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EAN : 9782844854360
112 pages
Éditeur : Allia (05/01/2012)

Note moyenne : 3.83/5 (sur 9 notes)
Résumé :
Il est une chose à propos de laquelle, il est vrai, l’idéologie creuse ne badine pas : la sécurité sociale. "Nul ne doit avoir faim ou froid ; tout contrevenant ira au camp de concentration" : cette plaisanterie qui vient de l’Allemagne d’Hitler pourrait servir d’enseigne à toutes les entrées d’établissements de l’industrie culturelle.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
MurmuresNumeriques
  29 décembre 2020
Il s'agit d'un bilan du monde de la culture, vu par les auteurs, sous l'Allemagne Nazie. Leur bilan n'est flatteur ni pour leur pays qui s'enlise dans la propagande ni pour les Etats unis, qui dominent la production culturelle. Malgré un ancrage fort dans leur époque de nombreux constats me semblent toujours d'actualité… et c'est donc comme eux sur la part « occidentale » de cette industrie que je vais me concentrer.
Ils voient dans la culture populaire un système, s'auto-définissant comme une industrie, regroupant principalement le cinéma, la radio et la tv ; basé sur la reproductibilité technique entraînant la perte de l'aura des oeuvres d'art, muant ce dernier en culture.
Les équipes produisant les produits culturels se substituent à Dieu en fixant des rêves, et plus largement l'idéal de l'époque. de même que dans une religion, nous avons des rites et des codes qui s'inscrivent dans les populations. Ici il s'agit de la compréhension immédiate de la syntaxe de cette culture, un idiome conditionné par les limitations techniques auxquelles sont confrontés les producteurs.
La domination passe par la présentation d'une « universalité » prédéfinie, positivée et calquée sur la hiérarchie sociale. Cette hiérarchie induit un classement du soap opéra au reportage sur la musique classique : ce que les marques appliquent à la perfection entre marque de luxe et low cost, ne changeant que des détails pour permettre à chacun selon sa place d'accéder aux produits et services… sans sortir de sa condition.
L'art englobe ce principe en se constituant de deux branches : l'art sérieux auquel une minorité d'initiés a accès, duquel il faut posséder les clefs pour espérer comprendre quelque chose ; d'autre part l'art populaire, qui singe l'industrie culturelle en en reprenant les codes et auquel il suffit de s'intéresser pour pouvoir l'assimiler.
Cette main mise passe également par le rythme : tout doit être mouvement pour mimer une évolution, donner l'impression que si l'on se met en retrait ne serait ce qu'un instant on va manquer quelque chose. Les nouveautés engendrées ainsi doivent cependant rester dans le cadre établi afin de ne pas troubler le système global. le but de ces productions étant de permettre au travailleur de souffler suffisamment pour pouvoir reprendre son travail. Elles visent simplement le divertissement, c'est pourquoi elles miment le quotidien en y insufflant juste ce qu'il faut d'imaginaire pour le rendre attirant. Ainsi pour reprendre leur exemple nous pouvons penser aux dessins animés où si les protagonistes sont des animaux ils n'en sont pas moins confronté au chômage, à la violence et aux peines de coeur.
L'exhibition sur laquelle repose, dans le modèle hollywoodien, la modification est double : c'est un catalogue de consommables à porter de main pour le spectateur : du chewing gum à la voiture, de la petite secrétaire à la pin up.
Cependant pour y avoir accès il faut « être choisi », avoir la chance de faire partie des élus dont le portefeuille autorise la possession de la villa californienne et de la voiture de sport. Cette distance créée par le hasard des destins, au sens antique, force à réprimer le désir d'en faire partie. Nous sommes donc naturellement ramenés à notre vie. Il en va de même pour la sexualité omniprésente : la beauté des stars, les situations si charmantes que leur offrent leurs amours ne sont pas plus accessibles que la vie de milliardaire, si ce n'est dans les détails. Car chacun peut s'offrir un morceaux du destin de rêve en emmenant son conjoint dans les mêmes paysages, s'offrir la même tenue que l'acteur, ou encore céder à la dernière mode en matière de brushing…
La seule chose que le rire n'entache pas, ne dénigre pas, est la sécurité sociale : la société étant consciente des injustices qu'elle engendre (et qui sont nécessaires à son fonctionnement comme le disait Thoreau dans la désobéissance civile) exclut ses marginaux même dans sa culture. Il ne sont partiellement présents que part la générosité dont font preuves les héros, ils ne sont que de simples faire valoir des élus.
La culture correspond ainsi à la société qu'elle accompagne plaçant tour à tour l'individu dans le rôle du client et de l'ouvrier, le définissant par son appartenance à tel ou tel groupe social.
Si le bilan est assez sombre on se rend facilement compte qu'il s'est arrangé (un peu) depuis par l'éducation, par le développement de l'accès à l'art sérieux, et par la multiplication des courants dans la culture globale…
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CraboBonn
  17 juillet 2016
Pas de longue critique pour ce livre que je n'ai pas terminé. Les pages lues n'offrent qu'un verbiage creux et non argumenté, une succession de d'affirmations qui s'appuient sur des idées aussi stéréotypées que l'industrie de la culture à laquelle elles veulent s'attaquer. Très déçu par ce petit opus dont j'espérais qu'il m'offrirait une réflexion un peu transversale et argumentée d'une certaine partie de la production culturelle actuelle, pas une caricature d'opposition intellectuelle qui assène que tout produit culturel est sorti des ateliers de Tricatel.
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critiques presse (1)
Telerama   29 février 2012
Une critique radicale à redécouvrir, contrepoison aux dérives de la culture de masse et au formatage du divertissement.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
TibereTibere   23 mars 2013
S’amuser signifie toujours : ne penser à rien, oublier la souffrance même là où elle est montrée. Il s’agit, au fond, d’une forme d’impuissance. C’est effectivement une fuite, mais pas comme on le prétend, une fuite devant une triste réalité ; c’est au contraire une fuite devant la dernière volonté de résistance que cette réalité peut encore avoir laissé subsister en chacun.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   06 août 2014
Si l'on a, à tort ou à raison, considéré les chansons populaires comme un patrimoine culturel des couches supérieures qui a été déclassé, leurs éléments ont en tout cas pris leur forme populaire à travers un processus long et compliqué de transmission. La diffusion des chansons à la mode, en revanche, se fait en un éclair. L'expression américaine "fad", utilisée pour parler des modes surgissant comme des épidémies - c'est-à-dire lancées par des puissances économiques fortement concentrées -, définissait ce phénomène bien avant que des patrons totalitaires de la publicité aient imposé les lignes générales de ce qui est devenu la culture. Lorsque les fascistes allemands dédient un beau jour de lancer par les hauts-parleurs un terme tel que "intolérable", le lendemain, le peuple entier dira "intolérable". C'est suivant le même schéma que les nations visées par la guerre-éclair ont repris ce mot allemand dans leur langue. Les mots désignant des mesures sont finalement répétées partout, si bien qu'ils prennent un caractère pour ainsi dire familier, tout comme à l'époque du marché libre le nom d'un produit sur les lèvres de tous en faisait augmenter la vente. La répétition aveugle de mots déterminés, en se répandant rapidement, rattache la publicité au mot d'ordre totalitaire. La part d'expérience qui personnalisait les mots en les attachant aux hommes a disparu, et dans cette prompte assimilation, la langue acquiert cette froideur qu'elle n'avait jusqu'alors que sur les colonnes Morris ou dans les annonces des journaux. De nombreuses personnes emploient des mots et des expressions qu'elles ont cessé de comprendre ou qu'elles n'utilisent que parce qu'ils déclenchent des réflexes conditionnés, comme par exemple les noms de marques qui s'accrochent avec d'autant de ténacité aux objets qu'ils dénotent que leur signification linguistique est moins bien comprise.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   06 août 2014
Ce que l'on pourrait qualifier de valeur d'usage dans la réception des biens culturels est remplacé par la valeur d'échange ; au lieu de rechercher la jouissance on se contente d'assister aux manifestations "artistiques" et "d'être au courant", au lieu de chercher à devenir un connaisseur on se contente donc d'un gain de prestige. Le consommateur devient l'alibi de l'industrie du divertissement aux institutions de laquelle il ne peut échapper. Il faut avoir vu Mr. Miniver, tout comme il faut avoir chez soi Life et Time. Tout est perçu sous ce seul aspect: pouvoir servir à autre chose, même si cet autre chose est aussi vague que possible. Tout objet n'a de valeur que comme objet d'échange et n'a aucune valeur en soi. La valeur d'usage de l'art, le fait qu'il existe, est considéré comme un fétiche, et le fétiche - sa valeur sociale qui sert d'échelle de valeur objective de l'oeuvre d'art - devient la seule valeur d'usage, la seule qualité dont jouissent les consommateurs. C'est ainsi que le caractère de marchandise de l'art se désagrège, au moment même où il se réalise pleinement, où l'art est devenu une marchandise parmi d'autres, préparée, conçue comme telle, assimilée à la production industrielle, que l'on peut acquérir et échanger. Mais l'art comme type de marchandise qui vit pour être vendue et pour rester cependant invendable, devient - hypocritement - invendable dès que le profit cesse d'être seulement son intention et devient son principe même.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   06 août 2014
La publicité et l'industrie culturelle se fondent sur le plan technique autant que sur le plan économique. Dans les deux secteurs, la même chose apparaît à d'innombrables endroits endroits et la répétition mécanique du même produit culturel est déjà devenue la répétition du même slogan propagandiste. Dans les deux cas, l'impératif de l'efficacité transforme la technique en psychotechnique, en technique de manipulation des hommes. Dans les deux cas règnent les normes de l'insolite pourtant familier, du facile pourtant captivant, de l'habile pourtant simple ; ce qui importe, c'est de subjuguer le client qu'on se représente distrait ou récalcitrant.
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TibereTibere   23 mars 2013
Dans les dessins animés, Donald Duck reçoit sa ration de coups comme les malheureux dans la réalité, afin que les spectateurs s'habituent à ceux qu'ils reçoivent eux-mêmes.
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