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Note moyenne 3.12 /5 (sur 91 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Paris , 1967
Biographie :

Sibylle Grimbert est une romancière et éditrice française.

Son premier roman, "Birth days", à mi-chemin du conte fantastique et de l'introspection, paraît en 2000. Il a suffi de trente pages à son éditeur, Jean-Marc Roberts, pour décider de le publier. "Le Centre de gravité" paraît deux ans plus tard.

En 2004, Les Inrockuptibles écrivent : "C'est avec son troisième roman, "Il n'y a pas de secret", que Sibylle Grimbert prend de l'ampleur, passe à un autre niveau d'écriture."

En 2006, Sibylle Grimbert quitte les Éditions Stock pour les Éditions du Seuil, qui publient "Une absence totale d'instinct".
"Toute une affaire", qui paraît trois ans plus tard aux Éditions Léo Scheer, lui permet de renouer avec le succès critique.
Son sixième livre, "Le vent tourne", paraît en janvier 2011.

Les livres se suivent désormais sur un rythme accéléré. Un septième roman paraît en janvier 2012 : "La Conquête du monde".

Nouveau changement d'éditeur en 2013, avec la publication du "Fils de Sam Green" aux Éditions Anne Carrière, qui éditent ensuite, en janvier 2016, "Avant les singes", le neuvième roman de Sibylle Grimbert.

Lors de la rentrée littéraire d'hiver 2018 paraît "La Horde", toujours chez Anne Carrière, roman racontant du point de vue d'un démon la possession d'une fillette âgée de 10 ans.

En 2013, Sibylle Grimbert a fondé les éditions Plein Jour avec Florent Georgesco.
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Entretien avec Sibylle Grimbert, à propos de son ouvrage La Horde


16/02/2018


Dans votre dernier roman, vous abordez de manière frontale le thème de la possession démoniaque à travers Ganaël, démon débutant qui investit le corps et l’esprit de Laure, 10 ans. Comment vous est venue cette idée, et surtout la manière de l’investir via le monologue (doublement) intérieur de Ganaël ?

J’ai toujours aimé les films d’horreur, de possession, j’ai toujours aimé avoir peur quand je lisais ou voyais des histoires, mais depuis très longtemps je ne regarde plus de films de ce genre parce que ça m’empêche de dormir pendant des semaines. J’avais envie de retrouver ce sentiment merveilleux d’effroi devant ce qui nous est étranger, face à une force mystérieuse qui progresse. Quand j’ai commencé à y travailler je me suis aperçue que la partie inconnue de l’histoire était celle du démon, sa voix, ce qu’il pensait, pourquoi il agissait. Le faire parler était excitant, et m’a permis d’avoir un regard extérieur sur les hommes, qui pouvaient l’émouvoir, l’énerver, et surtout qu’il pouvait aimer. Cela permettait aussi un regard sur l’enfance à travers Laure qu’il envahissait, et qu’il « sentait » de l’intérieur, puisqu’il habite ce corps.



Vous faites parfois référence à « ce que les humains attendent de nous », et aux clichés liés à la possession et aux créatures maléfiques dans la culture occidentale. Quels sont les travers de représentation que vous souhaitiez à tout prix éviter en vous lançant dans l’écriture de La Horde ?

Pas les clichés, justement, ou du moins pas les étapes classique du genre ! Je voulais au contraire les respecter, ne surtout pas les évincer ou, pire, les édulcorer. Mais en même temps, adopter le point de vue du démon, en en faisant un personnage qui nous parle, m’obligeait à sortir de l’idée qu’on se fait des démons en général : une masse de mal brute, sans intériorité, juste mue par la méchanceté. Ganaël, lui, veut jouir de la vie humaine, sans écarter la cruauté pour y parvenir. Il ne cherche pas à attraper une âme, il cherche à réaliser tous ses rêves, il pense que le monde est une jungle où on écrase qui on veut, il trouve tout d’abord l’humanité stupide de ne pas vouloir l’admettre. C’est peut-être ce qui sort le plus du lieu commun : il parle, il a une histoire personnelle (un passé, des envies, des sentiments), des nuances, et par là il peut changer d’avis, et s’humaniser. Mais trop tard pour lui, je le crains…



Ganaël est au fond un être sensible, parfois agacé mais souvent touché par les habitudes des êtres humains qu’il décortique et analyse sans cesse pour mieux les imiter ou les déjouer. Si bien que parfois, l’humanité apparaît plus violente que lui, plus imprévisible, ce qui le sidère…

Lui et Laure se contaminent. Ils se met à aimer l’humanité, et elle… elle devient de plus en plus dangereuse… Dans sa position d’observateur (pour réussir sa possession), Ganaël commence à nous comprendre, il voit nos mouvements, notre sauvagerie et notre douceur parfois. Son opinion évolue, il perçoit la beauté humaine, la fragilité de Laure, de ses parents, de tous les êtres qu’il croise. Il découvre une richesse – en bien, en mal – qu’il n’avait pas soupçonnée.



Dans certains passages, vous parvenez à instiller le doute sur des comportements qu’on peut observer au quotidien, notamment chez les enfants. Si bien qu’on a tendance à réinvestir le réel en y voyant des signes de possession, du moins des actions suspectes. Comment travaillez-vous cette contamination de la réalité par la fiction ?

Quand Laure fait des bêtises – plus ou moins graves –, ou quand elle joue avec ses copines, tout ce qui se passe dans la réalité se met à glisser du côté de l’étrange et de l’angoissant. En fait c’est une question de regard : si vous décidez de voir le diable partout, chaque chose devient diabolique. Il faut jouer avec d’un côté l’extrême réalisme des situations et de l’autre cette connaissance d’un élément magique. En fait je ne refuse aucune interprétation de ce que l’on voit dans la vie quotidienne, je n’ai pas de religion sur le sujet si vous voulez. Une petite fille parle seule : elle peut s’ennuyer et chercher à s’occuper, ou elle peut avoir un ami imaginaire, ou elle peut être possédée par un démon. Si on est rationnel, on ne peut pas refuser a priori l’irrationnel, ce qu’on ne connaît pas. Plus précisément, l’enfance est le temps des possibles ou des prodiges. Tout peut exister. On découvre chaque jour quelque chose, alors pourquoi, puisque tout est miraculeux, ne découvrirait-on pas des choses étranges, que vos parents auraient oublié de vous expliquer ?



On pense souvent qu’on entre dans la tête d’un auteur en le lisant, mais la lecture n’est-elle pas plutôt une forme de possession passagère : un narrateur et un auteur qui s’invitent dans l’esprit du lecteur ?

En tout cas, c’est le but.





Sibylle Grimbert à propos de ses lectures




Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Tous, et ce n’est pas une défausse ou une pose. C’est la diversité des auteurs, des livres, des styles, des propos qui m’a précisément donné envie d’écrire.



Quel est le livre que vous auriez aimé écrire ?

En ce moment, La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne.



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Très classique : Marcel Proust. J’ai été à 14 ans stupéfaite qu’un livre aussi merveilleux et qui ne ressemblait à aucun autre puisse exister. Ensuite, Henry James et Vladimir Nabokov ont beaucoup compté.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Pas un livre, mais un auteur : Fiodor Dostoïevski.



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Moby Dick de Herman Melville.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Comment construire une cathédrale de Mark Greene. Un petit chef-d’œuvre, que je suis très fière d’avoir édité dans la maison dont je m’occupe par ailleurs, Plein Jour.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Le Marquis de Sade, en fait j’ai fini par le trouver un peu puéril.



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Non, je me sers de phrases selon les circonstances. Aucune ne suffit à tout, sauf peut-être « Car ce snark était un boojum, voyez-vous », le dernier vers de La Chasse au Snark de Lewis Carroll.



Et en ce moment que lisez-vous ?

Je suis plongée dans un énorme livre d’art d’un genre un peu particulier : Le Gazouillis des éléphants de Bruno Montpied, aux Éditions du Sandre. Le sous-titre complet est : "Tentative d’inventaire général des environnements spontanés et chimériques créés en France par des autodidactes populaires, bruts, naïfs, excentriques, loufoques, brindezingues, ou tout simplement inventifs, passés, présents et en devenir, en plein air ou sous terre (quelquefois en intérieur), pour le plaisir de leurs auteurs et de quelques amateurs de passage." Je crois qu’il dit tout.

Découvrez La Horde de Sibylle Grimbert aux éditions Anne Carrière :



Entretien réalisé par Nicolas Hecht.


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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
Nadael   28 mars 2011
Le vent tourne de Sibylle Grimbert
 Ces cons, en fait ils étaient pires qu'il ne l'avait cru. Ils vivaient ensemble, ne regardaient que ceux qui leur ressemblaient, dès qu'on sortait du lot, bousculait leur contentement d'eux-même, leur certitude d'avoir raison et d'être bons, ils devenaient aveugles, comme son père dont ils étaient des répliques presque exacte.
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ValerieLacaille   10 juillet 2018
La horde de Sibylle Grimbert
Entrer dans un être humain ressemble à connaître sur le bout des doigts un jardin, ses allées, ses recoins, à pouvoir le visiter aussi souvent qu'on le veut.
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Nadael   28 mars 2011
Le vent tourne de Sibylle Grimbert
Son vieil ami le remords s'asseyait près de lui avec son visage gris et ridé, ses épaules courbées, son expression méchante pleine de perversité. De façon sournoise, il prenait sa main maintenant immobile et calme sur son genou, assenait une ou deux vérités d'où il ressortait qu'il était inadapté à la vie en société, payait le prix d'une inexplicable et congénitale agressivité, et surtout n'avait aucun moyen de se justifier ni de rattraper une situation foutue. Vaincu, Benjamin posait alors la tête sur son épaule, car il mesurait combien il n'aurait jamais d'autre compagnon que celui-là, puisque par sa propre faute il était seul.
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claraetlesmots   20 janvier 2012
La conquête du monde de Sibylle Grimbert
Évidemment, malgré tout, il s'ennuyait, et l'ennui est un sentiment si inacceptable aujourd'hui, si douteux, que gêné de l'éprouver il ne voulait plus voir personne, ni Fabrice, ni Benoît dans un square ou ailleurs, ni un jour par hasard Olivier Patrick. Il se repliait, se racornissait, se froissait comme une feuille de papier avant d'être jetée dans une corbeille, mais cette corbeille remplie de projets avortés était sa vie.
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SPQR   09 février 2018
La horde de Sibylle Grimbert
Les entourages, hostiles au magique avant de comprendre qu'un des leurs était possédé, perdraient des années chez les psychologues et les psychiatres, essayant tout, la contrainte, l'indulgence, les changements d'école réguliers et les médicaments parfois. A vrai dire, la plupart des parents n'auraient même jamais l'idée de notre présence, ils parleraient d'adolescence précoce ou d'hyperactivité, ils treuilleraient leurs enfants jusqu'à l'âge adulte où ceux-ci commenceraient à mener une existence en apparence ordinaire, insérée en tout cas. Et alors tout serait possible.
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jostein   28 février 2012
La conquête du monde de Sibylle Grimbert
Il avait perdu son sang-froid, puis naturellement ses moyens. Il n'avait cru à rien, et c'est pourquoi, personnage sans conviction, il était trimballé par les évènements, car c'est ainsi que les gens sans foi vivent, balancés à droite, à gauche, au milieu, au gré des circonstances auxquelles ils n'impriment aucune direction, incapables de ténacité parce qu'ils manquent de motivations, ignorent pourquoi ils sont là, et souffrent, souffrent, souffrent comme lui.
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Nadael   28 mars 2011
Le vent tourne de Sibylle Grimbert
Toute la succession des générations serait bouleversée à l'avenir, partout sur cette terre plus personne ne grandirait ni ne vieillirait, de sorte que tous ces vieux arriveraient bientôt à nous faire avaler leur maturité sans cesse repoussée, à nous imposer, par mimétisme devant un phénomène majoritaire, leurs traits fatigués comme un critère plastique valable ; le pouvoir ne se transmettrait plus.
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Snarky   29 janvier 2012
La conquête du monde de Sibylle Grimbert
Le code, le porche de l'immeuble, les escaliers lui avaient donc menti. Ludovic avait cru qu'ils éprouvaient du soulagement en le voyant revenir, mais en vérité, ils étaient indifférents, se préparaient déjà à l'arrivée de nouveaux locataires. Mais qu'as-tu espéré ? se disait-il, qu'ils t'attendraient patiemment ? Tu crois être le seul à pouvoir vivre ici avec cette femme magnifique que tu as quittée, à ce deuxième étage, le seul à pouvoir saluer l'ascenseur que tu n'utilises jamais ? Tu penses sérieusement que la cour sous tes ex-fenêtres se languit de ta présence, ou de celle de ta famille dans sa forme unie, et non pas disloquée, recomposée par ta faute ? Toi, ta femme, ton fils ou d'autres, quelle importance pour la cour ? Tu as tout détruit. Et pour ta femme aussi apparemment, toi ou un autre, quelle différence ? Franchement, c'est toujours la même banale histoire. Nous passons tous et les cages d'escaliers nous oublient, et nous nous passons tous les uns des autres aussi, nous sommes interchangeables.
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claraetlesmots   02 mars 2011
Le vent tourne de Sibylle Grimbert
Il fallait s’observer avec le même regard que celui qu’on porte sur un étranger croisé dans la fils d’un bureau de tabac ou sur un passage piétons, avec indifférence, sans intériorité, sans ce ramassis d’espoirs et de déceptions, sans toutes ces histoires particulières qui nous rendent si singulières à nos propres yeux.

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Nadael   28 mars 2011
Le vent tourne de Sibylle Grimbert
C'était juste une chambre éteinte, avec deux hommes côte à côte, deux hommes qui se lient d'amitié, l'expérience de l'un servant l'inexpérience de l'autre, la fraîcheur de l'un secouant la vieillesse de l'autre, l'envie d'aider accomplissant le rêve d'être soutenu. 
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