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Jean-Pierre Briand (Traducteur)Jean-Michel Chapoulie (Traducteur)
ISBN : 2864240424
Éditeur : Métailié (30/11/-1)

Note moyenne : 3.74/5 (sur 43 notes)
Résumé :
Publié en 1963 aux États-Unis, cet ouvrage a renouvelé la sociologie de la déviance. Il s'inscrit dans la mouvance de l'interactionnisme symbolique, école sociologique qui privilégie le travail de terrain et l'observation des groupes.Outsiderss'intéresse à la déviance au sens large : ce sont tous les étrangers au groupe, ceux qui ont transgressé une norme en vigueur. À ce titre, les musiciens de jazz ou les fumeurs de marijuana étudiés par Becker sont déviants de pa... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (5) Ajouter une critique
Luniver
13 mars 2016
Pourquoi les gens s'obstinent-ils à fumer de la marijuana alors que la société n'arrête pas de leur répéter que c'est mal ? Pourquoi certains jeunes se lancent dans des carrières hasardeuses de musicien alors que tout le monde sait que médecin, avocat ou ingénieur sont de bien meilleures carrières ? Les gens biens sont nombreux, ils savent ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, alors pourquoi ne pas tout simplement les écouter ? le monde ne s'en porterait que mieux !
Intelligemment, l'auteur inverse la question dès les premières pages du livre : qui fixe des normes, et pourquoi ? Quand on prend un peu de recul, on s'aperçoit que les normes bougent beaucoup : ce qui était acceptable il y a un siècle provoque des scandales aujourd'hui, et inversement. Et à moins de penser que notre époque a atteint la sagesse absolue, ces normes vont continuer d'évoluer.
Becker montre que ces normes nécessitent des actions énergiques de deux groupes. le premier instaure la norme : il faut « créer un problème » et convaincre la population de le prendre très au sérieux. L'essai contient l'exemple de la marijuana, et de l'explosion du nombre d'articles qui lui est consacrée en quelques mois, juste avant son interdiction.
Le second groupe doit pourchasser les déviants. En effet, l'existence d'une norme n'implique pas forcément son application dans la vie courante. La population est généralement plus tolérante que la loi et ferme les yeux si les apparences sont sauves. Exemple classique, la sexualité hors mariage a longtemps été prohibée, mais les amants étaient rarement pourchassés. Si une grossesse survenait, on attendait des coupables qu'ils se marient vite fait. Il n'y a que sur les mères célibataires que l'opprobre s'abattait, parce qu'il n'y a plus moyen de faire semblant de ne rien voir. On comprend alors l'importance pour les normes de groupes qui attirent l'attention de la population sur les méfaits qu'ils veulent combattre, qui les mettent en lumière et forcent chacun à prendre position.
Pour l'auteur, les normes sont imposés par une minorité qui détient le pouvoir à la majorité. Là où l'essai est pris en défaut, c'est qu'il est souvent difficile de comprendre quel est ce pouvoir et son intérêt réel. Pour la drogue, on cite les organismes de santé public, la police et les avocats, qui tentent de justifier leur existence en créant de nouveaux problèmes au fur et à mesure que d'autres disparaissent. Pourquoi pas, mais il me faudrait des explications plus concrètes sur le sujet. Pour les homosexuels ou les musiciens de jazz, on a déjà beaucoup plus de mal à comprendre quel groupe aurait intérêt à les montrer du doigt et pourquoi.
Les normes favorisent également l'apparition de « ghettos » : une fois un déviant découvert, il doit faire un choix radical, rentrer dans le rang ou se couper définitivement de la société. S'il fait le second choix, il perd généralement tout : famille, ami, travail, … La seule option valable pour vivre correctement est alors de vivre uniquement avec les gens qui partagent la même passion coupable.
Essai plutôt intéressant et assez fourni en exemples. Il me manque cependant une couche de profondeur supplémentaire pour être pleinement convaincu : j'ai un peu de mal à faire le lien entre toutes les explications théoriques de l'auteur et les illustrations qu'il donne en exemple. Apparemment, l'essai reprend des parties de thèses ou d'autres publications. C'est sans doute ce qui donne cette impression de manque de continuité dans le discours.
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Writer
16 juillet 2017
Intéressée voire passionnée par la sociologie, il était difficile de passer à côté de ce monument qu'est Outsiders de Becker. (De plus, une membre de la communauté m'avait conseillée cette lecture.) Forcément, lorsque l'on pense à cet ouvrage, on pense à la notion de déviance. Ainsi, sans grande surprise, on en apprend davantage sur cette notion qui prend plusieurs formes et plusieurs sens en fonction du contexte social, historique, etc. Mais surtout, en fonction du point de vue adopté (attention cependant la notion ne s'arrête pas au point de vue des observateurs).
En effet, qu'est-ce que la déviance ? Mais surtout est-ce que la déviance est la même pour tous ? La déviance, est une notion normative qui varie en fonction de celui qui observe ou celui qui est considéré, stigmatisé comme déviant. En somme, c'est une notion bien plus complexe qu'on ne peut l'imaginer.
Si l'ouvrage est plutôt simple à lire et à comprendre, je trouve juste dommage l'exemple des musiciens de danse qui au final n'apporte pas grand-chose au regard de notre époque. A contrario, les exemples sur l'homosexualité ou les consommateurs de marijuana sont très intéressants, et portent à l'esprit de nouvelles interrogations. Peut-on encore parler de déviance aujourd'hui ? Pour qui ? Dans quelles circonstances ? Quand ? Etc… Peut-on même étendre cette notion à des groupes qui jusqu'alors n'étaient pas considérés comme déviants ? Autant d'interrogations que soulèvent en filigrane cet ouvrage, et qui le rend donc source d'études pour les futurs ou apprentis sociologues.
Au final, un vrai bon ouvrage de sociologie qui parfois s'égare un peu selon moi, mais qui reste intemporel.
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Antorelcorinne
19 novembre 2014
H Becker tente de démontrer que la déviance ne résulte pas simplement des comportements qui transgressent des normes acceptées par tel groupe ou telle institution, mais plutôt du résultat de réactions et d'initiatives d'autrui dans une société.Ce qui voudrait dire, qu'en réagissant aux transgressions et en instituant des normes dont le non-respect sera sanctionné, la société est au coeur même du phénomène de déviance. Cette étude des années 60 me semble tout à fait d'actualité.
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lutinielle
23 août 2012
Comment se construit la norme ? Qui fait appliquer la norme ? qui sont les hors normes (outsiders) et les bordliners ? Qui échappe à la norme sans en être exclus ?
Un livre fondateur de l'école de Chicago et de l'interactionnisme symbolique.
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RiffMacKaulaye
07 mars 2017
Une référence lorsque l'on s'intéresse à l'anomie et à la délinquance. Accessible à tous.
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Citations & extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
WriterWriter16 juillet 2017
Je ne pense pas que les idées sociologiques soient difficiles à comprendre.
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WriterWriter12 juillet 2017
Etre pris et publiquement désigné comme déviant constitue probablement l'une des phases les plus cruciales du processus de formation d'un mode de comportement déviant stable.
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WriterWriter11 juillet 2017
La déviance est une propriété non du comportement lui-même, mais de l'interaction entre la personne qui commet l'acte et celles qui réagissent à cet acte.
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Fabric242Fabric24207 septembre 2015
Mais il convient de faire quelques distinctions préliminaires. Les normes peuvent se présenter sous des formes très variées. Elles peuvent être édictées formellement par la loi : dans ce cas les forces de police de l'Etat peuvent être employées pour les faire respecter. Dans d'autres cas, elles représentent des accords informels, établis de fraîche date ou revêtus de l'autorité de l'âge et de la traduction; des sanctions informelles de diverses sortes sont utilisées pour faire respecter ce type de normes.
De même, la tâche de faire respecter les normes - que celles-ci aient la force de la loi ou de la tradition, ou qu'elles s'appuient simplement sur un consensus - peut incomber à un corps spécialisé, comme la police ou la commission déontologique d'une association professionnelle ; mais cette tâche peut aussi être l'affaire de tout un chacun, ou moins de tous les membres du groupe auxquels les normes sont censées s'appliquer.
Les nombreuses normes que nul ne cherche à faire appliquer n’ont qu’un rapport tout à fait superficiel avec le type de norme qui m’intéresse ici. Par exemple, les « Blue laws » figurent encore dans les codes bien qu’elles ne soient plus en vigueur depuis une centaine d’années. (Mais il est important de se souvenir qu’une loi tombée en désuétude peut être réactivée pour diverses raisons et retrouver toute sa force originelle, comme cela s’est passé récemment dans le Missouri pour les lois régissant l’ouverture des établissements commerciaux le dimanche.) Des normes informelles peuvent pareillement dépérir si on ne les fait pas appliquer. Je m’occuperai ici principalement de ce que l’on peut appeler les normes effectivement en usage, celles que des groupes maintiennent en vie par leurs efforts pour les faire respecter.
Enfin, le degré exact auquel un individu est étranger - aux deux sens du terme précédemment mentionnés - varie d’un cas à l’autre. De celui qui commet une infraction de la circulation ou de celui qui a un peu trop bu dans une soirée, nous pensons que c’est un individu somme toute pas très différent des autres, et nous traitons sa transgression avec tolérance. Mais nous estimons que le voleur est déjà moins semblable à nous et nous le punissons sévèrement. Quant aux crimes tels que le meurtre, le viol ou la sédition, ils caractérisent à nos yeux leurs auteurs comme de véritables étrangers à la collectivité.
De même, certains transgresseurs ne pensent pas avoir été injustement jugés. Celui qui a enfreint les règles de la circulation admet en général les règles qu’il a violées. Les alcooliques ont souvent une attitude ambivalente : tantôt ils estiment que ceux qui les jugent ne les comprennent pas, tantôt ils reconnaissent que l’ivresse chronique est néfaste. Certains déviants enfin, dont les homosexuels et les toxicomanes sont de bons exemples, élaborent quant à eux une idéologie systématique expliquant pourquoi ils sont dans le vrai et pourquoi ceux qui les désapprouvent et les punissent ont tort.
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Fabric242Fabric24207 septembre 2015
Tous les groupes sociaux instituent des normes et s'efforcent de les faire appliquer, au moins à certains moment et dans certaines circonstances. Les normes sociales définissent des situations et les modes de comportement appropriés à celles-ci : certaines actions sont prescrites (ce qui est "bien"), d'autres sont interdites (ce qui est "mal"). Quand un individu est supposé avoir transgressé une norme en vigueur, il peut se faire qu'il soit perçu comme un type particulier d'individu, auquel on ne peut faire confiance pour vivre selon les normes sur lesquelles s'accorde le groupe. Cet individu est considéré comme étranger au groupe [outsiders].
Mais l'individu qui est ainsi étiqueté comment étranger peut voire les choses autrement. Il se peut qu'il n'accepte pas la norme selon laquelle on le juge ou qu'il dénie à ceux qui le jugent la compétence ou la légitimité pour le faire. Il en découle un deuxième sens du terme : le transgresser peut estimer que ses juges sont étrangers à son univers.
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Video de Howard S. Becker (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Howard S. Becker
Conférence Les mondes de l'art de Howard Becker par Jean-Louis Fabiani En France ce que Wolfgang Lepenies appelle la troisième culture ces sciences sociales coincées entre le littéraire et le scientifique est paradoxalement assez peu reconnue la culture générale semble en effet trop souvent pouvoir s'en dispenser C'est un paradoxe dans la mesure où la France est avec Comte Tocqueville et Durkheim notamment l'un des berceaux de ce pan considérable de la pensée Sise entre les rues Emile Durkheim et Raymond Aron la Bibliothèque Nationale de France a décidé de lancer un cycle dédié aux grands livres qui dessinent une bibliothèque idéale des sciences sociales Il s'agit d'inviter à lire et relire quelques-uns de ces grands ouvrages en compagnie d'un chercheur contemporain manière de replacer ces livres dans l'histoire des idées mais aussi et surtout de souligner leur pertinence contemporaine les usages qui peuvent en être faits Cycle proposé par Sylvain Bourmeau Par Jean-Louis Fabiani sociologue directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
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