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EAN : 9782226440150
256 pages
Albin Michel (30/01/2019)
3.2/5   5 notes
Résumé :
La visite guidée de l'enfer que nous propose Hervé Clerc est « une merveille d'érudition souriante », écrit dans sa préface Emmanuel Carrère.

« Vous apprendrez beaucoup en lisant ce livre, ajoute-t-il. Pas seulement sur le ciel et l'enfer, dont peut-être vous vous souciez peu, mais aussi sur vous-même. Car Hervé Clerc y pose des questions si importantes, et sous un angle si original, qu'en vous amenant à vous les poser, vous, à vous demander si vous ê... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Bologne
  20 août 2019
En abordant voici trois ans Dieu « par la face nord », Hervé Clerc avait formulé un oecuménisme original, s'appuyant sur la mort du Dieu des croyants, que chaque religion personnalise à sa manière, au profit d'un Dieu sans nom ni attributs, celui de l'unité de la création. Démarche stimulante et généreuse qu'il tente ici de mettre au service d'un autre combat, contre l'enfer. On se faisait fête de découvrir que l'enfer en était une. Très vite, hélas, la déception gagne sur la conviction. À partir d'une ou deux idées simples, mais indémontrables, le livre se perd vite dans une course aux témoignages parfois aberrante.
Les deux piliers de la démonstration sont Swedenborg, mystique suédois du XVIIIe siècle, et Ibn ‘Arabî, mystique soufi du XIIe-XIIIe siècle. Pour le premier, s'il faut en croire la présentation qui nous en est faite, le damné est heureux en enfer parce qu'il y réalise pleinement sa nature. Il peut enfin assouvir ses désirs réprimés de son vivant. Bref, il serait heureux en enfer comme un joueur invétéré au casino, un gourmand dans un restaurant étoilé, un homme grossier « dans un enfer de latrines, de pets, de fesses, de boyaux, de sang »... Pour le second, Dieu étant partout, il est aussi présent en enfer, ce qui permet au damné de jouir de sa présence comme l'élu au paradis.
Je n'ai pas pratiqué suffisamment l'un et l'autre pour savoir s'ils se reconnaîtraient dans cette simplification de leur pensée. Mais l'argumentation de l'auteur a de quoi déconcerter les moins rigoureux des logiciens. On appelle à la barre des artistes, Rilke ou Bosch (« la présence du mal au paradis est attestée par les bêtes répugnantes qui sortent de l'eau lustrale dans le panneau gauche du Jardin des délices ») sans se demander quelle est la part d'imagination dans leur « témoignage ». On bricole des syllogismes douteux : Pascal ne craint rien, or l'enfer serait un motif de crainte, donc l'enfer n'existe pas… Schopenhauer pense que ce monde est le pire qui soit ; or l'enfer serait pire ; donc l'enfer n'existe pas. L'humanité change de vérité en changeant d'époque ; or l'enfer est un concept médiéval ; donc l'enfer n'existe plus. Ici, on assimile sans complexes des métaphores (l'enfer sur terre) et des concepts théologiques (l'enfer dans l'au-delà) ; là, on prend pour paroles d'Évangile les paroles des Évangélistes (les dents des damnés grincent : « Ce phénomène est consigné par les évangélistes Matthieu et Luc »). On prend comme « source » l'expérience extatique et l'on invoque le « témoignage » d'Adam, qui n'a rien écrit, qui n'a pas existé, mais qui aurait parlé à Ibn ‘Arabî.
On ne sait trop qui ces démonstrations fumeuses peuvent convaincre, sinon les déjà convaincus. Certes, Hervé Clerc ne cache pas d'anciens flirts avec le cannabis ou sa passion du jeu. Mais il ne semble pas attendre un enfer gorgé de paradis artificiels ou calqué sur Las Vegas. Non, il s'adresse à « nous, les tièdes », ni tout à fait croyants, ni vraiment impies, qui ont trouvé une branche sur laquelle s'accrocher dans la chute originelle. C'est alors « double fête », dans ce monde-ci, car ils ont pleine connaissance de leur misère, étant mille fois revenus « à la litière de paille de nos amis les cochons », et dans l'autre monde, car ils attendent paisiblement, accrochés à leur branche, le Sauveur qui viendra les chercher comme la brebis égarée. Dans un monde où la religion chrétienne ressemble de plus en plus à un iceberg en plein réchauffement climatique, nul doute que cet éloge de la tiédeur trouvera son public.
Quant à l'athée humaniste, que peut-il attendre ? Un enfer à sa mesure, sans doute, débarrassé de Dieu et des sornettes que l'on débite en son nom. Un enfer comme le décrit Anatole France, grand oublié de la démonstration et qui aurait pourtant eu toute sa place dans ce livre : les philosophes grecs y discutent paisiblement au sein des pires supplices, qui leur sont infligés en vain car ils ignorent qu'ils les subissent. « Étrangers à toute vérité, ces âmes ne connaissent point leur propre condamnation, et Dieu même ne peut les contraindre à souffrir. » Certes, l'enfer existe, mais seulement pour les croyants…
http://www.jean-claude-bologne.com/lectures19.html#clerc
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