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Michèle Albaret-Maatsch (Traducteur)
EAN : 9782221257968
288 pages
Robert Laffont (21/10/2021)
3.47/5   87 notes
Résumé :
« Anna est morte avant l'aube. À dire vrai, je n'étais pas là quand c'est arrivé. J'étais allé sur le perron de la clinique respirer à fond l'air noir et lustré du matin. Et pendant ce moment si calme, si lugubre, j'ai repensé à un autre moment, des années auparavant, dans l'eau, ce fameux été à Ballymoins. J'étais allé nager tout seul, je ne sais pas pourquoi, ni où Chloé et Myles étaient passés ; sans doute étaient-ils partis quelque part avec leurs parents, ce de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
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le_Bison
  17 mars 2017
Mélancolique, Max retourne vers son passé. Il revoit les courbes de Grace, son premier fantasme, comme d'autres trouvent la paix dans les élans de la mer.
Le vent fouette le visage de cet homme, caban noir col remonté jusqu'aux oreilles, le regard absent, il fixe l'au-delà, derrière les vagues. Ces vagues qui se projettent en avant, des rouleaux compresseurs qui déchirent le sable. Les nuages s'amoncellent à l'horizon, affichant une barrière infranchissable. Derrière lui, les falaises de granite s'élèvent vers les cieux et les Dieux. le bruit se fait assourdissant entre la mer sauvage qui fulmine de sa vapeur et de sa rage, entre les cailloux qui glissent de la falaise pour s'éventrer une centaine de mètres plus bas se fracassant contre la paroi comme les corps plongeant des suicidés. L'homme porte toujours le regard au loin. Un regard fixe qui contemple autant sa vie que sa dérive.
Mélancolique, on peut le dire. Il revoit son passé, premier amour et ses vacances, au bord de ces falaises irlandaises. Sa femme vient de mourir, il a besoin de se replonger dans les souvenirs, seuls instants qui le tiennent encore hors de l'eau. Jusqu'à quand ? Alors la mélancolie, cela le connait, la tristesse aussi. Cette histoire est triste à l'image de sa vie. Putain de vie. Il se sert une bouteille de whisky, un rouge gorge par exemple, au coin de la cheminée, les volets clos signes que sa vie est derrière lui, maintenant.
Mélancolique, le silence plongé dans son regard, le regard plongé dans la mer, les noyés plongés dans la mer. Il aime ce silence, un silence imperturbable de ses pensées face à l'immensité de la mer, l'infini de l'horizon, ce ciel lourd qui se mêle au bleu foncé de la mer. Les vagues se déchiquettent contre lui, mais son silence reste constant, ligne de conduite, ligne de fuite. Sa vie n'a été que silence face à l'adversité de sa vie. Il garde en lui cette rage qui le compose depuis des années. La perte de sa femme ne fait qu'accentuer son mal-être, se demandant pourquoi elle et pourquoi pas lui. Il voudrait prendre sa place, en silence. S'enfoncer dans la mer, nager le plus loin possible, s'enfoncer dans la nuit, dans l'eau, froide et noire.
Les vagues affluent, elles déchirent la côte, elles assomment les âmes. Face à elles, sa vie plonge dans un silence lourd dont il ne peut plus s'échapper. En regardant la mer, en écoutant son silence, il a senti que sa vie était derrière lui. Il n'attend plus rien. Il n'est plus homme. Juste un type reclus dans son silence avec sa flasque de whisky dans sa poche. Il garde en lui ses souvenirs, ses instants heureux, ses silences pour une autre vie. Son passé, c'est maintenant sa vie, celui qui le fera vivre encore un peu, pendant qu'il marche le long des falaises, face au soleil couchant, avec toujours cette pointe d'envie de rejoindre à la nage l'astre qui illumina son coeur.
Lien : http://memoiresdebison.blogs..
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Christw
  09 mai 2012
Je me réjouissais de lire un autre Banville après avoir apprécié Infinis et je n'ai pas été déçu. Bien sûr, cet auteur ne dévoile aucun mystère nébuleux, ne déroule aucune enquête haletante, pas plus qu'il n'imagine de péripéties palpitantes ou vaudevillesques. Il s'attache à saisir des scènes, des sensations, des moments furtifs remontés à la mémoire qu'il prolonge somptueusement en croquant gestes, expressions, non-dits, frissons même, avec un crayon précis, tendre ou cruel et toujours intelligent. Je le vois comme un peintre ou un photographe enrichi de toute la gamme des évocations que permet l'écrit. Ce n'est sans doute pas un hasard si la peinture (avec Bonnard) et la photographie pointent leur nez dans ce roman.

La puissance de la mémoire est la ligne de force de cette histoire. Les souvenirs vont et viennent comme le ressac de la mer et submergent le lecteur d'un bain trouble et exaltant, doux et chargé d'écume amère. L'impression générale faite de dunes et de vent, de douleurs sourdes et de pulsions en herbe, m'a tant pénétré que j'en garderai sans doute un souvenir inoubliable. Mon séjour sur la côte de la Mer du Nord durant la lecture contribue certainement à renforcer ce sentiment. Et la proximité d'âge que je dois avoir avec cet homme écrivant les effluves de sa mémoire le rend naturellement attachant à mes yeux... Je suis assez déçu des critiques molles que j'ai trouvées sur les sites de lecteurs, car je comprends mal qu'on puisse passer à côté de cette perle.

Le récit tient en peu de choses, mais les sublime toutes: un homme au soir de sa vie revient sur des événements de vacances à la mer pendant sa jeunesse. Son épouse vient de mourir d'un cancer (...l'imprévu suprême lui avait fondu dessus) et désemparé, il retourne sur le lieu de vacances de son adolescence, de ses premiers émois sensuels, là où il a vécu un autre drame révélé tout à la fin du roman au terme d'une progression adroite de la tension. Ce n'est pas un livre triste du tout: il est poignant et m'a parfois serré la gorge, c'est vrai, mais ce texte apporte autre chose d'enveloppant et d'indicible, qui n'est pas de désespoir ni de mélancolie. N'est-ce pas simplement cela l'art, la beauté de l'art ?
La Mer, en définitive: une aquarelle où se côtoient l'initiation et la mort, mouillé sur mouillé.

Je ne suis pas très compétent pour juger de la traduction et je peux me tromper, mais je tiens à noter que j'avais senti une écriture (encore) plus raffinée avec la traduction d'Infinis par Pierre Emmanuel Dauzat qu'avec celle-ci d'Albaret-Maatsch, qui soit dit en passant a pratiquement traduit tout ce qui existe de Banville en français et n'a de compte à rendre à personne. Il se peut aussi que Banville ait écrit La Mer d'un trait plus spontané, avec toujours, et pour mon grand plaisir, ces changements de rythme, alternant phrases courtes et longues dans un rythme élégant.

Un bref extrait: Puis, soudainement, non, pas soudainement, mais dans une sorte de houle impérieuse, toute la mer s'est soulevée, ce n'était pas une vague, mais un rouleau paisible qui avait surgi des grandes profondeurs, à croire qu'un énorme quelque chose avait bougé là en-dessous, et j'ai été soulevé et emporté un peu plus loin vers le rivage, puis reposé sur mes pieds comme auparavant, comme s'il ne s'était rien passé. Et en effet il ne s'était rien passé, juste un formidable rien, juste un haussement d'épaules indifférent du vaste monde.
Si vous le pouvez un jour, retrouvez ce passage à la fin du livre et constatez que situé dans son contexte, il prend une dimension supérieure. Comprenez-en toute la portée ontologique et John Banville aura peut-être gagné un lecteur, une lectrice.

Le livre a connu un gros succès outre-manche et il a été largement traduit. Booker prize 2005.

En poche 10/18, 247 pages, traduction de Michèle Albaret-Maatsch

Lien : http://marque-pages.over-blo..
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Rainer
  11 janvier 2022
John Banville place d'emblée son roman sous le signe du temps, de la rouille mais aussi d'une certaine pérennité.
Le narrateur effectue un retour sur le passé, suite au décès de son épouse. Son horloge l'entraîne dans le village de ses vacances cinquante ans plus tôt, en bord de mer, un retour au plus près de ces années évanouies.
Aujourd'hui la solitude est son seul avenir malgré la présence/absence de sa fille, si triste elle aussi.
L'annonce par le médecin du caractère fatal de la maladie d'Anna, numéro d'acteur dérisoire, soulève une forme de sourire intérieur et de dégoût.
La maison "Les cèdres", le rire d'une jeune fille dans le parc, l'émotion d'une première rencontre auditive. L'atmosphère d' "Un été 42" nous saisit, un parfum de liberté et de curiosité.
Et la narrateur va découvrir la famille Grace, laquelle exhale une certaine sensualité. Les émois de l'adolescence sont le lot de tout un chacun et ne peuvent que nous parler
Chloé et sa personnalité hésitante et volontaire, ce charme de l'enfance qui s'ouvre à l'âge adulte. Doigts qui se croisent, premier baiser au cinéma dans une grange ou ailleurs, présence et absence, évanescence.
Chloé et Myles, ce sont avant tout les jumeaux maudits face à "la pauvre Rosie", cette presque gouvernante, souffrant dans son coeur.
Retours sur le passé, sur l'enfance, la maladie, les émotions de la vie. John Banville nous emporte vers ces chemins de grandes émotions, ces ondulations de l'existence, celle ci étant, comme le souligne l'auteur, une préparation à l'épreuve ultime.
L'auteur nous invite à une belle réflexion sur la mémoire et les reconstructions inévitables.
L'analyse des émotions est particulièrement fine et sans indulgence pour les ressorts de certaines. Nous sommes loin de l'innocence des enfants, leur cruauté à l'égard des animaux évite tout angélisme.
L'auteur peut perturber le lecteur en raison de ses incessants balancements entre passé et présent, ou le charmer.
Par ailleurs l'alliance mélancolie-ironie parfois scabreuse réduit l'impact de cette émotion. Tel ce passage où le veuf repense à son épouse et parle de "sa puanteur".
John Banville semble avoir un tropisme pour les personnages à odeur douteuse.
Certains néologismes comme "épouvantarbres" peuvent faire penser à une coquille. Est-ce heureux ? À chacun de s'en faire une idée.
Ce roman m'a ému, révolté, laissé perplexe, m'a permis de vivre plus intensément. Une lecture attachante où la peinture accompagne la réalité existante ou inventée.
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bdelhausse
  01 juillet 2020
Max est veuf depuis peu. Il revient aux Cèdres, un endroit au bord de la mer où il a passé ses plus belles années d'enfance. Pourtant, c'est un été bien précis que ce retour va évoquer. Un été où il rencontre les Grace, une famille bourgeoise de deux enfants, deux jumeaux Myles et Chloé. Ces deux enfants turbulents et moqueurs sont surveillés par Rose, jeune fille au pair.
Au gré des jours qui passent, Max va mélanger la maladie d'Anna, sa femme, et les émois sensuels qu'il connut lors de cet été. Il tombe amoureux de la mère des jumeaux, puis de Chloé.
C'est lent et pesant. C'est volontaire. C'est à l'image de ce qu'est devenue la vie de Max. L'expression est "vivons heureux en attendant la mort"... Pour Max, ce serait plutôt "ne vivons déjà plus en attendant la mort"... Entre sa flasque de whisky, les désillusions, les regrets, les remords, sa fille Claire, le souvenir du premier baiser avec Chloé, les seins en poire de la mère de Chloé, le petit chalet de la honte montrant leur pauvreté... Max n'a que l'embarras du choix pour ressasser un passé qu'il aimerait réécrire.
Dans ce maelstrom de souvenirs, la mer tient le premier rôle, bien sûr. Et se révèle impitoyable.
Pour apprécier Banville, il faut aimer le non-événement, le lent déroulement de la douleur intérieure, le spleen. Il faut être un peu voyeur. L'écriture est splendide. Incroyable de netteté, de pudeur, d'évocation poétique. Banville est un orfèvre. Et même si on n'est pas dans un thriller, loin de là, il réserve quelques surprises de taille pour les dernières pages.
Le destin d'un homme brisé en face-à-face avec la mer... avec John Banville comme chef d'orchestre. Il y a quelque chose d'hypnotique dans la façon de raconter l'histoire de Max. J'ai eu beau me dire que j'allais arrêter, je me suis rendu compte que j'étais captivé et que savoir le fin mot m'importait. Ce n'est pas si fréquent.
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laetitiaflagothier
  16 janvier 2022
Voilà un nouvel auteur que je n'aurais sans doute pas découvert, sans Les 1001 livres qu'il faut avoir lu dans sa vie!
Et quelle découverte! John Banville et La mer où comment un auteur peint avec les mots! En effet, par le style, les mots et l'histoire, j'ai eu l'impression de rentrer dans un tableau de Léon Spilliaert ( 1881 - 1946 ). C'est cru, mélancolique et avec une intemporalité qui bannit la notion de temps tout en regroupant toutes les périodes d'une vie...
On y suit les pensées de Max Mordon, historien en art, qui utilise comme prétexte la rédaction d'une étude sur un artiste de renom, pour revenir sur les lieux de son enfance et y faire son deuil de sa femme, Anna... Pourquoi là? Pourquoi pas dans la maison où ils ont vécus?
Un retour qui fait remonter les différents passés dans un présent douloureux et aussi nourrit de questions restés ouvertes... Entre souvenirs qui semblent être comme des tâches de couleurs fixes et les corps qui vieillissent, entre ce qui reste et ce qui part, entre ce qui est chargé et encore chargé d'émotions et ce qui fait partie de la banalité de la vie, John Blanville donne à la notion de deuil une épaisseur, une réalité bien plus riche que la douleur qu'on peut y associer!
Avec sensibilité sans y perdre de justesse, il montre toute la complexité des émotions, souvenirs et vécus qui resurgissent lors de la perte d'un être chers. Tout l'intime de chacun qui s'exprime... et qui témoigne du jardin secrets que chacun d'entre nous porte en lui!
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
RainerRainer   11 janvier 2022
Vu le monde que Dieu a créé, ce serait un sacrilège que de croire en lui.
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RainerRainer   09 janvier 2022
,Nous portons les morts en nous jusqu'à ce que nous mourions nous aussi, et, après, c'est nous qui sommes portés quelque temps, puis ceux qui nous ont porté tombent à leur tour et ainsi de suite jusqu'à d'inimaginables générations.
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RainerRainer   08 janvier 2022
Quels petits vaisseaux de tristesse nous faisons, à voguer dans ce silence étouffé à travers la pénombre de l'automne.
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RainerRainer   06 janvier 2022
Je me rendis compte, avec une légère surprise, que malgré les effets destinés à générer le respect, il ne pouvait pas avoir beaucoup plus de cinquante ans. Depuis quand les médecins s'étaient-ils mis à être plus jeunes que moi?
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RainerRainer   06 janvier 2022
Il est encore là, ce pont, juste après la gare. oui, les choses durent, tandis que les êtres vivants passent.
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Videos de John Banville (8) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de John Banville
Bande annonce de la série Quirke, adaptation des romans de John Banville (écrit sous le pseudonyme de Benjamin Black).
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