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Jacques Roubaud (Traducteur)
EAN : 9782070436682
144 pages
Éditeur : Gallimard (25/03/2010)

Note moyenne : 4.28/5 (sur 40 notes)
Résumé :
Il y a les amoureux d'Alice, ceux qui veulent passer de l'autre côté du miroir, et il y a ceux qui sont partis à la chasse au Snark. Les inconditionnels de Lewis Carroll aiment présenter La Chasse au Snark comme l'épure sublime de l’œuvre du maître. Fantaisiste, satirique, ludique et profond, La chasse au Snarkest un petit joyau de récit. Imaginez les bons Anglais partis un jour à la recherche du Snark. Mais qu'est-ce que le Snark ? Là est toute la question. Il para... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
PhilippeCastellain
  30 décembre 2017
Petit conte absurde et plein de gaité
N'ayant pas plus de raison que n'en a
L'homme à la cloche de sans cesse l'agiter
Ou le boucher d'affuter son coutelas.

Un sage professeur de mathématiques
Qui n'aimait fréquenter que les enfants
Et inventait des mondes fantastiques
L'écrivit un beau jour en chantonnant.

Ces Snarks si mystérieux, que sont-ils
Où donc se cache leur lointaine île
Lecteur trop curieux, tu ne le sauras

Qu'en cherchant dans ton imagination
Mais prend garde dans ton exploration
Ou jamais, jamais l'on ne te reverra !
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Lutopie
  28 octobre 2020
Abordons la comptine arithmétique de Lewis Caroll. 8 Fits, 8 “Crises” traverse-t-on pour apercevoir le Snark. Mais qu'est-ce que le Snark ? Carroll crée des personnages comme il crée des mots, des mots-valises qu'il utilise pour nous faire voyager à bord de son bateau. Des mots qui en apparence n'ont aucun sens comme dans le poème du Jabberwocky : ““Words whose utter inanity proved his insanity” (p.84) Mais Carroll est loin d'être fou lui qui se joue des mots comme d'autres se jouent des chiffres pour créer ou décrypter des algorithmes. Il propose une poésie structurée, suivant un schéma bien défini. Tentons de trouver une solution à la devinette du logicien qu'il est même si la langue qu'il emploie n'est pas nécessairement celle qu'on entend. En effet, on ne parle peut-être pas la même langue :
I said it in Hebrew - I said it in Dutch -
I said it in German and Greek :
But I wholly forgot (and it vexes me much)
That English is what you speak !”
Lire la Chasse au Snark m'a rappelé mes cours d'Anglais, de Linguistique et de Mathématiques. Lewis Carroll se rappelle aussi je crois de son enfance ou de ses heures passées à l'école en tant qu'enseignant lorsqu'il écrit Fit the Fifth : The Beaver's lesson, la leçon du Castor, introduite avec le chant du JubJub, avec toute la malice de Carroll :

“Then a scream, shrill and high, rent the shuddering sky
And they knew that some danger was near :
The Beaver turned pale to the tip of its tail,
And even the Butcher felt queer.
He thought of his childhood, left far far behind -
That blissful and innocent state -
The sound so exactly recalled to his mind
A pencil that squeaks on a slate !”
[Un cri qui sur l'ardoise grince]
“‘Tis the song of the Jubjub”
Ainsi donc, le Chant du Jubjub n'est autre que le cri qu'on entend lorsque grince un tableau noir ! Il s'ensuit la leçon d'arithmétique du Boucher qui demande au Castor de compter jusqu'à trois mais le Castor perd le fil même lorsqu'il essaie de compter avec ses doigts. “Il n'avait plus qu'à torturer sa pauvre cervelle pour reconstituer le total”. La leçon d'arithmétique est posée comme un devinette, bref, un véritable casse-tête ! Pauvre Castor ! le Boucher demande alors du papier et de l'encre et se fait à la fois professeur de mathématiques et écrivain, comme Lewis Carroll en somme. Il part de 3 et revient à 3 tout en usant d'additions, de soustractions, de multiplications, de divisions. La fin de son exercice est le point de départ : trois et c'est le même processus d'écriture qu'emploie Lewis Carroll dans la Chasse au Snark puisqu'il nous apprend dans la préface que le dernier vers de la Chasse au Snark est justement le premier vers de son invention. Pourquoi 3 dans la leçon ? Je cite ici un article d'Alice Develey lu dans Le Figaro :
“On peut [faire] une lecture linguistique du Snark, dont le récit confirme et met en acte ce que dit l'Homme à la cloche au début du récit, lorsqu'il lance: «Ce que je vous dis trois fois est vrai.» Tout le poème tourne autour de cela. Il suffit de dire une chose trois fois pour qu'elle devienne réalité: c'est l'action performative du langage, qui créé le réel alors qu'il s'énonce linéairement dans le temps. le Snark est ainsi un poème réflexif et métalittéraire qui traite de la capacité créatrice de la langue.” Si on part du principe que la leçon d'arithmétique est un miroir du processus d'écriture, et que dans la leçon le 3 se reflète puisqu'il est la fin et l'aboutissement, on ne peut que remarquer que le chiffre 3 se trace de haut en bas comme dans un miroir. Pourquoi 8 fits, 8 crises ? de même, le chiffre 8 se reflète de haut en bas. Pourquoi la lettre B caractérise-t-elle tous les membres de l'équipage ? de même parce qu'elle se trace en miroir de haut en bas, ainsi la surface reflète ce qui est de l'ordre du souterrain. Anecdote : Il paraît que Lewis Carroll signait parfois ses textes BB. Plus loin, l'écrivain se représente d'une drôle de manière puisque le Boucher écrit avec une plume dans chaque main comme s'il écrivait deux choses à la fois ( n'est-ce pas le principe du mot-valise d'écrire deux choses en une ?)
“As he wrote with a pen in each hand,
And explained all the while in a popular style
Which the Beaver could well understand”
Ainsi il s'adresse au Castor comme à un enfant, et il écrit, même s'il écrit de manière incompréhensible, d'une manière à se faire comprendre de lui. le Boucher ou Le Professeur passe de la leçon d'arithmétique à une leçon d'Histoire naturelle, oubliant toutes les convenances. Il décrit alors le Jubjub dans un portrait aussi pourvu de nonsense que tout autre portrait de Carroll. le Jubjub est tout aussi merveilleux “wonderful “ qu'horrifiant, monstrueux mais il est surtout drôle qu'on le fasse bouillir dans la sciure , qu'on le sale dans la colle, qu'on le concentre avec du ruban et des sauterelles, avec une recette de cuisine assez similaire à celle du Snark mais “sans jamais oublier c'est le but principal de préserver la symétrie de sa forme”. Cependant, la symétrie ne s'accomplit que dans l'asymétrie chez Carroll bien qu'Horace dans l'Art Poétique ou Epitre aux Pisons écrive :
“Qu'un peintre aille, un beau jour, poser tant bien que mal
La tête d'un humain sur le cou d'un cheval;
A des membres divers, monstrueux assemblage,
Que son caprice ajoute un bizarre plumage;
Qu'il termine en poisson le buste noble et beau
D'une femme: en voyant cet étrange tableau,
Chers Pisons, vous rirez, n'est-ce pas — Tel me semble
Un livre, amas confus d'objets mêlés ensemble
Sans principe ni fin, partant sans unité,
Rêves creux d'un cerveau par la fièvre agité.
Le peintre et le poète ont l'heureux privilège
De tout oser; ce droit qui toujours les protège,
Je l'accorde, bien plus, j'en réclame ma part,
Mais qu'il reste interdit par la nature et l'art
D'unir dans la même oeuvre, accouplant les contraires,
Aux tigres les brebis, aux oiseaux les vipères.
Un début est pompeux et nous promet beaucoup:
Pour éblouir les yeux soudain l'auteur y coud
Quelques lambeaux de pourpre... Une forêt sacrée,
Un autel de Diane, ou bien l'onde nacrée
D'un ruisseau qui gaîment parcourt des prés fleuris,
Ou le Rhin mugissant, ou l'écharpe d'Iris:
Magnifiques morceaux, s'ils étaient à leur place!
Tu sais peindre un cyprès: que veux-tu qu'il en fasse,
Ce pauvre naufragé, s'il te paie un tableau
Qui le montre, au milieu des débris d'un vaisseau,
Se sauvant à la nage? — Un tour de roue encore
Pour façonner l'objet... Quoi! j'attends une amphore.
Tu m'offres une tasse! — Un sujet bien traité
Doit apparaître à tous simple en son unité.”
Mais Carroll a un principe et une fin : son vers final ! “For a Snark was a Boojum, you see”. le Snark c'est une affaire absurde ou disons plutôt du nonsense pur, parce qu'il est monstrueux, à la foi snail, escargot, snake, serpent, shark, requin mais cet assemblage chaotique, informe en apparence, de trois animaux réel, le crée, le rend réel et en même temps irréel. Et il s'avère à la fois terrifiant, surprenant, parce qu'on sursaute en le voyant, et il est en même temps et surtout amusant, parce qu'enfantin : “It's a Snark [...] It's a Boo…”
Ainsi Carroll réserve-t-il son vers final, qui est dans son esprit le vers initial car son inspiration première, il réserve donc la surprise, pour la fin, bien qu'il annonce ce principe dès la préface. Ainsi fait-il du Snark quelque chose d'uni(que).
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colimasson
  21 juillet 2015
C'est qui le Snark ? Un grand méchant au nom qui fait pas peur, qu'on cherche et qu'on ne trouve pas, qui n'existe sans doute même pas, qui condamne des vies de matelots, des mecs qui attendent pour le voir sortir de l'eau.

Homère peut bien s'en foutre, l'épopée du Snark est trop modeste pour lui faire l'ombre. Mais qui découvre la chasse au Snark oublie les épopées sérieuses. On danserait presque sur le bateau, et Homère jouerait du xylophone. Carroll triomphe à sa manière, dans l'oubli et l'insouciance du chant et nananère.
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coquecigrue
  11 août 2011
Absurde et réjouissante que cette Chasse au Snark, à commencer par l'avant-propos de l'auteur ; bien plus profonde qu'il n'y paraît, fantastique mais guère gratuite, et certainement pas pour les enfants qui auront du mal à en saisir les finesses.
Je l'ai lue dans une excellente traduction polonaise. Je ne sais si la française est à la hauteur ;) mais si vous maîtrisez suffisamment l'anglais pour traquer le néologisme plus vrai que nature et démêler le vrai du faux, ne vous privez surtout pas de la version originale.
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nathalie_MarketMarcel
  08 septembre 2020
La Chasse au Snark, c'est un poème, à la construction mathématique précise, qui raconte une histoire absurde, celle d'une chasse, ou plutôt d'une pêche, car nous sommes sur un bateau, au Snark. L'équipage est mené par L'Homme à la cloche. Il comprend un Boucher, un Boulanger, un Castor. C'est une chasse à la Moby Dick, c'est une quête magique, c'est un conte. Évidemment, c'est plein d'invention.
Il y a des mots créés de toute pièce, c'est un plaisir savoureux (comme un plat où une épice inattendue réveille le légume que vous pensiez connaître, vous voyez ?), un voyage de découverte dans les sonorités et dans l'imaginaire.
Le pedigree du texte est remarquable, puisque son premier traducteur français est Louis Aragon. Jacques Roubaud est le deuxième. L'édition Folio comporte les reproductions des illustrations de Henry Holiday qui accompagnaient la première édition. Il y a aussi deux petits textes au sujet du poème Jabberwocky, poème qui se trouve dans À travers le miroir. Ces textes sont rédigés par Bernard Cerquiglini et ils étudient les diverses traductions de l'impossible poème, composé de mots valises. L'ensemble constitue un brillant hommage aux prouesses des traducteurs.
Lien : https://chezmarketmarcel.blo..
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
MarieAliceMarieAlice   19 décembre 2010
Ils le chassèrent avec des dés à coudre
ils le chassèrent avec passion
Ils le poursuivirent avec des fourchettes et de l'espoir
Ils menacèrent sa vie
avec une action de chemin de fer
Ils le charmèrent avec des sourires et du savon.
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MarieAliceMarieAlice   19 décembre 2010
Ils le ranimèrent avec des muffins
ils le ranimèrent avec de la glace
Ils le ranimèrent avec de la moutarde et du persil
Ils le ranimèrent avec de bons
conseils et de la mélasse
Ils lui proposèrent des devinettes difficiles.
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VvAVvA   20 janvier 2018
Pour nos calculs prenons trois
comme départ et raison
C'est un nombre qu'il est convenable de poser
Ajoutons sept puis dix
et ensuite multiplions
Par mille de huit diminué.

Le résultat nous allons
voyez-vous le diviser
Par neuf cent quatre-vingts et douze
Nous soustrayons dix-sept
et alors la réponse
Est exactement et parfaitement vraie.
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coquecigruecoquecigrue   11 août 2011
They sought it with thimbles, they sought it with care;
They pursued it with forks and hope;
They threatened its life with a railway-share;
They charmed it with smiles and soap.
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colimassoncolimasson   21 juillet 2015
Au milieu du mot
Qu’il essayait de dire
Entre sa joie et son rire fou
Il s’était doucement
Et soudainement évanoui
Car ce Snark était un boojum voyez-vous.
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Vidéo de Lewis Carroll
" Un pédophile se cachait-il derrière l'auteur d' Alice au Pays des Merveilles ? Lewis Carroll a-t-il brouillé les cartes ? Sous les airs d'un roman gigogne, à la construction virtuose, l'enquête de Ghislain Gilberti remonte la piste, les actes et les faux-semblants d'un effroyable pervers. " Norah Spencer, CBS News Durant une free party, Alice Price, étudiante et artiste de la scène électronique underground, goûte à une drogue inconnue. Les effets du produit la dépassent rapidement et, aux frontières de l'overdose, un étrange lapin blanc la propulse au c?ur d'un monde parallèle et piégé : l'univers de Lewis Carroll. La chenille, le chapelier fou, le lièvre de mars, le chat du Cheshire, tous les personnages du conte victorien sont là et invitent cette Alice contemporaine dans les sombres mystères de la création du vrai Wonderland. Les innocents ne sont pas toujours ceux que l'on croit, les alliés sont rares et les périls nombreux. Si elle veut rester vivante, la jeune Alice n'a plus le choix et doit reconstituer le puzzle diabolique de Lewis Carroll.
En brisant le mythe Disney, Ghislain Gilberti s'attaque à un emblème intouchable de l'Angleterre depuis le XIXe siècle : Lewis Carroll, introverti maladif, toxicomane, atteint du syndrome de puer aeternus, amateur de photographies pornographiques infantiles, pédophile... C'est sans concession que Dernière Sortie pour Wonderland referme pour toujours la porte du Pays des Merveilles et met un point final à la pudibonderie hypocrite que même Tim Burton n'a pas pu briser avec ses dernières adaptations cinématographiques.
+ Lire la suite
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