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ISBN : 2882503474
Éditeur : Noir sur blanc (21/08/2014)

Note moyenne : 3.44/5 (sur 259 notes)
Résumé :
La condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. L’insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires: l’adultère, l’humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change dans le ciel bleu du confort. L’héroïne est une velléitaire, une inassouvie, une Bovar... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (93) Voir plus Ajouter une critique
marina53
  20 novembre 2014
M.A. ... Tu nais dans les années 50, à Chambéry et passe les premières années de ta vie dans le petit village de Terneyre, dans l'Isère. Papa et maman s'occupent bien de toi, même si petite fille, tu t'ennuyais beaucoup. Fille unique, tu te fais quelques amies, tu connais ton premier flirt derrière le gymnase. Tu travailles bien à l'école, ce qui fait la fierté de tes parents. Ton bac en poche, tu vas étudier à l'université de Lyon. En économie. Là, tu t'installes dans un petit appartement. Tu ne te lasses pas de regarder les lumières de la ville, toi qui désirais tant quitter le cocon familial. Mais bien vite, là encore tu t'ennuies. Tu fais alors la connaissance de Chloé. Devenues inséparables, vous emménagez ensemble la deuxième année de vos études. Lors d'une soirée entre copains, tu fais la connaissance de François. C'était en 1974. Il t'apparaît comme l'homme que tu attendais. Une véritable idylle entre vous. Presque une évidence... S'ensuivent le travail, les déménagements, les enfants, les diners entre amis, les vacances...
M.A. ... Tu regardes toutes ces photos aimantées sur la porte du réfrigérateur, ces cartes postales de tes proches expédiées d'ici et d'ailleurs, comme autant de témoins de ta vie passée...
Une couverture, évidemment, peu encourageante... Avons-nous, à l'instar de ce poisson rouge, l'intention de tourner en rond dans notre vie? Chercher une issue? Un but quelconque? Trouvons-nous réellement que la vie nous comble? Sommes-nous satisfaits de notre vie, puisse-elle avoir été désirée ainsi?
M.A. vit sa vie. Plus exactement semble la subir. Une vie régie par les habitudes, les coutumes. L'on fait des rencontres, amicales ou amoureuses. L'on se marie, fait des enfants, les regarde grandir, l'on déménage, l'on travaille, l'on connaît une relation extra-conjugale pour pimenter notre quotidien. A côté de François, un homme calme, rassurant, tiède, presque trop prévisible, M.A. est enfermée dans ce bocal. Elle s'ennuie. Profondément. Une Emma Bovary des temps modernes. L'auteur décrit minutieusement la vie de cette héroïne, à la loupe, passant des petits tracas du quotidien à la force qui semble l'animer. L'on se sent d'autant plus proche que Sophie Divry utilise la deuxième personne du singulier, procédé accrocheur. Elle nous livre un roman profond, sentimental et très sensible sur la condition féminine.
La condition pavillonnaire... la condition féminine?
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Lolokili
  21 octobre 2015
Alors de deux choses l'une, soit tu t'identifies à M.-A., personnage principal de « La condition pavillonnaire », et la dernière page tournée tu n'as plus qu'à te défenestrer pour cause de moral dans les chaussettes ; soit tu ne t'identifies pas et alors c'est le bouquin que tu as très envie de passer par la fenêtre.
Quelle que soit l'option retenue, cet ouvrage n'est pas du genre hilarant par conséquent.
De mon côté j'ai beau pavillonner depuis quelques années, « La condition pavillonnaire » m'est passée carrément au-dessus de la cafetière expresso nouvellement acquise à crédit chez Darty, dans le cas contraire d'ailleurs je ne serais plus là pour en parler (cf. premier postulat ci-avant).
Bref, nous voilà donc avec sur les bras une M.-A. Bovary façon vingtième siècle, insatisfaite chronique, pas très sympathique, un peu pathétique, moyennement épanouie dans sa vie domestique, et sûrement encore plein d'autres trucs en hic, excepté fantastique. Une vie gentiment étriquée narrée, de l'enfance à la sénilité, d'un trait factuel et sans âme censé illustrer – ai-je présumé dans ma grande indulgence – la routine conventionnelle de ce personnage ordinaire.
Or donc, le factuel dilué c'est peut-être un genre, mais quand la seule définition du mot automobile (voiture quoi) se répand en détails sur trois pages entières, on se demande quand même si Sophie Divry ne pousse pas le bouchon stylistique un peu trop loin. Ce doit sans doute être tendance, le réalisme à outrance – déjà repéré (entre autres) dans la fâcheuse liste des envies du sieur Delacourt (là je vais encore me faire plein de copines), et certains auteurs de talent tels que Maylis de Kerangal excellent dans l'art de cet étirement particulier des détails, mais ici pour moi ça ne fonctionne pas. Simplement j'ai trouvé ce roman littérairement inesthétique, et par-dessus tout hélas, effroyablement amer.
Ҩ
Quoi qu'il en soit, merci à Babelio et aux éditions J'ai Lu pour cet envoi dans le cadre de l'opération Masse Crit'hic de septembre.


Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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nameless
  13 janvier 2016
Âmes sensibles, abstenez-vous de me lire, car je vais avoir la dent dure, et je tiens en préambule à m'en excuser auprès de tous les admirateurs de la Condition pavillonnaire et de son auteur. Mais c'est sans doute ce qui fait la richesse de ce site, pouvoir s'exprimer en toute liberté et sans censure (à ma connaissance) à propos de n'importe quel ouvrage, dans le respect de nos différences.

Que Sophie Divry tutoie son personnage principal m'a empêchée d'éprouver la moindre compassion pour cette Emma, M-A, comme on veut. N'est pas Flaubert qui veut, Bovary est née en 1857 sous la plume de son auteur, la condition des femmes, en 2014, a bien évolué même si rien n'est encore parfait. Ce tutoiement m'est apparu comme une distanciation, qui déresponsabilise l'auteur des propos qu'elle profère. La filiation que l'on peut lui trouver avec Annie Ernaux m'exaspère aussi, je vous avais prévenus, je suis agacée. Rappelons qu'Annie Ernaux s'impose comme discipline pour raconter sa honte, son enfance, sa mère alzheimerienne, son avortement avant la loi magique, sa passion pour un homme, de ne jamais utiliser d'adjectifs ou d'adverbes. Avec Sophie Divry, on est loin de cette exigence minimaliste, elle se répand, digresse, divague quelquefois, n'hésite pas à abuser de truismes ainsi que d'incohérences lorsqu'elle parle du monde du travail, des syndicalistes.

M-A s'aime, elle n'aime même qu'elle. Elle rêve de liberté, d'amour, mais ne fait rien pour atteindre ses buts, attendant passivement que les autres, tous les autres, lui servent ses rêves sur un plateau sans qu'elle ait à s'impliquer, velléitaire et paresseuse. A l'époque de sa jeunesse, le destin des femmes était déjà, en partie, entre leurs mains et dans leur volonté de s'affirmer. de son enfance et son adolescence, j'ai retenu le mépris qu'elle éprouve pour ses parents qu'elle juge médiocres et vulgaires : “Tout te semble médiocre autour de toi, les plaisanteries que ton père tient avec le voisin, un bras par-dessus la haie, tout en lui donnant une livre de haricots verts” (p.20). Que dire de ces pôvres parents qui se sont sentis fiers que leur fille unique atteigne le niveau universitaire dans ses études, qui se sont saignés aux 4 veines pour lui permettre de prendre à l'arrache l'ascenseur social, au prix de leur sueur ? Rien. M-A les considère comme des minus habens. D'ailleurs quand son père meurt, elle s'exclame : “Il est arrivé malheur à papa”. Comme si c'était une phrase que l'on prononce quand on apprend la mort d'un proche ! (p. 193)

Que dire de François, son mari, qui banalement aime cette femme constitutionnellement insatisfaite autant qu'il aime ses enfants, va se crever la paillasse tous les jours pour faire bouillir la marmite ? Rien selon M-A qui le considère comme un homme faible, fâlot, sans imagination.

Le summum des poncifs est atteint dans sa description de l'adultère qu'elle vit avec Philippe. Rencontré sur son lieu de travail, ce joli coeur qui porte une montre luxueuse et des costards du bon faiseur, l'honore sur son bureau ou debout près du photocopieur. Mais où donc travaille M-A pour pouvoir être baisée tranquillement à proximité du photocopieur sans qu'un collègue survienne ?

Je ne vais pas la faire plus longue, je sens que je m'énerve. En conclusion, j'interdis à cette femme de vouloir représenter la condition féminine, je lui interdis de généraliser à nous toutes le portrait de cette cinglée frustrée qu'elle érige en modèle de la femme au foyer, de la ménagère de moins de 50 ans, ou plus. La condition pavillonnaire n'est pas l'explication de son mal-être. On peut être heureux n'importe où, si l'on a en soi une aptitude au bonheur, si l'on ressent un amour pour ses enfants et son compagnon, et si l'on a envie de s'exprimer de quelque manière que ce soit.

Comme je ne veux pas finir sans vous donner quelques exemples de ses affirmations, je vous livre celles-ci, qui m'ont particulièrement choquée :

p. 201 : “Tu aurais préféré tomber malade, subir une opération, devenir leucémique ; tout plutôt que cette décrépitude”. Les malades suivis en onco-hémato apprécieront, je sais de quoi je parle.

J'ai gardé la meilleure pour la fin, qu'à mon sens, il faudrait peut-être supprimer d'une future réédition, compte-tenu du contexte terroriste de l'année 2015 en France et partout dans le monde : p. 125 : “Mais tu ne vivras jamais rien d'extraordinaire, jamais tu ne gagneras au loto ou ne seras victime d'une prise d'otages qui t'aurait fait accéder à la célébrité”. Elle est bonne, non ?
Enfin, pour conclure sur une note optimiste, je signale à Sophie Divry que le bonheur n'est pas dans l'achat d'une machine à café Nespresso (p.228), n'en déplaise à George. Les italiens et moi aussi, savons depuis toujours qu'il existe pour une trentaine d'euros, la Bialetti, cafetière italienne historique, qui fait un café parfait, dosé idéalement, sans déchet nuisible à la planète à part le marc que l'on peut jeter dans son jardin pour éviter les pucerons. Pauvre M-A, pauvre fille, je te plains.... Ton histoire m'a mise mal à l'aise jusqu'à ressentir de la glauquerie.
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Kittiwake
  22 décembre 2015
Flippant! Carrément flippant! Et ça, sans crime, sans délits (ou des délits très mineurs), peu de morts, et toutes naturelles ou accidentelles, pas de fantômes, même pas dans les placards!
Le sujet en lui-même suffit à créer un malaise existentiel : c'est notre vie, banale, formatée par notre époque et nos héritages biologiques ou sociaux, cheminant sur des rails prédestinés, les choix n'étant que des changements d'aiguillage qui au final n'induisent que peu de variantes.
Pour illustrer l'ambiance, deux exemples :
cette vidéo qui a été partagée sur Facebook, un diaporama accéléré qui fait défiler les photos d'une vie, de la première beuverie, en passant par le mariage et les enfants pour se terminer sur la clôture du compte. Flippant
la chanson de Benabar, Quatre murs et un toit, dans laquelle se succèdent les générations, en quelques minutes. Flippant.
Ici, pas de vidéo, ni de musique, mais des chapitres, qui font défiler le temps, très vite aussi, inexorablement, sur trois ou quatre générations. La petite fille devient ado, étudiante, mère de famille, grand-mère…
Le titre déjà, était un avertissement : la condition pavillonnaire : il y a quelque chose d'enfermant, de carcéral dans ces termes qui évoquent les alignements uniformes des maisons faites en tikitaki de la chanson de Graeme Allwright, et soulignent la quasi-impossibilité d'y échapper.
La force de ce roman (?) réside d'une part dans l'écriture qui souligne le tourbillon, qui fait de notre existence une lutte permanente contre l'entropie : l'auteur conjugue indifféremment au passé, au présent , rarement au futur, celui-ci vient tout seul bien assez vite, et d'autre part dans la précision des observations : impossible de ne pas se reconnaître au cours des différentes étapes qui constituent une vie d'occidental moyen. D'autant que l'auteur souligne bien le décor social, au travers des modes vestimentaires ou des décos des fameux pavillons. Même l 'évolution économique est évoquée, avec la mutation du monde du travail que ce soit dans son accessibilité ou dans sa précarité grandissante.

Il faut un moral d'acier et une bonne dose d'optimisme, ou alors être un adepte du carpe diem, un taoïste convaincu que tout est dans l'instant présent pour ne pas en ressortir laminé, prêt à se jeter sur la première tablette de chocolat qui prend le risque de s'aventurer hors du placard, puisqu'après tout, les efforts sont vains, aboutissant à un résultat unique quel que soit le chemin.
La conséquence la plus immédiate va être le choix de ma lecture suivante : une fiction, une vraie, une pas possible, thriller ou science fiction, peu importe, pourvu qu'elle me procure des frissons qui ne seront pas les miens.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Ode
  08 août 2014
"La condition pavillonnaire", comme on pourrait dire la condition carcérale, dissèque la condition féminine, et plus largement, la société française des années 1960 à nos jours. le "pavillon" est érigé en symbole d'une prison confortable dans laquelle on s'enferme volontairement en se persuadant que toutes les conditions sont réunies pour être heureux.
Ce roman raconte la vie de M.A. Marie-Ange ? Marie-Agnès ? Peu importe. Il faut entendre "Emma", car cette femme née dans les années 50 est une sorte de Mme Bovary moderne. La référence à Flaubert est explicite, avec toutefois quelques différences : M.A. travaille, n'a pas les rêves de grandeur d'Emma ni sa passion pour la littérature ; elle arrive malgré tout à survivre au départ de son amant, et aime ses enfants. Mais elles partagent une insatisfaction profonde, une quête inassouvie du bonheur auprès d'un conjoint choisi pour sa stabilité mais décevant par son manque d'imagination et de virilité.
Après une enfance plate et solitaire dans une bourgade de la région lyonnaise, M.A. a réalisé ses ambitions de jeunesse : un mari aimant, un bon métier, une maison, deux enfants... Pourtant la plénitude ne dure pas. Dans les gestes sans surprise et répétés du quotidien pointe un malaise, une soif d'aventure. L'insatisfaction la consume, la poussant à l'adultère, puis à d'autres passe-temps moins dangereux, tout en restant incapable, au fond, de partir ou de changer de vie.
Dans ce récit incisif et bien construit, qui bascule au milieu du livre, Sophie Divry s'adresse à M.A. à la deuxième personne du singulier. Tout en étant original, cela facilite l'identification du lectorat féminin. Néanmoins, messieurs, ne négligez pas ce livre, il vous apportera un éclairage assez cru sur la psychologie féminine.
L'auteur se distingue par une singulière observation du quotidien, faite de petits détails (la description d'un réfrigérateur ou d'un cycle de machine à laver) ou de distanciation (chronique sur le développement de l'automobile en France). Bien loin de Flaubert, la narration est plus proche d'Annie Ernaux dans "La place", avec l'évocation de l'ascension sociale dans une petite ville de province, la relation à son père dont M.A. a un peu honte, ou de Michel Houellebecq dans sa peinture désabusée du progrès et des rapports sociaux.
En dépit de quelques anachronismes (par exemple, en 1994 un plan social ne s'appelait pas encore "plan de sauvegarde de l'emploi", cette dénomination n'est apparue qu'en 2002), Sophie Divry, née en 1979, porte un regard d'une remarquable acuité sur une époque plus représentative de la génération de ses parents. En seulement 250 pages, le destin ordinaire de M.A. figure celui de millions de femmes avant elle, et, soyons réalistes, après elle.
Un grand merci à Babelio et aux éditions Noir sur Blanc - NOTAB/LIA pour cette opération spéciale de masse critique. "La condition pavillonnaire" est une de mes meilleures lectures de cette année; décapante, certes, mais terriblement juste.
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critiques presse (5)
Lexpress   21 septembre 2015
Sophie Divry met en scène une Emma Bovary contemporaine à l'ère des chambardements territoriaux, des zones périurbaines, des hypermarchés qui prolifèrent.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeFigaro   31 octobre 2014
Le narrateur ne commente pas. Il livre en pâture au lecteur les clichés de la psyché moderne.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LaPresse   13 octobre 2014
Il y a dans ce roman un effet aussi dévastateur que chez Flaubert, Divry réactualisant les mécanismes d'un piège encore plus inévitable dans une société de consommation, où la liberté est plus souvent une marque de yogourt...
Lire la critique sur le site : LaPresse
Bibliobs   19 septembre 2014
Divry écrit avec un scalpel, sans fioritures ni images superflues. Aucun livre peut-être n’est plus ravageur pour décrire nos vies formatées, nos choix illusoires, nos destins désespérément banals et vides.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Lexpress   08 septembre 2014
Curieux roman, hypnotique, qui relève le parti pris narratif du "tu", précis (trop, parfois), aux limites du traité de sociologie. Réussi et captivant, sans conteste.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (87) Voir plus Ajouter une citation
marina53marina53   20 novembre 2014
Puisque c’était cela, fonder une famille; devenir reine et esclave à la fois; avoir constamment le souci des autres, adultes comme enfants (…); mettre son corps au service du bon fonctionnement de la machine familiale, pieuvre dévorante dans laquelle toute la personne de M.A. s’était fait avaler, toute sa personne manipulée par les tentacules de la bête, qui tour à tour demandait un biberon, un conseil, où est passé le puzzle et qu’est-ce qu’on mange ce soir ma chérie.
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OdeOde   08 août 2014
Tu reprends un air boudeur, un air de princesse pour refuser les nouilles beurrées.
— Tu critiques tout ! On verra bien quand tu seras aux fourneaux.
Disait la mère.
— Sans compter qu'un mari ça s'attrape par le bas-ventre, mais ça se garde par le ventre...
Disait le père.
Bientôt tu seras protégée de toute cette vulgarité. Tu viens d'avoir le bac. Mention bien. Aussi dépasses-tu tes parents, prends-tu une voie qu'eux-mêmes n'ont pas pu prendre dans leur jeunesse ; eux qui n'ont travaillé que dans le secrétariat et le petit patronat, qui ont mis de l'argent de côté pour toi et conçu un unique enfant en souvenir de la pauvreté : cette enfant va monter d'un cran. Ils le voient dans ton regard, ce filet de mépris lié à ton ambition.
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OrpheaOrphea   23 janvier 2015
Puis tu es partie en ville faire des études. Tu as mangé des sandwichs à dix francs, tu t'es familiarisée avec des noms de salles et d'amphis, tu as fumé des cigarettes, tu n'es pas arrivée à dormir les veilles d'examens, tu as attendu des bus et des métros, tu as appris à commander un demi et à prendre part à la conversation quand on est attablé avec une dizaine d'amis, tu as lu des livres écrits tout petit, tu as dessiné des graphiques, tu t'es rendu compte de la cherté de la vie, pour la première fois tu as été malade et ta mère n'était pas à ton chevet, le vendredi soir tu es rentrée chez tes parents avec ton linge à laver, tu as trouvé leurs gestes plus lents, leurs visages vieillis, tu avais hâte de rentrer, tu as suivi une A.G. de grève, tu es allée dans une fête étrange, tu as donné des serviettes hygiéniques, tu t'es crue pauvre, comme personne ne te regardait tu as mangé des pâtes directement dans la casserole et puis un jour tu as eu ton diplôme.
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OdeOde   10 août 2014
Votre maison se situait presque au bout du Clos. Par un passage entre deux propriétés tu pouvais rejoindre un petit chemin forestier, on se retrouvait alors en plein champs. Tu aimais t'y promener avec ton ventre rond, avec ton mari, plus tard avec tes enfants. L'agglomération s'arrêtait là. Tout était silencieux, plus silencieux encore que tu ne l'avais imaginé en achetant murs et parcelle. Par temps clair on pouvait admirer les crêtes du massif de la Chartreuse et les lendemains de pluie une lourde odeur de campagne vous y attendait, une odeur pleine de parfums animaux et terreux, comme si les anciennes fermes en disparaissant avaient laissé dans l'air une empreinte.
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marina53marina53   20 novembre 2014
Nous ne nous apercevons que tardivement, à l'occasion d'un événement précis, de ce qui change lentement chaque jour dans nos corps et dans nos sociétés; et, bouleversés par cette découverte, elle nous paraît une déflagration.
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