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Vladimir Volkoff (Traducteur)
EAN : 9782253933144
156 pages
Le Livre de Poche (01/07/1999)
4.01/5   445 notes
Résumé :
Quand Mikhaïl Boulgakov publie "Cœur de chien" en 1925, la Russie soviétique bénéficie d'une relative liberté créatrice avant la nuit noire du stalinisme qui s'annonce.
L'écrivain, bien qu'il tienne à rester en marge des courants littéraires, en profite de façon inespérée. En d'autres temps, le sujet de son roman lui aurait valu quelques années de goulag pour ne pas imaginer pire.
Que l'on en juge ! Un illustre professeur, spécialisé dans le rajeunisse... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (66) Voir plus Ajouter une critique
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Philippe Philippovitch Transfigouratov est un éminent chirurgien moscovite des années 1920. Un professeur admiré, une sommité mondiale dans le domaine du rajeunissement. Il multiplie les interventions réputées infaisables, et, pour l'essentiel, les réussit. Il se fait aider dans sa tâche par un jeune médecin qu'il a pris sous son aile il y a quelques années : le docteur Bormenthal.

En revanche, ce que l'on peut affirmer, c'est que Le Professeur n'est pas un franc partisan de la révolution de 1917 — voilà bien le moins que l'on puisse dire ! Il occupe un appartement très spacieux, situé rue Pretchistenka. Il est jugé trop luxueux par Schwonder, le représentant des bolcheviks dans son immeuble, qui rêverait de lui amputer de moitié pour pouvoir loger d'autres personnes à la place.

Toutefois, le professeur Transfigouratov a suffisamment de relations en haut lieu pour parvenir à faire ravaler sa langue et trépigner Schwonder et ses sbires… pour le moment. J'écris pour le moment parce qu'il se produit un petit événement qui risque fort de venir perturber le quotidien très actif mais toutefois plutôt tranquille du professeur.

Une expérience, figurez-vous. Oui, une simple expérience, comme il en a déjà réalisées des tas, mais qui, cette fois, concerne un patient un peu spécial. le patient en question est un malheureux, un vagabond, rencontré quasi agonisant, à demi mort de froid et de faim, sous une porte cochère un soir d'automne.

Le malheureux a eu à subir, au surplus, une violente brûlure sur tout le flanc gauche qu'un mauvais coucheur a provoqué en lui balançant sciemment une pleine marmite d'eau bouillante.

N'entretenons pas le mystère plus longuement : ce vagabond n'est pas un homme mais un chien, appartenant à la catégorie grand bâtard, vivant de rapine et fortement sujet aux puces. N'ayant pas de propriétaire avéré, et, par conséquent, pas non plus de nom, le professeur le baptise Bouboul.

Pendant quelque temps, il le soigne convenablement et le remet en forme, faisant disparaître son grand état de maigreur et s'assurant que sa brûlure guérit convenablement. Bouboul, ex-chien pouilleux, loqueteux et quémandeur, vivra donc comme un coq en pâte dans le bel immeuble de la rue Pretchistenka, au grand dam de Schwonder qui juge d'un très mauvais oeil cette introduction d'un animal aussi peu reluisant.

Mais il me semble vous avoir parlé d'une opération qui allait tout déclencher… Eh bien la voici. Un soir, le docteur Bormenthal arrive essoufflé et tout content, porteur d'un petit flacon contenant un matériel glandulaire fraîchement prélevé sur un humain fraîchement décédé. Il s'agit des testicules et de l'hypophyse du défunt, au demeurant, notoire alcoolique et volontiers fainéant des environs.

Le professeur Transfigouratov va donc s'employer à réaliser une première médicale qui va boubouleverser sa vie, si vous me pardonnez cette facilité langagière. Considérant, de surcroît, que j'en ai déjà dévoilé beaucoup pour un livre aussi petit, il me semble bienvenu d'arrêter ici ma présentation de l'histoire afin de vous en laisser jouir si le coeur vous en dit — Coeur de chien, cela va sans dire.

Voilà donc une farce à caractère corrosif, mais sans excès, une dénonciation douce tant d'un système naissant, le communisme, que d'une dérive médicale poussant à tenter n'importe quoi sur n'importe qui, tels des docteurs Frankenstein du XXème siècle.

Bien évidemment, l'infortuné Mikhaïl Boulgakov n'imaginait pas encore que, dès la fin de ce même XXème siècle, on serait capable de dessiner plein de moutons à tous les petits princes de la Terre des hommes, en les clonant tout simplement et en les baptisant Dolly n° 1, n° 2, n° 3, etc. Et je ne vous parle même pas des apprentis Frankenstein ou Transfigouratov du XXIème siècle, dont on a cruellement l'impression qu'ils n'ont pas toujours tiré les enseignement des chimères du passé…

Un livre assez drôle, donc, sans être hilarant non plus, qui se lit vite sans appartenir, selon moi, à la catégorie des chefs-d'oeuvre intemporels. Divertissant sans être niais, voilà tout. Bien entendu, ce que j'exprime ici n'est qu'un chien d'avis, c'est-à-dire, pas grand-chose. Waf !
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Le professeur Philippe Philippovitch, chirurgien moscovite renommé qui exerce son activité dans un vaste et luxueux appartement, voit un jour se présenter à sa porte le comité d'immeuble qui prétend réquisitionner une pièce pour un nouveau locataire. Philippovitch se débarrasse promptement des opportuns en faisant intervenir une de ses relations. Il est pressé de commencer une intervention sur le chien Bouboul, ramassé dans la rue. Son idée est de greffer sur l'animal testicules et hypophyse humains en vue de tester leur rôle dans le rajeunissement. Mais opéré, bientôt le chien se transforme en un homme sans-gêne, grossier, et incontrôlable.

La créature chien-homme née des manipulations du docteur Philippe Philippovitch, sorte de docteur Frankenstein, est on le comprend ensuite l'incarnation de l'homo sovieticus, un être qui par son indifférence au bien commun, entre autres, oppose une résistance à l'endoctrinement. Bien qu'écrite en 1925, avant la nuit noire du stalinisme, cette remarquable satire de la société soviétique des années 20 ne fut publiée en URSS qu'en 1987, jugée contre-révolutionnaire — comme d'ailleurs son auteur qui pu néanmoins toute sa vie travailler dans son pays, mais muselé.

« Supposez que nous ayons une guerre contre les rapaces impérialistes ?
— Moi, je ne vais pas aller faire la guerre où que ce soit ! jappa soudain Bouboulov ...»

Challenge MULTI-DÉFIS 2020
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Tout commence très simplement : un chien errant dans les rues qui gémit de douleur, un geste de charité, de compassion, et voilà Bouboul - pauvre bête souffrante qui vient de se faire ébouillanter par un cuisinier - dûment adopté par le Professeur Philippe Philippovitch. Histoire a priori tristement banale de maltraitance animale et de sauvetage in extremis, sauf que le Professeur Philippe Philippovitch, chirurgien et chercheur renommé à la pointe de l'innovation, ne voit bientôt plus en ce chien que l'occasion de mener à bien le projet susceptible d'être le couronnement de sa carrière : la conquête et la maîtrise des processus du rajeunissement.

Funestes perspectives pour le pauvre Bouboul… Mais jouer les apprentis sorciers n'est généralement pas une bonne idée et il s'avèrera bien vite que greffer à un chien l'hypophyse et les testicules d'un jeune voyou qui fut de son vivant voleur, menteur et alcoolique n'en est pas une non plus. S'ensuit une série d'aventure rocambolesques où le chien Bouboul, métamorphosé en humain et rebaptisé Bouboulov, fera subir avec jubilation à son entourage tous les sévices que lui inspirera sa nouvelle personnalité de crapule revancharde, méchante et bornée… caricature de l'homme soviétique en gestation.

Avec “Coeur de chien” (écrit en 1925 mais qui ne sera pas publié en Russie avant 1987), petit texte qui renouvelle, sur le mode animal, le thème de Frankenstein et anticipe également les expérimentations médicales qui seront plus tard monnaie courante dans le monde communiste, Boulgakov s'en donne à coeur joie dans la description de tout ce qu'il peut y avoir de plus médiocre et de plus laid dans la nature humaine tout en se livrant - sous les apparences inoffensives d'un conte grotesque - à une critique en règle de la société corrompue, mesquine, vulgaire et bêtement fanatique de la Russie soviétique des années vingt.

C'est ironique, drôle, mordant, plein de fantaisie et parfois glaçant, mais n'a pas, loin s'en faut, l'envergure de ce qui sera, bien des années plus tard, son chef-d'oeuvre : “Le Maître et Marguerite”. Un roman intelligent et distrayant mais un peu anecdotique, comme le sont bien souvent les oeuvres de jeunesse des futures grandes plumes de la littérature.

[Challenge Multi-Défis 2020]
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Bouboul est un chien errant moscovite.
Un soir de galère dans le froid polaire de la jeune URSS, il a tiré le gros lot des canidés: un nouveau maitre en la personne du chirurgien Philippe Philippovitch Transfigouratov, qui prend rang de divinité dans sa cervelle de chien.
Pauvre Bouboul! C'est bien de cervelle qu'il s'agit car il se retrouve chien de laboratoire, greffé de testicules et hypophyse humaines.

Et les résultats dépassent les espérances du chirurgien. le chien devient homme, en corps et esprit: Bouboulov, un individu ingérable et mal dégrossi, allégorie du nouvel Homme russe communiste.

Sur fond de musique de Verdi et de balalaïka, la liberté de ton dans ce petit livre humoristique et décalé est un plaisir. La littérature russe du 20e siècle ne nous a pas habitués à cette écriture caustique et jubilatoire.
En 1925, la chape de plomb stalinienne est en devenir. On trouve quelques beaux restes aristocratiques, la bienséance a encore court, la pratique des langues étrangères également, les prénoms-patronymes restent une marque de respect face à la familiarité du nom de famille. Mais les appartements communautaires et des règles de vie collective se développent, accompagnés de criminalité et perte de valeurs de société.

Boulgakov peut donc encore se permettre cette caricature littéraire, en liberté d'écrivain critique d'un système politique dogmatique. Cette satire, jugée néanmoins contre-révolutionnaire, ne sera éditée qu'à l'étranger et devra attendre 1987 pour sa publication en URSS.
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Coeur de chien est une nouvelle satirique et fantastique écrite en 1925. C'est aussi une allégorie de la Révolution russe. Malgré de nombreuses tractations, la nouvelle n'obtiendra pas le visa de censure et ne sera pas publiée en Russie avant 1987.
C'est l'histoire de Bouboul un brave chien errant qui crève de froid et de faim. Il est recueilli par un éminent professeur spécialisé dans les cures de rajeunissement ce qui vaut à ce dernier des privilèges, un grand appartement en particulier et la rancune tenace du président du comité de son immeuble. le professeur Philipov Philipovitch Transfigourov fait subir à Bouboul une opération fameuse. le voilà transformé en homme avec un coeur de chien. Enfin de chien…Il deviendra de la pire espèce humaine… servile et cruel.
C'est drôle et…mordant. Boulgakov était un fin connaisseur de Molière et un digne successeur de Gogol. Les dialogues sont ciselés, vifs, hilarants, tout le monde en prend pour son grade, du grand médecin méprisant aux cadres zélés qui sévissent dans l'appartement. Beaucoup de farce, de burlesque, de grotesque mais aussi d'ironie incisive pour montrer la corruption qui avilit en un rien de temps le petit prolétaire Bouboulov pour le transformer en brute épaisse. L'utopie égalitariste de la Révolution s'est fracassée socialement et moralement. Après l'opération chirurgicale qui arrive à la moitié du livre, le rire devient donc amer. le savant fou qui a joué à l'apprenti sorcier et qui représente l'intelligentsia, a littéralement créé un homme nouveau. Et il n'est pas beau.
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Citations et extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
— Comment avez-vous réussi, Philippe Philippovitch, à séduire un chien aussi nerveux ? […]
— Par la gentillesse : le seul moyen qu'on puisse employer avec des êtres vivants. La terreur ne sert à rien avec un animal, quelque degré d'évolution qu'il ait atteint. Je l'ai affirmé, je l'affirme et je continuerai à l'affirmer. Ils imaginent en vain que la terreur les aidera. Non, non, elle ne les aidera pas, quelle qu'elle soit : blanche, rouge ou même brune ! La terreur paralyse complètement le système nerveux.

Chapitre II.
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– Que le diable m’emporte… Cela faisait cinq années que j’étais là, à extirper des hypophyses des cerveaux… Vous savez quel travail j’ai fait, c’est inconcevable pour l’intelligence. Et voilà que, maintenant, la question se pose : à quoi bon ? Pour transformer un beau jour le plus adorable des chiens en une ordure à vous faire dresser les cheveux sur la tête.

– C’est quelque chose d’extraordinaire.

– Entièrement d’accord avec vous. Voilà, docteur, ce qui arrive lorsque le chercheur, au lieu de suivre à tâtons un chemin parallèle à celui de la nature, viole la question et soulève le rideau : tiens, le voilà, ton Bouboulov, et bon appétit !

– Philippe Philippovitch, mais si c’était le cerveau de Spinoza ?

– Oui ! jappa Philippe Philippovitch. Oui ! À condition que le chien n’ait pas la malchance de crever sous mon bistouri. Or, vous avez vu de quel genre d’opération il s’agissait. En un mot, moi, Philippe Transfigouratov, je n’ai jamais rien accompli de plus difficile de ma vie. Il est possible de greffer l’hypophyse de Spinoza ou de quelque autre farceur du même style et de concocter à partir d’un chien un être supérieur. Mais pourquoi diable ? Voilà la question. Expliquez moi, je vous prie, pourquoi l’on devrait fabriquer artificiellement des Spinoza alors que n’importe quelle bonne femme peut en produire un n’importe quand. Après tout, la dame Lomonossov n’a t elle pas accouché de son illustre rejeton à Kholmogory ? Docteur, l’humanité s’en occupe elle même, et du fait de l’évolution, produit obstinément chaque année, sur fond de toutes sortes d’ordures, des dizaines de génies transcendants, qui seront les ornements de la planète. Maintenant vous comprenez, docteur, pourquoi j’ai dénigré vos conclusions au sujet de l’histoire de la maladie de Bouboulov. Ma découverte, que vous admirez tant, ne vaut pas un sou… Pas d’objections, Ivan Arnoldovitch, j’ai déjà compris. Je ne parle jamais en l’air, vous le savez parfaitement. D’un point de vue théorique, c’est intéressant. Bon, d’accord. Les physiologistes seront fous de joie.
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.....Il ne faut pas se raconter d'histoires, se lamentait le chien en reniflant. J'ai pris des habitudes. Je suis un chien de seigneur, un être intellectuel, j'ai gouté à la douceur de vivre. D'ailleurs qu'Est-ce que la liberté ? rien du tout : fumée, mirage, fiction.. Un délire de ces misérables démocrates..
(p62)
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Je ne suis pas votre camarade ! C’est monstrueux ! ...
On comprend ça. Comment qu’on pourrait être votre camarade ? Pas question, quand on a fait des études universitaires et qu’on a créché dans des appartements de quinze pièces avec salles de bains. À ça près qu’il serait peut-être temps de changer de manières. À notre époque chacun a le droit...
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Expliquez-moi s'il vous plaît pour quelle raison il serait nécessaire de fabriquer artificiellement des Spinoza quand il est donné à n'importe quelle bonne femme d'en enfanter à n'importe quel moment ? ... L'humanité se charge de ça toute seule, docteur, et au cours de son évolution, crée régulièrement tous les ans, à côté d'un amoncellement de nullités de toutes sortes, des dizaines d'éminents génies, fleurons du globe terrestre.
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Que faire quand on n'est plus libre de s'exprimer ? Quand des chefs politiques, tout en se déchirant pour le pouvoir, embrigadent, surveillent, intimident, déportent ou exécutent qui bon leur semble ? Réponse dans un roman sublime, un monument de la littérature russe.
« le Maître et Marguerite » de Mikhaïl Boulgakov, dans une nouvelle traduction d'André Marcowicz et Françoise Morvan, c'est aux éditions Inculte.
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