau, une mise à mort comme dans l'arène, etc...
En ce qui concerne Achab, il est surtout obsédé par ce cachalot, Moby Dick, qui lui a volé sa jambe. Je le trouve moins terrible au quotidien ( je dis bien au quotidien) que le capitaine Anderson de la "Trilogie maritime" de William Golding, qui poursuit moralement le pauvre ecclésiastique à son bord.
A un moment donné, d'ailleurs, Achab définit très bien son obsession :
"Qu'est-ce que c'est ? Quelle est cette chose sans nom, insondable, et surnaturelle ? quel dieu sournois, quel terrible roi sans remords me commande, pour que malgré les désirs naturels et l'amour, je continue à me sentir poussé, bousculé, forcé, et que je m'apprête à faire follement ce que mon propre coeur naturel n'ose même pas concevoir ? Est-ce qu'Achab est Achab ? Dieu ... est-ce moi ? "
J'ajoute ceci : une des images qui m'a le plus frappé est la couverture d'un Géo où un cachalot géant côtoie un minuscule homme en scaphandre : aucune agressivité. J'ai même lu un reportage où une baleine à bosse évitait un homme avec sa nageoire pectorale. Et pourtant, qu'est ce qu'on leur a fait du mal dans le temps, et maintenant encore au Japon.
Il y a un passage de Melville où les baleines chassées "hésitent", comme si elles ne comprenaient pas pourquoi les hommes étaient si méchants avec elles.
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gouelan
04 juin 2015
Ismaël, démangé par le goût du voyage et l'attrait de rivages lointains, s'engage à bord du Péquod sur le port de Nantucket, pour un long périple, qui lui fera découvrir les horreurs de la pêche à la baleine. Ce baleinier est aux ordres du terrible capitaine Achab à la jambe d'ivoire.
Achab est obsédé par le célèbre Moby Dick ; la baleine blanche qui lui a ravi sa jambe.
L'équipage embarqué à bord du Péquod va donc être à la merci de ce capitaine fou, qui voit en Moby Dick le mal incarné. L'Océan représente la vie, les requins les ennemis et le navire l'humanité. Au-dessus d'eux, le ciel ; les anges, Dieu.
Un roman qui promet à son début une belle aventure, se trouve tout à coup freiné par de longs chapitres sur des détails de la baleine. On pense suivre l'aventure d'Ismaël et de son ami à demi sauvage Queequeg, et finalement on assiste à une multitude de dialogues et de réflexions philosophiques. On se retrouve en plein dans le délire du capitaine Achab. On s'y perd parfois.
Ce roman est truffé de paraboles. Achab se place au-dessus de la nature, il la défie. Il se perd dans son combat. Tout comme les hommes se perdent dans la recherche d'un bonheur inaccessible, alors qu'il suffirait de se contenter de ce qui se présente à nous, en harmonie avec la nature et non en rivalisant avec elle.
À l'inverse de son capitaine, Ismaël est serein, il vit en harmonie avec son prochain. Il accepte les croyances païennes de son ami Queequeg et les assimile à une seule et même religion, une religion universelle, celle de l'humanité. C'est un homme de paix et de tolérance. le navire baleinier fut son Yale et son Harvard.
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Les critiques presse (3)
Ricochet07 août 2014
L’illustration est à elle seule un voyage et entre la forme suspecte sur la couverture et la dernière image d’Ishmaël flottant sur le cercueil de Queequeg, le souffle du drame lyrique se déploie autant par le texte que par l’image. Un classique magistral.
Lire la critique sur le site : Ricochet
Culturebox17 février 2014
C'est à un monument de la littérature américaine que s'attaque Christophe Chabouté. L'auteur et dessinateur de bande-dessinée vient de publier le premier tome des aventures de Moby Dick, d'Herman Melville.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Bibliobs15 juillet 2013
Roman d’aventure, ouragan métaphysique, chef d’œuvre documentaire: tous les goûts sont dans «Moby Dick», livre vaste comme la Nature.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations & extraits (159) Voir plus Ajouter une citation
MoglugMoglug14 mars 2015
Non seulement la mer est l’ennemie de cet homme qui lui est étranger mais encore elle est démoniaque envers ses propres enfants, plus fourbe que l’hôte persan qui assassine ses invités, n’épargnant pas ceux qu’elle a engendrés. Comme une tigresse sauvage étouffe en se retournant ses propres enfants, la mer jette aux rocher de la côte les plus puissantes baleines et les abandonne flanc à flanc avec les épaves des navires naufragés. Point de miséricorde, elle ne connait d’autres maîtres que sa propre puissance. Haletant et renâclant comme un destrier affolé qui a perdu son cavalier, le libre Océan galope autour du globe.

Songez à la ruse de la mer et à la manière dont ses créatures les plus redoutables glissent sous l’eau, à peu près invisibles, traîtreusement cachée par les plus suaves tons d’azur. Songez à la beauté et à l’éclat satanique de ses plus impitoyables tribus, à la forme exquise de certains requins. Songez au cannibalisme universel qui règne dans la mer où les créatures de proie s’entre-dévorent, menant une guerre éternelle depuis l’origine du monde.

Songez à tout cela et tournez alors vos regards vers cette terre aimable et verte infiniment docile, songez à l’Océan et à la terre, ne retrouvez-vous pas en vous-mêmes leurs pareils ? Car de même que cet Océan de terreur entoure les verts continents, de même l’âme de l’homme enferme une Tahiti, île de paix et de joie, cernée par les horreurs sans nombre d’une vie à demi inconnue. Que Dieu te garde ! Ne pousse pas au large de cette île, tu n’y pourrais jamais revenir !
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dgwickertdgwickert15 mai 2017
Une autre différence entre les écoles de mâles et de femelles est caractéristique des sexes. Mettons qu'un quarante-tonneaux-taureau soit harponné... Pauvre diable ! Aussitôt, ses copains le quittent. Mais si vous frappez un membre du harem, vous voyez ses compagnes nager autour de la blessée avec tous les signes de la sollicitude, et parfois, elles s'attardent si longtemps près d'elle, qu'elles deviennent elles-mêmes des proies.
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CosaqueCosaque24 octobre 2014
Chapitre XLVIII: Première mise à la mer


Allons, nagez, nagez, de grâce ! Peu importe le soufre, les diables sont assez bons bougres. Bon, voilà qui va bien, c'est un coup qui vaut ses mille livres, c'est un coup qui ramasse les enjeux ! Hourra pour la coupe d'or de spermaceti, mes braves ! Trois vivats, hommes, et haut les cœurs ! Comme ça, comme ça, ne soyez pas pressés. Pourquoi ne brisez-vous pas vos avirons, canailles ? Un peu de mordant, chiens que vous êtes ! Bon, bon, là, comme ça, comme ça ! Voilà... comme ça, voilà ! Allongez la nage, tirez. commencez à tirer ! Le Diable vous emporte, gueux de propres à rien. Vous dormez ! Fini de roufler, fainéants, et tirez. Nagez, voulez-vous ? Ne pouvez-vous pas nager ? Ne voulez-vous pas nager? Je vous en donnerai des petits couteaux pour les perdre, pourquoi ne nagez-vous pas ? Nagez, et que ça barde ! Souquez, que les yeux vous en sortent ! là ! ( Il tira brusquement de sa ceinture son couteau effilé). Que chaque fils de sa mère nage la lame entre les dents ! Voilà... très bien, mes tranchants de hache, voilà... Faites-la avancer, mes nés-coiffés ! Faites-la avancer, mes épissoirs !
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araucariaaraucaria23 avril 2012
Les baleinières fendaient l'océan et approchaient silencieusement et lentement du monstre.
Enfin elles furent si près du grand cachalot apparemment sans méfiance que les hommes purent distinguer cette bosse neigeuse glisser sur l'eau comme une île flottante. Achab put voir les rides profondes qui barraient son front et entendre le clapot des vagues qui coulaient dans le valon de son sillage. L'ombre blanche faisait naître sans cesse des essaims de bulles éphémères tandis que des vols d'oiseaux accompagnaient sa nage. En parfaite harmonie avec la houle, Moby Dick poursuivait sa course, serein, dérobant au regard humain son corps criblé de harpons et l'horreur de sa terrible mâchoire. Il cachait aussi dans les profondeurs de l'eau et sa force colossale et sa ruse démoniaque.
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TREMAOUEZANTREMAOUEZAN11 mars 2017
La mer railleuse avait épargné son corps mortel pour engloutir l'immortalité de son âme, mais sans la noyer complètement. Elle était plutôt comme emportée à de merveilleuses profondeurs. Des formes étranges d'un monde premier glissaient devant ses yeux passifs. La sagesse, cette sirène avare, lui révélait ses trésors entassés ; parmi les immensités joyeuses, sans amour, et toujours jeunes, Pip voyait des multitudes d'insectes de corail, dieux omniprésents, qui, du firmament des eaux, soulevaient l'orbe colossal de l'Univers. Il voyait le pied de Dieu posé sur la pédale du métier à tisser le monde, et il le disait, et c'est pourquoi ses compagnons le traitaient de fou. Ainsi la démence de l'homme est la sagesse du ciel, et, en s'éloignant de toute pensée humaine, l'homme atteint enfin la pensée divine qui, pour la raison, est absurde et frénétique. C'est pourquoi peine et bonheur sont aussi incompris que Dieu. (XCIII)
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Vidéo de Herman Melville
Prix Nobel : écoutez le beau discours de Bob Dylan sur la musique et la littérature .Bob Dylan vient de remettre, dans la nuit de samedi à dimanche, le traditionnel discours exigé pour recevoir l'argent du prix Nobel de littérature de l'académie suédoise. Pendant 27 minutes, le maestro esquisse un texte poétique, rappelant ses premières amoures de la chanson folklorique en parallèle des génies de la plume qui lui ont permis de s'émanciper, à l'instar d'Homère ou d'Herman Melville, auteur de "Moby Dick". A 75 ans, Bob Dylan disposait de six mois pour transmettre son discours à compter de la cérémonie de remise du Nobel, le 10 décembre dernier à Stockholm. Dans les temps, in extremis, l'auteur-compositeur repart donc avec un chèque de 819.000 euros. Ecoutez un extrait.
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