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EAN : 9782070343966
160 pages
Gallimard (01/05/2010)
4.16/5   31 notes
Résumé :
Avec ses amis Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas est considéré comme le troisième «père fondateur» du mouvement de la négritude.

L'œuvre poétique de Léon-Gontran Damas exprime, clame, revendique un profond sentiment d'appartenance raciale, mais sans éclats lumineux ni accents triomphants. Le malaise existentiel de l'être noir est ici un mal-être torturant qui ne connaît de répit que dans la dérision et la lucidité conquise d'un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Léon-Gontran Damas, figure fondatrice de la Négritude, aura consacré sa vie à défendre, comme Césaire ou Senghor, la culture et l'identité Noire, contre toute forme d'oppression et de colonialisme. le poète, né en 1912 d'un père Guyanais et d'une mère Martiniquaise, a marqué son destin et sa rhétorique du feu de la révolte et de l'anticonformisme.

Après une brève incursion en politique qui le verra siéger en tant que député de Guyane entre 1948 et 1951, il se consacre entièrement à la poésie et à la défense de l'identité noire. En écrivant son engagement à corps perdu contre la ségrégation, le fascisme, le racisme ; enfin contre le silence tacite et meurtrier, il donne à sa lutte une dimension universelle. En faisant de l'introspection un art poétique tranchant, il transfigure le moi profond en lui conférant une universalité polyphonique.

Black-Label est probablement l'oeuvre la plus connue de Louis-Gontran Damas, la plus caractéristique aussi de son art. le texte, publié en 1956, mêle la musicalité des vers désordonnés à l'incision du propos acerbe ; il entrelace la beauté et l'engagement, la révolte et la vie. Oeuvre éthylique et enivrante, Black-Label résonne comme un blues qui vient des tripes, comme trois accords qui se font l'écho d'une colère souterraine. L'homme est sulfureux alors que sa plume scande une ritournelle effrénée. La respiration se fait haletante quand l'univers devient moite et irrespirable, la rythmique est méthodiquement saccagée tandis que les revendications sont martelées ; que le mépris et le dégoût sont crachés. Tel le poète qui murmure sa litanie incantatoire, le Damas qui gronde et aligne ses fustigations dans Black-Label rappelle sous certains aspects Prévert. Sa langue glisse comme un serpent, elle s'enroule et étouffe un lecteur qui ne parvient pas à se détacher de l'emprise mystique du verbe déroutant. le Black Label claque sec sur les comptoirs, il est englouti cul-sec tandis qu'insidieusement il se trace un chemin dans les esprits embués ; pour finir il perturbe autant qu'il transforme, il dérange autant qu'il bouleverse.
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L'oeuvre poétique de Léon-Gontran Damas exprime, clame, revendique un profond sentiment d'appartenance raciale, mais sans éclats lumineux ni accents triomphants. Père spirituel du mouvement de la Négritude, est l'une des figures les plus marquantes de la littérature guyanaise. Black-Label est un recueil de poèmes mais pourrait aussi être une musique ou un chant marquant le désespoir avec des notes de blues et évoque une revendication et affiche sans complexe, le fait d'être né noir. Cette revendication révèle la douleur intense subie par les souvenirs de l'esclavage.
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Les très beaux trois recueils de poèmes de Damas ayant suivi "Pigments".

Dans la bien souvent inspirée collection Poésie de Gallimard, ce recueil de Léon-Gontran Damas, Guyanais considéré comme l'un des principaux animateurs de la "négritude" aux côtés notamment d'Aimé Césaire et de Léopold Sédar Senghor, et tout récemment replacé sous les projecteurs par les citations inspirées qu'en fit Christiane Taubira dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale, regroupe "Poèmes nègres sur des airs africains" (1948), travail effectué justement en hommage à Léopold Senghor, "Graffiti" (1952) et surtout "Black-Label" (1956), sorte de chanson incantatoire et imprécatoire, rythmée par son refrain de bar et de désespoir, dans laquelle brillent des accents résonnant avec les folles énumérations d'un Prévert ou avec les irrigations cycloniques d'un Saint-John Perse...

Souvent moins connus que le fondateur "Pigments" (1937), ces beaux poèmes méritent toute votre attention.
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Au delà de la négritude la poésie offre des portes de sortie de nos certitudes rassurantes. Sa poésie nous renvoie sur les sentier naturelle d'avant l'agriculture, comme une mémoire profonde dans laquelle puisée pour se prolonger dans le futur.
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La poésie de Léon Gontrand Damas perturbe, puisqu'elle dénoue la langue française pour la recomposer d'une autre manière, plus libre, moins académique mais tout aussi frappante et belle dans sa violence ; elle laisse imaginer la lointaine Guyane et entremêle son histoire à celle du poète amoureux et nostalgique de son aimée qu'il ne peut contraindre à demeurer à ses côtés, le laissant seul dans l'obscurité.
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
Je suis né disais-tu au bout …


Extrait 10

Et n’enlevaient ce fort goût d’amertume
que laisse à la bouche au réveil une nuit d’insomnie
ni la tiédeur du soleil matutinal qui ranimait déjà toutes choses
ni la volubilité des vieilles édentées en madras calendé
martelant la chaussée d’aise au sortir du premier office
où le dieu de la veille
fut à nouveau loué
glorifié prié
et chanté à voix basse

ni l’odeur rose des dahlias du jardin qu’argentait la rosée
ni les cris savoureux de la rue qu’assoiffaient
la bié nan-nan
côrôssôl
papaye
coco

Et la maison était triste et basse
où la vie se déroulait mollement
en bordure de la rue étroite et silencieuse
qu e le bruit de la ville
traversait à peine
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Mort au Cancre
au pou
mort au Chancre
au fou
et
sus au dévoyé
ont encore hurlé
ceux qui nombreux disent tous m'avoir à l'œil me regarder vivre
et ceux
ceux parlons-en
qui vagissent de rage et de honte
de naître aux Antilles
de naître en Guyane
de naître partout ailleurs qu'en bordure
de la Seine ou du Rhône
du Danube ou du Rhin
ou de la Volga
(...)
Ceux qui se refusent une âme
ceux qui se méprisent
ceux qui n'ont pour eux-mêmes et leurs proches
que honte et lâcheté
(...)
BLACK-LABEL À BOIRE
pour ne pas changer
Black-Label à boire
à quoi bon changer
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MALGRÉ LES SARCASMES DES UNS
malgré l'indulgence des autres
et au grand dam des uns
et au grand dam des autres
plaise à mon coeur
mis un instant à nu
d'afficher sur les murs et autres lieux de la ville
de crier à tue-tête sur les toits de la ville
à bas TOUT
vive RIEN
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AVEC UN RIEN MÊME DE DÉDAIN
dans le regard ouvert de stupeur
la lune
jaune ronde et belle
semble dire à voix basse

En auront-ils bientôt fini les fous
de mitrailler le ciel
de s'en prendre aux étoiles
de tonner sans vergogne
contre ces nuits
où j'eusse aimé
dormir
dormir un seul
et long soûl
d'homme ivre

et
rêver
rêver encore
tout à l'aise encore
d'ELLE

Graffiti - 1952
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Je suis né disais-tu au bout …


Extrait 3

De Buzaret dont l’ombre rafraîchit
et les rochers depuis toujours supportant
plus d’une amour ardente et chaude

De l’Anse des Amandiers
que nargue l’Enfant Perdu dans sa détresse de phare

De Catayé où vont crever de vanité les cerfs-volants des Amandiers
qui n’en peuvent mais de faire
le joli cœur au Ciel

Du Dégrad nouveau
De la Pointe qui mène à Kourou
où l’Indien eût
un soupçon de revanche
De la crique encombrée de pirogues
De la Place des Palmistes
à ton cœur pourtant si proche
ne parvenait guère
le souffle même de l’Orénoque
ton Orénoque
Rivé à la médiocrité du sort
petit-bourgeois crépu
ton âme était d’emprunt
ton corps emmailloté
ton cœur un long soupir

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Videos de Léon-Gontran Damas (29) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Léon-Gontran Damas
Gérard Gavarry Comment j'ai rencontré Paul Otchakovsky-Laurens - où Gérard Gavarry tente de dire quand et comment il a rencontré Paul Otchakovsky-Laurens, -à l'occasion de la parution de son livre "Jojo" chez Hachette/P.O.L- et où il est notamment question de Georges Perec et de l'Oulipo, d'Allada et du Bénin, de Michel Bézard et de Jacques Jouet, de Patrick Lapeyre et d'Emmanuel Hocquard, de poésie et de roman, de Warren Motte et de "The Review of Contemporary Fiction" (Fall10 Vol XXX N 3), de la rue Galliera et de la rue Jacob, de Carine Toly et d'Emmelene Landon, de Marcel Duchamp et de Fred Leal, de Léon- Gontran Damas et d'Aimé Césaire, d'être nègre et d'être juif, à Paris le 10 janvier 2022.
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