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Bernard Pingaud (Autre)Samuel Silvestre de Sacy (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070372685
Éditeur : Gallimard (05/03/1981)

Note moyenne : 3.68/5 (sur 110 notes)
Résumé :
Elles sont deux, Renée et Louise, qui, à peine sorties du couvent, vont suivre des destinées contraires. Faut-il mettre de la passion dans le mariage ? Ou y chercher un bonheur raisonnable ? Derrière cette « dispute », menée par correspondance, une lutte sourde oppose deux ambitions : Renée la sage n'exige pas moins de la vie que Louise la folle. Débat sur la mariage, les Mémoires de deux jeunes mariées sont aussi l'histoire d'une rivalité. Et si la sagesse finit ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Eve-Yeshe
  19 mai 2017
Balzac a choisi le genre épistolaire pour nous présenter le mariage sous plusieurs formes. Louise et Renée se sont connues au couvent, et une fois rendues à la liberté, elles continuent à correspondre alors que leurs vies ont pris des tournures différentes.
Tout semble les opposer, le physique, le statut social, à tel point qu'on à parfois l'impression d'avoir deux aspects d'une même personnalité, tant le lien qui les unit est particulier…
D'un côté Louise, blonde, fille de la noblesse (un Duc parmi les ancêtres, exilé, mis à mal sous Napoléon, avec un retour en grâce sous Louis XVIII), un héritage que la famille la contraint à abandonner au profit d'un frère. Elle épouse, sans dot donc, un noble espagnol devenu apatride, son frère ayant hérité du titre et de la fiancée, devenant ainsi Louise de Macumer.
L'autre, brune, épouse un homme plus âgé qu'elle, dont la vie a été difficile, sa famille l'a cru mort au combat et part vivre avec lui en Provence, devenant Renée de l'Estorade.
Balzac nous raconte ainsi deux mariages aussi différents que le sont ces deux héroïnes : Louise s'est mariée par amour, Renée a fait un mariage de raison, d'où une réflexion sur l'amour passion par rapport à l'amour raison qui se construit peu à peu.
On se rend compte que Louise est amoureuse de l'amour : son premier mari est fou d'elle, et amoureuse de son propre reflet, tel Narcisse, elle se laisse adorer, vénérée, s'étourdissant dans la vie parisienne et les fêtes, l'insouciance, jalouse de toute femme qui peut lui faire de l'ombre, prenant un peu des distances épistolaires avec son amie tant leurs milieux diffèrent.
« Ton mariage purement social, et mon mariage qui n'est qu'un amour heureux, sont deux mondes qui ne peuvent pas plus se comprendre que le fini ne peut comprendre l'infini. Tu restes sur la terre, je suis dans le ciel ! Tu es dans la sphère humaine, je suis dans la sphère divine ! »
Avec son deuxième mariage, avec un poète qu'elle emmène loin de tout, dans un paradis terrestre (pour vivre heureux, vivons cachés), ce sera l'inverse, c'est elle qui se consume d'amour.
Renée construit sa vie, s'épanouissant dans son rôle de mère, oeuvrant pour que son époux arrive à la députation. Pour elle, il s'agit de devoir conjugal où le plaisir est absent, de dévouement envers la famille.
« Tu peux avoir les illusions de l'amour, toi, chère mignonne ; mais moi, je n'ai plus que les réalités du ménage. »
Balzac nous fournit ainsi une étude approfondie du mariage à travers deux conceptions différentes, voire opposées, sans prendre parti. Il nous donne probablement accès à sa part féminine en même temps qu'il évoque la condition des femmes à son époque. Renée représente-t-elle pour lui la mère idéale qu'il n'a pas eue ?
Bien-sûr, les lettres s'espacent au fil du temps et de la vie de chacun, mais l'auteur nous raconte aussi une belle histoire d'amitié entre Louise et Renée, même si leurs idées divergent de plus en plus, il y a une forme d'entraide : Louise se sert de ses relations pour aider la carrière politique du mari de Renée par exemple. Renée qui tente, elle, de faire prendre conscience à Louise de son égoïsme, son auto-centrisme, se fait rabrouer.
Certes, ce n'est pas le roman De Balzac que je préfère, mais son analyse du statut de la femme mariée au XIXe siècle m'a plu et il n'y a pas si longtemps que cela qu'une femme peut choisir librement son mari, sans subir des pressions de sa famille et dans certaines cultures les choses ont guère évolué.
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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Gwen21
  30 avril 2015
Je ne m'étendrai pas sur l'ennui que m'a procuré cette lecture. J'ai surtout envie de passer rapidement à autre chose, ayant débuté ce livre il y a plus d'un mois et lui ayant fait subir quelques coupes sombres...
Pourtant, le thème me plaisait énormément : deux jeunes femmes élevées au couvent et très éprises l'une de l'autre (éprises d'amitié, s'entend) font leur entrée dans le monde. Louise de Chaulieu, rejeton d'une aristocratique famille monarchiste, brillera d'abord dans les salons du Paris de 1820 avant de connaître une passion pleine de ferveur et de pudeur pour un noble espagnol apatride ; Renée de l'Estorade, se mariera en Provence à un jeune vétéran à la mine sinistre auquel elle tentera de redonner le goût de vivre en tenant sa maison et son rang en bonnes et dues formes. Grosso modo, les sentiments contre la raison, et vice-versa.
Le hic pour moi fut que, dès le début de ma lecture, je me suis aperçu que Louise et Renée n'étaient pas seulement éprises l'une de l'autre mais qu'elles étaient également et surtout éprises d'elles-mêmes. A un point que leur hauteur frise pour moi la fatuité et qu'elles m'ont fatiguée par leurs attitudes vaniteuses et condescendantes. Bref, elles m'ont été très antipathiques tout du long. Ajoutons à cela un style certes brillant mais trop fourni pour se prêter correctement à la forme épistolaire et vous obtenez un beau cortège "made by Gwen" de bâillements, de soupirs de lassitude et de grincements de dents.
C'est grand, c'est romantique, c'est pur mais c'est chiant.
En plus de la qualité de sa plume, je reconnais quand même à Balzac d'avoir balayé le large spectre des sentiments humains en réalisant un exercice difficile, celui de se mettre non pas dans la peau d'une, mais de deux femmes de son temps ! Un exercice ardu et qui, de ce fait, manque quelque peu de naturel.

Challenge de lecture 2015 - Des mémoires
Challenge XIXème siècle 2015
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Woland
  09 avril 2017
Préface : Bernard Pingaud
ISBN : 978-2070372683
Ambigu, tel est l'adjectif qui me vient tout naturellement sous mon clavier lorsque je m'attelle à la fiche relative à ce roman épistolaire De Balzac. Oui, pour une fois, l'auteur renonce à son statut de narrateur omniscient et adopte le "Je" et même un double "Je" puisque ces "Mémoires" reprennent, à de rares exceptions près, les lettres échangées par deux amies de couvent, Armande-Louise de Chaulieu, la Blonde et Renée de Maucombe, la Brune. Balzac passe donc d'un point de vue à un autre avec cette admirable facilité qu'il possède à se glisser dans l'esprit féminin.
Louise de Chaulieu porte un grand nom. Son père est duc, un ancien émigré qui recouvrera bientôt suffisamment d'argent pour entreprendre les réparations de l'hôtel particulier familial, où il s'est réinstallé lors de la Restauration de Louis XVIII. de sa grand-mère, qui se poudrait encore à la maréchale, comme on le faisait au XVIIIème siècle, elle a hérité une importante fortune que son père espère lui voir abandonner afin de la dresser en majorat pour son cadet - ce qu'elle finira d'ailleurs par faire pour le bien de tous. de cette grand-mère tant aimée, la jeune fille a aussi hérité le caractère : fort, indomptable, et une façon quasi unique et très "Ancien Régime" de faire la révérence. Pour le reste, Louise est, on le comprend très vite, du haut de sa fierté, une incroyable et incurable narcissique. Enfin, c'est ainsi que nous dirions aujourd'hui . Avec son amie Renée, elle a passé ses années de couvent à rêver à la vie qu'elle se ferait lorsqu'elle serait libre de ses mouvements - et, bien sûr, à l'amour. Louise veut être adorée, aimée pour elle-même. Elle veut dominer et non être dominée. Elle veut un amour exceptionnel et elle finit par le rencontrer en la personne d'un ancien Grand d'Espagne, le baron de Macumer, qui a cédé son titre de duc de Soria à son cadet en raison de désaccords prononcés avec cette curieuse figure bourbonienne que fut Ferdinand VII, remis sur le trône d'Espagne à la chute de Napoléon. Autant Louise est belle, autant Macumer est laid (petit, de physique moyen, plus âgé qu'elle) mais, entre les deux personnages, la fusion se fait tout naturellement : si elle veut dominer et être adorée, lui veut être dominé et adorer. Pendant plusieurs années, le baron et la baronne de Macumer formeront l'un des couples les plus en vue du Paris mondain. Devenue veuve et restée sans enfants, Louise, d'abord écrasée de chagrin, se remariera avec Gaston Marie, un poète de bonne famille (mais néanmoins roturier) et ira s'enterrer à quelques kilomètres de Paris, avec, cette fois-ci, l'intention d'adorer et d'être dominée. Ca tombe bien : Gaston Marie est d'accord . Mais la jalousie, dont cette narcissique chronique de Louise n'a jamais pu se débarrasser, vient briser leur bonheur. On tombe alors dans le mélo : sur des soupçons infondés de l'adultère de son cher époux, la jeune femme se rend poitrinaire en quelques jours et décède dans les bras de Renée, qu'elle a appelée à son chevet.
A l'inverse de Louise, Renée de Maucombe porte un nom plus humble (quoique bien connu depuis le roi René) et, à peine sortie du couvent, accepte, parce qu'elle est sans dot, d'épouser Louis de l'Estorade, de vingt ans son aîné, qui a connu bien des malheurs, notamment sous Napoléon. Je vous passe les détails mais la santé du malheureux en a pris un coup. Renée, elle l'écrit clairement, n'aime pas Louis (qui, par contre, est amoureux de sa jeune femme) mais elle possède un sens du devoir tel que, peu à peu, ainsi qu'il doit se passer dans tout mariage dit "de raison", elle finit par éprouver envers lui au moins une certaine affection. Balzac est très subtil lorsqu'il nous fait comprendre que, si Louise la Voluptueuse a trouvé en Macumer un amant à sa mesure, et ce, dès la nuit de noces, Renée, elle, a été pratiquement rebuté par l'acte qui, pour elle, ne restera que le "devoir" conjugal. Fort heureusement, il y a, pour l'occuper, adoucir son horizon et lui faire aimer l'existence que lui ont choisie ses parents, la perspective de remettre sur pieds le domaine des l'Estorade et, bien entendu, celle de la maternité. Elle aura d'ailleurs trois enfants de son mari, Armand (filleul de Louise de Macumer), Jeanne-Athénaïs et enfin le petit René. Très moderne en cela, Renée veille à les élever le plus près d'elle : elle est, disons-le, mère avant que d'être amante ou même épouse. Son mari, qui l'adore autant que Macumer adorait sa propre épouse, ne s'aperçoit de rien et, partant, n'en prend pas ombrage. Il faut dire aussi à sa décharge que, du fond de sa Provence, Renée se démène comme un beau Diable pour, par l'intermédiaire, entre autre, de Louise et de sa puissante famille, faire nommer son mari pair de France et le faire pourvoir d'un poste important (et inamovible, oh ! la rusée Renée ! ) à la Cour des Comptes. Sans état d'âme d'ailleurs - ce que lui reprochera Louise, restée fidèle aux Bourbons - Renée de l'Estorade fera passer son mari dans l'administration de la Monarchie de Juillet, la branche cadette valant bien à ses yeux la branche aînée lorsqu'il s'agit du bien-être et de l'avenir de sa chère petite famille.
D'un côté donc, la Passion et l'Excès. de l'autre, la Modestie et le Devoir.
Balzac les oppose avec, je le répète, la subtilité qu'on lui connaît dans ses portraits de femmes mais, quand je parle d'ambiguïté, c'est que, qu'il s'agisse des lettres de Louise ou de celles de Renée, on y trouve toujours, parfois de manière flagrante, parfois de manière larvée, une espèce de jalousie mutuelle. Sans se l'avouer et sans vouloir renier ce qui fait leurs propres qualités, ces dames s'envient mutuellement ce qu'elles n'ont pas et n'auront jamais - et qui est d'ailleurs incompatible avec leur nature avouée. Parler de Devoir et de Famille à une Narcissique obsédée par le Plaisir sous toutes ses formes et par la nécessité de briller et d'être la Plus Belle, la Plus Regardée, la Mieux Aimée, c'est adopter un ton sentencieux et quelque peu déplaisant dans lequel, on le sent bien, se délecte Renée - Mme de Genlis n'est pas si loin ... D'un autre côté, évoquer ses passions charnelles, avec Macumer ou avec Gaston, ses voyages, sa brillante vie mondaine ou, au contraire, sa retraite dans un lieu paisible où elle déclare vouloir "cacher son bonheur" de telle manière que Renée y devient même indésirable, c'est, pour Louise, faire preuve d'une malice non exempte d'une méchanceté certaine quand elle les décrit à ce parangon de vertus familiales et maternelles que représente sa vieille amie.
Pourtant, bien sûr, il arrive que, dans les moments de tristesse (comme les convulsions du petit Armand, les jalousies de Louise envers Gaston quand elle le suspecte de le tromper et même d'être bigame, et, bien sûr, le décès de Louise), ces deux âmes, qui se sont unies par quelque mystère étrange et inexpliqué bien que, dans le fond, elles fussent si profondément opposées, se retrouvent et volent au secours l'une de l'autre.
La Vie : une fois de plus, Balzac la décrit telle qu'elle apparaît parfois, quand votre meilleure amie est aussi votre pire ennemie, quand l'imperfection et l'inégalité des sentiments humains s'étalent sans complexes. Un livre à lire, et à relire même, afin de bien s'imprégner de l'étrange climat qui le baigne et dont on ne s'apercevra peut-être pas lors d'une seule lecture. Mais un livre à réserver aux inconditionnels De Balzac, sans nul doute aussi.
Balzac : l'écrivain du XIXème siècle qui connaissait le mieux les femmes .... ;o)
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brigittelascombe
  01 novembre 2012
"Entre nous deux qui a tort qui a raison?"interroge la raisonnable provinciale Renée de Maucombe devenue Madame de Lestorade (qui portera aux nues son falot d'époux) dans sa correspondance avec, son amie d'adolescence, la romanesque Louise de Chaulieu devenue, par amour, Baronne de Macumer (et qui deviendra par la suite, par passion, Mme Gaston femme mature de jeune poète, une presque héroïne de Stendhal). Que deviendront leurs rêveries romantiques d'oies blanches enfermées dans un même couvent, alors que la première est désargentée?
Mariage d'amour ou de raison? Amour tout court ou amour maternel?
Ces interrogations, pouvant se traduire par: l'amour et le bonheur sont-ils compatibles? est l'un des pivots du roman épistolaire d'Honoré de Balzac: Mémoires de deux jeunes mariées car l'auteur fait contraster les situations matrimoniales de deux jeunes femmes nobles, met en parallèle leurs beautés respectives,leurs vies si différentes et leurs ambitions. Quelle fine étude de caractères. nous donne ici Honoré de Balzac devenu maître de la comédie humaine et de l'art du portrait. Réalisme,lucidité,ambition,devoir,dévouement,rigidité,sens critique,résignation, pour Renée qui sacrifie son épanouissement personnel pour vivre pleinement son rôle de maîtresse-femme dévouée, pieuse et de mère.
Egoïsme,orgueil,jalousie,caprices,exigence,amour propre,possessivité pour Louise devenue "reine de Paris",qui croit aimer en étant aimée puis aime vraiment mais doute de l'autre.
Les hommes, même grande âme comme le généreux Felipe, n'ont pas vraiment la partie belle puisque Louise fait de ce "Sarrazin" ex-grand d'Espagne, son "esclave" et que Renée ne cherche qu'à "consoler" son époux dont elle se sent "la fée".
Quelle fine étude du pouvoir de l'argent,du problème de la dot et de la différence de classe sociale!
Quelle belle étude de la relation d'amitié, empreinte de rivalité, entre deux femmes brosse ici Balzac!
Les "ma chère biche" deviennent "chère imbécile" ou "docteur en corset" et les "ma chère enfant" divulguent petites piques et reproches soufflées par quelque oiseau de mauvais augure; les lettres s'écourtent, s'espacent; seuls les drames permettent des retrouvailles jusque dans l'au-delà de la mort. Et encore!
Mémoires de deux jeunes mariées, malgré parfois des descriptions rébarbatives, est l'un des chef-d'oeuvres d'Honoré de Balzac écrivain français de génie du XIX° siècle!
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Chocolatiine
  05 mars 2016
Mémoires de deux jeunes mariées est un roman épistolaire. Louise de Chaulieu et Renée de Maucombe se sont connues au couvent. A seize ou dix-sept ans, elles en sortent plus ou moins contre la volonté de leurs parents, qui auraient préféré qu'elles embrassent la vie religieuse afin de ne pas avoir a payer une dot. Alors que Louise découvre le monde parisien et ses fêtes éternelles, Renée regagne sa Provence natale. Les parents ne veulent pas payer de dot : qu'a cela ne tienne ! Plutôt mourir que de retourner au couvent et sacrifier leurs vies pour la fortune de leurs frères, et l'une et l'autre se marieront sans.
Les amies empruntent des chemins bien différents. Renée se résigne a épouser Louis de l'Estorade, qu'elle n'aime pas mais qu'elle s'efforcera de rendre heureux en organisant la vie de famille avec beaucoup de soin. Par ses enfants et son attachement tendre a son mari, elle s'épanouit finalement.
Louise, la terrible Louise fera deux mariages d'amour. Tout d'abord, elle épousera Felipe de Macumer, Grand d'Espagne déchu, qui l'aime a la folie et qu'elle finira par tuer de caprices. Apres plusieurs années de deuil, elle s'éprend de Marie Gaston, petit écrivain avec lequel elle mènera une vie très secrète au Chalet. Cet amour-la la tuera, par une jalousie infondee.
Avec ses deux jeunes mariées, Balzac signe la un très grand roman féministe, dans un siècle qui sacrifie bien trop souvent le bonheur des femmes a la fortune des hommes et aux convenances. les deux sont belles et intelligentes et chacune, a sa manière, parviendra a être heureuse.
Challenge ABC 2015/2016
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Citations & extraits (61) Voir plus Ajouter une citation
Gwen21Gwen21   27 mars 2015
L’amour que nous imaginions doit être bien profondément caché, je n’en ai vu de trace nulle part. J’ai bien surpris quelques regards rapidement échangés dans les salons ; mais quelle pâleur ! Notre amour, ce monde de merveilles, de beaux songes, de réalités délicieuses, de plaisirs et de douleurs se répondant, ces sourires qui éclairent la nature, ces paroles qui ravissent, ce bonheur toujours donné, toujours reçu, ces tristesses causées par l’éloignement et ces joies que prodigue la présence de l’être aimé !… de tout cela, rien. Où toutes ces splendides fleurs de l’âme naissent-elles ? Qui ment ? nous ou le monde. J’ai déjà vu des jeunes gens, des hommes par centaines, et pas un ne m’a causé la moindre émotion ; ils m’auraient témoigné admiration et dévouement, ils se seraient battus, j’aurais tout regardé d’un œil insensible. L’amour, ma chère, comporte un phénomène si rare, qu’on peut vivre toute sa vie sans rencontrer l’être à qui la nature a départi le pouvoir de nous rendre heureuses. Cette réflexion fait frémir, car si cet être se rencontre tard, hein ?
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AMRAMR   03 janvier 2017
EXTRAITS DES LETTRES DE LOUISE :

Par un retour subit sur moi-même, un matin où j'étais plus pleinement heureuse, j'ai songé à ma Renée et à son mariage de convenance, et j'ai deviné ta vie, je l'ai pénétrée ! O mon ange, pourquoi parlons-nous une langue différente ? Ton mariage purement social, et mon mariage qui n'est qu'un amour heureux, sont deux mondes qui ne peuvent pas plus se comprendre que le fini ne peut comprendre l'infini. Tu restes sur la terre, je suis dans le ciel ! Tu es dans la sphère humaine, et je suis dans la sphère divine. Je règne par l'amour, tu règnes par le calcul et par le devoir. Je suis si haut que s'il y avait une chute je serais brisée en mille miettes. Enfin, je dois me taire, car j'ai honte de te peindre l'éclat, la richesse, les pimpantes joies d'un pareil printemps d'amour.
[…]
Une femme sans enfants est une monstruosité ; nous ne sommes faites que pour être mères. Oh ! Docteur en corset que tu es, tu as bien vu la vie. La stérilité d'ailleurs est horrible en toute chose.
[…]
Je l'ai tué par mes exigences, par mes jalousies hors de propos, par mes continuelles tracasseries. Mon amour était d'autant plus terrible que nous avions une exquise et même sensibilité, nous parlions le même langage, il comprenait admirablement tout, et souvent ma plaisanterie allait, sans que je m'en doutasse, au fond de son coeur. Tu ne saurais imaginer jusqu'où ce cher esclave poussait l'obéissance : je lui disais parfois de s'en aller et de me laisser seule, il sortait sans discuter une fantaisie de laquelle peut-être il souffrait.
[…]
Ce que toutes les femmes demandent aujourd'hui à l'amour, le mariage me le donne. Je sens en moi pour Gaston l'adoration que j'inspirais à mon pauvre Felipe ! Je ne suis pas maîtresse de moi, je tremble devant cet enfant comme l'Abencerrage tremblait devant moi. Enfin, j'aime plus que je ne suis aimée ; j'ai peur de toute chose, j'ai les frayeurs les plus ridicules, j'ai peur d'être quittée, je tremble d'être vieille et laide quand Gaston sera toujours jeune et beau, je tremble de ne pas lui plaire assez ! Cependant je crois posséder les facultés, le dévouement, l'esprit nécessaires pour, non pas entretenir, mais faire croître cet amour loin du monde et dans la solitude. Si j'échouais, si le magnifique poème de cet amour secret devait avoir une fin, que dis-je une fin ! Si Gaston m'aimait un jour moins que la veille, si je m'en aperçois, Renée, sache-le, ce n'est pas à lui, mais à moi que je m'en prendrai. Ce ne sera pas sa faute, ce sera la mienne. Je me connais, je suis plus amante que mère. Aussi te le dis-je d'avance, je mourrais quand même j'aurais des enfants.
[…]
J'ai treize ans à être jolie femme, je veux être aimée le dernier jour de la treizième année encore mieux que je ne le serai le lendemain de mes noces mystérieuses. Cette fois, je serai toujours humble, toujours reconnaissante, sans parole caustique ; et je me fais servante, puisque le commandement m'a perdue une première fois.
[…]
Je suis toujours sa maîtresse, c'est-à-dire que je parais aimer moins que je ne suis aimée. Cette tromperie est délicieuse. Il y a tant de charme pour nous autres femmes à voir le sentiment l'emporter sur le désir, à voir le maître encore timide s'arrêter là où nous souhaitons qu'il reste !
[…]
J'ai vu clair : je suis perdue. Oui, Renée, à trente ans, dans toute la gloire de la beauté, riche des ressources de mon esprit, parée des séductions de la toilette, toujours fraîche, élégante, je suis trahie, et pour qui ? Pour une Anglaise qui a de gros pieds, de gros os, une grosse poitrine, quelque vache britannique. Je n'en puis plus douter. Voici ce qui m'est arrivé dans ces derniers jours.
[…]
Elle lui a donné des enfants : tout s'explique. Cette Anglaise est une espèce de statue grecque descendue de quelque monument ; elle a la blancheur et la froideur du marbre, elle marche solennellement en mère heureuse ; elle est belle, il faut en convenir, mais c'est lourd comme un vaisseau de guerre. Elle n'a rien de fin ni de distingué : certes, elle n'est pas lady, c'est la fille de quelque fermier d'un méchant village dans un lointain comté, ou la onzième fille de quelque pauvre ministre. Je suis revenue de Paris mourante.
[…]
Mon cher docteur en corset a raison : le mariage ne saurait avoir pour base la passion, ni même l'amour. Ta vie est une belle et noble vie, tu as marché dans ta voie, aimant toujours de plus en plus ton Louis ; tandis qu'en commençant la vie conjugale par une ardeur extrême, elle ne peut que décroître. J'ai eu deux fois tort, et deux fois la Mort sera venue souffleter mon bonheur de sa main décharnée. Elle m'a enlevé le plus noble et le plus dévoué des hommes ; aujourd'hui, la camarde m'enlève au plus beau, au plus charmant, au plus poétique époux du monde.
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WolandWoland   10 avril 2017
[...] ... Louise de Chaulieu à Renée de l'Estorade - Lundi

Hier au soir, en me couchant, je me suis mise à ma fenêtre pour contempler le ciel, qui était d'une sublime pureté. Les étoiles ressemblaient à des clous d'argent qui retenaient un voile bleu. Par le silence de la nuit, j'ai pu entendre une respiration et, par le demi-jour que jetaient les étoiles, j'ai vu mon Espagnol, perché comme un écureuil dans les branches d'un des arbres de la contre-allée des boulevards, admirant sans doute mes fenêtres. Cette découverte a eu pour premier effet de me faire rentrer dans ma chambre, les pieds, les mains comme brisés ; mais, au fond de cette sensation de peur, je sentais une joie délicieuse. J'étais abattue et heureuse. Pas un de ces spirituels Français qui veulent m'épouser n'a eu l'esprit de venir passer les nuits sur un orme, au risque d'être emmené par la garde. Mon Espagnol est là sans doute depuis quelque temps. Ah ! il ne me donne plus de leçons, il veut en recevoir, il en aura. S'il savait tout ce que je me suis dit sur sa laideur apparente ! Moi aussi, Renée, j'ai philosophé. J'ai pensé qu'il y avait quelque chose d'horrible à aimer un homme beau. N'est-ce pas avouer que les sens sont les trois-quarts de l'amour, qui doit être divin ? Remise de ma première peur, je tendais le cou derrière la vitre pour le revoir, et bien m'en a pris ! Au moyen d'une canne creuse, il m'a soufflé par la fenêtre une lettre artistement roulée autour d'un gros grain de plomb. Mon Dieu ! va-t-il croire que j'ai laissé ma fenêtre ouverte exprès ? me suis-je dit ; la fermer brusquement, ce serait me rendre sa complice. J'ai mieux fait, je suis revenue à ma fenêtre comme si je n'avais pas entendu le bruit de son billet, comme si je n'avais rien vu, et j'ai dit à haute voix : " - Venez donc voir les étoiles, Griffith !" Griffith dormait comme une vieille fille. En m'entendant, le Maure a dégringolé avec la vitesse d'une ombre. Il a dû mourir de peur aussi bien que moi, car je ne l'ai pas entendu s'en aller, il est resté sans doute au pied de l'orme. Après un bon quart d'heure, pendant lequel je me noyais dans le bleu du ciel et nageais dans l'océan de la curiosité, j'ai fermé ma fenêtre, et je me suis mise au lit pour dérouler le fin papier avec la sollicitude de ceux qui travaillent à Naples les volumes antiques. Mes doigts touchaient du feu. Quel horrible pouvoir cet homme exerce sur moi ! me dis-je. Aussitôt j'ai présenté le papier à la lumière pour le brûler sans le lire ... Une pensée a retenu ma main. Que m'écrit-il pour m'écrire en secret ? Eh ! bien, ma chère, j'ai brûlé la lettre en songeant que, si toutes les filles de la terre l'eussent dévorée, moi, Armande-Louise-Marie de Chaulieu, je devais ne point la lire. ... [...]
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ChocolatiineChocolatiine   25 février 2016
L'amour que nous imaginions doit être bien profondément caché, je n'en ai vu de trace nulle part. J'ai bien surpris quelques regards rapidement échangés dans les salons ; mais quelle pâleur ! Notre amour, ce monde de merveilles, de beaux songes, de réalités délicieuses, de plaisirs et de douleurs se répondant, ces sourires qui éclairent la nature, ces paroles qui ravissent, ce bonheur toujours donné, toujours reçu, ces tristesses causées par l'éloignement et ces joies que prodigue la présence de l'être aimé !... de toute cela, rien. Où toutes ces splendides fleurs de l'âme naissent-elles? Qui ment? nous ou le monde? J'ai déjà vu des jeunes gens, des hommes par centaines, et pas un ne m'a causé la moindre émotion ; ils m'auraient témoigné admiration et dévouement, ils se seraient battus, j'aurais tout regardé d'un oeil insensible. L'amour, ma chère, comporte un phénomène si rare, qu'on peut vivre toute sa vie sans rencontrer l'être à qui la nature a départi le pouvoir de nous rendre heureuses.
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AMRAMR   03 janvier 2017

EXTRAITS DES LETTRES DE RENÉE :

Mes questions annonçaient tant de réflexions préconçues et attaquaient si précisément les endroits faibles de cette horrible vie à deux, que Louis m'a depuis avoué qu'il était épouvanté d'une si savante virginité.
[…]
L'influence d'une femme doit être entièrement secrète : chez nous, en tout, la grâce, c'est le mystère.
[…]
Ainsi, le monde demande qu'une femme ne laisse point voir l'empire qu'elle exerce sur son mari. Socialement parlant, un mari ne doit pas plus paraître l'amant de sa femme quand il l'aime en amant, qu'une épouse ne doit jouer le rôle d'une maîtresse.
[…]
Il existe entre amants une égalité qui ne peut jamais, selon moi, apparaître entre une femme et son mari, sous peine d'un renversement social et sans des malheurs irréparables.
[…]
Certes, il t'est prouvé, je crois, que je suis de beaucoup supérieure à Louis ; mais m'as-tu vue jamais le contredisant ? Ne suis-je pas en public une femme qui le respecte comme le pouvoir de la famille ? Hypocrisie ! diras-tu. D'abord, les conseils que je crois utile de lui donner, mes avis, mes idées, je ne les lui soumets jamais que dans l'ombre et le silence de la chambre à coucher ; mais je puis te jurer, mon ange, qu'alors même je n'affecte envers lui aucune supériorité. Si je ne restais pas secrètement comme ostensiblement sa femme, il ne croirait pas en lui. Ma chère, la perfection de la bienfaisance consiste à s'effacer si bien que l'obligé ne se croie pas inférieur à celui qui l'oblige ; et ce dévouement caché comporte des douceurs infinies.
[…]
La mère de famille qui ne laisse pas désirer sa présence en se rendant rare au sein du ménage risque d'y faire connaître la satiété. Si j'ai plusieurs enfants, ce que je souhaite pour mon bonheur, je te jure que dès qu'ils arriveront à un certain âge je me réserverai des heures pendant lesquelles je serai seule ; car il faut se faire demander par tout le monde, même par ses enfants.
[…]
Comment, Louise, après tous les malheurs intimes que t'a donnés une passion partagée, au sein même du mariage, tu veux vivre avec un mari dans la solitude ? Après en avoir tué un en vivant dans le monde, tu veux te mettre à l'écart pour en dévorer un autre ? Quels chagrins tu te prépares ! Mais, à la manière dont tu t'y es prise, je vois que tout est irrévocable.
[…]
La société, ma chère, a voulu être féconde. En substituant des sentiments durables à la fugitive folie de la nature, elle a créé la plus grande chose humaine : la Famille, éternelle base des Sociétés.
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J1| L?Opéra national de Paris invité d?honneur chez Balzac avec L?opéra Trompe-La-Mort | Maison... .http://maisondebalzac.paris.fr/fr/week-end-festif-des-25-et-26-fevrier-2017
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