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EAN : 9782226444707
464 pages
Albin Michel (12/05/2021)
3.94/5   42 notes
Résumé :
Un an après le décès de leur père, Lawton et Hunter entreprennent de descendre l'Altamaha River en kayak pour disperser ses cendres dans l'océan. C'est sur ce fleuve de Géorgie, et dans des circonstances troublantes, que cet homme ténébreux et secret a perdu la vie, et son aîné compte bien éclaircir les causes de sa mort.
Il faut dire que l'Altamaha River n'est pas un cours d'eau comme les autres : nombreuses sont ses légendes. On raconte notamment que c'est ... >Voir plus
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En Géorgie, le fleuve Altahama et ses multiples bras forment un vaste labyrinthe marécageux avant de se jeter dans l'Atlantique en un immense delta. Il alimente une zone de nature préservée, riche d'une formidable biodiversité incluant des espèces rares, ainsi que d'impressionnantes créatures comme de gigantesques poissons-chats, des brochets-crocodiles, des alligators, des serpents venimeux, et même, selon la légende, un monstre semblable à celui du Loch Ness, l'Altamaha-ha. le marais n'abrite que peu d'humains : autrefois de pauvres familles ruinées par la Grande Dépression, de tout temps des marginaux et des hors-la-loi fuyant le monde, tout un petit peuple survivant de la chasse et de la pêche et logeant misérablement dans des habitations flottantes.


Le pêcheur de crevettes Hiram Loggins était l'un de ces habitants. « Etait », parce qu'il est mort voilà un an, dans d'obscures circonstances qui font s'interroger ses deux fils, Lawton et Hunter. Les deux frères se sont lancés dans la descente du fleuve en kayak, un voyage de quatre jours avant l'océan où ils comptent disperser les cendres paternelles. le trajet est pour eux un pèlerinage sur les lieux de leur enfance et sur ceux où leur père acheva sa vie en vieux solitaire, mais aussi, espèrent-ils, l'occasion d'en savoir un peu plus sur l'accident qui lui fut fatal. Car l'homme connaissait le fleuve et ses dangers comme sa poche. Brutal et attaché comme il l'était à son marais, il aurait aussi bien pu gêner quelque braconnier, pêcheur à l'explosif, ou encore récupérateur des « mérous carrés » largués par avion par les narcotrafiquants colombiens...


Dès lors, la narration ne cesse d'alterner entre trois récits, vibrants de la même tension addictive : les investigations contemporaines, teintées d'aventure et de nature-writing, des deux frères ; la vie du père, toute entière dédiée au fleuve et réservant bien des surprises ; enfin, dans une mise en perspective éclairant l'histoire du marais et l'origine de ses légendes, la dramatique installation au 16e siècle des premiers colons français sur ces terres inhospitalières et leur confrontation violente aux amérindiens Timucuas. Trois époques, trois tableaux, mais un théâtre unique : une « cathédrale marécageuse » dédiée au culte d'une nature sauvage, splendide et impitoyable, qui, jusqu'ici, mais pour combien de temps encore, s'est toujours montrée plus puissante que la convoitise humaine.


Réaliste dans ses moindres détails et proposant même quelques-uns des dessins du cartographe et membre de l'expédition de 1564, Jacques le Moyne de Morgues, le roman se construit autour de personnages croqués au plus près de leur psychologie et de leurs ambivalences. Epique, violent, sans concession, il emmêle, dans un fil narratif qui n'a rien à envier à la puissance du grand fleuve, L'Histoire, l'aventure, le mystère et le nature-writing. Bousculé dans les rapides du récit ou suspendu à la majesté de ses évocations, jamais le lecteur ne sent fléchir sa fascination pour cette contrée envoûtante, dont la magnificence n'a d'égale que son inhospitalité. Une dualité qui imprègne tout le livre, puisque capable d'autant de mal que de bien, la nature humaine y apparaît elle aussi d'une complexité pleine de contradictions.

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Voilà déjà quelques jours que j'ai terminé ce livre et pourtant encore maintenant, j'y pense souvent. Véritable épopée le long du cours du fleuve de l'Altamaha River, c'est une quête très personnelle qui sert de point de départ à ce livre, à savoir un hommage à leur père disparu pour Lawton et Hunter, deux frères que beaucoup de choses opposent.

Taylor Brown offre un livre d'une très grande qualité aux lecteurs. Au travers d'un triptyque original, on parcourt ce fleuve sauvage de Georgie, dont les eaux renferment de nombreuses légendes. Pourquoi je vous parle d'un triptyque ? Parce que c'est aux travers de trois époques bien différentes que l'on remonte son cours.

D'abord, bien entendu, la plus récente est celle de ces deux frères qui souhaitent répandre les cendres de leur père dans l'océan, mystérieusement décédé dans ces eaux. Ensuite, l'histoire même de ce père, entourée de mystères comme le fleuve qui a baigné toutes les périodes de sa vie. Et puis pour finir, on effectue un grand bond dans le passé pour se retrouver au XVIème siècle lors de l'arrivée et de l'installation des premiers colons français sur les terres indiennes du Nouveau Monde.

Alternant ces différentes périodes, c'est à la fois fortement passionnant et instructif. En ce seul livre, j'ai énormément appris sur ce coin des Etats-Unis, qu'est la Georgie et ce fleuve, ô combien sublimé par cette superbe plume. J'ai beaucoup apprécié la façon dont a l'auteur de raconter ses terres à la fois sauvages et inhospitalières. Difficilement classable, ce livre est à la fois une ode à la nature, aux liens humains, à la nécessité de préserver notre terre.

Quel merveilleux voyage que j'ai pu faire grâce à ce bouquin ! Malgré souvent des thèmes difficiles, comme la pollution, la violence, la drogue, il en ressort un roman noir éblouissant qui offre une très forte évasion, ce que je cherche aux travers des lectures en cette période encore assez difficile.
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Comment vous dire combien j'aime ce roman magistral qui prend l'allure du cours du fleuve américain Altamaha en Georgie.

Le fleuve des rois et sa légende ont ce côté merveilleux qui fait briller les yeux et nourrit les rêves enfouis au plus profond des âges.
Le roman de Taylor Brown s'ouvre comme un triptyque que sont trois périodes alternées mais dont les évènements ont tous lieu sur Altamaha River.
J'ai appris tellement de choses en lisant ce livre, emportée que j'étais par la plume épique de Taylor Brown.

J'ai été séduite par la richesse et la qualité des évènements historiques que je ne connaissais pas. C'est un roman éblouissant et bien documenté sur l'expédition française des Huguenots en Floride (La Nouvelle-France) en 1564. J'ai suivi avec beaucoup d'intérêt leur formidable épopée à travers les yeux du cartographe Jacques le Moyne de Morgues dont nous fait bénéficier Taylor Brown à travers la reproduction des dessins dans le roman. J'ai beaucoup aimé l'histoire des habitants du Fort Caroline même si elle est tragique. Elle est auréolée d'un mystère et d'une aura dignes de l'Altamaha.

Le fleuve des rois, c'est aussi un vibrant plaidoyer à tout un environnement en péril, à la richesse et la diversité de la vie aquatique dont la menace d'extinction se fait de plus en plus sentir.
Le fleuve et ses méandres, les îles, les marais, la foret primaire et les gigantesques cyprès. Tout un vaste monde se cache derrière l'Altamaha. Les descriptions sont très détaillées, elles sont superbes sous la plume poétique de Taylor Brown.

Dans cette odyssée outre-Atlantique, l'intime rejoint le cours du fleuve en nous faisant entrer dans l'histoire contemporaine de deux frères que tout oppose. A la mort suspecte de leur père, Hunter et Lawton descendent l'Altamaha en kayak pour disperser ses cendres.
Leur parcours au fil de l'eau prend le cours de l'histoire présente et passée, l'époque du temps des conquérants français et des endroits fantômes.
Le milieu du triptyque est l'histoire de Hans à l'époque où les frères étaient encore enfants. La vie de Hans est marquée par la vie du fleuve et de ses maisons flottantes. Il délivre à nous seuls son secret.
J'ai vécu la descente du fleuve comme un lent rapprochement entre les deux frères mais aussi comme un véritable enfer avec la dure réalité du fleuve aujourd'hui.

Taylor Brown est un aquarelliste du détail et des couleurs du fleuve que le soleil comme un Dieu rend tous les jours changeant. Sur le fleuve, rien n'est sûr ni persistant. A défaut de preuve, subsiste le mythe.

Je remercie infiniment Léa du groupe FB PicaboRiverBookClub et les éditions Albin Michel pour m'avoir fait découvrir ce très beau roman nord américain.
Un grand merci au traducteur Laurent Boscq.
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Taylor Brown s'est imposé, en l'espace de quelques années, comme un écrivain majeur de la nouvelle génération d'auteurs américains. « le Fleuve des Rois« est son troisième roman à paraître en France, le second aux éditions Albin Michel dans la collection Terres d'Amérique. Un roman foisonnant, puissamment évocateur et envoûtant, s'embarquant dans deux histoires distinctes, à quelques siècles d'intervalle, mais ayant pour point commun de suivre les méandres de l'Altamaha River, un fleuve de Géorgie aux Etats-Unis. Profondément ambitieux et même vertigineux tant dans sa forme que sur le fond, « le Fleuve des Rois » ne nous perd jamais en route. le récit s'écoule tel ce fleuve, limpide et les chapitres alternent d'une histoire à l'autre sans que l'intérêt du lecteur ne fléchisse. de nos jours, deux frères, Lawton et Hunter décident de descendre l'Atamaha River en Kayak afin de disperser les cendres de leur père, Hiram Loggins, mort dans des circonstances mystérieuses, un an plus tôt, sur ce fleuve qu'il aimait tant. Lawton est nageur de combat dans l'Us Navy et Hunter étudie l'histoire à l'université. Leur père était un homme colérique, violent avec ses enfants et sa femme, un pêcheur de crevettes raté qui détestait l'océan mais adorait ce fleuve qui l'avait vu grandir. Quels secrets cachait donc ce père ? de quel puit sans fond venait cette rage contre tous ou presque ? Un roman qui aborde aussi la question de la relation fraternelle, comment se construit-on, quel homme devient-on lorsque l'on a subit un tel déchaînement de violence physique ? Taylor Brown décrit magnifiquement les paysages de cette région fluviale. Il est au plus près des sentiments, de la psychologie des deux frères qui sont des personnages très attachants. le manichéisme n'a pas sa place ici. Chacun des protagonistes à ses zones d'ombre et de lumière. Car l'Altamaha River est un endroit propice aux légendes notamment celle du premier fort européen construit sur ses berges au XVIème siècle, ce qui donne lieu à un second récit aussi violent, qu'hypnotique, un flash insensé à l'ADN d'un Terrence Malick absolument indéniable. On y raconte le destin de Jacques le Moyne de Morgues, dessinateur et cartographe du roi de France Charles IX qui prit part à l'expédition de 1564 au coeur de cette Nouvelle France comme ils l'appelaient alors. La découverte de ce monde, la relation aves les amérindiens, ce choc entre deux perceptions de la nature, de ses richesses, la guerre enfin inévitable… Une histoire magnifique, pleine d'aventure, de souffle, de violence mais aussi de moments de grâce comme autant d'instantanés d'un monde qui se corrompait déjà. La question du bien et du mal transcende les époques et les sortes d'hommes. Comparé à juste titre à Cormac Mc Carthy et Ron Rash, Taylor Brown signe un roman épique, ambitieux, magnifiquement écrit. le tragique et le sublime se conjuguent au passé, au présent et on l'imagine au futur. Les hommes et les époques peuvent passer, les terres être ravagées ou bien repeuplées, seul au fond le fleuve poursuis indistinctement son chemin vers l'océan. Nous ne sommes que poussières, même les rois ne sont que de passage mais le seul souverain en ces terres est le fleuve lui-même : l'Altamaha River. Taylor Brown est un auteur à découvrir absolument. « le Fleuve des Rois » fait partie de ces romans que l'on n'oublie pas de sitôt. Un énorme coup de coeur !
Je remercie très chaleureusement les Éditions Albin-Michel et sa collection « Terres d'Amérique » pour cette lecture et leur confiance !
Lien : https://thedude524.com/2021/..
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Je viens de terminer un livre merveilleux, d'une beauté, d'une sauvagerie, d'une ampleur éblouissantes. C'est une incroyable épopée, sur plusieurs siècles.
Je dois dire qu'au premier abord (puis au deuxième, au troisième, etc) j'ai trouvé que la couverture ne rendait pas du tout hommage aux merveilleux, au mystérieux, à l'or des conquistadors, et l'argenté des armures des conquérants français de la même époque, et le rouge du sang versé. Les armures, les indiens, ce fleuve sombre et mystérieux, ces créatures légendaires... et le présent du fleuve, ses habitants, et ses particularités, tous ces méandres.
Et les deux frères, à notre époque, qui descendent l'Altamaha River avec les cendres de leur père. La couverture aurait dû être flamboyante....
Alors, futurs lecteurs, enlevez la jaquette et embarquez, il faut juste un kayak, ou un bateau de pêche pas très gros, ou un trois-mâts des années 1564 qui a fait le chemin depuis la France jusqu'à cette partie inconnue du Nouveau Monde,, la Nouvelle France, qui deviendra la Géorgie.
Et plus particulièrement à l'embouchure d'un fleuve presque inconnu : l'Altamaha River.

Un an après le décès de leur père, Lawton et Hunter entreprennent de descendre l'Altamaha River en kayak pour disperser ses cendres dans l'océan. C'est sur ce fleuve de Géorgie, et dans des circonstances troublantes, que cet homme ténébreux et secret a perdu la vie, et son aîné compte bien éclaircir les causes de sa mort. Il faut dire que l'Altamaha River n'est pas un cours d'eau comme les autres : nombreuses sont ses légendes.

On raconte notamment que c'est sur ses berges qu'aurait été établi l'un des premiers forts européens du continent au XVIe siècle, et qu'une créature mystérieuse vivrait tapie au fond de son lit. Et on y croit encore, actuellement, ce monstre est réputé comme Nessie, dans le Loch Ness. D'ailleurs, il lui ressemblerait .
Remontant le cours du temps et du fleuve, on est à la fois en 2017 avec Lawton et Hunter, deux frères que tout séparent : l'ainé fait partie des Forces Spéciales des Navy Seals, Hunter quant à lui, est encore étudiant, en Histoire. Ce qui les rapproche, par contre, c'est leur père, Hiram, qui leur a fait connaitre ce fleuve, avec ses incroyables méandres et recoins, affluents, criques, où l'on trouve de tout pour peu qu'on connaisse les itinéraires, et qu'on aie un bateau. Ou un kakak, assez grand pour des provisions d'eau, et des rations de l'armée. Eux ont en plus un sac contenant les quatre kilos de cendres de son père. Ils doivent descendre le fleuve, et disperser ces cendres à l'embouchure de l'Altamaha River avec l'Océan.
En retraçant les jours et les nuits de leur épopée sur le fleuve, on comprend la complexité des relations entre les deux frères et leur relation avec leur père, et tous les secrets. On est aussi à la fois avec Hiram en 1970, en 1980'.....

On est en même temps avec Jacques le Moyne de Morgues, dessinateur et cartographe du roi de France Charles IX, qui prend part à l'expédition de 1564 au coeur de cette région mythique. Sur des bateaux à voiles, des navires de guerre de trois cents tonneaux. Trois navires qui ont appareillé au Havre, avec trois cents colons à bord, des marins, des soldats et des aristocrates, tous des Huguenots, qui fuient les guerres de religions et les catholiques. Les bateaux accostent à l'embouchure de l'Altamaha, et rejoignent le Fort Caroline, au bord du fleuve, pour reprendre main sur le territoire, après la désastreuse expédition de 1562. Il reste quelques survivants, devenus interprètes avec les Indiens. le Moyne va raconter ce qui arrive, et dessiner ces cyprès géants, encombrés de ces toiles grises qui pendent, la "mousse espagnole". Il va dessiner les indiens, leurs coutumes, les batailles, et le monstre qui vit au fond du fleuve, l'Altamaha-ha. .

Et là j'ai immédiatement les images d'"Aguirre et la colère de Dieu" de Werner Herzog, de Apocalypto de Mel Gibson, de "Mission" de Roland Joffé, et même parfois de "La Forêt d'Émeraude" de Boorman. Cette atmosphère verte, humide, violente d'une forêt traversée par un fleuve, de la violence, des conquérants du "Vieux Monde" essayant de s'adapter à une région, un nouveau monde, soit pour installer la suprématie de leur pays, soit pour évangéliser les indiens, soit les deux.
J'ai passé un temps infini sur Wikipédia et sur les divers liens qui parlent du fleuve, de sa géographie, de son passé, de sa cryptozoologie. J'en ai appris, des choses intenses, en lien avec ce livre, qui est flamboyant, épique, douloureux et fort. Et bien sûr, je le recommande, c'est une vraie découverte, des moments intenses, des aventures, c'est presque magique !

Je remercie les éditions Albin Michel, et leur collection Terres d'Amérique pour leur confiance, et pour ces heures passionnantes passées en lisant ce livre de Taylor Brown.



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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
Notre père était un homme dur. Il n’était pas du genre à aimer les embrassades ou à donner la main, et rejetait toute marque d’affection. Il avait du mal à exprimer son amour. Pourtant, il y avait des choses qui lui tenaient à cœur. Le fleuve, par-dessus tout, était comme un membre de sa famille et comptait beaucoup plus à ses yeux que n’importe quel lien de chair ou de sang. Les jours où il ne travaillait pas, il nous y emmenait mon frère et moi, et nous installait à la proue, bien peignés et très sérieux comme si on allait à l’église. Et peut-être était-ce là qu’on allait. Dans son église. Une cathédrale marécageuse et irriguée par de multiples ruisseaux, avec un toit feuillu que soutenaient des colonnes de cyprès et de gommiers. Il nous apprenait ses beautés et ses secrets, ses endroits cachés. Et je crois qu’en nous montrant le fleuve – son fleuve – il nous ouvrait son cœur, au moins en partie. C’est comme ça que je savais qu’il nous aimait.
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Le soleil se lève aussi haut qu’un dieu, ainsi qu’il s’est toujours levé sur une infinité d’histoires, et l’espace d’un instant Hunter se sent légion, indissociable de la multitude des visages qui se tournent, se sont tournés ou se tourneront vers le ciel à midi. Ils sont tellement nombreux à espérer l’avènement d’un royaume qui mettra de la lumière dans chaque jour et de l’or dans chaque heure. Un monde doré de mythes en devenir, où les rivières seront apaisées et où rien ne disparaîtra plus. Mais il sait bien que ce royaume, c’est ici qu’il se trouve. En ce moment. Dans ce pays où dix milles forteresses ont été construites et démolies, où les pluies ruissellent déjà dans les montagnes et où le fleuve s’écoule inlassablement.
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On dit qu'on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, et Hunter sait que cet adage signifie qu'on ne peut jamais toucher deux fois la même eau vive. Qu'à peine effleurée, elle est déjà ailleurs, dans la mer, ou dans les nuages, ou dans le sang des bêtes et des hommes.
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Le Moyne reste à l’écart pendant que La Caille parle avec le chef indien. Celui-ci ne cesse de gesticuler, son doigt brandi en signe de menace, la paume tendue devant eux, et l’artiste n’a pas besoin d’interprète pour comprendre ce qu’il est en train de dire.
Ils n’ont pas respecté les termes de leur alliance.
ls ne lui ont pas apporté leur aide durant la bataille.
Ils l’ont trahi.
Tout autour, les yeux de ses guerriers sont durs comme des éclats de pierre.
Les Français prennent congé et quittent le village, s’évertuant à avancer de front dans le corridor aveugle. Le Moyne ne peut chasser de son esprit l’image des yeux du chef indien, gonflés de fureur et marbrés de vaisseaux rougeâtres semblant près de jaillir de leurs orbites.
« Je crois que nous sommes en fâcheuse posture, lâche La Caille en secouant la tête.
– Il n’était pas content.
Tu t’attendais à quoi ? Notre commandant lui avait promis des hommes et des armes pour combattre ses ennemis. J’ai pas mal bourlingué à la surface du monde, mon ami. Et manquer à sa parole est la seule chose universellement condamnée. »
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Le spécimen qui focalisait l’attention de tout le monde avait un énorme corps bien gras et une bouche de dessin animé. C’était un monstrueux poisson-chat à tête plate, capable de gober un homme jusqu’à la taille comme s’il avait une queue de sirène. Les pêcheurs durent se mettre à deux pour le hisser sur la balance. L’homme à l’origine de cette prise miraculeuse portait le bouc, une casquette de base-ball à motif camouflage, un jean coupé sous le genou et des tennis blanches souillées. Apparemment, il conduisait les camions de grumes pour le compte de l’usine. Sur sa casquette, on pouvait lire : RAYONIER, du nom de l’une des entreprises les plus importantes u secteur. Il avait pêché ce poisson-chat dans un trou d’eau de cinq mètres, avec un corps de ligne d’un centimètre de diamètre et un plomb de quatre-vingt-cinq grammes. Le doyen de l’association chargé de la pesée avait les yeux rivés au cadran circulaire de la balance et à la flèche rouge qui affichait en tremblant le poids du poisson mort. Suspendu au crochet, celui-ci ressemblait à un têtard mutant, boursouflé par quelque terrifiant produit chimique que l’usine avait rejeté en amont du fleuve.
« Trente-neuf kilos et trois cents grammes, annonça le juge. À deux cents grammes près, le record était battu. »
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