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Sarah Biasini (Autre)
EAN : 9782234090132
288 pages
Éditeur : Stock (06/01/2021)

Note moyenne : 3.7/5 (sur 43 notes)
Résumé :
« Un matin de mai, le téléphone sonne, je réponds, "Bonjour, gendarmerie de Mantes-la-Jolie, la tombe de votre mère a été profanée dans la nuit". »


Une femme écrit à sa fille qui vient de naître. Elle lui parle de ses joies, ses peines, ses angoisses, et surtout d'une absence, celle de sa propre mère, Romy Schneider. Car cette mère n'est pas n'importe quelle femme. Il s'agit d'une grande star de cinéma, inoubliable pour tous ceux qui croisent... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
  27 janvier 2021
Profanation, procréation, promesse
Sarah Biasini a choisi d'écrire à sa fille pour lui raconter cette grand-mère qu'elle ne connaîtra jamais, pour lui parler de sa famille, et pour mettre fin à quelques rumeurs persistantes.
«Ce qui m'intéressait, c'était de raconter comment une famille se débrouille avec ses morts, comment on en parle à l'intérieur d'une famille. Quand je suis devenue mère, et c'est aussi valable pour les pères, on se pose la question de savoir quel enfant on a été, et comment on va assurer la stabilité et la sensibilité de son enfant. C'était le point de départ du livre». C'est ainsi que Sarah Biasini a expliqué dans l'émission «C à vous» les raisons qui l'ont poussée à écrire La Beauté du ciel. Une entreprise très difficile car, «quand la mort empêche de connaître quelqu'un, on ne cherche pas pour autant ce qu'on ignore. On le laisse en blanc. On tourne autour du sujet, de ce que l'on sait. Si peu soit-il.»
Sarah avait quatre ans quand sa mère est morte. La fillette va grandir auprès de son père, mais aussi et surtout auprès de ses grands-parents paternels. Sans oublier une nourrice à laquelle elle rend un bel hommage. Une famille qui va lui permettre de se construire malgré l'absence d'une mère qu'elle ne peut appeler autrement que «maman». S'il n'est pas occulté, le sujet n'est pas au centre de sa vie.
Et ce n'est qu'en 2017, alors qu'elle est devenue une femme et que sa carrière de comédienne est bien lancée, qu'elle a trouvé l'homme de sa vie, que deux événements vont la pousser aux confidences.
C'est à ce moment que la gendarmerie lui annonce que la tombe de Romy Schneider a été profanée. En se rendant au cimetière de Boissy-sans-Avoir, Sarah va en quelque sorte enterrer sa mère, elle qui n'avait pas assisté pas aux obsèques. À ce choc va suivre une bonne nouvelle, l'annonce de sa grossesse. Deux événements qu'elle va lier en se décidant à écrire.
Les amateurs de spiritisme trouverons déterminante la rencontre, lors d'une tournée à Marseille, où elle jouait une pièce de théâtre, avec une dame censée parler aux morts et qui entreprendra de déchiffrer tous ces signes qui se présentent à elle. «Je marche constamment sur ce fil qui nous lie, tendu mais incassable. La vie que tu m'as donnée, qui me reste. Une vie interrompue il y a trente-huit ans. Une autre qui commence aujourd'hui.» Et c'est à cette vie qu'elle va s'adresser pour lui expliquer dans quelle famille elle va grandir et qui est cette grand-mère qu'elle ne connaîtra jamais, mais dont elle va beaucoup entendre parler, notamment de personnes qui ne l'ont pas connue, mais qui voudront partager leur vérité. Et même si la plupart auront des intentions louables, ils fausseront l'image – la vraie – de cette femme exceptionnelle partie trop vite. Aux témoignages de son entourage, Sarah a voulu ajouter ceux des personnes qui ont fait un bout de chemin avec l'actrice. Elle a parlé à Michel Piccoli, Claude Sautet, Alain Delon, Philippe Noiret. Mais pas pour parler de cinéma. Pour parler de la femme et du souvenir, de la mort et du vide et des moyens de le combler.
Avec pudeur mais aussi avec force Sarah Biasini affiche ses convictions. Comme quand elle affirme haut et fort que rien ne permet d'affirmer que sa mère s'est suicidée. Ou quand elle explique combien elle déteste le film censé raconter sa mère en la filmant lors de son séjour à Quiberon. Il est vrai que ce portrait d'une femme triste et dépressive fausse complètement l'image d'une mère à la beauté du ciel. Cette même beauté du ciel transmise à sa fille. Car comme lui explique son mari, désormais Sarah ne sera plus la fille de sa mère, mais la mère de sa fille. Pour ma part, c'est cet héritage, cette image que je conserve en refermant le livre.

Lien : https://collectiondelivres.w..
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Bazart
  19 janvier 2021
Les rares fois où l'a on vu jouer la comédienne Sarah Biasini. au théâtre, notamment dans sa première pièce, une adaptation d'une pièce de Neil Simon, Pieds nus dans le parc , on n'a pu s' empâcher de penser à sa mère, la mythique Romy Schneider dont elle a le même visage et les yeux l
Une mère décédée alors que Sarah n'avait que quatre ans et dont on pressentait les effets importants que sa présence/absence avait pu avoir sur sa vie.
Cet impact, que l'on subodorait seulement, elle nous le dévoile dans son premier livre, récit autobiographique qui parait en ce début 2021 chez Stock,
À l'heure de devenir mère, à près de 40 ans, Sarah Biasani qui affirme porter depuis longtemps en elle l'envie d'écrire , s'adresse à sa fille qui va naitre pour lui raconter ce que c'est que devenir mère lorsque l'on n'a plus la sienne depuis si longtemps et que son frère, David est décédé tragiquement quelques mois avant sa mère.

Comment envisager la vie quand l'amour familial semble phagocyté par le spectre de la mort et qu'il faut taire ses angoisses qu'on a à la crainte de mourir trop tôt pour son enfant ? Comment trouver sa place à l'ombre d'une icône planétaire adulée pour sa beauté et son talent éclatant notamment dans les films de Claude Sautet?
La beauté du ciel;, qui démarre le 1er mai 2017 lorsque des policiers lui informe que la tombe de sa mère est profanée, est ainsi l'occasion d'aborder différentes thématiques liées à la transmission et de présenter une vision plus intime de l'icone qu'était Romy Schneider.
Parfois gardienne du temple, Sarah Biasini confie avoir beaucoup de mal à supporter que d'autres s'approprient l'histoire de sa mère.
Elle critique ouvertement dans un chapitre en entier le film Trois jours à Quiberon d'Emily Atef qu'on a pourtant trouvé très beau de notre coté , mais on peut comprendre que l'image de femme dévastée, torturée par ces démons que lui renvoie ce film ainsi que d'autres séquences très connues de Romy- on pense à la scène d'introduction de l'Important c'est d'aimer que Sarah dit aussi détester- ne corresponde pas aux souvenirs qu'elle veut conserver de sa mère, partie bien trop tôt.
Dans ce récit sincère et pudique, sans un mot de trop. qui fait un peu penser dans sa forme et construction au Big Bang d'Irène Jacob, Sarah Biasani creuse son rapport à sa mère et à sa vie dans son ensemble.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Zephyrine
  12 février 2021
C'est l'histoire d'une femme qui devient mère sans souvenir de sa propre mère...Sans souvenirs propres devrais-je dire...Car les souvenirs collectifs sont là pour lui rappeler sans cesse que sa mère, Romy Schneider, est dans la mémoire de tous.
Alors, parce que l'auteur sait que la vie réserve parfois de mauvaises surprises, elle écrit à sa fille ce livre, pour que soit écrit quelque part ce qui doit d'être dit. Elle lui livre la joie de son arrivée, l'inonde d'amour, lui transmet l'histoire de sa famille et les souvenirs de sa mère.
Il est compliqué de résumer d'avantage ce livre qui tient d'avantage de la lettre que du roman. Je peux juste dire que c'est sensible et touchant. Certes, personne ne peut s'empêcher à Romy Schneider qui n'est pourtant citée qu'une fois, mais chacun sera également à amener à réfléchir à ses propres relations avec ses parents et ses enfants.
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Celkana
  02 mars 2021
Qui ne connait pas Romy Schneider, indéboulonnable Sissi Impératrice..? Sarah Biasini, sa fille qu'elle n'a connu que jusqu'à l'âge de 4 ans et demi s'apprête à devenir maman à son tour et cherche à expliquer à sa fille ce que c'est que d'être privée de sa mère aussi tôt et surtout son ressenti elle-même aujourd'hui qu'elle tient ce rôle, face à cette absence, cette mort (car il y a aussi l'absence de son frère mort tragiquement juste avant sa mère) qui suit sa famille partout et elle en particulier, ses angoisses face à ça et son parcours finalement pour être à ses côtés avec ses armes et ses faiblesses.
C'est touchant, parfois drôle par son excès, elle nous raconte en même temps du coup son histoire, son vécu, ses émotions et les conséquences sur sa vie. Elle nous dépeint SA mère et non Romy, nous parle de sa grand-mère qui fut sa mère de substitution et de sa Nadou, sa nounou adorée. C'est tendre, c'est joliment écrit et on sent toute la sincérité de livrer ces mots à sa fille pour qu'elle sache et qu'elle comprenne que la vie avance, même avec des bagages un peu lourds...
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emilie31
  24 janvier 2021
Comme beaucoup j'ai vu les films avec Romy Schneider et pour moi les Sissi évoquent surtout les moments partagés avec mon grand-père maternel. Il adorait qu'on regarde ces films, lui car il admirait la beauté de cette femme, moi car les robes de princesse me faisaient rêver. Mais en dehors de quelques films, je ne fais pas partie de ceux et celles qui ont le culte de Romy. Alors lorsque j'ai eu l'occasion de lire le roman de Sarah Biasini, je n'y ai pas vu le récit de la fille de… mais plutôt celui d'une auteure qui livre ici son premier récit.
Couverture du livre « La beauté du ciel » de Sarah Biasini aux éditions Stock
La beauté du ciel débute en 2017 après le vandalisme de la tombe de Romy Schneider mais surtout lorsque Sarah Biasini apprend sa grossesse. Elle prend la plume pour écrire à l'absente, aux absentes. A l'absente depuis presque quarante ans, sa mère, qui en mourant a fait naître en elle des manques, des vides, des silences mais aussi une peur que la grossesse fait surgir avec plus de force encore : comment être une mère, une bonne mère lorsque soi-même on a perdu si jeune la sienne et grandi sans.
La mère ne m'a jamais manqué, petite. C'est le femme qui m'a manqué, une fois adulte.
A l'absente, bientôt présente, sa fille, Anna, à qui à travers ces pages, elle livre une superbe déclaration d'amour.
Ce récit est une interrogation sur le devenir mère. Si l'auteure est remplie d'angoisse à la naissance de sa fille, elle se sert de ce récit comme d'une catharsis salutaire. Par la fiction, elle s'imagine parfois le pire des scenarii pour ne pas revivre ce qu'elle a vécu lorsqu'elle était enfant. La mort est au coeur des vivants, ronge par l'angoisse qu'elle fait naître mais pousse aussi à vivre plus pleinement, à profiter des siens, à les aimer plus fort encore. Et ce récit est aussi une belle déclaration d'amour aux vivants : à son père, à sa mère-grand-mère, à sa nourrice.
Anna, la beauté du ciel, est un immense bonheur et la source d'angoisses maternelles. Anna est la source de ce récit, même si Romy est aussi en son creux. En tant que lectrice, j'ai apprécié ce récit car si je devenais un jour mère, je pense que certaines craintes maternelles pourraient être miennes. On sent que Sarah Biasini écrit avec ses émotions, parfois à fleur de peau et c'est la sincérité que l'on recherche dans ce genre de récit.
En résumé : une belle déclaration d'amour d'une mère à sa fille et d'une fille à sa mère
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critiques presse (6)
Culturebox   10 février 2021
Son titre : La beauté du ciel (Éditions Stock). Un ouvrage libérateur, intime, personnel mais pas confidentiel.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LeMonde   02 février 2021
L’actrice, fille de Romy Schneider, publie un livre dans lequel elle évoque la manière d’être mère quand on a été privée de la sienne à l’âge de 4 ans.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaLibreBelgique   29 janvier 2021
Sarah Biasini célèbre l’amour maternel. En s’adressant à sa fille de presque 3 ans.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeSoir   27 janvier 2021
Sarah Biasini écrit à sa fille qui vient de naître. Avec ses joies et ses angoisses de jeune maman et pleine d’une absence, celle de sa propre mère, actrice iconique. C’est bouleversant.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Bibliobs   12 janvier 2021
A 43 ans, l'âge de Romy Schneider à sa mort, la comédienne Sarah Biasini signe son premier livre et balaie les rumeurs sur le suicide de sa mère et la relation amoureuse de sa grand-mère avec Hitler.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeParisienPresse   08 janvier 2021
Dans « la Beauté du ciel », la fille de Romy Schneider décrit son vertige de devenir mère, elle qui a perdu la sienne à l’âge de 4 ans et vient de donner naissance à une fille. Un ouvrage poignant.
Lire la critique sur le site : LeParisienPresse
Citations et extraits (58) Voir plus Ajouter une citation
DelphineBoDelphineBo   28 février 2021
Je veux le meilleur pour toi. Devenir mère c'est devenir folle. D'inquiétude. Pour tout et tout de suite, dès ta naissance.
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hcdahlemhcdahlem   27 janvier 2021
INCIPIT
Dans trois semaines, tu seras née.
Le médecin a dit: date de conception 20 mai 2017, naissance 20 février 2018. Il a fait ses calculs sur la base des miens, sans oublier la marge d’erreur.
Donc, j’attends.
Ces neuf mois touchent à leur fin, et je touche moi-même, pour quelques fois encore, ce ventre rond.
Il me semble prêt à exploser tant ma peau s’étire sous l’effet des premières contractions, dites « d’entraînement », sans douleur. Tu peux arriver cette nuit, demain, comme dans dix, dans quinze ou dans vingt jours.
En attendant, je t’écris.

Il y a toujours un point de départ à l’histoire que l’on veut raconter. Un événement qui déclenche d’autres événements, petits et grands. Les voici dans l’ordre dans lequel ils me sont apparus pour certains, réapparus pour d’autres.
Le téléphone sonne, dimanche 1er mai 2017, aux environs de 10 heures. Gilles est parti au cinéma des Halles, pour la première séance de la journée, je ne me rappelle plus du film. J’ai hésité puis, finalement, ne l’ai pas accompagné.
Le téléphone continue de sonner, je ne décroche pas, je ne connais pas le numéro qui m’appelle ce matin-là. Un message est laissé mais je finis ce que je suis en train de faire, je ne sais plus quoi, la vaisselle sans doute.
Si, je le sais très bien, il n’y a pas de peut-être, je suis dans la cuisine, il fait beau d’ailleurs, je me souviens des rayons de soleil qui traversent largement l’appartement.
J’écoute enfin la boîte vocale.
« Bonjour, gendarmerie de Mantes-la-Jolie, chef d’escadron D. M., ne vous inquiétez pas (une précaution de ce genre), mais la tombe de votre mère a été profanée dans la nuit. » La fin du message est floue dans ma mémoire. Probablement l’usuel « vous pouvez me joindre à tel numéro », etc.
Je rappelle et tombe directement sur cette capitaine, elle m’a donné son numéro de portable personnel, c’est un jour férié, elle n’est pas censée travailler.
Sa voix, douce et perchée, contraste avec les faits qu’elle m’expose.
Ils s’y sont pris à coups de pied de biche pour desceller la pierre tombale du socle. Puis, les individus en question (j’imagine forcément deux personnes au moins, vu la taille de la pierre) l’ont fait glisser pour laisser une ouverture en biais d’une vingtaine de centimètres. La capitaine me rassure très vite : le cercueil n’a pas été atteint, puisqu’une dalle de béton, placée sous la pierre tombale, le protège. Ils n’ont pas été au-delà de cette dalle, recouverte d’eau, paraît-il, de toute l’humidité accumulée depuis trente-cinq ans. Je lui demande : « Qui a prévenu la gendarmerie ? » Un cycliste du dimanche qui passait par là (étrange de faire une halte dans un cimetière, bon). Toujours au téléphone, je continue de poser des questions : « Dans quel état la tombe a-t-elle été trouvée ? Est-ce qu’il y a beaucoup de dégâts, la pierre a-t-elle été fendue ? » Elle me rassure, non, il n’y a pas eu trop de casse, à part des pots de fleurs déplacés et un ou deux vases tombés au sol. Elle a pris une photo quand elle est arrivée sur les lieux, elle propose de me l’envoyer, j’accepte. Je vois la pierre descellée, l’espace entrouvert, le trou d’un noir vertigineux. Un espace insuffisant pour attraper quelque chose ou tomber dedans, comme s’ils n’avaient pas fini ce qu’ils étaient en train de faire, qu’ils s’étaient arrêtés en cours de route, déçus, repentants ou surpris par un bruit suspect.
Je finis par lui demander ce que je suis censée faire maintenant. Elle m’explique que la police scientifique intervient pour tenter de relever des empreintes et que le marbrier est là pour ressouder la pierre tombale à son socle.
« Est-ce que je dois venir ? »
« Si vous le souhaitez, bien sûr »
Le temps d’une seconde, j’envisage de rester chez moi, de ne pas bouger, de maintenir ce lieu éloigné de mes préoccupations, à distance. Je me reprends aussitôt, regrettant d’avoir hésité. Je lui dis au téléphone de m’attendre, je serai sur place dans deux heures. Elle patientera évidemment. Elle me demande d’être prudente sur la route, je pleure depuis le début de notre conversation.
Assise, accoudée à la table de la cuisine, je pense : encore un événement sordide. Qui peut vouloir faire une chose pareille ?
Je ne sais pas pourquoi je pleure autant. C’est presque trop, j’ai du mal à me calmer. Elle est déjà morte de toute façon. Ça ne peut pas être pire. Mais il faudrait quand même la laisser tranquille une bonne fois pour toutes. Même dans la mort, on vient l’abîmer. « Reposer en paix » ne pourrait pas être plus à propos.
J’essaie de joindre Gilles mais son téléphone ne vibre même pas, il l’a éteint puisqu’il est toujours au cinéma. Je laisse un message : « Rappelle-moi quand tu sors. » J’appelle ensuite mes grands-parents paternels pour les prévenir et emprunter leur voiture. Je suis déjà chez eux quand Gilles me rappelle et me demande de l’attendre, il insiste pour m’accompagner au cimetière. Ce n’est pas ma première envie mais je cède, poussée par le soulagement qu’expriment Monique et Bernard à l’idée que je n’y aille pas seule. Je voudrais partir sur-le-champ. Le soleil est toujours là.
Gilles conduit mais, après une pause dans une station-service pour demander notre chemin, je passe mes nerfs en prenant le volant.
Nous roulons. Il ne se passe pas grand-chose dans mon esprit à part une sidération qui gèle toute pensée. Je me concentre sur la route. Silence dans la voiture. Nous arrivons dans ce petit village perdu des Yvelines. Boissy-sans-Avoir.
Sans-Être non plus. Quel triste nom.
Je peine à retrouver le cimetière, j’y suis allée en tout et pour tout trois fois dans ma vie. Je n’ai nul besoin de ce genre de lieu pour penser aux morts. Pour me guider, je lève la tête et cherche le clocher de l’église. Je passe devant les grilles du cimetière, je vois un attroupement, c’est là. Je fais demi-tour et cherche une place. Je tente un pauvre créneau mais je commence à trembler. Mes bras et mes jambes me lâchent, ne remplissent plus leur fonction. « Descends, je vais garer la voiture », me dit Gilles.
Je sors, le groupe devant le cimetière m’a vue arriver (on ne peut pas dire que la circulation est dense dans le village), ils me reconnaissent. Je vois leurs visages puis leurs corps se tourner vers moi pour m’accueillir. Je m’avance, lentement, j’attends que Gilles me suive. Il voulait m’attendre dans la voiture, j’ai refusé. Il garde néanmoins la bonne distance, celle du Ne te préoccupe pas de moi, fais ce que tu as à faire, je suis là si tu as besoin de moi.
La capitaine, en civil, enceinte, cela me revient maintenant (de son deuxième, elle me le dira plus tard), est assistée d’un policier, lui en uniforme.
Le marbrier est là aussi. L’entreprise de ce tailleur de pierre est familiale, il a repris, avec son frère jumeau, l’activité de leur père à qui l’on avait fait appel en 1982, au décès de ma mère.
Nous sommes, ces jumeaux et moi, la génération suivante, nous reprenons le flambeau. Le maire du village est là aussi, le même qu’il y a trente-cinq ans.
Nous sommes toujours devant la grille du cimetière, Gilles un peu en retrait, derrière moi, respectueux. Je n’arrête pas de tripoter l’anse de mon sac de ma main gauche. Je m’en fais la remarque sur l’instant. Je canalise mon émotion dans cette main qui s’agite, qui a besoin de serrer quelque chose, de se contracter pour se distraire du chagrin.
J’ai la gorge étranglée, heureusement je n’ai rien à dire, je les écoute m’exposer à nouveau les faits. Je me concentre sur la douceur de chacun de ces regards sur moi, gonflés d’empathie et de compassion. Je dois rester digne et contenir le tremblement de mon menton. Il y a quelques minutes, j’ai réussi à sortir de la voiture, je suis maintenant debout, je m’attache au sol qui me porte.
Ils parlent longuement. Nous restons longtemps devant ces grilles, loin du lieu du crime, de l’effraction, pour se préserver, me préserver.
Ils retardent le moment de m’emmener devant la tombe.
Enfin, nous passons la grille. Tout le monde baisse la tête, moi avec eux.
Une centaine de tombes, petit village, petit cimetière. Le bruit des graviers sous nos pas. Qu’est-ce que je fais là ?
À cette heure-ci, j’aurais rejoint Gilles à la sortie du cinéma, nous devrions être en train de déjeuner tranquillement, en terrasse, rue Montorgueil par exemple.
Je lève le regard quelques secondes pour visualiser l’emplacement de la tombe. Cet endroit qui pique les yeux. Que je ne veux pas voir.
Ils ont tout remis en ordre pour mon arrivée, tout a repris sa place, comme au jour de l’enterrement (j’imagine, je n’y étais pas). Je remarque le passage de la police scientifique, il reste des traces de leur produit vert fluorescent sur les côtés de la pierre tombale et sur les vases. J’ai l’impression d’être dans une mauvaise série policière. Les marbriers ont rescellé la pierre. Les fleurs, en bouquets ou en pots, sont indemnes.
La tombe est intacte, tout le monde a fait son travail, maintenant je dois faire le mien. Mon chéquier est dans la poche arrière gauche de mon jean. Je suis prête à payer, à régler mes comptes avec le passé, comme on dit si bien. Je fais mon devoir de fille. Je m’occupe de ma mère, je range sa mort à l’endroit où l’on a dû la laisser.
Je regarde la tombe sans la regarder. Elle me rappelle qu’elle a été vivante mais qu’elle ne l’est plus. Les deux états s’opposent et l’un met l’autre en exergue. Elle était vivante mais elle est morte mais elle était vivante mais elle est morte mais elle était…
Je ne veux pas penser que c’est ma mère, la moitié de qui j’étais à la naissance, une partie de mon histoire, qui est là, sous la terre.
Il y a mon frère aussi là-dessous. Enterrés ensemble.
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hcdahlemhcdahlem   27 janvier 2021
Tout le monde peut dire le nom de ma mère. Tout le monde la connaît ou a entendu parler d’elle. Surtout ceux qui ont entre quarante et quatre-vingts ans aujourd’hui. Les moins de vingt ans, ça ne leur dit rien, sauf s’ils ont grandi en regardant les Sissi à la télévision, pendant les vacances de Noël, s’ils ont des parents cinéphiles, amoureux des films de Claude Sautet.
Ma mère est inoubliable. Pour son travail d’actrice, pour les hommes qu’elle a aimés, pour la mort tragique de son premier enfant, son fils David, mon demi-frère, mon frère un point c’est tout. À peine un an avant sa mort à elle.
Personne ne veut oublier ma mère, à part moi. Tout le monde veut y penser, sauf moi. Personne ne pleurera autant que moi si je me mets à y penser.

On me parle d’elle en disant son nom au lieu de dire « ta mère », « votre mère ». Comme si je n’étais pas là, devant eux. Je ne comprends pas ce qu’ils disent. Je ne les écoute déjà plus. De qui parlent-ils ? Son nom ne m’intéresse pas, il n’y a que ma mère qui m’intéresse.
Combien de fois ai-je répondu « non » quand, dans la rue, des gens que je ne connaissais pas me demandaient si j’étais sa fille. Je voulais la paix. Éviter les questions, la gêne, les regards appuyés, disproportionnés, trop proches. Je ne sais pas gérer ces situations. À l’impudeur des inconnus, j’oppose une froideur. Je stoppe net, non ce n’est pas moi. Que répondre à leurs « Je l’aimais tellement ». Je n’arrive pas à partager leur amour pour elle, leur manque d’elle. Mon amour et mon vide me semblent mille fois supérieurs. Je ne suis pas la bonne interlocutrice pour eux. J’en suis désolée.
Parfois je réponds « oui ». Je suis de meilleure humeur, j’entends une douceur, un respect plus grand. Je sens que, même si je parle, le silence suivra.
Tout est toujours affaire de rencontres. Et de distance.
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mcd30mcd30   24 janvier 2021
Je ne veux pas penser que c'est ma mère, la moitié de qui j'étais à la naissance, une partie de mon histoire, qui est là, sous la terre.
Il y a mon frère aussi là-dessous. Enterrés ensemble.
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mcd30mcd30   26 janvier 2021
Si j'écrivais ici le nom de ma mère, j'aurais l'impression de parler de quelqu'un d'autred'une étrangère. Son nom d'actrice, de travail, ne lui appartient presque plus et j'ai l'impression qu'à moi, il n'a jamais appartenu. Son nom de jeune fille, toutes les biographies l'on déjà écrit. Ce n'est pas grave, c'est comme ça, elle était déjà célébre bien avant que je naisse. L'appeler "ma mère", il n'y a rien de plus beau. Personne à part moi ne peut le faire. Je ne vais pas m'en priver.
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