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ISBN : 2070378837
Éditeur : Gallimard (16/06/2005)

Note moyenne : 3.43/5 (sur 581 notes)
Résumé :
Ayant vidé la poubelle sur le trottoir, il trouva vite le sac qu'on plaçait dans la salle de bains, en retira des coton-tiges, un vieux tube de dentifrice, un autre de tonique pour la peau, des lames de rasoir usagées. Et les poils étaient là. Pas tout à fait comme il l'avait espéré : nombreux, mais dispersés, alors qu'il imaginait une touffe bien compacte, quelque chose comme une moustache tenant toute seule. Il en ramassa le plus possible, qu'il recueillit dans le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (64) Voir plus Ajouter une critique
Allantvers
  02 avril 2017
Il y a quelque chose d'un peu masochiste à se lancer dans un Carrère dont les oeuvres amènent toujours quelque chose de troublant, de douloureux, de dérangeant.
J'ai retrouvé dans celui-là, pourtant plus ancien, le même sentiment de malaise croissant que dans « l'Adversaire », ce même glissement progressif et inéluctable d'une situation apparemment stable, installée, bourgeoise, vers des recoins obscurs de l'âme, qui se mettent peu à peu à résonner sur nos propres zones de vide et foutent franchement la trouille.
Ainsi de ce personnage archétypal du type à qui rien ne peut arriver, architecte, parisien, bien marié, belle situation, dont la vie va pourtant partir en vrille quand il va se raser la moustache et que personne ne s'en rendra compte. Ni sa femme, qui lui affirme qu'il n'en a jamais porté. Ni ses amis, qu'il n'a peut-être jamais eus.
Le doute, la paranoïa s'installent, il tombe dedans et le lecteur avec. Tout vacille, jusqu'aux fondements de son existence, les solides briques sur lesquelles reposent sa vie se délitent et pire, s'évaporent. Effroi vertigineux quand tout ce qui lui paraissait être disparaît, entraînant son être dans le néant…
Il va me falloir un petit moment à me remettre de ce roman flippant et fascinant.
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medsine
  10 septembre 2012
Lorsque, comme moi dans ce cas, on a vu le film avant de lire le livre dont ce dernier est tiré, il est difficile d'extraire de son esprit le visage des acteurs superposé à celui des personnages du roman. C'est donc avec Vincent Lindon en tête que j'ai redécouvert avec plaisir cette histoire simple et brillante. le trouble de la lecture était encore accentué par le fait que je n'arrivais pas moi-même à me souvenir du visage de Vincent Lindon avec une moustache, tant on a l'habitude de le voir glabre.
L'idée est donc toute simple et géniale. Un jour, un homme décide de raser sa moustache pour s'amuser et pour surprendre son entourage, sa femme, ses amis. Personne ne remarque rien et ne réagit, ce qu'il prend à son tour pour une blague organisée à ses dépens. La blague tourne court et l'homme s'enfonce dans une forme aiguë de paranoïa. le récit est construit de telle façon qu'on ne sait qui a raison. Les indices s'effacent, on ne sait si c'est l'homme qui les détruits lui-même, si c'est sa femme qui les dissimule et veut ainsi le rendre fou où s'ils n'ont tout simplement jamais existé. Sa vie elle-même a-t-elle existé et ses proches sont-ils des êtres réels ?
Emmanuel Carrère construit son livre un peu comme un roman psychologique, il touche presque à la science-fiction et nous force à réfléchir par l'absurde sur la condition humaine et le principe de réalité. Une réalité tout à fait relative qui peut être déniée par le simple regard des autres.
5 septembre 2012
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Gwordia
  23 juin 2012
A priori, le pitch est poilant. Mais très rapidement, c'est une histoire de fou que Carrère taille au millimètre.
D'abord convaincu d'être pris pour un blaireau, notre héros trouve tout cela un brin rasoir. Mais quand il se rend compte que sa métamorphose au nez et à la barbe de son entourage passe complètement inaperçue, il a passablement la sensation de se faire tondre la laine sur le dos. Forcément, s'enchaînent déception, ahurissement, révolte, j'en passe et des meilleurs. Et à force d'évoluer sur le fil des émotions, le personnage part dans un grand délire - mais est-ce bien lui ou les autres ? - qui ne peut que mal finir.
L'idée de départ est excellente et la psychologie du protagoniste est impérialement construite, mais plus que de n'être pas marrante, toute la situation vire carrément sordide. Et ce n'est pas tout à fait mon genre favori du moment. Si vous voulez du doux dingue, passez votre chemin, ici on parle de folie à l'état pur, dans les grandes largeurs. Quoiqu'il en soit, l'exercice est une réussite, le style est admirable et l'adaptation cinématographique doit être dérangeante à souhait. Brrr !
Lien : http://gwordia.hautetfort.co..
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Arakasi
  17 septembre 2012
« La Moustache » commence et se termine par un coup de rasoir. Tout un programme, n'est-ce-pas ? le présupposé de départ est pourtant très simple, presque amusant dans son absurdité. Un soir, un homme décide de raser la moustache qu'il porte depuis dix ans, espérant ainsi prendre par surprise et amuser son épouse et ses amis. Une petite plaisanterie innocente a priori tout à fait dépourvue de conséquences. Problème : personne ne semble noter la disparition de ladite moustache. Aux questions répétées du personnage principal, tous apportent la même réponse extravagante : il n'a jamais porté de moustache de sa vie. Et la farce tourne à l'aigre… D'abord oscillant entre l'agacement et l'amusement, le personnage principal se laisse progressivement gagner par l'inquiétude. A l'inquiétude succède la peur. A la peur, la paranoïa.
Ni thriller, ni policier, ni fantastique, « La Moustache » est un roman à part, un de ceux qui vous prend à la gorge, fait monter dans votre oesophage une angoisse diffuse, indéfinie. Ce malaise est accentué par le style employé par l'auteur, très précis, très détaillé et rapportant chaque action de ses protagonistes avec une méticulosité presque maniaque. Dès le début du roman, on s'identifie facilement au personnage principal, on partage sa peur et sa confusion, le sentiment de trahison grandissant qu'il développe vis-à-vis de ses proches, mais cette identification même devient rapidement source de crainte. le doute s'installe progressivement : que se passe-t-il exactement ? Une farce sinistre ? Un complot ? Une distorsion improbable de la réalité ? Ou l'explication la plus vraisemblable et la plus terrifiante de toutes : la démence, la vraie, celle qui vous coupe des autres, vous ronge de l'intérieur, démence d'autant plus glaçante qu'elle s'appuie sur un comportement et un raisonnement rationnels.
« La Moustache » n'est pas un roman agréable à lire (et, comme l'affirmait une critique précédente, indubitablement pas un livre à terminer en mangeant. Aux trois quarts du bouquin, je caressais vaguement l'idée de regarder l'adaptation filmée avec Vincent Lindon et puis… ben non, peut-être pas, tout compte fait), mais tout de même un excellent roman. Il m'a marquée durablement et le malaise causé par la lecture a perduré longtemps après la dernière page tournée.
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zabeth55
  11 juin 2014
Mais quelle histoire démente !
Un matin, un homme se rase la moustache. Sa femme ne s'aperçoit de rien. A ses questions étonnées, elle répond qu'il n'a jamais porté de moustache.
Qui ment ? Qui est fou ?
Au fil des pages on est emporté dans une spirale hallucinante, obsédante et angoissante où le narrateur craint de sombrer dans la folie (et le lecteur avec). Pour sûr il tombe dans la paranoïa.
Je ne sais pas trop quoi en penser. c‘est fatigant un roman pareil.
L'écriture est belle, descriptive, cinématographique, mais l'histoire vraiment tordue.
De plus,la fin inattendue fait encore plus perdre les pédales et n'apporte pas de réponses.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
MimimelieMimimelie   12 décembre 2018
Comme la tribu animiste, dans le village où ils avaient acheté autrefois la couverture : la tradition se perdait mais autrefois, à ce qu'on leur avait dit, les habitants recueillaient précieusement leurs rognures d'ongles, leurs excréments, leurs cheveux, leurs poils coupés, tout ce qui faisait partie d'eux et qui leur permettait d'entrer au paradis en toute intégralité, non mutilés...
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GwordiaGwordia   23 juin 2012
Tant qu'à faire le clown, il pouvait aussi s'arrêter à ce point, laisser sa lèvre supérieure ornée d'une végétation irrégulière, vivace ici, ratiboisée là. Enfant, il ne comprenait pas pourquoi les adultes mâles ne tiraient jamais de leur système pileux un parti comique, pourquoi par exemple un homme qui décidait de sacrifier sa barbe le faisait en général d'un seul coup au lieu de proposer à l'hilarité de ses amis et connaissances, ne serait-ce qu'un jour ou deux, d'une demi-moustache ou de rouflaquettes en forme de Mickey, bouffonneries qu'un coup de rasoir suffisait à effacer après s'en être diverti. Bizarre comme le goût de ce genre de caprice s'estompe avec l'âge, lorsque précisément il devient réalisable, (...).
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Zazette97Zazette97   17 avril 2010
En y réfléchissant, dans l'eau qui refroidissait, il comprenait avec déplaisir ce qui l'avait le plus troublé dans la scène de la veille : pour la première fois, Agnès avait introduit un des numéros de son cirque mondain dans leur sphère protégée. Pire encore, afin de lui donner plus de poids, elle avait exploité pour faire ce numéro le registre de voix, d'intonations, d'attitudes, réservé au domaine tabou où cessait en principe toute comédie.
Violant une convention jamais formulée, elle l'avait traité comme un étranger, inversant les positions en sa défaveur avec toute la virtuosité acquise à force de pratiquer ce sport, et de façon presque haineuse : il se rappelait son visage chaviré d'angoisse, ses larmes.
Elle avait vraiment paru effrayée, elle l'avait vraiment, en toute conviction, accusé de la persécuter, de l'effrayer délibérément, sans raison. Sans raison, justement...Pourquoi avait-elle fait cela? De quoi voulait-elle le punir? Pas d'avoir rasé sa moustache, tout de même. p.41
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colimassoncolimasson   30 décembre 2011
Il oscillait entre la colère et un attendrissement nauséeux à l’égard d’Agnès, pauvre Agnès, Agnès sa femme, fragile de partout, fine d’attaches, fine mouche, fine paroi aussi entre l’esprit vivace et la déraison qui commençait à la dévorer. Les signes avant-coureurs devenaient clairs, rétrospectivement : sa mauvaise foi scintillante, son goût outré du paradoxe, les histoires de téléphone, de porte murée, de radiateurs, la double personnalité, si maîtresse d’elle-même le jour, avec des tiers, et sanglotant la nuit dans ses bras, comme une gamine. Il aurait fallu interpréter plus tôt ces signaux de détresse, cet excès d’éclat, et maintenant c’était trop tard, elle sombrait.
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TempuslegendaeTempuslegendae   19 novembre 2012
«En y réfléchissant dans l’eau qui refroidissait, il comprenait avec déplaisir ce qui l’avait le plus souvent troublé dans la scène de la veille, pour la première fois, Agnès avait introduit un des numéros de son cirque mondain dans leur sphère protégée. Pire encore, afin de lui donner plus de poids, elle avait exploité pour faire ce numéro le registre de voix, d’intonations, d’attitudes, réservé au domaine tabou où cessait en principe toute comédie».Je l’avoue, je me suis interrogé, perplexe, sur la nécessité pour E. CARRERE de théâtraliser son histoire. A-t-il douté au moins une fois d’une juste compréhension de son roman par tous? Rajouter la note supplémentaire à l’écrit…Pour un homme, vouloir se laisser pousser la moustache peut être une pure coquetterie, la raser peut se révéler un désastre, enfin le dire autour de soi assimilable à une pure folie. Pour adhérer à mon raisonnement, je vous conseille de lire ce roman!
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