AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2226258264
Éditeur : Albin Michel (20/08/2014)

Note moyenne : 3.17/5 (sur 75 notes)
Résumé :
Veuve aristocratique, impérieuse et mal accoutrée, « Madame » vit seule dans sa triste gentilhommière aux fastes passés. Elle s’attache la compagnie de Guillaume, 14 ans, fils de ses métayers, qu'elle a rebaptisé Willy. Soucieuse d'éduquer ce garçon d’un milieu si différent, de lui apprendre la poésie, les mathématiques, la nature, la liberté... Peut-être pense-t-elle-même en faire son héritier.
Captation ? Exacerbation d’un sentiment d’humiliation chez les p... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
domisylzen
  01 septembre 2016
Dans une maison hors d'âge, vit une femme hors du temps.
Pardon.
Dans un château hors d'âge, vit une baronne hors du temps.
Ce temps qui s'est arrêté, il y a quatorze ans ... figé ... il n'y a plus que des semblants.
Guillaume fait semblant d'être le fils et la baronne se croit institutrice. Les fermiers eux, ne font pas semblant, ils travaillent la terre, s'échinent pour quelques menus fretins. Mais ils ont si peu de temps, qu'ils font un peu semblant d'être les parents de Guillaume.
Même la voiture de Madame, car c'est ainsi que la baronne aime à se faire appeler, est d'un autre âge : une vieille Frégate, que les passants montrent du doigt. C'est aussi le cas du vieux fusil, qui sert à dézinguer les ragondins, lui date de 1922.
Dans un récit déroulé au cordeau, Jean-Marie Chevrier, nous dresse des portraits qui se répondent l'un l'autre. Nous découvrons peu à peu tous les secrets de ce mystère qui entoure cette vieille femme. Guillaume y apparait comme un espoir, un espoir du temps jadis, à jamais perdu.
Du fond de ce roman, à l'atmosphère pesante et lourde, on a parfois du mal à trouver son chemin. Y aura-t-il de la lumière ? D'où surgira-t-elle ? L'auteur à tour de rôle, nous égare et nous ramène dans le bon tempo, nous manipule. Difficile de s'incarner dans les personnages, il reste toujours une distance.
Heureusement l'écriture est belle, poétique, elle sait nous décrire la pesanteur des situations et grâce à elle l'histoire y prend toute sa saveur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          351
rabanne
  14 octobre 2016
Intriguée par la critique de domisylzen, dont j'apprécie la précision et l'humour, j'ai donc lu Madame. Alors, oui, c'est intrigant. Les trois étoiles sont davantage attribuées pour l'appréciation de la plume que pour l'histoire en elle-même, qui m'a quelque peu prise en otage et parfois révoltée.
Un vieux château, un espace hors du temps, une ambiance confinée, pesante, glauque, quand elle n'est pas loufoque ou décalée. Un rapport affectif malsain entre une aristocrate atypique et un adolescent de 14 ans...
D'un côté, un papillon qui prend le risque de se brûler les ailes, de l'autre, une menthe religieuse qui attend patiemment le faux pas de sa proie. Mais le bourreau peut s'avérer victime, consciente de sa faiblesse et de son impuissance (à se pardonner). Un récit qui parle de deuil, de souffrance, de culpabilité, d'expiation morbide, de manipulation affective, de lutte de classes, d'identité, de dichotomie des sentiments.
Commenter  J’apprécie          297
Ziliz
  09 décembre 2014
En des temps et des lieux qu'on imagine très reculés mais qui ne le sont pas...
"Madame", aristocrate déchue, s'est attachée au fils de ses fermiers. Elle le fait venir au château sous prétexte de cours de soutien en maths et français. Les visites se font de plus en plus fréquentes, et le garçon semble se prêter de bonne grâce aux fantaisies de cette femme. Il se prénomme Guillaume, elle l'a rebaptisé Willy. Il a quatorze ans, elle le traite comme un enfant. Jusqu'où iront les caprices de "Madame", visiblement perturbée par le deuil et l'isolement ?
Les histoires de hobereaux me mettent toujours mal à l'aise. De fait, on manque d'air ici : on ne sort du huis clos qu'avec la présence timide des parents du garçon, ces 'bouseux' (sic) qui n'osent guère s'opposer aux exigences de la baronne. On manque également de repères temporels dans cette bâtisse poussiéreuse peuplée de portraits d'ancêtres, où le temps s'est arrêté ; c'est d'ailleurs à bord d'une Renault Frégate des années 50 qu'on s'en éloigne...
J'ai manqué de prise aussi sur ces personnages aux comportements à la fois lisses et déroutants. C'est la curiosité qui m'a poussée à continuer. Mais j'aurais pu deviner cette fin ou en imaginer une autre, je m'aperçois a posteriori que cela n'a aucune importance...
Avis : 2.5/5
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          231
MarianneDesroziers
  30 août 2014
Autant le dire tout de suite, l'héroïne de ce roman n'est pas du tout sympathique : elle n'est pas aimable, s'habille n'importe comment, méprise légèrement son monde, fume comme un pompier, boit comme un trou et roule à tombeau ouvert dans sa vieille voiture alors que sa vue baisse. Madame est châtelaine et vit presque seule dans son château, accompagnée seulement d'une vieille servante sur le point de mourir. La propriété n'est plus ce qu'elle était, l'argent manque un peu et, repliée dans sa solitude, Madame délaisse l'entretien de la maison et se contente de vivre dans certaines pièces laissant les autres envahies par la poussière et le souvenir.
Pourtant un jour Madame a eu un mari et un enfant aussi. Corentin avait 14 ans quand il est mort... et 14 ans c'est aussi l'âge de Guillaume (qu'elle appelle Willy). Willy est le fils des métayers qui cultive les terres de Madame : elle veut qu'il devienne médecin, elle lui apprend les mathématiques et la littérature tous les mercredis pour lui permettre de s'élever socialement. Mais tout ça n'est pas du goût que ses parents qui sentent leur enfant leur échapper...
Un très beau livre sur ces filiations parallèles qui sont parfois les nôtres et sur les trahisons de classe - si bien décrites par Annie Ernaux par exemple.
J'ai beaucoup aimé l'écriture de Chevrier (un auteur que je n'avais jamais lu) qui est à la fois précise dans les descriptions et évocatrice dans les ambiances. On met du temps à comprendre (sinon à s'attacher) à Madame mais le petit Willy est attachant du début à la fin, à la fois petit paysan aidant son père aux champs, enfant curieux de tout, admirateur de Tintin, et jeune être déjà frondeur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
Nadael
  20 août 2014
Madame de la Villonière descend d'une lignée d'aristocrates. Veuve depuis longtemps, elle mène encore de main de maître le domaine de ses ancêtres - dans la Creuse -, une main de fer dans un gant de velours. Vieillissante, sa vigueur d'antan s'amoindrit tout de même. Elle vit dans son château qui chancèle jour après jour sous le poids des ans et le manque d'entretien, car les finances de Madame sont au plus bas. Seul un couple d'employés s'occupe de ses terres. Ils habitent dans une petite ferme en contrebas du château avec leur fils unique, Guillaume, bientôt âgé de quatorze ans.
Madame, solitaire, n'est guère entourée ; son mari est décédé dans un absurde accident de barque, son enfant Corentin a sombré également dans le sommeil éternel (Madame se dérobe toujours lorsqu'on l'interroge sur l'origine de sa mort), la servante Alexandrine fait en revanche partie des murs depuis des lustres, quant à son frère, médecin de son état, il a quitté le domaine familial dès qu'il a pu avec plaisir, n'ayant jamais aimé ce lieu - des peurs enfantines le hantent encore -, il réside aujourd'hui dans la capitale sur les hauteurs de Chaillot, où il se sent enfin en sécurité.
Madame semble évoluer dans un monde d'un autre temps ; ses robes sont longues et sombres, elle conduit une Renault Frégate Grand Pavois 1956, chasse le ragondin, tue les poulets, fume des gauloises et consomme, parfois avec excès, de l'alcool, aime la littérature et les poèmes... Son humeur est changeante, son regard brumeux, ses gestes volontiers impétueux, ses mots dures...
Madame est une personne originale. Tellement étrange que le jeune Guillaume est fasciné par elle. Une attraction qui paraît aller dans les deux sens puisqu'elle a décidé de prendre ce dernier sous sa coupe afin de lui parfaire son éducation. Un enseignement à l'ancienne fondé sur la grammaire, les grands textes littéraires, les mathématiques ainsi qu'un brin de spiritualité. L'adolescent se rend donc chez Madame chaque mercredi au grand dam de ses parents qui voient cela d'un mauvais oeil... mais difficile pour eux d'aller à l'encontre des idées de Madame. Guillaume se retrouve ainsi déchirer entre ces adultes. En quête d'un équilibre, il cherche désespéremment un éclaircissement, une lueur, une échappatoire : la liberté en somme.
Madame n'hésite pas à le « rebaptiser » Willy, à lui faire quelques confidences, et va même envisager de faire de lui son héritier...
D'une écriture ciselée, belle, et poétique de facture classique, l'auteur entraîne le lecteur dans une histoire, un conte presque, à l'atmosphère lourde et mystérieuse dont il va pourtant finir par se dégager une lumière. La tension est palpable tout au long du roman, on devine que quelque chose va arriver. Une ombre plane sur le domaine. Insidieusement, un drame se prépare. Un enchevêtrement de désarroi et de tristesse, d'un temps révolu et d'un passé pourtant très présent, de la fougue de la jeunesse et de la froideur de la vieillesse, d'amour maternel et d'émancipation, de vie et de mort, d'esprit machiavélique et de nature triomphante... Un coup de coeur pour ce roman envoûtant.
Lien : http://lesmotsdelafin.wordpr..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90

critiques presse (1)
Telerama   20 août 2014
Jean-Marie Chevrier a créé un univers féerique hors du temps, macabre et luminescent, version inversée de La Belle et la Bête où l'emprisonnement devient délivrance.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
NadaelNadael   20 août 2014
« La nuit est profonde. Cette semaine la lune n'apparaît pas mais il connaît le chemin et il voit luire, là-bas, entre les ramures des taillis, la faible lumière d'une pièce éclairée. C'est une heure où le petit animal humain qu'il est découvre la liberté ; c'est la jeunesse qui arrive, qui ouvre sa conscience, qui lui permet d'aller à l'encontre de ce que l'on veut lui imposer, qui fait naître en lui le courage de dire non. La route est noire et invisible au début mais s'éclaire peu à peu au progrès de ses yeux. Il est un chat, un renard, un hibou, une bête nocturne capable de voir dans l'obscurité et les branches qui lui griffent le visage quand il s'écarte du chemin sont là pour le guider, le remettre sur la voie.
La petite lumière grandit. Il est maintenant dans la cour. Il avance à pas rapide. À pas d'homme. Mais devant la porte-fenêtre de la cuisine, celle où brillait la clarté d'une faible ampoule, il hésite un instant et, avant de frapper au carreau, il met ses mains en oeillères autour de ses yeux pour voir à l'intérieur de la pièce. Madame est là. Elle fait sa toilette. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
ZilizZiliz   08 décembre 2014
Je dois à l'honnêteté de dire que Dieu, je ne suis pas sûre qu'Il existe. Peut-être oui. Peut-être non. Beaucoup sont morts pour cette idée ou l'idée qu'ils avaient de Lui. Moi, de Dieu, je peux me passer. En revanche, ce dont je ne peux me passer, c'est de tout ce qu'on a créé autour de Lui pour Lui faire part de notre existence : ces monuments, ces églises, ces textes si savants, ces costumes, ces musiques, ces chants, ces tableaux. Tout ce qui chaque jour nous occupe pour penser un peu moins à nous-mêmes. [...] Pour finir, mon garçon, je n’ai pas besoin de Dieu, j’ai besoin de religion. (p. 132)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          130
jpercevaljperceval   12 août 2015
Madame n’a qu’une robe. Plutôt un seul modèle de robe car, avec le peu de soin qu’elle en prend, un seul vêtement tomberait vite en lambeaux. Elle les fait faire sur mesure chez une couturière à façon qui habite à quelques kilomètres et dont elle est l’unique cliente. La robe est longue, elle tombe jusqu’aux pieds, elle est toujours noire et porte, sur chaque cuisse, deux poches plaquées assez vastes pour y loger des fruits, des légumes, du petit bois pour allumer le feu, qu’elle glane au passage. Le haut est ajusté sur sa poitrine plate avec deux autres poches au niveau des seins qui achèvent de dissimuler leur faible renflement. Dans l’une elle met son paquet de Gauloises et un briquet, toujours bleu et jetable. Dans l’autre, un petit carnet de moleskine avec un œilleton où se glisse un crayon noir. Elle a aussi un couteau. Un laguiole à manche d’ivoire qui se ferme dans un claquement sec, qu’elle glisse dans une gaine cousue au niveau de la taille, comme le pommeau d’une épée. Une concession à une vague coquetterie serait peut-être le col Claudine qui enserre autour de son cou les membranes de deux fanons tremblants.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
NadaelNadael   20 août 2014
« Il doit tenir ça de son grand-père Guillaume, le goût de la terre. Un goût physique. Il aime la toucher, marcher dessus, la sentir sous ses semelles, soit dure et sèche, soit molle et mouillée. Ce qu'il aime aussi, c'est la voir labourée, telle qu'il va la découvrir après le travail de son père, les sillons bien droits, repliés sur eux-mêmes comme une mer figée de vagues noires avec, à cette saison, les fines toiles que tissent les araignées pendant la nuit et que la rosée rend visible, le matin, comme des traces d'écume. C'est de la terre qu'il attend des réponses. Mais elle est bien silencieuse. Alors en cours de route, à un endroit où une bête l'a grattée, un blaireau, un sanglier, quelque museau fouisseur, il s'arrête et se couche sur elle. Il croit percevoir un grondement, un bruit venu du fond, le roulement de quelque chose qui passe, un charroi, le bruit de son sang qui court dans son corps, qui lui dit qu'il est lui. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
NadaelNadael   20 août 2014
« Madame Klaxonne. Aux carrefours, souvent elle klaxonne et, à l'entendre, les gens la toisent et frappent sur leur tempe de leur index. Elle s'en amuse. – Ils me croient folle.
Voilà qui la déride. Le monde qu'elle traverse n'a aucune réalité à ses yeux. C'est un rêve. Un tunnel entre son château délabré et le couvent où elle fut élève, qui n'existe plus, dont ne subsistent que quelques vestiges moribonds et trois religieuses décrépites mais dont, à n'en pas douter, elle souhaite faire profiter Willy pour qu'il bénéficie d'une éducation aristocratique. Elle sait pertinemment qu'elle n'a plus cours et elle est la première à en ricaner. Elle bouscule ses ancêtres, sans toutefois avoir pour le garçon un projet pédagogique plus adapté au monde contemporain. Pour cela, il y a le collège et elle en voit chaque jour les carences. Son devoir est, sinon de s'y opposer, du moins de parfaire cet enseignement. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Videos de Jean-Marie Chevrier (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Marie Chevrier
Extrait de la rencontre avec les lycéens de Guéret. Pierre Michon campe l'?uvre de Blaise Cendrars dans la littérature moderne avec Jean-Marie Chevrier et Bertrand Hirsch. Les Rencontres de Chaminadour sont des rencontres littéraires qui ont lieu tous les ans à Guéret, dans la Creuse. Elles ont été créées par l'écrivain Pierre Michon et Hugues Bachelot. En 2016, une réalisatrice est venue filmer quelques aspects des rencontres et en a tiré un film documentaire de 23 minutes : Sur les Grands Chemins. Cette page propose une version coute de ce film ainsi que quelques extraits. Qui permettent de sentir ce que ces Rencontres ont d'unique en leur genre. Les Rencontres de Chaminadour sont des rencontres littéraires qui ont lieu tous les ans à Guéret, dans la Creuse. Elles ont été créées par l'écrivain Pierre Michon et Hugues Bachelot. En 2016, une réalisatrice est venue filmer quelques aspects des rencontres et en a tiré un film documentaire de 23 minutes : Sur les Grands Chemins. Cette page propose une version coute de ce film ainsi que quelques extraits. Qui permettent de sentir ce que ces Rencontres ont d'unique en leur genre.
+ Lire la suite
autres livres classés : classes socialesVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Freud et les autres...

Combien y a-t-il de leçons sur la psychanalyse selon Freud ?

3
4
5
6

10 questions
288 lecteurs ont répondu
Thèmes : psychologie , psychanalyse , sciences humainesCréer un quiz sur ce livre
.. ..