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Marianne Gourg (Traducteur)
EAN : 9782020130578
81 pages
Seuil (30/11/-1)
3.84/5   185 notes
Résumé :
"Morphine" de Mikhaïl Boulgakov (1891-1940), l'auteur de "Maître et Marguerite", raconte la progressive intoxication par la morphine d'un médecin qui finit par se suicider. Une narration si réaliste qu'on ne peut s'empêcher de penser que l'auteur n'était pas un simple observateur. Effectivement, ce récit relate très précisément son épisode de morphinomanie en 1917 quand Boulgakov, de retour du front, fut muté comme médecin de campagne près de Smolensk. Journal intim... > Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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sur 185 notes
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palamede
  03 mai 2020
Dans les Récits d'un jeune médecin, on découvrait un jeune praticien envoyé en 1917 dans un petit hôpital de campagne de la Croix-Rouge, à Mourievo, province de Smolensk, où il pratiquait, sans expérience et livré à lui-même, toute la médecine, se déplaçant dans la boue et le froid pour consulter ses malades au plus profond d'une Russie arriérée, superstitieuse et fataliste. Ce médecin dans Morphine s'est épanoui car il a quitté son hôpital reculé pour un autre en ville. Mais bientôt une lettre de son successeur, devenu toxicomane, le ramène à son point de départ.
Comme toujours avec Boulgakov, dans ces pages largement autobiographiques, sa vision d'une Russie souvent grotesque et pathétique est passionnante et… dérangeante.
Challenge MULTI-DÉFIS 2020
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michfred
  29 octobre 2015
Parfois insérée dans les Carnets d'un jeune médecin, Morphine est une nouvelle quasiment autobiographique de Bougakov- à l'exception de la mort du héros, tragique et inéluctable, qui n'a heureusement pas été celle de l'écrivain.
Comme souvent quand Boulgakov souhaite relater quelque chose de compromettant et de personnel, il se sert du procédé littéraire de l'insertion du journal intime dans le récit. La "mise en abyme" de ce récit dans le récit se fait ici au propre et au figuré, car il s'agit aussi d'une vraie descente en enfer.Dans les abîmes trompeurs et dévorants de la morphine.
Le docteur Bomgard , en pleine guerre et troubles révolutionnaires , est transféré d'un district perdu au milieu des neiges et de sombres forêts nommé Gorielevo à un chef-lieu de canton, puis, enfin, à son grand soulagement, à Moscou!
En 1918, il est remplacé dans son trou perdu par un obscur docteur Poliakov, un ancien collègue de faculté, apparemment gravement malade, et qui sollicite de toute urgence, par lettre, son aide comme un dernier recours.
Tout à l' euphorie égoïste de sa nouvelle nomination, Bomgard diffère sa réponse à la confuse missive de son jeune collègue et est réveillé par l'annonce de son suicide. On lui fait parvenir le journal intime dudit Poliakov et il découvre la maladie de Poliakov: il est morphinomane, et a confié à son journal l'histoire rapide, brutale, terrible de son addiction.
Très vite, le lecteur est lui aussi "addict" à ce récit cru, intime, sans concession, tellement criant de vérité qu'on ne doute pas un seul instant que tous ces paravents, Bomgard, Poliakov, cachent un seul et même médecin: Boulgakov lui-même, qui" tue" en le racontant, le médecin malade qu'il a été avant de devenir l'écrivain génial, ironique, puissant et courageux, auteur de Coeur de Chien, la Garde Blanche et le Maître et Marguerite.
Boulgakov a tenu à publier ce récit difficile, l'a remanié plusieurs fois: cet acte de mort- et de renaissance- sonne avec un tel accent de vérité qu'on en reste abasourdi.

"Bref, l'être humain n'existe plus," note Poliakov dans son journal. "Il est hors circuit. C'est un cadavre qui s'agite, languit, souffre. Qui ne veut rien, ne pense à rien, sauf à la morphine. de la morphine!"
On mesure l'incroyable effort qu'il lui a fallu pour s'arracher aux bras de Sister Morphine, pour mettre à distance ce personnage dévoré, hanté, blessé qui ne pouvait plus rien faire d'autre que penser à sa piqûre. Et pour enfin retrouver l'élan créatif, le désir vital à travers le miracle de l'écriture et la pratique de l'ironie.
Une longue nouvelle poignante et sidérante, qui m'a donné envie de relire tous les autres romans du maître, échappé par la force de sa volonté et celle de sa famille à cette "diablerie" d'un nouveau genre..

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CorinneCo
  20 mai 2020
Peut-être qu'en fin de compte Mikhaïl Boulgakov est mort de dégoût… Usé par les tracasseries du pouvoir en place tout au long de son existence d'écrivain, meurtri par la censure exercée sur ses écrits, blessé par la non reconnaissance de son pays, lui qui depuis est proclamé comme l'un des grands écrivains russes… Peut-être avait-il vis-à-vis de lui-même une amertume d'avoir, parfois, cédé et s'être auto-censuré. Quoi de plus douloureux dans le processus artistique. Plier, tellement parfois qu'on se demande si on pourra se tenir à nouveau droit. Boulgakov orphelin de sa patrie d'origine, l'Ukraine, nostalgique de sa ville aimée Kiev, traîne une mélancolie sourde. Sous sa plume alerte, acerbe, sarcastique pointe une douleur sensible à l'air et aux humains de son temps. Lui qui jeta son métier de médecin aux orties pour écrire, disséqua ses compatriotes, le pouvoir en place avec dextérité. Dans ce petit opuscule , un journal tenu par le docteur Poliakov , celui-ci raconte sa dépendance de plus en plus mortifère à la morphine. Addiction que Boulgakov lui-même aura pendant un certain temps. En quelques lignes, il narre les conditions d'un médecin de campagne perdu dans les plaines ukrainiennes, les combats opposants les nationalistes ukrainiens et les bolcheviks ; ces affrontements, cette descente aux enfers dans la guerre est son propre abîme de morphinomane. Ce petit journal sec et tendu est une défaite. L'impuissance d'un homme face à la violence, face à la chimère qu'exerce sur lui la morphine. Illusion de se perdre dans des contrées plus propices, de s'éloigner d'un monde cruel, de se détacher du monde des hommes et ne plus se sentir le complice muet de leur folie. S'évanouir dans la neige, devenir transparent, invisible, indicible. La Révolution est en marche et Boulgakov songe à fuir ; éreinté par ce qu'il voit, les exactions des troupes nationalistes, les pogroms, un monde qui s'affronte et s'effondre. Mikhaïl Boulgakov toute sa vie d'écrivain métamorphosera la réalité de son pays en écrits satiriques, fantasques, noirs, diaboliques, intimistes, profondément humains et souvent désenchantés. Sous cette mystification, la réalité abrupte est toujours en embuscade. Une drogue et un sevrage impossible.
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mh17
  06 août 2020
Morphine est un journal dans un récit écrit en 1927. Boulgakov relate des événements fictifs de 1917-1918 qu'il mêle à sa propre expérience de la médecine de campagne et de la morphine. Ce procédé lui a permis d'être publié dans une revue médicale. Cependant des pages du vrai-faux journal ont été arrachées par la censure.
Ce livre est hyper réaliste. le style est sobre, dépouillé. Au début le narrateur, le Dr Bomgard , nous raconte sa propre expérience de jeune médecin dans un coin perdu de la Russie alors en guerre ( les médecins titulaires expérimentés sont au front). Les conditions d'exercice sont extrêmement rudimentaires, les responsabilités énormes. Aussi est-il ravi d'être muté l'hiver 17, en pleine Révolution, d'un secteur perdu au chef lieu de district. Il peut enfin dormir et lire Fenimore Cooper ( L'auteur du Dernier des Mohicans qui relate les guerres entre les ( peaux) Rouges et les Blancs ). Mais son bonheur est de courte durée. En février 1918 il reçoit une lettre d'un confrère qui l'appelle à l'aide. Bomgard diffère sa réponse et quand enfin il arrive dans ce coin perdu, son jeune confrère, le Dr Poliakov s'est suicidé. Il a laissé son journal intime à son attention. le journal est brut, sans fioritures, sans compromission, difficile à lire. Il expose l'engrenage de l'addiction, le manque, l'espérance, le mensonge, la déchéance. le Dr Poliakof est enfermé dans les toilettes de la gare de Moscou. Il vient de voler un flacon à la clinique. Il se pique. Les gens impatients tambourinent à la porte. Dehors les combats font rage entre les Rouges et les Blancs.
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Fon95
  26 août 2021
Encore un Folio 2e perdu dans ma bibliothèque, d'un auteur que je ne connais malheureusement pas. On va pallier cette lacune avec Morphine donc, une nouvelle dont le sujet ne nous aura pas échappé.
Dans la Russie de 1917, on suit un médecin de campagne sollicité par un camarade de faculté, afin de lui porter secours face à un mal mystérieux.
Le récit prend rapidement la forme d'un journal, nous précipitant dans les affres de la morphinomanie. Brut et glacant, l'auteur nous décrit avec une précision troublante la déchéance progressive de ce médecin, ses tourments et sa maladie.
De par un vécu personnel assez proche, Boulgakov retranscrit ici une expérience tendant à l'autobiographie, ce qui contribue évidemment à rendre les souffrances du personnage palpables.
On conçoit aisément l'impact qu'a pu provoquer ce type de récit à une époque où la toxicomanie n'était pas aussi bien soignée, ni même documentée, que maintenant. Un peu réchauffé à lire de nos jours, après de nombreuses oeuvres ultérieures traitant du même sujet, l'effet désiré est malgré tout au rendez vous, et on sort assez meurtri de cette lecture.
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
Brehv Brehv   02 avril 2021
Donc, le docteur Poliakov est un voleur. J'aurai le loisir d'arracher cette page. Pour ce qui est de la pratique, en tout cas, il a poussé le bouchon un peu loin. Certes, je suis un dégénéré. C'est parfaitement exact. Mon sens moral commence à se désagréger. Mais travailler, je le peux, à aucun de mes patients je ne puis causer de mal ni de tort.
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michfred michfred   29 octobre 2015
Mon cœur commence à battre si fort que je le sens dans mes mains, dans mes tempes...et puis il tombe dans un gouffre et il y a des instants où je pense que le docteur Poliakov ne retrouvera plus jamais goût à la vie...
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CathRoy CathRoy   21 avril 2019
Les bons esprits l'ont relevé de longue date, le bonheur est comme la santé : lorsqu'il est là, on ne le remarque pas. Mais que passent les années, il vous revient en mémoire, et de quelle façon !
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PiertyM PiertyM   14 octobre 2014
Le bonheur est comme la santé : lorsqu'il est là, on ne le remarque pas.
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PiertyM PiertyM   18 février 2015
Le morphinomane a un bonheur dont personne ne peut le priver : la capacité de mener sa vie dans une solitude totale.
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Videos de Mikhaïl Boulgakov (21) Voir plus Ajouter une vidéo
Mikhaïl Boulgakov : La Fuite ! Comédie fantastique en 8 songes par Macha Makeïeff (Théâtre et compagnie / France Culture). Diffusion sur France Culture le 14 février 2021. Photographie : Mikhaïl Boulgakov en 1928. D’après la mise en scène et l’adaptation radiophonique de Macha Makeïeff. À partir de la traduction de Jean-Louis Chavarot publiée aux éditions Gallimard. Conseiller littéraire : Guillaume Poix. Une réalisation radiophonique de Baptiste Guiton. Création sonore : Sébastien Trouvé. Accordéon : Maxime Perrin. Prise de son, montage, mixage : Julien Doumenc et Mathieu Touren. Assistante à la réalisation : Justine Dibling. Boulgakov, maître du comique et du fantastique, écrit dès 1928, pour le théâtre d’Art de Moscou, une comédie mystique, profonde, drôle, hallucinée. Très proche du "Maître et Marguerite", "La Fuite !", pièce alerte au style brillant et insolent, ne sera jamais jouée du vivant de son auteur, victime visionnaire de la censure et de l’arbitraire staliniens. En huit songes fantastiques, entre cauchemars et illuminations, Boulgakov transfigure le chaos d’une déroute. Dans cette situation d’urgence folle d’un monde ancien qui s’effondre se fait entendre une galerie de personnages étonnants : civils pourchassés, état-major vaincu, des êtres jetés hors de leur monde, déclassés, réprouvés, portés par une fièvre de vivre dans le pur style du théâtre satirique russe. S’enchaînent ainsi désir de revanche, désir de retour, folie du jeu, morphine et typhus, trahisons, espions drolatiques, amours déchirées, fatalisme malicieux dans une course irrésistible ! "La Fuite !" est un vaudeville frénétique sur l’exil et la défaite, sur les existences prises dans la folie de la révolution russe. Fil rouge du jeu et du destin. La débâcle et le chaos y sont magnifiés par la drôlerie et l’excentricité de personnages de haut-vol, Sérafima, Goloubkov, Tcharnota, Khloudov, Korzoukhine et la belle Liouska… De la grande littérature russe et une épopée de l’exil pleine de chants et de bruits, depuis la Crimée, Sébastopol, Constantinople et Paris. En montant "La Fuite !" Macha Makeïeff retrace son histoire familiale, sa rêverie d’enfance chez les Russes blancs et l’Histoire d’un exil qui résonne encore.
Avec Pascal Rénéric (Goloubkov), Vanessa Fonte (Sérafima), Vincent Winterhalter (Tcharnota), Hervé Lassïnce (Tikhi, Africanus, Le Grec), Karyll Elgrichi (Liouska, Wrangel), Geoffroy Rondeau (Khloudov, Païssos), Alain Fromager (Korzoukhine, Baïev), Pierre Hancisse (Arthur Arthurovitch, Skounski, Nikolaïevna), Sylvain Levitte (Krapiline, Le chef de gare), Samuel Glaumé (Brizard, Gourin), Caroline Espargilière (Golovan), et les voix de Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps.
« Médecin de l'armée blanche pendant la Guerre civile, Mikhaïl Boulgakov (1891-1940) fut condamné à écrire pour son tiroir. Isolé, muselé, invectivé (traité de « bourgeois » pour avoir pris la défense de Pouchkine...), il travailla à se construire posthume. Les conditions étaient réunies pour que naisse un mythe : peu à peu (vingt-six ans après sa mort dans le cas du "Maître et Marguerite" !) sortirent de l'ombre des ouvrages – récits, romans, théâtre – dont la somme constitue un acte de foi dans les plus hautes valeurs humaines. Son œuvre est un chant né du silence. » Éditions Gallimard
"La Fuite ! Comédie fantastique en 8 songes", est un spectacle de Macha Makeïeff créé à La Criée - Théâtre National de Marseille en octobre 2017, et réalisé en partenariat avec France Culture au 7bis, lieu de création de la Compagnie Deschamps et Makeieff, à Paris en octobre 2020. Remerciements chaleureux à Charles Mesnier.
Source : France Culture
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