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Anne Boquel (Autre)Etienne Kern (Autre)
EAN : 9782080206220
325 pages
Éditeur : Flammarion (21/10/2020)
3.36/5   11 notes
Résumé :
" Avez-vous bien des ennemis " Voilà ce qui préoccupe Balzac, dans la lettre qu'il écrit à son confrère Eugène Sue le 18 novembre 1832. Sue répond sur le même ton : " Les ennemis ; Oh ! très bien, parfaits et en quantité. " La course aux honneurs et à la gloire est indissociable de la condition d'écrivain, particulièrement au XIXe siècle, quand la presse devient toute-puissante et que les tirages des livres augmentent toujours plus. Autant de motifs d'envie et de re... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Arakasi
  22 janvier 2018
« le succès des autres me gêne, mais beaucoup moins que s'il était mérité » déclare sournoisement Jules Renard. Les autres ? Quels autres ? Chateaubriant ? « Un matamore de tragédie » ! Musset ? « Un foetus conservé dans l'alcool » ! Zola ? « Un ressemeleur en littérature » ! Hugo ? Dumas ? Lamartine ? Sand ? Pouah, n'en parlons pas !
Qui a dit que les grands écrivains étaient des gens courtois et mesurés ? Les écrivains sont de sales bêtes vindicatives et orgueilleuses, pétris de méchanceté et de jalousie. Personne ne hait avec autant d'enthousiasme et de constance qu'un écrivain et, si une partie de leur vindicte tombe sur les critiques littéraires, les éditeurs et les directeurs de théâtre, c'est principalement leurs pairs qui sont les cibles de leurs ires. Quand on lui demande s'il a des ennemis, Eugène Sue répond avec ravissement : « Oh ! Très biens, parfaits et en quantité. » Car s'il est bon d'avoir des alliés dans la petite guerre de tranchées que se livrent les auteurs du XIXe siècle, il est encore meilleur d'avoir des ennemis. Un bon ennemi, ça vous pose un homme, ça vous donne de la prestance, de la profondeur, surtout quand celui-ci est prestigieux. Qui n'a pas rêvé de se déclarer l'ennemi personnel de Victor Hugo ? La némésis d'Emile Zola ?
Mais les écrivains ne sont pas seulement des querelleurs chroniques, ce sont aussi des hommes d'esprit. Bienvenu au festival de la vacherie ingénieuse organisé par Etienne Kern et Anne Boquel ! Amateurs de traits d'esprit féroces, de mauvaise foi crasse et de verve satirique, vous allez vous régaler avec cet excellent petit essai, « Un histoire des haines d'écrivains ». Mensonges, ruses, calomnies, ragots… Nos grands hommes ne reculent devant rien pour esquinter leurs adversaires et faire reluire un peu plus leurs propres piédestaux et ceci pour le plus vif plaisir des heureux lecteurs que nous sommes. Oh, on le sait bien, se moquer de ses petits camarades, c'est mal, mais c'est tellement marrant aussi ! Et de toute façon, les autres vous le rendent bien et à coups de truelle en plus.
Eh oui, des sales bêtes, ces écrivains, mais personnes ne leur a pas demandé d'être des saints, juste des génies. Et un poil de mesquinerie, doublé d'un soupçon d'orgueil et de fiel, ça vous rend tout de suite un bonhomme plus sympathique, non ?
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Melopee
  08 août 2011
Quand une amie m'a prêté ce livre, je me suis tout d'abord dit "quel intérêt y a-t-il à parler des relations orageuses entre écrivains?". C'est donc dans cet état d'esprit que j'ai commencé cet essai, un peu circonspecte (car peu habituée aux essais) et peu convaincue de le lire jusqu'au bout.
Sauf que les deux auteurs, anciens élèves de l'École normale supérieure, ont un certain talent pour nous emporter dans les turpitudes d'écrivains qui, par leur nom, nous sont devenus familiers. C'est qu'ils ont fait un formidable travail de recherche pour nous pondre cet essai des plus intéressants !
"Avez-vous bien des ennemis" demande Balzac à Eugène Sue et lui de répondre "Oh ! très bien, parfaits et en quantité". Car avoir des ennemis est une préoccupation de taille pour ces écrivains aux egos surdimensionnés (je ne parle pas De Balzac ou Sue en particulier) car qui dit ennemi dit peut-être jalousie et convoitise.
Depuis l'essor de la presse et le tirage de plus en plus élevé des ouvrages, il y a de quoi regarder chez son voisin et pinailler. Zola innove avec son naturalisme et s'octroie les foudres des Anciens. Pour Hugo, le rouge et le noir est écrit en patois. Quant à Sainte-Beuve, il est traité sans ménagement de "Sainte-Bave" par ce même Hugo". Les grands noms alternent et se succèdent dans toutes ces anecdotes issues d'un autre temps qui mettent en lumière des écrivains qui se savent importants et en jouent pour se tirer la couverture à soir.
Rien de tel que d'égratigner, les rivaux de la scène littéraire pour faire jaser dans les salons et s'attirer de la renommée. Certains comme Edmond de Goncourt accusera Zola de puiser dans son oeuvre à chaque nouvelle parution (pour exemple : Germinie Lacerteux serait selon lui à l'origine de L'assommoir) : un plagiat savamment orchestré, en somme, qui aura tôt fait d'énerver l'illustre Zola passant derrière tout ça.
Ce qui est assez drôle dans cet essai c'est qu'on se rend compte que tout est motif à discorde : les amours des uns et des autres, les adultères, les romans trop avant-gardistes, les attitudes en société...
Pour finir, je ne peux que dire que cet ouvrage est excellent. Il fait sourire et donne un nouvel éclairage à ces sommités littéraires qui ont su s'imposer à travers les siècles. C'est de bonne guerre que de chercher querelle auprès de condisciples car ces gens-là de cessent d'innover et de briller de par leurs trouvailles langagières.
Ce livre s'engloutit comme un récit et c'est bien une histoire que les deux auteurs nous content ici. Une histoire construite à partir de solides références mais qui se laisse suivre sans effort aucun.
Merci à l'amie qui m'a prêté ce livre et qui, décidément, me connait peut-être mieux que moi-même ! Maintenant, je compte bien mettre la main sur Une histoire des parents d'écrivains, des deux mêmes essayistes.
Lien : http://shereads.canalblog.co..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
karamzinkaramzin   29 décembre 2020
...
La comédie mondaine

En 1844, Sainte-Beuve griffonne ces quelques mots : « Ma relation avec Hugo est très simple désormais ; je la résume ainsi : ennemis, ennemis mortels, nous le sommes au fond ; nous n'avons plus à observer pour les autres et pour nous-mêmes que ce qui est de dignité et de convenance. »
Quel que soit leur ressentiment l'un pour l'autre, Hugo et Sainte-Beuve, adversaires en amour comme en littérature, n'en continuent pas moins d'observer : « ce qui est de dignité et de convenance ». Formule lourde de sens : les règles de la vie littéraire de leur temps font qu'ils sont amenés à se côtoyer, malgré leur désir de s'éviter le plus possible.

Contrairement à l'image d’Épinal, l'écrivain ne se contente pas, reclus dans sa tour d'ivoire, de produire des chefs-d’œuvre qu'il jette ensuite dédaigneusement en pâture à la foule. Il est avant tout un homme de société, qui entretient des rapports aussi bien publics que privés avec ses pairs.
À l'exception de quelques auteurs retirés en province comme Jules Verne ou toujours par monts et par vaux comme Stendhal ou plus tard Rimbaud, les écrivains se fréquentent presque tous, et presque toujours à Paris. Ils forment un petit monde. Au début du siècle, ils se retrouvent dans les mêmes salons [les Nodier, Madame Récamier] ; dans la seconde moitié du siècle, s'il est vrai qu'ils se connaissent moins bien, on les voit pourtant attablés au restaurant Magny, (...), religieusement attentifs chez Mallarmé, (...), ou chez Leconte de Lisle, (...) ; ce sont les mêmes directeurs de presse, les Véron, les Buloz, les Girardin, qu'ils tentent de convaincre d'éditer leur prochain roman, leur prochain poème ; plus tard, couverts de gloire, et camarades devant l'immortalité, ils s'observent en chiens de faïence sous la Coupole de l'Académie française.

Sans cesse confrontés les uns aux autres, (...), les écrivains tissent des liens, forment des clans, apprennent à se haïr, s'échangent leurs livres avec affectation : « on envoie ses livres à des gens qu'on méprise bien. », disait Remy de Gourmont. Bref, on se jalouse, on s'épie ; Maupassant évite autant que possible de se rendre chez les Daudet, car il sait qu'il risque d'y attirer l'attention du vieil Edmond de Goncourt, familier de la maison, qui prend un malin plaisir à nourrir son Journal de notations perfides d'après nature. C'est avec une fierté candide qu'il consigne ainsi une méchanceté qu'il a lâchée lors d'un dîner chez Magny, en mai 1865 :
« Un mot de moi qui a eu un grand succès à un des Magny : Baudelaire ? c'est Béranger à Charenton ! »

Si l'on veut bien se souvenir qu'à Charenton se trouvait un asile célèbre, on comprendra que pour briller en société, il faut être prêt à proférer les pires horreurs. Les jeux de mots ― pas toujours du meilleur goût ― font florès : Musset ridiculise Alphonse Karr, journaliste à scandales, en s'écriant : « Je connais mon Karr à fond. » Victor Hugo assassine Sainte-Beuve d'un « serpent à sonnets », Paul Léautaud gratifie le très catholique François Coppée d'un laconique « anus Dei ».

Car la haine littéraire a toujours un public ; même les lettres qu'on échange sont destinées à être déclamées à la première occasion. Mondaine, la haine est un spectacle permanent, une joute de tous les instants ; la palme ira à celui qui mettra les rieurs de son côté en se révélant le plus fin, le plus spirituel.
Mais dans l'univers feutré des salons, où chacun s'escrime à rester fidèle au rôle qu'il s'est composé, l'aspect le plus profondément public de la vie littéraire a un revers : la dissimulation, avec son lot de petites hypocrisies. On éprouve à coup sûr moins de plaisir à critiquer un absent qu'à faire blêmir un confrère bien présent par une attaque détournée, enrobée dans les onctuosités de la civilité la plus parfaite. Pour être dissimulées, les inimitiés ne sont pas moins fortes. C'est d'autant plus vrai dans un monde où les convenances régissent de manière stricte l'expression du lien social, où l'agressivité, la « pulsion de mort », comme disent les psychanalystes, sont immanquablement médiatisées par cette forme raffinée de la civilisation qu'est la politesse. En fait de haines, on préfère la plume et la parole au fleuret.

Il est vrai que les choses évoluent avec le temps. Les rancœurs aristocratiques d'un Chateaubriand ou d'un Vigny ne sont pas les haines politiques suscitées par l'affaire Dreyfus ; l'arrogance sereine et quelque peu bonhomme d'un Lamartine ou d'un Dumas ne ressemble pas à la hargne plus moderne d'un Rimbaud ou d'un Zola fiévreusement désireux d' « arriver ». À mesure que l'expansion de la société industrielle modifie les conditions de production et de réception de la littérature, les codes de la sociabilité littéraire évoluent. Soucieux de défendre leurs intérêts menacés, les écrivains, d'origine et d'horizons plus variés qu'au début du siècle, désertent peu à peu les salons mondains, où ils n'ont plus d'autre rôle à jouer que celui de « bichons » ― c'est ainsi que la princesse Mathilde parlait des Goncourt ―, au profit d'assemblées moins huppées, mais plus libres, à l'image du restaurant Weber, où l'on pouvait croiser Proust au début du XXe siècle. Autour d'un verre d'absinthe ou d'une tasse de thé, la parole est plus libre, et l'attaque souvent plus directe. On verra facilement un Rimbaud, un Verlaine ou un Lorrain passer de la parole au geste ― Catulle Mendès a une dizaine de duels à son actif. Peu à peu, la presse, avec ses polémiques faciles et rentables, devient le terrain d'affrontement privilégié des écrivains ; à vrai dire, quel besoin y a-t-il de ménager quelqu'un qu'on ne fréquente pas ?
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SZRAMOWOSZRAMOWO   23 juin 2016
(...)
La haine, quelque forme qu'elle revête, est au fondement de la création littéraire. Il n'est pas de confrère qui ne soit un adversaire potentiel.
(...)
Pour Lamartine, Châteaubriant est "un matamore de tragédie"
Pour Léon Bloy, Zola est un "incomestible pourceau"
Pour Baudelaire, George Sand, "elle est bête, elle est lourde" (...) "comment quelques hommes ont pu s'amouracher de cette latrine"
Pour Flaubert, le romantisme de Musset : "lyrisme poitrinaire" (...) "C'est un esprit eunuque, la couille lui manque, il n'a jamais pissé que de l'eau claire."
(...)
Edmond de Goncourt : "Au fond, Zola n'est qu'un ressemeleur en littérature."
(...)
George Sand : "J'ai eu Mérimée hier soir, ce n'est pas grand chose."
Mérimée : "C'est une femme débauchée à froid, par curiosité plus que par tempérament."
(...)
Jules Renard : "Le succès des autres me gêne, mais beaucoup moins que s'il était mérité."
(...)
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ArakasiArakasi   06 janvier 2018
"Le succès des autres me gêne, mais beaucoup moins que s'il était mérité."
Jules Renard
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