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Sabine Berritz (Traducteur)
ISBN : 207078570X
Éditeur : Gallimard (20/09/2007)

Note moyenne : 4.13/5 (sur 62 notes)
Résumé :
Mildred Pierce, petite femme aux cheveux blonds mousseux et aux yeux bleus limpides, décide de se séparer de son mari ; c'est, dit-elle, parce qu'il court après une certaine Mrs.
Biederhof, mais surtout parce que, victime de la crise de 1929, il est sans travail et en prend trop aisément son parti. Elle doit pourtant gagner sa vie, et celle de ses filles, alors, pour s'en sortir, elle vend les " pies " faits maison, et travaille comme serveuse dans un restaur... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Gwen21
17 juin 2017
Coup de coeur !
Pour un roman guère épais (environ 300 pages), il s'en passe des choses dans la vie de Mildred Pierce, une femme courageuse qui prend son destin en main dans la Californie des années 30, plongée dans la crise financière, en pleine Prohibition. Vous l'aurez compris, le contexte n'est pas rose et derrière les murs des maisons calibrées des lotissements, ce sont des drames humains qui déroulent leur cortège d'illusions perdues, de déceptions et de rêves avortés.
Mildred est jeune, forte et elle possède de jolies jambes. Fraîchement divorcée et mère de deux fillettes, il lui faut rapidement trouver un travail sauf qu'elle ne sait pas faire grand-chose d'autre que le ménage et les tartes. Justement, les bonnes tartes se font rares sur les tables des restaurants et Mildred tient peut-être là sa seule carte à jouer. Entreprenante, elle est prête à tous les combats malgré les heurts de l'existence.
Portrait sans concession ni affectation d'une femme confrontée à la nécessité, déterminée à façonner sa propre réussite. Impossible de ne pas ressentir d'empathie pour Mildred, autant que d'aversion pour sa fille Veda dont les caprices de diva hérissent la patience du lecteur. Un très beau travail mené par l'auteur pour donner à ce difficile rapport mère-fille une véracité cruelle.
Enfin, je vous recommande la très bonne adaptation du roman par HBO, à travers une série en cinq actes où Kate Winslet campe une Mildred Pierce époustouflante, dans un décor rétro à couper le souffle.

Club de lecture mai 2017 (en retard, une fois de plus !)
Challenge 1914-1968 2017
Challenge MULTI-DÉFIS 2017
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MissG
18 juillet 2013
Mildred Pierce, femme au foyer et mère de famille de la classe moyenne dans le Los Angeles des années 30, décide de mettre à la porte son mari Bert, lassée de ses infidélités et des dettes qui s'accumulent.
La voilà propulsée dans le dur monde des femmes célibataires avec enfants à charge, elle qui ne sait au début mettre son orgueil dans sa poche finit, à force de travail, à créer sa propre entreprise et à passer de serveuse à gérante d'un, puis deux et enfin trois restaurants : "Ce n'était pas à elle qu'on pouvait raconter qu'on n'arrivait pas à s'en sortir, même avec cette Crise, quand on avait un peu de cran.".
Car Mildred Pierce n'a pas que des jambes affolantes, elle a aussi du courage et de la ténacité à revendre, outre le fait d'être une cuisinière hors pair et de maîtriser l'art délicat des pies.
Figure féminine du "self made man", cette femme a qui tout semble réussir a pourtant un obstacle dans sa vie, et de taille : sa fille Véda : "Elle avait peur de Véda, de son snobisme, de son mépris, de son orgueil invincible. Et elle avait peur d'autre chose qui semblait toujours être aux aguets sous l'élocution caressante, affectée de Véda : un désir froid, cruel, grossier de torturer sa mère, de l'humilier, et, par-dessus toutes choses, de la blesser.".
Véda n'est pas un cadeau, loin de là, c'est même un personnage fortement antipathique qui finira par causer la perte de sa mère, qui l'aime d'un amour fou et aveugle, et la fera choir de son piédestal.
Pourtant, des personnes ont essayé de mettre en garde Mildred : "Non, l'enfant ne vaut rien, moins que rien. C'est une garce.", mais Mildred avant d'être une femme est avant tout une mère qui se refuse à croire à la méchanceté profonde et à l'ingratitude solidement ancrée de sa fille : "Mildred se persuadait elle-même qu'elle faisait une gentillesse à Véda, mais Véda n'était pas de celles qui laissent un geste profiter à quelqu'un d'autre.".
Mais il n'y aura pas que Véda dans les mauvaises relations de Mildred, il faut aussi compter sur Monty Beragon, un dandy sans le sou qui croisera sa route, qu'elle aimera, qu'elle entretiendra, qu'elle épousera et qui la laissera criblée de dettes.
Ce roman illustre parfaitement le rêve américain, avec une mère qui cherche à donner le meilleur à sa fille et qui réussira dans la vie à force de ténacité, de courage et de travail.
A travers le personnage de Mildred Pierce, l'auteur traite de l'émancipation féminine et plus largement de l'émancipation d'une certaine classe sociale dans ces Etats-Unis d'avant guerre et d'après le krach boursier, mais une fois cette lecture achevée, j'ai la désagréable mais néanmoins légère sensation qu'il prouve aussi par-là qu'une femme ne peut totalement réussir et que l'univers est, une fois de plus, régi par les hommes.
Au final, ce sont les hommes qui gagnent plus que Mildred qui aura, au contraire, accumulée les erreurs de comportement et de jugement, en premier lieu envers sa fille : "Il ne lui vint pas à l'esprit qu'elle agissait beaucoup moins comme une mère que comme un amant qui, à l'improviste, découvre une preuve d'infidélité, et se venge.".
Belle histoire d'un amour cruel que nous raconte James M. Cain et ce, de façon sublime et attachante.
Car Mildred Pierce est un petit bout de femme attachant et il est très difficile de lâcher son histoire une fois commencée.
J'ai découvert ce personnage à travers le téléfilm où Kate Winslet campait une Mildred Pierce plus vraie que nature, ce qui m'avait donné envie de lire le roman.
Je dois dire que le téléfilm est extrêmement fidèle au livre et il me reste désormais à regarder la version cinématographique de Michael Curtiz avec Joan Crawford dans le rôle titre fournie avec le livre.
"Mildred Pierce" est un magnifique portrait de femme comme j'aime les lire et décrit avec justesse par un James M. Cain particulièrement inspiré qui signe-là un roman émouvant, attachant, drôle et triste qui fera date dans mes lectures et à qui je réserve une place toute particulière dans ma bibliothèque.
Lien : http://lemondedemissg.blogsp..
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LiliGalipette
14 juillet 2010
Roman de James M. Cain.
1931, Glendale en Californie. Lassée de l'oisiveté de son époux Herbert, et des dettes qui s'accumulent, Mildred Pierce renvoie son mari de la maison et entreprend de gérer seule le foyer et l'éducation de ses filles, Véda et Ray. Après des mois difficiles, elle surmonte son horreur de l'uniforme et se fait embaucher comme serveuse dans un petit restaurant. Très fine cuisinière et expertes en "pies", les traditionnelles tourtes aux fruits américaines, elle commence un petit commerce de pâtisserie qui, dans un premier temps, lui permet enfin de payer ses dettes. Puis cédant aux exigences de grandeur de sa fille Véda et à ses propres ambitions, elle ouvre son restaurant et plusieurs succursales. "Ce n'était pas à elle qu'on pouvait raconter qu'on n'arrivait pas à s'en sortir, même avec cette Crise, quand on avait un peu de cran." (p. 209) Portée par l'envie farouche de réussir par elle-même, Mildred se donne toutes les chances d'atteindre son objectif. Mais sa rencontre avec Monty Beragon, un dandy oisif et désargenté qui s'installe à ses crochets, et les difficultés qu'elle rencontre avec sa fille Véda, une orgueilleuse avide de luxe et de reconnaissance sociale, entraînent Mildred dans les méandres de la jalousie et dans les affres des affaires financières.
Le premier roman de l'auteur, le facteur sonne toujours deux fois, m'avait enchantée et les similitudes avec Thérèse Raquin m'avaient ravie. Dans Milderd Pierce, ce sont les échos de L'assommoir qui m'ont fait trembler. le roman noir tel que l'écrit James M. Cain use à merveille des ressorts du naturalisme et fait sien les codes du roman de moeurs. L'auteur brosse un remarquable portrait de femme. Volontaire et entreprenante, Mildred Pierce incarne le rêve américain du self-made man. À elle seule, elle monte une affaire rentable et bien tenue. Mais comme Gervaise, elle se laisse grignoter par les abus profiteurs d'un homme oisif et par l'attitude insolente et mauvaise d'une fille mal-aimante.
Véda a certains des traits de Nana. Avide de luxe, elle aspire à une existence au-dessus de sa condition, dans une société plus clinquante et distinguée. Les efforts prolétaires de sa mère ne lui inspirent que mépris et dégoût. Il n'y a que l'argent et les portes qu'il ouvre qui comptent à ses yeux. Coquette et aguicheuse, elle entend se servir des hommes pour satisfaire ses caprices. Outre cette nature profondément vénale, Véda est un monstre de cruauté envers sa mère. "[Mildred] ne pouvait briser Véda, quelque battue qu'elle fût. [...] Elle avait peur de Véda, de son snobisme, de son mépris, de son orgueil invincible. Et elle avait peur d'autre chose qui semblait toujours être aux aguets sous l'élocution caressante, affectée de Véda: un désir froid, cruel, grossier de torturer sa mère, de l'humilier, et par-dessus tout de la blesser." (p. 119)
En toutes choses entreprises, en toutes marques d'affection prodiguées, Milderd court après l'approbation de sa fille, après sa tendresse. Son amour fou pour Véda l'entraîne à tout lui pardonner, même les pires infamies, la poussant même à s'accuser des torts qu'elle ne peut reconnaître à son enfant. Cette malsaine passion maternelle possède tous les atouts d'un drame et il s'en faut d'un cheveu que celui survienne. Bien loin des canons classiques de la Mater Dolorosa, Mildred incarne une mère tragique qui, si elle pleure peu son enfant morte, se désespère de ne pouvoir garder l'affection de celle qui lui reste.
Convaincue des aptitudes artistiques de son enfant chérie, Mildred lui offre les cours de piano et l'instrument dont elle rêve tant. le piano à queue, signe extérieur de richesse, est tout à fait vulgaire dans l'intérieur modeste des Pierce. Mais c'est ce piano qui cristallise tous les espoirs et toutes les déceptions de Véda. Quand il s'avére que l'enfant est une médiocre musicienne, c'est tout de même le piano qui la sauvera, en révélant son extraordinaire voix de soprano coloratura. Véda chante à merveille, mais ce n'est que chant fourbe de sirène, auquel sa mère se laisse prendre, encore.
L'amour entre Mildred et Monty Beragon revêt rapidement et vilainement les atours de la vénalité. Si Monty accepte avec condescendance chaque dollar que Mildred lui octroie et s'il se plie aux exigences qu'elle lui impose, il ne cède pas un pouce sur le champ de l'orgueil. Sa superbe se satisfait qu'une femme se soucie à sa place des désagréables et viles questions financières. Mildred, de son côté, ne peut pas quitter Monty grâce auquel elle a le sentiment que sa fille lui est revenue. Dépendante du train de vie auquel l'homme a habitué l'enfant, la mère ne peut jeter hors du foyer ce profiteur malséant et fat. C'est toujours auprès de Monty qu'elle croit trouver la solution pour gagner le coeur de Véda, oubliant, hélas, qu'un loup introduit dans un poulailler ne peut que faire des dégâts dans l'esprit d'une jeune dinde.
Les jambes de Mildred font tourner bien des têtes, ses "pies" font l'admiration gourmande de beaucoup, mais le drame de cette femme, dans les deux passions qui ponctuent sa vie, est de croire que l'argent lui permet d'acheter les sentiments de ceux qu'elle entretient matériellement. Mère passionnée et amante dévouée, elle serait prête à tout donner pour qu'on l'aime. Mais plus elle donne et plus Véda et Monty méprisent sa prodigalité sentimentale et financière. C'est à ses dépents, enfin, que Mildred apprendra que l'amour est la seule chose qu'on ne peut pas provoquer ni contrôler.
L'entourage de Mildred est réduit. Son interlocutrice privilégiée est sa voisine, Mrs. Guessler, une femme dotée du savant talent de pointer le bout de son nez quand on a besoin, ou non, de sa présence. Ses conseils matrimoniaux, parentaux, amoureux ou financiers découlent tous d'un bon gros sens et d'une volonté quasi pathologique de porter secours à son prochain. Mais sous des dehors respectables de matrone américaine, Mrs. Guessler dissimule un fond de rouerie tout à fait hilarant: la bonne femme joue les bootleggers de quartier et arrose sa voisine des liqueurs les plus inavouables de l'histoire de la Prohibition.
Ce roman est mon livre 2010, celui que je n'oublierai pas! L'édition que j'ai acquise contient un DVD du film réalisé par Michael Curtiz, le Roman de Mildred Pierce. Joan Crawford campe une Mildred Pierce énergique et séduisante, tout à fait à l'image du personnage écrit par James M. Cain. le film propose une version différente du roman en introduisant un crime qui inaugure l'action. On assiste à l'assassinat de Monty qui s'écroule en prononçant un nom, celui de Mildred, tandis qu'une silhouette s'échappe de la maison. Cette modification ne nuit en rien au propos et renforce le côté "roman noir" du texte original. le film s'attache à ménager une attente impatiente autour de l'identité du tueur.
L'intrigue se déroule au cours de différents flash-back durant lesquels on assiste à l'histoire de Mildred Pierce telle que James M. Cain l'a écrite. le roman est simplifié, certains personnages secondaires ont disparu, mais l'essentiel est là: Mildred est une femme d'affaires aguerrie, Véda est une enfant odieuse et cupide, Monty est un poseur nécessiteux, etc.
Ce film est une merveille du cinéma des années 1940. L'image en noir et blanc a ce charme dont je ne me lasse pas. L'interprétation est excellente et la réalisation digne des meilleurs films noirs du cinéma américain.
Pour conclure, le livre de James M. Cain et le film de Michael Curtiz vont rejoindre en bonne place mes étagères intouchables, celles du haut desquelles on ne redescend que pour être relu et revu jusqu'a plus soif!
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Arakasi
29 mars 2013
Mildred Pierce est une petite ménagère blonde et jolie, cuisinière talentueuse et mère angoissée de deux fillettes ; en somme une parfaite femme au foyer comme on peut en croiser des milliers. Mais sous cette blondeur et ces formes un peu replètes se cache un caractère d'acier – le courage d'un lion et l'obstination d'une mule pour utiliser des métaphores animalières – et le jour où elle apprend l'adultère de son mari, Mildred le flanque aussitôt à la porte. Un coup de sang qui risque de lui coûter très cher, car la situation d'une mère célibataire n'a rien d'enviable dans l'Amérique très sexiste des années 30. Mais Mildred s'accroche. Etape par étape, elle va lutter pour trouver une place dans cette société qui ne lui en accorde aucune, devenant serveuse dans un pub crasseux, puis petite entrepreneuse et enfin patronne d'une large chaine de restauration.
Hélas, il y a Véda… Véda, la fille ainée de Mildred, une enfant brillante et adorée par sa mère qui peine pourtant à comprendre ses humeurs versatiles et son tempérament orgueilleux. Pour combler les rêves de richesse et les ambitions de sa fille, Mildred va suer sang et eaux et se livrer à toutes les humiliations. Mais rien n'y fait. Véda n'aime pas sa mère. Elle ne voit en elle qu'une opportuniste, une petite bourgeoise montée trop haut qu'elle méprise d'abord en secret, puis de plus en plus ouvertement, tout en profitant sans scrupule de sa fortune grandissante. Et quelle importance auront l'ascension de Mildred et ses succès financiers, si elle ne parvient pas à se faire aimer de Véda ?
« Mildred Pierce » est un roman social, dans la plus pure tradition de ceux d'Emile Zola : à travers l'histoire de Mildred, c'est l'Amérique de la Prohibition toute entière qui est passée à la loupe , une Amérique à la fois exagérément pudibonde et licencieuse, où les femmes commencent petit à petit à se hisser sur l'échelle sociale (même si cette ascension se limite à des domaines très spécifiques, « féminins » comme la restauration). Mais le récit ne se limite pas seulement à ces thématiques, aussi intéressantes soient-elles : la coeur du récit, c'est l'amour de Mildred pour sa fille, un amour obsessionnel, presque malsain et qui, comme tous les amours passionnés, semble destiné à se terminer fort mal… C'est dans la décortication de leur relation, menée avec un soin à la fois cruel et compatissant, que James M. Cain montre tout son talent de romancier et parvient à dresser un portrait de femme particulièrement touchant et réaliste.
A noter qu'il existe une adaptation télévisuelle particulièrement réussie et très fidèle de ce roman par la chaîne HBO. Pour tout dire, il s'agit d'une des rares adaptations que j'ai préférées au livre de base – tout le mérite en revenant à Kate Winslet dans le rôle-titre qui par son interprétation frappante parvient à compenser le ton parfois un peu trop sec de l'oeuvre originale. A découvrir également donc !
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AMR
27 mai 2017
Lecture commune de mai 2017
Les lectures communes du Club de lecture de Babélio sont l'occasion pour moi de découvrir de nouveaux auteurs.
Ainsi James M. Cain nous propose avec ce roman un portrait de femme dans l'après-crise de 1929 en Californie et c'est vrai que j'apprécie en général les romans qui proposent une vision individuelle des évènements historiques, une originalité de points de vue, une approche à la mesure du quotidien et une études de moeurs.
Le personnage de Mildred Pierce force le respect par son pragmatisme, son sens de l'organisation, sa manière de prendre en main sa vie et celle de ses filles et même par les rapports amicaux qu'elle ne cesse d'entretenir avec son ex-mari.
Il ne faut oublier ni l'époque ni les mentalités qui servent de toile de fond à son parcours. Il n'était pas facile alors pour une femme de dire JE, de s'affirmer en tant que femme indépendante. Ce petit bout de bonne femme compte les cents et les dollars, confectionne ses « inexorables pies » quoiqu'il arrive (même le décès de sa fille cadette !), reste toujours très féminine et poursuit sans faille le chemin qu'elle s'est tracé pour donner à sa fille aînée (la fille préférée ?) la vie rêvée qu'elle lui a promise. Mildred est un savant mélange de résolution et de féminité voluptueuse.
Autour de Mildred, les autres personnages féminins forment un groupe solidaire et volontaire : la voisine et amie, les collègues, la bonne, les employées de ses restaurants. Seule sa fille Véda, méprisante, cupide, orgueilleuse et manipulatrice, dégage une aura malsaine, au delà même de la difficulté des relations mère-fille.
Les personnages masculins brillent par leurs faiblesses : l'ex-mari n'a pas su trouver l'énergie de rebondir après sa faillite, l'amant se laisse entretenir sans vergogne, les véritables motivations de l'ami avoué ne semblent pas très honnêtes… Même chez les voisins, c'est Mrs Gessler qui remet son mari sur les rails ! Bert, l'ex-mari, rachète cependant un peu le lot : témoin des décisions courageuses de Mildred, de sa réussite, de ses doutes, il la suit toujours de loin et, à sa manière, lui témoigne son soutien.
La réussite de Mildred s'accompagne d'une prise de poids ; la jeune femme sexy devient une matrone grassouillette. Au fur et à mesure que ses affaires prospèrent et que ses relations avec sa fille Véda se détériorent, elle perd de son charme. Dans son aveuglement maternel, elle va multiplier les erreurs : tout d'un coup, il n'est plus question de dollars, ni de centaines de dollars, mais de milliers de dollars et ces dollars-là fuient de ses caisses et de ses réserves… Je ne dévoilerai pas la fin, mais il va falloir beaucoup de « pies » pour remonter cette banqueroute.
Même si j'ai eu un peu de mal à entrer dans cette lecture, j'ai fini par m'attacher à cette petite bonne femme un peu insignifiante qui trouve en elle les ressources pour aller de l'avant en pleine période de grande dépression américaine mais que l'on sent menacée tout au long de son honorable cheminement ; son parcours nous est donné à lire de 1931 à 1940, pendant les neuf années de séparation d'avec son mari et de pourrissement des relations mère-fille.
En effet, cette mère de famille semble avoir paradoxalement déplacé sur sa fille aînée un étrange sentiment amoureux, dérive d'un amour maternel un peu trop exclusif et c'est cet amour qui auréole le roman de James M. Cain d'une ambiance angoissante laissant toujours présager le pire, même quand la réussite matérielle récompense les efforts fournis. le traitement de cette perversion familiale fait tout l'intérêt du livre : comment Véda, l'enfant gâtée mise sur un piédestal, devient-elle la rivale de sa mère ?
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Citations & extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
sld09sld0906 septembre 2017
Ce n'était pas à elle qu'on pouvait raconter qu'on n'arrivait pas à s'en sortir, même avec cette Crise, quand on avait un peu de cran.
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AMRAMR27 mai 2017
Et, cependant, fatiguée comme elle l’était la plupart du temps, il y avait une nouvelle lueur dans son regard, un changement même dans son vocabulaire. Parlant à Mrs Gessler, elle disait « mes pies », « mes » clients, « mes » achats. Les pronoms de la première personne dominaient. Sans aucun doute, elle prenait à ses propres yeux une certaine importance ; elle devenait un peu vaniteuse, un peu indépendante. Et d’ailleurs pourquoi pas ? Deux mois auparavant, elle avait à peine de quoi acheter du pain. Aujourd’hui, elle se faisait, avec sa paye, huit dollars par semaine, quinze dollars environ de pourboires, plus de dix dollars de bénéfice sur les « pies ». C’était une affaire en plein essor. Elle acheta un tailleur sport et se fit faire une indéfrisable.

[…]

Véda tira sur sa cigarette, réfléchit et demanda :
- Veux-tu vraiment savoir pourquoi ?
- Je t’ordonne de me le dire !
- Alors… puisque tu insistes. Avec assez d’argent, je pourrai enfin m’en aller loin de toi, pauvre idiote. Loin de toi et de ta Charrette à Pies, de tes poulets, de tes gaufres, de tes cuisines, et de tout ce qui sent la graisse. Loin de cette bicoque que tu as extorqué par chantage à mon père […], loin de son joli petit garage pour deux voitures, de son ameublement pouilleux. Loin de Glendale, de sa médiocrité, de ses usines d’ameublement, de ses femmes qui portent des uniformes et de ses hommes en bleus de travail. Loin de toute cette saleté qui me rappelle ce trou… ou toi…
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Gwen21Gwen2127 mai 2017
- Qu'est-ce que vous avez l'intention de faire ?
- Ce que je vais faire ?
Un silence gêné s'abattit sur les deux femmes. Puis, Mrs. Geyser hocha la tête :
- Voilà ! Vous avez rejoint la plus grande armée de la terre, cette grande institution américaine qui n'est jamais mentionnée le 4 juillet : charmante veuve avec deux petits enfants à élever ! Quels salauds !
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Gwen21Gwen2117 juin 2017
- C'est sûrement la faute de quelqu'un après toutes ces années de travail...
- Tu ne comprends donc rien ? Le travail, ça ne donne pas du talent ! et je n'en ai pas ! JE N'AI AUCUN TALENT ET ON N'Y PEUT RIEN !
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LiliGalipetteLiliGalipette16 février 2011
"[Mildred] ne pouvait briser Véda, quelque battue qu'elle fût. [...] Elle avait peur de Véda, de son snobisme, de son mépris, de son orgueil invincible. Et elle avait peur d'autre chose qui semblait toujours être aux aguets sous l'élocution caressante, affectée de Véda: un désir froid, cruel, grossier de torturer sa mère, de l'humilier, et par-dessus tout de la blesser." (p. 119)
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