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Michel Launay (Éditeur scientifique)
ISBN : 2080701487
Éditeur : Flammarion (04/01/1999)

Note moyenne : 3.51/5 (sur 194 notes)
Résumé :
Ce livre "doit déplaire aux dévots, aux libertins, aux philosophes ; il doit choquer les femmes galantes, et scandaliser les honnêtes femmes. A qui plaira-t-il donc? Peut-être à moi seul ; mais à coup sûr il ne plaira médiocrement à personne.".
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
peloignon
  11 novembre 2012
Voilà un des livres que j'aime le plus à offrir à mes amies.
Je trouve que les romans par lettres constituent des phénomènes artistiques vraiment intéressants.
De prime abord, entrer dans une correspondance d'inconnus ne me semble pas très intéressant et mon indifférence est encore accentuée lorsque je sais que ces personnages sont fictifs. A priori, je n'aime donc pas trop et pourtant, sitôt que j'arrive à m'imposer l'effort de lire quelques dizaines des premiers épîtres, me voilà entraîné irrésistiblement jusqu'à la dernière missive. Cela s'explique, je crois, du fait que le lecteur d'un roman par lettre doit faire l'effort de reconstruire l'histoire et les personnages à partir des indices qu'on lui donne exclusivement dans les billets échangés par les personnages. Cela implique un effort et prend un certain temps d'adaptation, mais une fois que les fondations nécessaire à la reconstruction sont en place, le lecteur participe à l'écriture, se prend à rêver à ce qui se produit et aux personnages comme si tout cela existait réellement et c'est pourquoi ces romans si ardus à aborder laissent souvent, lorsqu'ils sont réussis, comme c'est le cas pour La nouvelle Héloïse, les souvenirs les plus indélébiles dans l'esprit de leurs lecteurs.
Dans le cas de ce roman par lettre en particulier, l'approche des personnages est légèrement facilité au lecteur puisque Rousseau y présente une Héloïse nouvelle, personnage idéalisé à partir de la maîtresse du grand Abélard dont la tragique histoire d'amour a été immortalisée dans un échange de lettre authentique du XIIe siècle. Si on fait abstraction de la médiocrité de Saint-Preux par rapport à Abélard, le portrait général de la situation dans le roman reproduit assez bien l'horizon historique où les destins d'Héloïse et d'Abélard se sont croisés, et cela permet à Rousseau de mettre génialement en contraste le progrès offert par ses idées morales par rapport à celles qui ont fait le malheur de la véritable Héloïse. En effet, l'Héloïse de Rousseau trouve une douce sérénité rendue possible par l'acceptation de son repentir et l'accomplissement de la vertu que l'ancienne, malgré tous les efforts d'Abélard, n'arrivera jamais à atteindre. Ce succès n'a évidemment rien d'une démonstration, mais il donne envie au lecteur de croire en sa possibilité.
La conclusion est en effet sublime, autant sur le plan artistique que moral. Rousseau, cet homme de coeur aux belles idées et à la sensibilité communicative, est ici au sommet de son art, accomplissant l'exploit trop rare d'une synthèse intellectuelle parfaite entre formes romanesque et philosophique.
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Klasina
  06 janvier 2019
Ce roman a beaucoup de charme. D'abord, parce qu'il est un roman épistolaire. Les lettres laissent entendre la voix pure de la subjectivité, les pensées inquiètes, le cri du coeur. Aussi, l'écriture est teintée de musicalité, de poésie. On saisit bien là les mouvements secrets du coeur qui s'épanchent et s'immortalisent. C'est aussi l'histoire de la vertu, et par là, les chapitres retracent sa naissance jusqu'à son apogée finale, et quelle apogée !
Nul besoin de résumer une histoire si connue, un amour impossible, tiraillé, et qui finit par le couronnement ultime de la vertu.
Mais c'est aussi qu'il est loin de se cantonner à l'univers de la fiction. Ce n'est pas qu'un divertissement, le roman peut porter une profondeur, et peut-être même en dire plus sur nous-mêmes et notre monde, que toutes les spéculations rationalistes.
Dès lors, on relève beaucoup de thématiques touchant à des domaines divers. Des réflexions philosophiques s'étayent ainsi que des réflexions sur le coeur de l'homme. Par conséquent, on est bien dans cette période des Lumières qui cherche à éclairer la sensibilité, une partie inhérente de l'homme. On retrouve des réflexions ( notamment) sur :
Sur la nature humaine : dualité raison/ sentiments. St Preux doit combattre sa passion, l'exaltation de ses sens pour le devoir. Héloïse doit aussi se vaincre, et pour la vertu, et pour le devoir. Face à son père, elle doit prendre le bon parti mais juge tout de même : " Ah ma cousine, quels montres d'enfer sont ces préjugés qui dépravent les meilleurs coeurs, et font taire à chaque instant la nature ! ». le père d'Héloise est aveuglé dans son prestige de rang et d'honneurs. Dés lors, si Héloise aime son père d'où « les meilleurs coeurs », son amour pour St Preux, naturel et simple, est condamné, d'où « taire à chaque instant la nature ».
Le bonheur (p. 756) : « Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possède. On jouit moins de ce qu'on obtient de ce qu'on espère et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux ». Rousseau révèle l'éternelle douleur de l'homme, son impossible union entre l'imaginaire et le réel. le désir nous fait espérer, tout le plaisir réside dans l'imagination, dans la projection. Dès lors que ce processus est achevé, que l'on a ce qu'on a désiré, on ressent un vide, une insatisfaction. Peut-être se dit-on : « ce n'est pas ce que je pensais », « je ne m'attendais pas à cela ». le bonheur est aussi à mettre en corrélation avec le temps, qui paraît son antithèse, lui qui doit être un état durable de satisfaction. le souvenir est attaché à des motifs précis, comme l'asile de Meillerie, le lieu devient une symbolique qui se construit en fonction d'une histoire humaine.
Le temps, et son inconstance : « nous jugeons de nous comme étant toujours les mêmes, et nous changeons tous les jours » ( 736). La personnalité n'est pas figée, elle est mouvante, vivante, et évolue comme le vivant.
Rousseau propose ainsi un idéal, un bonheur modèle par la vie d'Héloïse. Celui-ci consiste en une vie champêtre, calme, tranquille, cadre essentiel à une vie simple et heureuse sous le signe de la justice et de l'ordre. C'est ainsi que la maison de Julie est régit dans l'ordre et l'équité. Les domestiques sont bien considérés. En effet, la vertu attire la vertu. Il s'agit d'en faire des gens de confiance. Si un autre moyen blâmable est employé, comme la distance, la froideur, le vice s'installe. Chacun à sa place et tout est fait de sorte que la vie en commun soit harmonieuse. Les vendanges couronnent cette union. C'est une fête de convivialité, de partage.
Mais Rousseau critique, blâme des moeurs de son temps, de la société. le regard de l'autre n'est pas toujours juste. Des problématiques comme l'honneur, (p213/214) le vrai honneur en lui-même et pas considéré dans le jugement des autres (contre le duel contre humain), les conventions hypocrites parisiennes, l'accord entre le dire et le faire…Un discours doit nécessairement mené à une action, auquel cas, il est vain, dans tous les sens du terme. Aussi, l'éducation et la pédagogie passent au crible.
La pensée rousseauiste de la vertu n'est pas sans rappeler les valeurs chrétiennes de l'Evangile. La Nouvelle Héloise c'est aussi un murmure évangélique, qui se nie, se refoule, mais reste audible. Pour cause, le terme récurrent « les devoirs de l'Humanité ». L'amitié, la vertu, la paix, la fraternité (Julie aide les pauvres, de bon coeur), le partage, l'amour sont autant d'échos. Rousseau en fait une religion du coeur autour du sentiment humain. Il y a comme un reste de Dieu, en ce siècle des Lumières…
D'ailleurs, la vertu devient même un culte. Par conséquent, Julie est la sainte de la vertu, l'amour se transforme presque en piété. ( p.88) : « Mais soyez sûre que l'amour ardent et pur dont j'ai brûlé pour vous ne s'éteindra de ma vie, que mon coeur, plein d'un si digne objet, ne saurait plus s'avilir, qu'il partagera désormais ses uniques hommages entre vous et la vertu, et qu'on ne verra jamais profaner par d'autres feux l'autel où Julie fut adorée. ».
Enfin, le temple de la vertu ainsi que son tombeau deviennent un reliquaire pour tous les membres restant, qui par une vie vertueuse honorent la sainte, qui fut la source de ce miracle. En effet, par l'amitié, St preux et Edouard demeurent ensemble, la cousine de Julie, Claire, et enfin Mr de Wolmar demeurent aussi dans ce temple de la vertu. Car, enfin, Julie n'est-elle pas tout à fait morte, et ne vient-elle pas comme un ange, veiller sur ce temple ?
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girafe83500
  03 octobre 2015
Difficile de faire une critique d'un chef-d'oeuvre. Ne voulant pas tomber dans le piège d'une dissertation philosophique dans laquelle je ne serai pas à la hauteur, je vais essayer de donner mon avis le plus clairement possible. Rousseau m'a toujours impressionnée et je me contenterais presque de dire j'ai adoré.
Techniquement, ce roman épistolaire est divisé en six parties qui amènent progressivement le lecteur à réfléchir, à être acteur dans le raisonnement organisé par Rousseau. Les thèmes philosophiques sont abordés et traités dans cette oeuvre. On y retrouve la passion, la recherche de la vérité, la religion, la critique du sophisme.
Le choix de la passion amoureuse a été le thème le plus judicieux car le plus abordable pour toucher le plus de lecteurs. L'échange épistolaire amoureux sera le tremplin pour poser le précepte de l'inégalité des droits dans le cadre de la différence des classes. L'ineptie des valeurs de la noblesse au détriment du bien-fondé, de l'authenticité.
On s'attache facilement au personnage de Saint-Preux. Un roman du siècle des lumières. Sincèrement à lire pour ne pas rater une oeuvre et la réflexion qu'elle apporte avec sagesse.
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Nadou38
  10 avril 2017
«Julie ou la nouvelle Héloïse»... J'avais repéré ce titre mentionné par Choderlos de Laclos dans ses mémorables «Liaisons dangereuses» et m'étais donc dit qu'il faudrait le lire. Mais du JJ Rousseau... Je dois avouer que je tiquais un peu à l'idée de me lancer dans ce pavé. Du coup, quand jeeves_wilt m'a proposé de faire cette lecture commune, j'ai sauté sur l'occasion. Merci à lui ;-)
«Julie ou la nouvelle Héloïse», c'est un roman épistolaire qui raconte la passion entre un jeune homme, St Preux, professeur et philosophe, et une demoiselle, Julie, élève du dit professeur et fille d'un comte. Ils savent que leur union est peu envisageable car ils viennent de classes sociales différentes. Partagés entre des périodes d'espoir et des moments de découragement, on va suivre l'évolution de la relation de nos deux amoureux sur plusieurs années, je n'en dis pas plus...
Personnellement, j'ai adoré suivre leur histoire. Rousseau a su y intégrer de nombreux rebondissements, en particulier à la fin de chaque partie (il y en a 6). Il m'a épaté, je n'imaginais pas cela de cet auteur, et j'avais bien tort car les personnages m'ont intensément émus à plusieurs reprises, ceci sans doute grâce aux belles formulations proposées par Monsieur Rousseau. Les lettres sont faciles à lire et on les enchaîne alors rapidement.
Mais «Julie ou la nouvelle Héloïse», c'est également de nombreuses analyses, descriptions et réflexions philosophiques sur tout un tas de sujets :
-les moeurs du français en général et du parisien en particulier,
-la femme et la parisienne,
-l'Opéra de Paris (la description de la chanteuse d'opéra est mémorable!),
-les rapports entre un domestique et son maître,
-la nature,
-la gestion financière du foyer,
-l'éducation,
-la religion et la foi...
Ces thèmes sont intercalés dans les différentes parties à travers les personnages, leurs déplacements et l'évolution de leur vie. J'ai trouvé cela bien amené dans l'histoire de nos deux amants. le contenu est alors très riche, j'ai souvent relu plusieurs fois des passages pour être certaine de bien saisir toutes les idées que Rousseau souhaitait transmettre.
Cependant, j'ai eu aussi la sensation d'être en mer avec cette lecture, passer du haut au creux de la vague régulièrement. Il est vrai que certains passages furent trop long à mon goût, l'impression de paragraphes à rallonge pour exprimer toujours la même idée. Moi qui bossait la journée, il m'est arrivé à plusieurs reprises de piquer du nez le soir... Toutefois, ce ressenti m'est tout à fait personnel, il n'engage que moi et même si certains sujets m'ont moins passionnés que d'autres, l'auteur incite à la réflexion à de nombreuses reprises.
J'ai envie de dire que Rousseau fait une «approche romancée de la philosophie», ce qui m'a très bien convenu. J'aimais bien cette alternance entre ces réflexions sur divers aspects de la société et l'histoire de notre couple.
Je suis contente d'être allée au bout de cette lecture, qui ne fut pas toujours facile pour moi, certes, mais qui m'a offert de magnifiques moments d'émotions et des réflexions qui sont, pour beaucoup, toujours d'actualité aujourd'hui.
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JacobBenayoune
  15 décembre 2013
Rousseau était blasé de sa société, de ses contemporains et de leurs moeurs, ainsi il créa son monde idéal avec toutes ses idées qui ont inspiré les romantiques et enchanté plus d'un jusqu'à présent. Pour ce faire, il choisit la forme épistolaire, d'abord genre en vogue, ensuite il pouvait s'exprimer avec plus de liberté en se détachant de l'essai, ce qui a donné une oeuvre à mi-chemin entre roman et essai. Ce roman était peut-être l'aire de repos où il pouvait reformuler ses idées qu'il développait dans ses ouvrages majeurs (Du contrat social, La lettre à D'Alembert et l'Emile) dans la même période.
En effet, Rousseau a fini par choisir le roman même s'il considérait la littérature comme source de corruption des moeurs. L'intérêt de cette oeuvre ne réside bien entendu pas dans l'intrigue, simple et assez commune de l'amour entre deux jeunes personnes. le véritable intérêt (selon moi) est ce choix de vivre selon sa propre pensée et humeur loin des conventions instaurées par la société. de choisir sa propre éthique et la suivre. de même la passion souvent décrite comme destructrice et source de dégradation, Rousseau l'élève et la rend salvatrice menant à la vertu. En plus de l'amour entre ces deux jeunes, l'amour de la nature est là, ainsi que celui de la vie champêtre (ce qu'on retrouve plus tard chez Bernardin de Saint-Pierre).
La lecture fut longue et lente, c'est du lourd, un roman complet où l'on trouve un peu de tout, comme si l'on lisait plusieurs. Il demande beaucoup de persévérance et d'attention, mais à sa fin on s'en sort satisfait (surtout si l'on est un peu rousseaulien). le bon Jean-Jacques est un prosateur sublime.
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Citations et extraits (74) Voir plus Ajouter une citation
stcyr04stcyr04   10 janvier 2019
Tant qu’on désire on peut se passer d’être heureux ; on s’attend à le devenir : si le bonheur ne vient point, l’espoir se prolonge, et le charme de l’illusion dure autant que la passion qui le cause. Ainsi cet état se suffit à lui-même, et l’inquiétude qu’il donne est une sorte de jouissance qui supplée à la réalité, qui vaut mieux peut-être. Malheur à qui n’a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. En effet, l’homme, avide et borné, fait pour tout vouloir et peu obtenir, a reçu du ciel [de Dieu] une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu’il désire, qui le soumet à son imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et, pour lui rendre cette imaginaire propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l’objet même ; rien n’embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu’on voit ; l’imagination ne pare plus rien de ce qu’on possède, l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d’être habité, et tel est le néant des choses humaines, qu’hors l’Etre existant par lui-même il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas.
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moklosmoklos   19 septembre 2007
Et de quel droit prétendez-vous être aimée aujourd’hui parce que vous l’étiez hier ? Gardez donc le même visage, le même âge, la même humeur, soyez toujours la même, et l’on vous aimera toujours, si l’on peut. Mais changer sans cesse, et vouloir toujours qu’on vous aime, c’est vouloir qu’à chaque instant on cesse de vous aimer ; ce n’est pas chercher des cœurs constants, c’est en chercher d’aussi changeants que vous.
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SelligTadSelligTad   09 juillet 2011
Tant qu’on désire on peut se passer d’être heureux ; on s’attend à le devenir : si le bonheur ne vient point, l’espoir se
prolonge, et le charme de l’illusion dure autant que la passion qui le cause. Ainsi cet état se suffit à lui-même, et
l’inquiétude qu’il donne est une sorte de jouissance qui supplée à la réalité, qui vaut mieux peut-être. Malheur à qui
n’a plus rien à désirer ! il perd pour ainsi dire tout ce qu’il possède. On jouit moins de ce qu’on obtient que de ce
qu’on espère et l’on n’est heureux qu’avant d’être heureux. En effet, l’homme, avide et borné, fait pour tout vouloir et
peu obtenir, a reçu du ciel une force consolante qui rapproche de lui tout ce qu’il désire, qui le soumet à son
imagination, qui le lui rend présent et sensible, qui le lui livre en quelque sorte, et, pour lui rendre cette imaginaire
propriété plus douce, le modifie au gré de sa passion. Mais tout ce prestige disparaît devant l’objet même ; rien
n’embellit plus cet objet aux yeux du possesseur ; on ne se figure point ce qu’on voit ; l’imagination ne pare plus rien
de ce qu’on possède, l’illusion cesse où commence la jouissance. Le pays des chimères est en ce monde le seul digne
d’être habité, et tel est le néant des choses humaines, qu’hors l’Etre existant par lui-même il n’y a rien de beau que ce
qui n’est pas.
Si cet effet n’a pas toujours lieu sur les objets particuliers de nos passions, il est infaillible dans le sentiment commun qui les comprend toutes. Vivre sans peine n’est pas un état d’homme ; vivre ainsi c’est être mort. Celui qui pourrait tout sans être Dieu serait une misérable créature ; il serait privé du plaisir de désirer ; toute autre privation serait plus supportable.
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Nadou38Nadou38   05 avril 2017
Dans quelque pays que ce puisse être, il n'est pas possible qu'on juge un homme sur ce qu'il n'a pas dit, et qu'on le méprise pour s'être tu. Au contraire, on remarque en général que les gens silencieux en imposent, qu'on s'écoute devant eux, et qu'on leur donne beaucoup d'attention quand ils parlent ; ce qui, leur laissant le choix des occasions, et faisant qu'on ne perd rien de ce qu'ils disent, met tout l'avantage de leur côté. Il est si difficile à l'homme le plus sage de garder toute sa présence d'esprit dans un long flux de paroles, il est si rare qu'il ne lui échappe des choses dont il se repent à loisir, qu'il aime mieux retenir le bon que risquer le mauvais.
(Partie 5, Lettre III)
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Nadou38Nadou38   09 avril 2017
Le pasteur parlait de l'esprit faux qu'on donnait au christianisme en n'en faisant que la religion des mourants, et de ses ministres des hommes de mauvais augure. "On nous regarde, disait-il, comme des messagers de mort, parce que, dans l'opinion commode qu'un quart d'heure de repentir suffit pour effacer cinquante ans de crimes, on n'aime à nous voir que dans ce temps-là. Il faut nous vêtir d'une couleur lugubre ; il faut affecter un air sévère ; on n'épargne rien pour nous rendre effrayants. Dans les autres cultes, c'est pis encore. Un catholique mourant n'est environné que d'objets qui l'épouvantent, et de cérémonies qui l'enterrent tout vivant. Au soin qu'on prend d'écarter de lui les démons, il croit en voir sa chambre pleine ; il meurt cent fois de terreur avant qu'on l'achève ; et c'est dans cet état d'effroi que l'Eglise aime à le plonger pour avoir meilleur marché de sa bourse."
(Partie 6, Lettre XI)
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