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EAN : 9782330135188
Actes Sud (19/08/2020)
3.76/5   53 notes
Résumé :
Le bac en poche, Magyd dit Le Madge, plus entre deux chaises identitaires que jamais, et entre rock et chanson française "à texte", éprouve ses rêves de musique et d'engagement politique, naviguant d'une bande de potes à l'autre : ceux de la cité et les artistes du centre-ville. Moins à la recherche de sa "Part de Gaulois" que de sa voix -- celle qu'il voudrait donner aux siens, qui n'en demandent pas tant ; celle qui résonnera bientôt dans tous les Zénith de France... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Premier roman que je lis du chanteur du groupe Zebda, né à Toulouse de parents algériens. Je me régale de cette prose tantôt intellectuelle (BAC A5), tantôt le parler rebeu. Des concerts à droite, à gauche et un boulot où il écrase des steaks entre deux pains de forme rond où on lui impose le prénom Chris. La vie de quartiers de Toulouse, sa famille, ses potes, son groupe, ses émois amoureux. le combat d'être arabe ou français, la gauche qui passe au pouvoir, puisque l'histoire se passe dans les années 80. Qu'il est bon d'entendre les noms des chanteurs que l'on a aimé ! C'est frais, enlevé, une verve jubilatoire qui n'est pas sans rappeler San Antonio ou Audiard.
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Suite de "Ma part de Gaulois".
Magyd, bac en poche, a quitté le bercail.
Cette suite est pour moi un cran au-dessus, parce que c'est dans ce début de vie d'adulte où il est plus libre de ses faits et gestes que toutes les contradictions de Magyd explosent.
Empli de sa cité toulousaine et de ses origines algériennes, sur le calque des années 80 françaises, il nous raconte combien il est impossible de rejeter en bloc son éducation tout en voulant cracher dessus. Combien il est rude de s'entendre dire comment mettre sa singularité en sourdine, tout en voulant ressembler à celui qui ose aborder le sujet.
Un roman qui révèle la source de son militantisme sur scène à coup de mots bien sentis.
Ça éclabousse et ça forme.
Ajoutez à ça la truculence de sa plume, ça donne un témoignage qui mérite largement qu'on s'y arrête.
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Tout d'abord, je tiens à remercier Babelio, les éditions Actes Sud et Magyd Cherfi pour m'avoir offert ce privilège de lecture en tout début de la rentrée littéraire.

1981.
Le bac en poche, Magyd Cherfi quitte le cocon familial pour voler de ses propres ailes et vivre sa vie de jeune adulte.
À cette époque là, sa vie est rythmée par la musique, le rock et les petits concerts.
C'est le début du groupe Zebda et dans la cité où il n'a de cesse envie de revenir, certains s'interrogent sur la passion que voue Magyd à écrire des textes bien français et à l'amour qu'il porte à la littérature française.
Côté culture musicale, il s'inspire de Reggiani, Renaud, Brel, Sardou entre autres...
Au grand dam des copains de cité qui voudraient le voir chanter en arabe, une langue qu'il peine même à parler.
Alors la chanter, il ne l'envisage même pas.
Tout ça, Magyd Cherfi nous l'expliquait à merveille dans « Ma part de gaulois » que j'avais tant aimé ( coup de coeur de la rentrée précédente et listé au Goncourt)
Mais malgré cela, Magyd, qui ne souhaite en rien renier ses origines, se retrouve justement face à ses propres contradictions et c'est exactement ce qu'il décortique dans «La part du sarazin »
Comment être bien français quand on est né en France de parents algériens et comment ne pas être moins d'origine arabe lorsque l'on se sent Français avant tout.
Et comment surtout s'imposer et faire sa place face au sentiment de «  déloyauté » que l'on inspire aux autres fils d'immigrés, copains de cité ?
J'avoue du coup que j'ai eu un peu de mal à rentrer dans ce roman au départ avec le sentiment de ne pas reconnaître l'écriture de Magyd au début , tant pour la forme que pour le fond.
Moi qui avait tant aimé « Ma part de Gaulois » j'avais cette fois beaucoup d'incompréhension.
Il m'a fallu quelques chapitres pour parvenir à comprendre le tableau qu'il nous dressait.
Et puis, piano piano au fil des pages, tout s'est éclairé pour moi et j'ai commencé à retrouver le style de narration à laquelle j'avais tant adhéré dans « Ma part de gaulois » et le plaisir de lecture s'est installé.
Ce sentiment contradictoire qu'il décrit est analysé avec beaucoup de justesse.
Et puis dans ce livre, outre cette difficulté à se positionner, Magyd nous évoque aussi ses premiers émois, ses premières amours mais aussi sa relation à ses parents. Et c'est très beau.
Et bien sûr, comme l'histoire se déroule à Toulouse, j'ai eu l'occasion de retrouver à travers les pages, des endroits qui me sont familiers.
Et enfin, une scène décrite dans ce livre et qui m'a renseignée sur les raisons d'écriture d'une des chansons du groupe Zebda.
Pour résumer, malgré mes quelques difficultés du début, j'ai pris du plaisir à lire encore une fois ce récit autobiographique de Magyd dont la maîtrise textuelle est prouvée depuis longtemps.
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La part du sarrasin Magyd Cherfi Actes sud
1981. En France, cette date est synonyme quasi de révolution politique. En mai de cette année, avec l'élection présidentielle et la victoire de François Mitterrand, les adversaires du natif de Jarnac imaginaient voir débarquer les chars russes sur les Champs-Elysées à compter de juin. Mais Tonton, en stratège, a joué une partie d'échecs dangereuse pour désarçonner la droite ; se servir du Front National, faire monter le parti extrême et son leader Jean-Marie le Pen avec ses discours anti-immigrés que touhent un bon nombre de français issus de l'immigration à commencer par Magyd Cherfi qui livre son récit dans « la part du sarrasin », paru chez Actes sud.
Le Madge a quitté le nid familial, pas en très bons termes. Il fait de la musique, du rock, pas celle qu'on attend qu'il fasse, lui l'Arabe qui a eu son bac, le passionné de littérature et de chanson française. Il a quitté le quartier mais ne peut s'empêcher d'y retourner. Avec Pierrick, Djibou, ses acolytes, mais aussi Hélène et Riton, il tente de faire évoluer les représentations à son modeste niveau sans oublier ses combats. Mais le climat ambiant de montée du FN et de son arrivée à l'Assemblée Nationale n'est pas propice aux changements qu'il désirait.
Magyd Cherfi, chanteur de Zebda, poursuit son récit introspectif avec ici le début de sa vie d'adulte, de conscientisation politique et de déboires idéologiques, communautaires ou amoureux. Il n'est pas tendre avec celles et ceux qui ont jallonés cette période mais il est surtout dur avec lui-même et c'est ce qui faut de ce récit un témoignage coup de poing prenant de ces années 80 en province pour un arabe qui veut être avant tout vu comme le français qu'il est. Magyd Cherfi questionne avec humour parfois, gravité de temps en temps, et sans pincettes souvent le poids des représentations, de la religion, les éléments constitutifs d'une identité. Là où il est totalement crédible, c'est qu'il ne se revendique pas un titre de chevalier blanc. Il faut apparaître sans retenue ses failles, doutes, contradictions , tout cela dans une langue qui ravit le lecteur à chaque page. La part du sarrasin pourrait presque être classé comme un récit socio-historique mais ce serait nié à Magyd Cherfi le statut d'écrivain qu'il a sans aucun doute.
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Ce récit est un instantané de la société au milieu des années 80 avec son lot de racisme ambiant et les questions identitaires des français à qui on fait comprendre qu'ils ne sont pas vraiment français... Juste avec les formes de son prénom, le Madge, Madjid, Magyd, et même l'improbable et injuste Chris, les volte-face s'enchaînent! S'il est toujours le même au fond de lui, il est impossible de satisfaire à la fois les injonctions de ses potes musiciens, de ses potes d'enfance, de sa famille, et les exigences des regards que tout le monde pose sur lui. Ce n'est pas juste "avoir le cul entre deux chaises", la vie de Magyd est parfois à la limite de la schizophrénie car la musique le sauve mais le maintient tête dans le guidon et l'éloigne de certaines racines, tandis que tout engagement politique même associatif subit des jugements de toutes parts.
C'est une belle plume je le savais déjà car j'ai vécu quelques années en écoutant les textes de Zebda en boucle et en allant régulièrement à leur concert. Néanmoins je ne connaissais pas Magyd, je m'en rends compte maintenant car les messages passaient en priorité avant les individus. Ce récit m'a appris à quelle occasion la chanson "je crois que ça va pas être possible" a vu le jour. Ça sentait clairement le vécu à plein nez mais c'est toujours édifiant de faire vivre aux lecteurs et lectrices la situation comme elle s'est réellement présentée.
Bon, il faut quand même que je précise que le miroir déformant de ce récit qui se passe il y a presque 40 ans est glaçant tant notre société ne s'est pas améliorée. .. loin de là! Restons motivés!... Et merci à l'auteur, à Babelio et aux éditions Actes sud pour cet envoi.
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critiques presse (1)
LeFigaro
13 novembre 2020
Le parcours d'un jeune chanteur toulousain né de parents algériens dans la France des années 1980.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
- Oh les chieurs ! Jamais vu des mecs aussi susceptibles ! Un rien vous vexe, vous n'arrêtez pas, les gars, la semaine dernière et l'autre avant, c'était le même cirque, vous confondez fiction et réalité, c'est chiant ! Séparez-les une fois pour toutes ! C'est vrai, on peut plus rien vous dire. Si on vous réclame de la distance, ça vous vexe, vous identifier comme Français c'est vous diminuer, vous traiter en Arabes c'est quasi une insulte, vous vouvoyer c'est faute grave, vous tutoyer, la pire des insultes et toucher vos sœurs, un crime... Consultez, les gars !
On est devenus blêmes. Pierrick qui hier encore buvait mes paroles venait de résumer en quelques phrases vingt ans de dérobades et d'esquives, une fessée.
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Au sortir de l'entretien, je me suis massé le visage avec mes paumes pour effacer le sourire contenu de main ferme devant ce trader de cuisine, à la vue de cette verrue dégoûtante qui n'avait d'humain que le goût de marcher sur la gueule du plus faible.
Putain ! me suis dit, ils vont m'appeler Chris, si ma mère entend ça, elle déchire ma page du livret de famille, si mes frères, mes soeurs, tous mes potes apprennent que j'ai cédé à cette injonction c'est pas Chris qu'ils vont m'appeler mais Salam, genre, Adieu on te connaît plus. Ou Sale con, et je l'aurai bien mérité. Toutes ces années passées dans la cité à haranguer pour la dignité cognaient à la porte de ma conscience, tout ce temps à bassiner les copains jouaient les boomerangs.
"Nous devons montrer qu'il n'y a pas de fatalité et pour montrer faut se montrer, lever la tête et dire non à toute discrimination. " Tu parles.
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- Ecoute, Madge, vis ton bonheur à fond même si c'est les yeux ouverts, ça restera ton meilleur souvenir. Ne fais pas comme moi, j'ai laissé partir des tas de petits bonheurs et je les regrette, ne rate pas les tiens.
J'ai frémi de ce regret, de ce soudain avertissement, que regrettait-elle ? Est-ce qu'en abandonnant le groupe, je ne commettais pas la plus grosse erreur de ma vie ? Et puis Samir et Momo ? N'avais-je pas, en désertant l'asso, trahi nos rêves de refonder le monde ?
- Ne gâche pas, insistait-elle.
Elle me disait tout cela comme si elle craignait que je devienne, comme elle, une machine à gamberges, un sacrifié de la cause.
- On a droit à soi, disait-elle, moi je me suis perdue, j'ai tout perdu.
Le "droit à soi" me parlait. Plus je m'échinais à construire des "bandes", plus l'appel de "moi-même" me siliconait de son écho.
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Bébert a tiré une longueur chargée d'effets sur sa corde de mi et c'était parti pour deux heures de transe électrique où j'ahurissais l'assistance en sautant aux quatre coins de la scène comme un cabri, un public épars m'interdisant de me jeter tel un fauve sur sa proie. Je débitais comme un marteau-piqueur des phrases incompréhensibles tant le rythme était soutenu. Faut dire que le public n'en avait cure de mes métaphores sanglantes, il aspirait à l'apocalypse sonore, à l'ébullition, à la crémation des tympans. Il ne cherchait pas l'originalité d'un accord ou la subtilité d'un pont en ré, rien de musical mais tout simplement l'avènement d'un chaos chamarré et ses vœux étaient exaucés.
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Ils ont chaviré deux heures durant, vogué par-dessus les têtes, chanté à en perdre le souffle mais dans cette immensité fraternelle et dansante, pas un visage reconnaissable, une masse mouvante qui s'attachait plus à un symbole qu'à ma personne, je n'étais tout à coup qu'une image figée. Ils applaudissaient ce qu'ils croyaient être moi, une illusion accrochée au mur de leur chambre. Dans cette foule bienheureuse, je ne voyais pas un Reubeu de quartier, pas le moindre fils de la cité, rien qui m'eût définitivement consolé. Ces Arabes étaient-ils ailleurs ? Ont-ils seulement existé ? Est-ce que cette armée basanée n'était que le doux rêve d'un français qui n'a été algérien que le jour de sa naissance ? Peut-être avais-je oublié qu'ils étaient français mais, à ne pas se l'entendre dire, on tourne le dos à la vérité pour préférer sa part d'ombre. Au milieu de la foule transie, j'ai retrouvé la solitude des salles vides qui, elles, au moins, vous font espérer. Rêver qu'elles se rempliront un jour.
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Videos de Magyd Cherfi (34) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Magyd Cherfi
Magyd Cherfi : « L’écriture sert à régler des comptes. »
Après avoir exploré l’autofiction avec « Ma Part de Gaulois » (2016), succès public et critique, ou « La Part du Sarrasin » (2020), l’écrivain et chanteur signe un premier roman, « La Vie de ma mère ! » (Actes Sud). Entre tendresse et humour corrosif, l’ex-voix et parolier du groupe Zebda dépeint avec justesse l’émancipation sur le tard d’une femme qui a dévoué sa vie aux autres : Taos, une mère sacrificielle. Son affranchissement va bouleverser sa famille, et notamment son fils Slimane, le mettant face à ses névroses et à ses propres carcans. Telle une comédie familiale enlevée, ce roman pointe, à travers l’intime, le poids du patriarcat, le déchirement de l’exil, et les tiraillements identitaires.
(vidéo postée le 29/01/24 par @afriquemagazine )
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