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Max Milner (Éditeur scientifique)
ISBN : 207032186X
Éditeur : Gallimard (21/02/1980)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 172 notes)
Résumé :
En 1842, un an après la mort de son discret auteur, la première édition de Gaspard de la Nuit ne rencontre guère que le silence: vingt exemplaires à peine en sont vendus. Et il est vrai que les premiers lecteurs étaient sans doute mal préparés à la découverte de ce recueil de courtes "fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot" qui offraient à la fois l'apparence de la prose et la réalité d'une pure écriture poétique.
Il faudra attendre Baudelaire pour... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
candlemas
  02 février 2018
Gaspard de la Nuit est une oeuvre posthume de Louis Jacques Napoléon Bertrand. Pauvre, mort à l'âge de 34 ans, la tentative d'Aloysius de se démarquer de ses maîtres romantiques, Hugo et Walter Scott, n'aboutira que des années plus tard, reconnue par Baudelaire, Mallarmé, et plus tard par les surréalistes.
Gaspard de la Nuit, réputé être l'un des premiers recueils de poésie en prose, intrigue en effet dans sa forme. S'inspirant de la peinture de Rembrandt et de Callot, Aloysius y convoque tout un univers gothique de clochers, châteaux, monastères, où évoluent brigands, gnomes, sorcières et alchimistes. Ses personnages, au premier rang desquels Ondine et Gaspard, sont à l'image de sa poésie en prose : ils semblent errer en eau trouble et mouvante, lunatiques et noirs.
Ce n'est pas l'originalité des thèmes qui se dégage, mais une ambiance particulière, qui me fait un peu aux Contes Fantastiques de Gautier. Les tableaux sont lyriques, parfois non dénués de maniérisme.
Ce faisant, Aloysisus semble bien annoncer Baudelaire, Rimbaud, puis les libérations formelles d'Apollinaire et des surréalistes ; mais l'alchimie du verbe, la convocation de Lucifer semble comme retenue, lascive. Malgré sa recherche d'une forme libre, sa poésie reste bien dans la veine romantique de son temps. La langue y est recherchée, maîtrisée, rigoureuse.
Bref, un recueil qu interpelle agréablement, et vaut d'être lu pour son côté expérimental, traçant un trait d'union entre la poésie plus authentiquement gothique de Villon ou Rutebeuf et les hardiesses des créateurs qui le suivront . Entre Rembrandt à qui il se réfère, et Magritte, qui lui rendra hommage, il est peintre en poésie. Entre les lamentations funéraires et les interprétations modernes de ses personnages par Maurice Ravel, il fait lien aussi en musique. Architecte enfin, il me semble être un peu le Violet-Leduc des châteaux et clochers des siècles passés.
Sa poésie recherchée et peaufinée nous porte dans un monde moyenâgeux de fantaisie, certes pas avec la puissance de Hugo, ni la fougue de Rimbaud, mais dans une dolente ivresse, travaillée et troublante.
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michfred
  27 février 2015
Aloysius Bertrand, poète dijonnais, est mort très jeune, dans la misère et oublié de tous. Il est sans doute un des plus grands poètes maudits de notre XIXème siècle.
Baudelaire lui rend hommage comme à l'un de ses prédécesseurs dans l'"invention" du poème en prose.
Amoureux de sa belle ville, fou de moyen-âge, féru de peinture, de gravure et ami du sculpteur David d'Angers qui fit son masque mortuaire, Aloysius a produit avec Gaspard de la Nuit une oeuvre étonnante dont les poèmes souvent inspirés de dessins ont à leur tour inspiré les musiciens -surtout Ravel ...
Ses poèmes renvoient aux gravures fantastiques de Callot, à celles toutes mystiques de Rembrandt, et à la peinture de genre hollandaise: de Hooch, van Laer, Teniers entre autres..
On feuillette, en le lisant, un livre étrange semé d'enluminures médiévales, de dessins grimaçants et diaboliques, de rassurantes scènes de cabaret, de graves méditations philosophiques,d'ardentes recherches alchimiques.
Il faut redécouvrir ces poèmes qui sont de petites pochades drôles, inquiétantes...toutes incroyablement travaillées, avec un art consommé de l'ellipse, de l'humour (noir) et une magistrale musicalité malgré l'absence de rimes...
Ma préférence va à la silhouette diabolique de Scarbo, figure récurrente dans le recueil, et qui esquisse une macabre sarabande entre les pages et fait penser à une créature échappée des peintures de Hiéronymus Bosch...
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Sphilaptere
  16 novembre 2018
Aloysius Bertrand, auteur de BD dijonais de la première moitié du 19ème siècle. Pourquoi j'ai aimé ?
1 – Parce qu'il y a du Rembrandt dedans. Il y en a, comme il dit.
2 – Parce qu'il y a du Callot dedans. Il y en a aussi, oh oui.
3 – Parce que le Moyen-Âge est pittoresque.
4 – Parce que le gothique regorge d'images fortes, des sorcières aux pendus.
5 – Parce qu'il a réussi à dessiner tout ça seulement avec des mots, et en prose ! Trop fort Aloysius.
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Bobinou
  28 octobre 2014
Malgré mon statut d'enseignant, je suis peu attiré par la poésie, c'est un tort je le sais.
L'autre nuit, je me suis souvenu d'un poème "Ondine" étudié en première avec un professeur qui n'est plus malheureusement. Et bim, j'ai sauté sur Aloysius Bertrand.
Au premier abord, la prose c'est cool, on se dit qu'on va lire un roman avec des rimes et puis... non!! ( ce commentaire est pour nos jeunes lecteurs)
Ne nous décourageons pas dès la première page l'introduction donne le ton avec un " l'enfance est un papillon qui se hâte de bruler ses blanches ailes aux flammes de la jeunesse". Et là mon pote, Aloysius t'a pécho !!!
Malgré une multitude de notes, de remarques, d'observations, chaque poème nécessite un peu de travail mais beaucoup valent le coup. Enrichissement de vocabulaire garantie.
De quoi envouter, vous aussi, votre Ondine...
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vincentf
  15 septembre 2013
Tout le charme pittoresque d'un romantisme noir qui réinvente le langage d'un Moyen-Age qu'on redécouvre se condense dans ces poèmes en prose qui sortent de leur chapeau magique des aventures qu'on croyait oubliées, des sabbats de sorcières, des nains affreux, des pendus sur la potence, des chevaliers et des gueux, des moines dépravés et, cerise sur le mystère, le diable, qui rôde et qui séduit. le lecteur moderne se plonge avec délice dans un double passé, celui du temps des poètes gourmands, des Victor Hugo de Province, et celui des rois et des lépreux, qui ressuscite un monde enfoui et qui lui donne des couleurs vives et des paroles démodées. On a l'impression de déchiffrer un manuscrit ancien, un parchemin de vélin, et d'y trouver un trésor : les mots de jadis.
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Citations et extraits (66) Voir plus Ajouter une citation
OrpheaOrphea   27 mars 2011
Ondine

- " Écoute ! - Écoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui
frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta
fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ;
et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui
contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau
lac endormi.

" Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant,
chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais,
et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le
triangle du feu, de la terre et de l'air.

" Écoute ! - Écoute ! - Mon père bat l'eau coassante
d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent de
leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénu-
phars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et
barbu qui pêche à la ligne ! "


Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son
anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et
de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.

Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle,
boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa
un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisse-
lèrent blanches le long de mes vitraux bleus.
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LydiaBLydiaB   23 décembre 2010
Il était nuit. Ce furent d'abord, – ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, – une abbaye aux murailles lézardées par la lune, une forêt percée de sentiers tortueux, – et le morimont grouillant de capes et de chapeaux.

Ce furent ensuite, – ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, – le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, – des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque feuille le long d'une ramée, – et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnaient un criminel au supplice. Ce furent enfin, – ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, – un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, – une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, – et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue. Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente; et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de cire.

Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s'étaient éteintes sous des torrents de pluie, la foule s'était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides, – et je poursuivais d'autres songes vers le réveil.
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michfredmichfred   27 février 2015
LA RONDE SOUS LA CLOCHE


C’était un bâtiment lourd, presque carré, entouré de ruines, et dont la tour principale, qui possédait encore son horloge, dominait tout le quartier.
Fenimore Cooper.


Douze magiciens dansaient une ronde sous la grosse cloche de Saint-Jean. Ils évoquèrent l’orage l’un après l’autre, et du fond de mon lit je comptai avec épouvante douze voix qui traversèrent processionnellement les ténèbres.

Aussitôt la lune courut se cacher derrière les nuées, et une pluie mêlée d’éclairs et de tourbillons fouetta ma fenêtre, tandis que les girouettes criaient comme des grues en sentinelle sur qui crève l’averse dans les bois.

La chanterelle de mon luth, appendu à la cloison, éclata ; mon chardonneret battit de l’aile dans sa cage ; quelque esprit curieux tourna un feuillet du Roman de la Rose qui dormait sur mon pupitre.

Mais soudain gronda la foudre au haut de Saint-Jean. Les enchanteurs s’évanouirent frappés à mort, et je vis de loin leurs livres de magie brûler comme une torche dans le noir clocher.

Cette effrayante lueur peignait des rouges flammes du purgatoire et de l’enfer les murailles de la gothique église, et prolongeait sur les maisons voisines l’ombre de la statue gigantesque de Saint-Jean.

Les girouettes se rouillèrent ; la lune fondit les nuées gris de perle ; la pluie ne tomba plus que goutte à goutte des bords du toit, et la brise, ouvrant ma fenêtre mal close, jeta sur mon oreiller les fleurs de mon jasmin secoué par l’orage.
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GrandGousierGuerinGrandGousierGuerin   09 octobre 2014
L’Écolier de Leyde

Il s’assied dans son fauteuil de velours d’Utrecht, messire Blasius, le menton dans sa fraise de fine dentelle, comme une volaille qu’un cuisinier s’est rôtie sur une faïence.
Il s’assied devant sa banque pour compter la monnaie d’un demi-florin ; moi, pauvre écolier de Leyde, qui ai un bonnet et une culotte percée, debout sur un pied comme une grue sur un pal.
Voilà le trébuchet qui sort de la boîte de laque aux bizarres figures chinoises, comme une araignée qui, repliant ses longs bras, se réfugie dans une tulipe nuancée de mille couleurs.
Ne dirait-on pas, à voir la mine allongée du maître, trembler ses doigts décharnés découplant les pièces d’or, d’un voleur pris sur le fait et contraint, le pistolet sur la gorge, de rendre à Dieu ce qu’il a gagné avec le diable ?
Mon florin que tu examines avec défiance à travers la loupe est moins équivoque et louche que ton petit œil gris, qui fume comme un lampion mal éteint.
Le trébuchet est rentré dans sa boîte de laque aux brillantes figures chinoises, messire Blasius s’est levé à demi de son fauteuil de velours d’Utrecht, et moi, saluant jusqu’à terre, je sors à reculons, pauvre écolier de Leyde qui ai bas et chausses percés.
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ElGatoMaloElGatoMalo   05 mars 2015
Je courus par la ville m’informant de M. Gaspard de la Nuit à chaque passant. Les uns me répondaient : — « Oh ! vous plaisantez ! » — Les autres : — « Eh qu’il vous torde le cou ! » — Et tous aussitôt me plantaient là. J’abordai un vigneron de lai rue sain-felebar, nabot et bossu, qui se carrait sur sa porte en riant de mon embarras.

— « Connaissez-vous M. Gaspard de la Nuit ?

— Que lui voulez-vous, à ce garçon-là ?

— Je veux lui rendre un livre qu’il m’a prêté.

— Un grimoire !

— Comment ! un grimoire !… Enseignez-moi, je vous prie, son domicile.

— Là-bas, où pend ce pied de biche.

— Mais cette maison… vous m’adressez à monsieur le curé.

— C’est que je viens de voir entrer chez lui la grande brune qui blanchit ses aubes et ses rabats.

— Qu’est-ce que cela signifie ?

— Cela signifie que M. Gaspard de la Nuit s’attife quelquefois en jeune et jolie fille pour tenter les dévots personnages, — témoin son aventure avec saint Antoine, mon patron.

— Faites-moi grâce de vos malignités et dites-moi où est M. Gaspard de la Nuit.

— Il est en enfer, supposé qu’il ne soit pas ailleurs.

— Ah ! je m’avise enfin de comprendre ! Quoi ! Gaspard de la Nuit serait… ?

— Eh ! oui… le diable !

— Merci, mon brave !… Si Gaspard de la Nuit est en enfer, qu’il y rôtisse ! J’imprime son livre. »
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Videos de Aloysius Bertrand (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Aloysius Bertrand
Émission "Une Vie, une Œuvre" par Claude Mettra, sous-titrée « Les enchantements de Gaspard de la Nuit » diffusée, le 9 avril 1992, sur France Culture. Invités : Pierre Péju et Max Milner.
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