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EAN : 9782330127169
336 pages
Actes Sud (02/10/2019)
4.31/5   220 notes
Résumé :
LE POINT DE VU DES ÉDITEURS


Une minute quarante-neuf secondes raconte une histoire collective et son atomisation instantanée ultraviolente. C'est le récit intime et raisonné d'un événement tombe dans le domaine public : l'attaque terroriste contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.
A travers le solitaire trajet de l'impossible retour à l'impossible normale, Riss tente de se réapproprier son propre destin, de réhabiter une vie brutalement... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (45) Voir plus Ajouter une critique
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Il y a plusieurs mois que j'aurais dû lire ce livre. C'est fait et j'admire encore plus Riss et l'impressionnant travail qu'il a réalisé pour écrire Une minute quarante-neuf secondes.
Si le drame du 7 janvier 2015 est le déclencheur d'un tel récit, celui qui a pris la responsabilité de rédacteur en chef de Charlie Hebdo depuis, ne se limite pas à ces moments terribles. L'imbécilité, la haine, le fanatisme religieux ont poussé deux individus à massacrer de sang-froid plusieurs membres d'un journal satirique indépendant, en blessant grièvement plusieurs autres dont Riss et Philippe Lançon. Ce dernier, dans le Lambeau, a réussi une oeuvre littéraire immense mais le livre de Riss est très différent car il plonge dans les entrailles du journal, remonte le fil de sa vie et rend hommage, un par un, à ceux qui ont été assassinés.
Fidèle lecteur abonné à Charlie Hebdo, j'ai bien sûr été très intéressé par l'historique de ce journal, par les débuts de Riss à La Grosse Bertha et par ses rencontres très formatrices avec des gens comme Gébé, François Cavanna, Cabu
Au moment où je termine ce livre, un nouvel attentat vient de se produire à Paris, visant deux journalistes dans la rue où était situé le siège de Charlie Hebdo en 2015. En ce moment aussi, se tient le procès tentant de juger des personnes qui auraient aidé les tueurs. Décidément, il est vraiment nécessaire de lire Riss pour comprendre ou tenter d'approcher un peu cet homme qui s'est retrouvé allongé, blessé grièvement, aux côtés de ses précieux camarades qu'il ne reverrait plus jamais.
Aussi, la mort rôde dans ces lignes du début à la fin puisque Riss se souvient d'un travail d'été effectué, jeune adulte, comme assistant dans les pompes funèbres. Il y a aussi ses souvenirs de reportage en Côte d'Ivoire, au Vietnam.
Riss expose aussi très bien toute la philosophie de son journal et la volonté de ses créateurs pour le maintenir cent pour cent indépendant. Quand les dons ont afflué après janvier 2015, il a fallu résister à ceux qui voulaient en profiter, anéantir les rumeurs nauséabondes et répartir l'argent entre toutes les victimes des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015. Ces mises au point sont nettes et nécessaires.
Et puis, il y a ce fameux décompte : une minute quarante-neuf secondes, le temps qu'a duré cette effroyable tuerie dont l'auteur ressort vivant mais avec le souvenir de celle et de ceux qui sont morts. Alors, j'ai apprécié que soient cités à la fin du livre : Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Cabu, Elsa Cayat, Charb, Honoré, Bernard Maris, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Tignous, Georges Wolinski et Ahmed Merabet plus Clarissa Jean-Philippe, sans oublier Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab et François Michel Saada. Auparavant, Riss avait consacré un chapitre à celle et à ceux avec lesquels il a le plus travaillé pour réaliser Charlie Hebdo.
Une minute quarante-neuf secondes est un livre riche en informations, plein de réflexions importantes, un ouvrage qui touche et fait réfléchir à la mort, à la vie et combat l'intégrisme et le fanatisme religieux. Grâce à Riss, ceux qui sont restés et ceux qui les ont rejoints proposent chaque semaine un grand journal satirique, riche en articles de fond, poussant la réflexion bien au-delà du simple dessin qui fait rire ou sourire, même si cela est absolument nécessaire.
Enfin, c'est avec une infinie tristesse et un sentiment profond de colère que j'ajoute un mot pour Samuel Paty qui vient d'être victime d'un nouvel acte barbare inqualifiable, un assassinat visant un homme et la Liberté d'expression qu'il va falloir se décider à défendre de façon beaucoup plus offensive. le gouvernement semble en prendre conscience - un peu tard - mais attendons les actes !

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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Comment exprimer l'inexprimable?
Riss le fait, en mémoire de ses amis assassinés ce sinistre jour de janvier 2015.
Un de ces jours où vacille la raison mise à mal par la barbarie fanatique.
Un de ces jours encore plus moche que les autres.
Un de ces jours ou des déjà morts massacrent des vivants.
Riss raconte, évoque, s'emporte, rectifie. Il le fait avec une rare intelligence, une belle humilité et une lucidité issues de l'effroi.
Riss n'a pas besoin de beaucoup s'attarder. Pas la peine, mais ses phrase font mouche et vous tordent le coeur, vous montrent l'indicible, font monter votre bouilloire de rage.
Riss approche ce mystère et cette incompréhension de la mort, au travers de ses précédentes rencontres avec la faucheuse... Avant cette dernière confrontation, la plus brutale, la plus brève, la plus directe: celle si proche de votre anéantissement.
La mort hideuse n'a pas voulue de Riss. Celle-ci a pris ses amis, qui étaient aussi les nôtres. Nous qui aimions Cavanna, Gébé partis plus tôt. Nous qui ne pouvons oublier ces victimes d'une tuerie sidérante. Ces funambules gracieux de l'un des tout derniers hebdomadaires de la presse satyrique.
Riss a un mot, des lignes pour chacun de ses camarades disparus dont il sait qu'il les rejoindra.
Et Riss de repartir dans le combat hebdomadaire d'un Charlie Hebdo d'après, dans une vie menacée de tous les instants. La vie. La vie qui serait comme dépouillée du superflus qui ralentit la marche qu'il reste à faire et
allonge la distance.... même si, au final, cela peut sembler vain.
Car Riss a retenu cette vérité fulgurante exprimée par Gébé, un jour, et qui exprime le doute à jamais salvateur:" Qu'est-ce que je fous là?".
Une minute quarante neuf secondes: Un récit essentiel à lire, en prenant tout le temps qu'il faut. Mais, le lire.

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Cette chronique va être difficile, pas parce que je n'ai pas aimé le livre, loin de là, juste parce que j'aimerais retranscrire dedans tout ce que j'ai ressenti à la lecture et que j'aimerais rendre hommage à cet auteur, Riss. Je sais qu'il ne lira jamais ce que je vais écrire, mais j'aime à penser que les mots s'envolent et atteignent les personnes concernées. Comme lui, j'aurais pu commencer cette chronique en disant « Il est impossible d'écrire quoi que ce soit », tellement c'est difficile d'exprimer les sentiments vécus, pour lui pendant l'attentat, pour moi, pendant ma lecture.

Une minute quarante-neuf secondes, c'est le temps que les terroristes ont passé dans la pièce où se trouvaient les journalistes en tirant sur tout le monde. Ça peut paraître court comme ça, mais quand on est en danger, ce sont des secondes qui peuvent sembler des siècles. Riss fait partie des hommes blessés, il n'est pas mort, comme il dit, il ne sait pas si c'est une chance ou pas. Une partie de lui est morte ce jour là. Lors de l'attaque, il a eu le réflexe de plonger par terre et de rester sans bouger, sans même respirer. C'est sûrement ce qui l'a sauvé. En faisant le mort, les tueurs n'ont pas eu à « terminer » leur acte. Il a été blessé à l'épaule. L'attente des secours sera longue, même si elle a mis peu de temps. Il aura également le très bon réflexe de se remettre sur le dos et de poser ses jambes sur une chaise, les relevant ainsi pour permettre l'irrigation du cerveau en sang. Quand on sait dans quelles circonstances il est, je trouve qu'il a eu malgré tout un sacré sang froid et de très bons réflexes de survie. Une fois les secours arrivés, il quittera la pièce sans jeter un regard à ce qu'il se passe autour de lui. Marqué par le grand silence qui pèsera juste après le départ des terroristes, il ne veut pas voir ceux qui sont morts ou blessés, pour ne garder d'eux que leur image vivante.

Cette partie où il raconte les faits ne fait pas tout le livre. Il raconte cela en un chapitre. Celui concernant les tirs est écrit en égrainant les secondes entre le début où ils ont tiré et la fin où ils sont sortis. Une minute quarante-neuf secondes égrainées seconde après seconde avec la phrase « je suis vivant ». Ce chapitre m'aura marquée. Glaçant. Il raconte également les soins, la rééducation, la survie, la reprise de sa vie. Tout cela entrecoupés par des souvenirs de son enfance, de la première fois où il a été confronté à la mort avec celle de son grand-père ou lorsqu'il travaillait comme employé des pompes funèbres pendant sa jeunesse et où il devait présenter les défunts à leur famille. Tout cela ne l'a pas habitué à voir la mort, on est jamais préparé non plus à se confronter à la notre, surtout dans les circonstances comme les attentats.

Le récit est ainsi étayé de ses souvenirs, mais aussi de l'après attentat. Car, comme on dit, il faut bien que la vie continue. Mais à quel prix ! Il va être confronté à des collaborateurs du journal qui ne pensent qu'à l'argent et veulent ouvrir le capital en action. le journal qui ne se portait pas bien avant l'attentat, voit ses caisses regonfler avec tous les dons et les ventes qu'il y a eu en réaction à la tuerie. Et évidemment, comme souvent dans ces cas-là, certains ont les dents longues et lors d'une réunion, l'un d'eux osera même dire à Riss « Le temps des larmes est terminé ». Comment peut-on dire une chose pareille à un homme blessé dans sa chair, handicapé par un bras qui ne veut plus fonctionner normalement. Je comprends lorsqu'il dit qu'il a eu des envies de meurtre. Bien sûr, il faut continuer mais un peu de diplomatie aurait été bon. Surtout que Riss n'est pas un petit nouveau dans le journal, pas comme ceux qui voulaient tirer leur bénéfice. Jamais il ne nommera les personnes, pas la peine de chercher un règlement de compte à travers ses lignes. Il ne dit aucun nom, mais je pense que ces personnes se reconnaitront quand ils liront son livre, et j'espère qu'ils se rendent compte maintenant de ce qu'ils ont dit. Il parle de ses soins, de ses visites chez le psy, des cauchemars qu'il ne fait pas. Au contraire, il rêve d'eux tous vivants, il les voit vivre dans ses songes, c'en est assez troublant.

Riss fait partie des meubles de Charlie Hebdo. Il a participé à sa reparution en 1992. Il connait bien et depuis longtemps ceux qui ont fait ce journal. Alors il est tout à fait normal qu'il rende hommage à chacun d'eux dans son livre. Il en parle avec beaucoup de pudeur et d'humour à la fois. Il raconte sa rencontre avec Charb, son ami de toujours, son admiration pour Cabu, j'ai bien aimé ce chapitre le concernant, car j'aimais beaucoup ce dessinateur pour l'avoir découvert notamment au Club Dorothée, dont il fait mention aussi. Il nous parle également de Tignous, Honoré, Wolinski, Elsa Cayat en racontant des anecdotes et des souvenirs sur chacun. Il rend également hommage à Mustapha, leur correcteur, en parlant de sa vie et de son amour de la lange française et de l'ironie de la situation, de se retrouver tué par des fanatiques d'une religion qu'ils avaient en commun. Il parle de sa famille avec extrêmement de tact et des autres blessés de l'attentat, Fabrice Nicolino ou Philippe Lançon. J'ai d'ailleurs lu, l'année dernière, le très beau roman de Philippe Lançon, le lambeau. Touché beaucoup plus grièvement que Riss, bien qu'il n'y ait pas de degré de gravité entre eux, il racontait dans son roman sa vision de l'attentat. Ils n'ont pas du tout la même écriture, celle de Philippe Lançon est littéraire, alors que celle de Riss est beaucoup plus incisive, percutante, tranchante. Il ne mâche pas ses mots, il dit ce qu'il pense, il est lui-même tout simplement, comme il est dans Charlie Hebdo lorsqu'il signe les éditos. Pas de larmoiement dans ces lignes, jamais il ne se plaint. Comme il dit « Les pleurnichards me dégoûtent, les geignards me révoltent, les nombrilistes me révulsent ». On peut lui trouver des défauts, mais en tout cas, aucune de ces façons d'être le concernent. Il est droit, honnête, ne gémit pas (et pourtant il pourrait avec ce qu'il a vécu!), dit les choses comme elles doivent être dites.

J'ai beaucoup aimé ce récit, qui permet de mieux comprendre les hommes qui ont été blessés dans leur chair et dans leur âme par des actes odieux. Chaque chapitre est une sorte de mini chronique sur un événement du présent ou du passé, sur un de ses amis, sur des pensées profondes. Il peut se lire à petite dose, ou, comme moi, d'un bloc. Il faut dire que je l'ai trouvé fort prenant, j'ai eu beaucoup de mal à le quitter. Ces attentats m'ont profondément marquée, et je trouvais que lire ce livre, comme lire celui de Philippe Lançon, est pour moi une sorte d'hommage que je fais à ces personnes qui n'étaient coupables que de dessiner l'actualité et faire réfléchir leurs lecteurs.
Je pourrais vous citer beaucoup de phrases de Riss, ses mots percutants ne peuvent qu'être marquants. Sur l'écriture par exemple, il dit : « L'écriture est un égoïsme dont le seul but est la délivrance de celui qui s'y prête. » C'est exactement ce que je ressens..
J'aime aussi ses phrases sur l'humour : « L'humour ne fuit pas la tragédie de la vie mais, au contraire, se l'approprie pour la rendre supportable. L'humour est parfois la seule issue pour espérer échapper à la folie. L'humour flottait devant moi comme une bouée de sauvetage providentielle. »
Et ce sentiment de se sentir rejeté du monde est si terrible, que j'avais envie de dire à Riss combien lui et son équipe sont importants pour nous, mais que malheureusement, nous ne l'avions pas montré assez tôt, et qu'il a fallu des événements dramatiques pour se rendre compte de l'importance qu'ils avaient. C'est un peu à chaque fois la même chose, on ne pense à dire aux gens qu'on les apprécie que lorsqu'ils ont disparu.

La couverture de ce livre peut troubler, et je me suis demandée ce que ça pouvait bien être. Riss explique que c'est tiré d'une peinture de Géricault, le chasseur à cheval. Enfant, il était fasciné, non pas par le soldat, mais par l'oeil de son cheval, traversé par la peur et la folie. Tout un symbole.

Je vous partage un dernier extrait qui m'a profondément touchée également :
« Nous étions seuls au monde. Pire, nous avions été rejetés du monde. La haine qui venait de nous frapper me semblait être celle de la terre entière, qui nous avait punis en décidant de nous exclure de la compagnie des hommes. On nous avait appelés dans la cour de l'école, et devant tous les autres élèves, on venait de nous humilier en nous désignant du doigt pour nous faire sortir des rangs et nous rejeter. Effacés, comme un trait de crayon par un coup de gomme. »

Terrible cette dernière phrase...Alors je voudrais dire à Riss, que non, ils n'ont pas été effacés et que si acheter et lire ce livre a permis de les garder encore un peu vivants au moins dans nos coeurs, eh bien, je suis contente de l'avoir fait. Mon mari l'a lu également, nous en avons parlé et échangé nos opinions, comme toujours, elles sont les mêmes.
J'ai encore été trop bavarde, et j'aurais aimé vous en dire encore plus, il y en a encore tellement à dire sur les anecdotes qu'il nous livre. Je ne peux que vous inciter à lire ce récit. Lisez-le, pour ne pas effacer ces victimes, vivantes ou mortes, de notre mémoire.
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Dans Une minute quarante-neuf secondes, Riss nous fait le récit de son 7 janvier 2015, de son impact sur sa vie et son ressenti.
« Ce qui n'existe plus ne reviendra jamais ». Il a perdu beaucoup d'amis, comme un vieillard, mais ce n'est pas la vieillesse et la maladie qui lui ont enlevé la majorité d'entre eux. C'est un rescapé qui exprime sa douleur et sa colère. « Un rescapé ne pourra plus jamais être intégralement vivant ».
Une forme de culpabilité d'être encore là... « Que dois-je faire pour mériter de vivre cette nouvelle journée ? »
Ce traumatisme l'amène à porter des critiques sans filtre sur les comportements humains, leur futilité, l'hystérie médiatique et « l'obscénité de notre époque, l'égocentrisme infantile érigé en valeur moderne d'épanouissement ».
Il cherche à « vivre à nouveau comme un vivant » et son exemple nous questionne sur la vie, sa fragilité, nos vies, nos sociétés...
« Qu'est-ce que je fous là ? ».
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Difficile de commenter un tel témoignage.
Je l'ai lu d'une traite, impressionnée par l'intelligence de Riss, la finesse de ses analyses, son humilité, son intégrité, sa détermination.
C'est un homme blessé qui refuse de s'apitoyer et de baisser les bras, et c'est le genre de type qui me fait penser que tout n'est pas fichu dans ce monde désespérant.
C'est beau, c'est triste, c'est émouvant, c'est sobre, c'est hargneux.
J'ai énormément aimé.
Merci Hélène, de me l'avoir fait découvrir.
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Citations et extraits (112) Voir plus Ajouter une citation
Convaincus d’être récompensés de la pratique scrupuleuse de leur foi, les croyants pensent qu’après la mort, Dieu les accueillera à bras ouverts dans ce qu’ils nomment le « paradis ». Mais que fait-on au paradis ? On joue au scrabble ? On relit tout Balzac ? On fait des mots fléchés ? Certains sont même convaincus qu’en offrant leur existence à leur prophète, ils seront comblés par soixante-dix vierges prêtes à l’emploi. Pour les femmes, c’est moins clair. Auront-elles droit à soixante-dix puceaux ? Chez les bouddhistes, la réincarnation n’est prévue que pour les hommes. Que deviennent alors les femmes après leur mort ? S’évanouissent-elles comme la rosée du matin sous le soleil ? Ou sont-elles réincarnées en machine à laver ou en aspirateur ? (pages 100-101)
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Aujourd’hui la plupart des dessinateurs débutants encombrent leurs dessins de dialogues inutiles qui masquent leur incapacité à maîtriser cet art du « montrer sans rien dire ». Car le dessin sans parole, c’est la Rolls du dessin d’humour. La langue du dessinateur est d’abord celle du regard, et chaque dessin doit transmettre au lecteur autant que les mots. (page 218)
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Le procès des caricatures en 2006 intervint dans une histoire de Charlie Hebdo déjà bien remplie, où ses membres savaient depuis longtemps qu’il fallait parfois donner de sa personne et ne pas avoir peur de prendre des coups, au propre comme au figuré. Pour eux, la publication des caricatures de Mahomet était logique. Seuls ceux qui ne connaissaient pas Tignous, Cabu, Charb, Honoré, Bernard et leurs compères du journal furent surpris par cette décision. Il n’y avait pourtant rien d’audacieux à publier ces caricatures de Mahomet somme toute bien timides, quand on les revoit aujourd’hui. (page 211)
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« Les dessinateurs et rédacteur assassinés un matin de janvier 2015 furent de toutes ces luttes. Leur combat pour sensibiliser le lectorat de Charlie Hebdo à ces causes prit la forme de reportages, d’interviews,de dessins et de soutien à d’innombrables associations. Leurs disparitions laissa derrière eux un vide aussi vaste que furent leur engagements.
Avec Antonio Fischetti, Tignous réalisa une série de reportage dessinés sur les sectes afin de dénoncer leurs méthodes totalitaires. Honoré se rendit à Turin pour dessiner la foi aveugle des pèlerins se prosternant devant le supposé saint suaire. Cabu sillonnait et croquait sa France des Beaufs, Wolinski se rendait au Chiapas pour rencontrer le sous-commandant Marcos et Charb, dans la bande de Gaza. Toutes les semaines dans sa chronique -La vie des grands fauves -, Bernard Maris traînait dans la boue les prédateurs du capitalisme, banquiers incompétents et hommes d’affaires bidon.
Un mercredi matin, Cabu arriva au journal pour la conférence de rédaction, essoufflé. Son sac en bandoulière alors qu’il se dirigeait vers sa chaise, ne prenant même pas le temps de s’asseoir, il nous interpella : vous avez vu ce qui se passe à France Soir ? Empressé, il nous expliqua que le directeur de la publication de ce journal venait d’être licencié pour avoir reproduit des caricatures réalisées par des dessinateurs danois. Des caricatures du prophète Mahomet. Sans même les avoir vues, les membres de la rédaction de Charlie furent indignés par une telle décision. Ces caricatures avaient déjà été publiées dans un journal danois et un journal égyptien sans que cela ne provoque de problème particulier. Aussi, lorsque la question se posa de savoir s’il fallait les reproduire à notre tour, tous autour de la table de rédaction répondirent que c’était un devoir. Quoi de plus naturel pour des dessinateurs que de défendre leur mode d’expression. Quoi de plus évident pour un journal qui s’était toujours dressé contre la puissance des religions. Quoi de plus logique de la part d’un journal qui n’avait jamais hésité à s’attirer les foudres des extrémistes, politiques ou religieux. Quitte à en subir les conséquences : en se retrouvant poursuivi en justice par des catholiques intégristes, en se faisant casser la figure par des militants d’extrême droite comme son rédacteur en chef Philippe Val à la sortie d’une émission de télé, ou en se faisant embarquer, comme Luz, par la police militaire croate en pleine guerre de Yougoslavie.
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Les gens vivants ne savent pas qu’ils sont vivants. Ils bougent, ils marchent, ils mangent, ils pètent, ils rotent, ils baisent, ils font pipi, ils font caca, ils dorment, ils vont à la plage, ils attrapent des coups de soleil, ils s’engueulent, ils s’amusent, ils pleurent, ils rient, ils jouissent de tout ce que la vie leur donne. Mais ne s’en rendent pas compte. (page 22)
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