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Daniel Maximin (Éditeur scientifique)Gilles Carpentier (Éditeur scientifique)
ISBN : 2020857677
Éditeur : Seuil (02/02/2006)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 11 notes)
Résumé :
La disparition d’Aimé Césaire, il y a un an, donna lieu à un surprenant concert de louanges médiatiques. Les obsèques nationales qui lui furent rendues, l’empressement aussi unanime que tardif de la classe politique française, où perçait l’aveu d’une certaine mauvaise conscience, tout ceci ne doit pas faire oublier qu’Aimé Césaire fut longtemps tenu à la marge. Homme de colère plutôt que de compromis, il est avant tout l’auteur d’une œuvre poétique enfiévrée, enchan... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Erik35
  29 septembre 2017
NÈGRE JE SUIS, NÈGRE JE RESTERAI [*]
Difficile, pour ne pas dire parfaitement impossible, de chroniquer en si peu d'espace un tel volume, d'une poésie aussi essentielle que celle du regretté Aimé Césaire. Les éditions Seuil ont ainsi rassemblé dans cet ouvrage sobrement intitulé La Poésie tous les textes poétiques du grand auteur - mais aussi intellectuel, penseur de la fameuse "négritude", ainsi qu'homme politique puisqu'il fut député-maire de Fort de France cinquante-six années durant ! Un très mauvais exemple de cumul des mandats s'il en est, mais une fidélité sans faille aux intérêts de son île et de son peuple -.
L'homme de la révolte, de la création du concept et de la reconnaissance de la négritude, de l'anticolonialisme chevillé au corps et à l'esprit, l'homme du ressouvenir d'avec mère l'Afrique, l'ami du sénégalais Léopold Sédar Sanghor, professeur de lettre de Frantz Fanon, d'Édouard Glissant, promoteur de ce qui peut apparaître comme l'acte de naissance de la culture littéraire caribéenne des Antilles françaises, avec son impressionnant "Cahier d'un retour au pays natal" est tout entier dans ces quelques cinq cent pages de vers libres ou rédigées dans une prose poétique forte, tempétueuse, rythmiquement incroyable, la plupart du temps.
Voici, afin d'éviter de longs discours futiles, ce que ce recueil d'importance regroupe, dans l'ordre suivant et accompagné d'un extrait :
- Cahier d'un retour au pays natal (1939) :
«Au bout du petit matin, le vent de jadis qui s'élève, des fidélités trahies, du devoir incertain qui se dérobe et cet autre petit matin d'Europe...
Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères, je serai un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot
mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait dans sa soupière un crâne de Hottentot ?»
- Les Armes miraculeuses (1946) :
Ça y est. Atteint. Comme frappe
la mort brutale. Elle ne fauche pas.
Elle n'éclate pas. Elle frappe silencieusement
au ras du sang, au ras du coeur,
comme un ressentiment, comme un retour de sang.
Floc.
- Poèmes de la revue Tropique :
EN RUPTURE DE MER MORTE (extrait)
Tu les reconnais, mon coeur, doucement délirants.
A fond de cale leurs croupissements musiquent de puanteurs moribondes et les hérauts du vent pluvieux montent, moissonnant lentement l'office d'un soleil pâle. Parfois une surgie allume dans la fumigation béate la fleur d'un pur sanglot, mais l'instant d'une lueur, la florale poussée dans la cendre, débile et nulle, s'affaisse...
Passez, soleil, les plaises sanglantes suffisamment allument leur purulement propitiatoire. Passez. Et maintenant qu'une force irrésistible préside à la métamorphose des paroles en étoile polaire.
- Cadastre (1961). Reprend Soleil cou coupé ainsi que Corps perdu :
FILS DE LA FOUDRE
Et sans qu'elle ait daigné séduire les geôliers
à son corsage s'est délité un bouquet d'oiseaux-mouche
à ses oreilles ont germé des bourgeons d'atolls
elle me parle une langue si douce que tout d'abord je ne
comprends pas mais à la longue je devine qu'elle m'affirme
que le printemps est arrivé à contre-courant
que toute soif est étanchée que l'automne nous est concilié
que les étoiles dans la rue ont fleuri en plein midi et
très bas suspendent leurs fruits

- Soleil cou coupé (poèmes non retenus dans la version définitive) :
«Visage de l'homme tu ne bougeras point
tu es pris dans les coordonnées féroces de mes rides.»
- Ferrements (1960. 1ère Publication en revue en 1950) :
FERMENT
Séduisant du festin de mon foie, ô Soleil
ta réticence d'oiseau, écorché, roulant.
L'âpre lutte nous enseigna nos ruses,
mordant l'argile, pétrissant le sol
marquant la terre suante
du blason du dos, de l'arbre de nos épaules
sanglant, sanglant
soubresaut d'aube démêlé d'aigles.
- Moi, laminaire (1982) :
"test..."
Les chercheurs de silex
les testeurs d'obsidienne
ceux qui suivent jusqu'à l'opalescence
l'invasion de l'opacité
les créateurs d'espace
allons les ravisseurs du Mot
les détrousseurs de la Parole
il y avait belle lurette qu'on leur avait signifié
leur congé
de la manière la plus infamante
- Noria (1976. Poèmes nos repris dans la version définitive de Moi, laminaire) :
Lettre de Bahia-de-tous-les-saints (extrait)
Ah ! Bahii-a !
Bahia d'ailes ! de connivences ! de pouvoirs ! Campo grande pour les grandes manoeuvres de l'insolite ! de toutes les communications avec l'inconnu, Centrale et Douane !
- Comme un malentendu de salut (recueil inédit) :
Cet espace griffonné de laves trop hâtives
je le livre au Temps.
(le Temps qui n'est pas autre chose que la
lenteur du dire)
la fissure
toute blessure
jusqu'à la morsure de l'instant infligée
par l'insecte innocent
L'interstice même que la vie ne combla
tout se retrouvera là
cumulé par le sable généreux
Prières reconnaître à l'orée de la caverne
un bloc de jaspe rouge
assassiné de jour
caillot
(NB : ultime texte publié dans ce beau recueil d'un ultime ouvrage posthume)
Peut-être ces quelques extraits donneront-ils désir d'aller écouter de plus près cette parole d'une force incroyable - un cri, souvent, mais salvateur -, parfois matinée d'une once de surréalisme en ses débuts (dont Césaire fut un temps proche) mais sans l'empuantissement doctrinal que ce mouvement connu assez vite sous la férule jalouse d'André Breton. Se ralliant peu à peu à une écriture plus directe, toujours aussi vive et virulente mais recherchant moins les effets de styles ni les images trop facilement oniriques - quoi qu'une certaine forme d'onirisme de la réalité fut présent jusqu'au bout dans ses écrits orphiques -.
Une poésie de la révolte, de la lutte, du souffle profond de la Caraïbe, de la reconnaissance du moi viscérale d'un peuple entier atrophié, déculturé, massacré et mis plus bas que la plus dérisoire des bêtes, mais une poésie amoureuse de tous ces êtres et de ces paysages flamboyants qui l'ont accompagné jusqu'au bout.
Une poésie dont on ne se remet jamais tout à fait, une fois qu'on en a entamé la lecture clairvoyante et indispensable !

[*] Titre d'un recueil d'entretiens très intimiste du romancier avec Françoise Vergès. Il avait alors 92 ans. (Editions Albin Michel).
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brigittelascombe
  31 juillet 2011
A déguster par petits bouts car c'est un gros pavé, amalgame de plusieurs recueils.
Aimé Césaire, poète et homme politique martiniquais né en 1913, fut l'un des fondateurs de la "négritude: négation de la négation de l'homme noir".
Sa poésie dont André Breton disait qu'elle "était belle comme l'oxygène naissant" est pure et sans attaches,déliée de toute ponctuation, elle coule comme le Congo aux chutes fluctuantes parfois rapides.
Cahier d' un retour au pays natal: où Aimé Césaire, écrivain et poète de langue française du XX° siècle d'inspiration, ici, anticolonialiste part et dit "Je viendrai à ce pays mien et je lui dirai:embrassez moi sans crainte...Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai".
En guise de manifeste littéraire: adressé à André Breton(animateur du mouvement surréaliste qui a inspiré Aimé Césaire):sorte de délire verbal où Aimé Césaire dit:"La seule chose qui vaille la peine de commencer. La fin du monde parbleu!" En référence à la résistance au régime de Vichy.
Les armes miraculeuses(dont le texte en prose éponyme): poésies violentes comme des cris épris de Liberté.
Poèmes de la revue Tropiques et leur quête:"Qui suis je?"
Cadastre:poèmes épurés, superbe "Soleil cou coupé" d'inspiration surréaliste."Hélé hélélé" le tam-tam se balance en cadence, "pleure,pleure" pour lancer sa plainte et atteindre l'universel.
Soleil cou coupé:formé des poèmes non repris dans la version définitive.
Ferrements: ferrures qui ferrent l'esclave, vague arrimée aux coeurs lourds, "fiente","sanglot des coraux","séisme","spirales,"royaume",moisson-mousson" nostalgiques...mais "il y a ce mal" et son mal à lui, "C'est moi même, Terreur, c'est moi même"...
Moi laminaire:couches superposées de fantasmes et de fantômes à laminer en mots.
Noria:poèmes non repris dans Moi, Laminaire.
Et toujours l'Afrique, "Femme noire" chère à Léopold Sedar Senghor avec lequel Aimé Césaire a fondé le concept de "négritude" pour réhabiliter ses valeurs culturelles.Et toujours la liberté, l'ode et le cri de vie d'anciens esclaves.Et toujours la quête d'identité, et le regard sur Dieu, et le monde, et les autres, et la vie,et la mort pour atteindre une dimension plus universelle.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   29 septembre 2017
Des mots ?
Ah oui, des mots !
Raison, je te sacre vent du soir.
Bouche de l'ordre ton nom ?
Il m'es corolle du fouet.
Beauté je t'appelle pétition de la pierre.
Mais ah ! la rauque contrebande
de mon rire
Ah ! mon trésor de salpêtre !
Parce que nous haïssons vous et votre raison, nous nous réclamons de la démence précoce de la folie flambante du cannibalisme tenace


[Extrait de "Cahier d'un retour au pays natal"]
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brigittelascombebrigittelascombe   30 juillet 2011
Je suis un souvenir qui n'attend pas le seuil
et erre dans les limbes où le reflet d'absinthe
quand le coeur de la nuit souffle par ses évents
bouge l'étoile tombée où nous nous contemplons.
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neimad6891neimad6891   07 avril 2010
Afrique

Afrique,
ne tremble pas le combat est nouveau,
le flot vif de ton sang élabore sans faillir
constante une saison ; la nuit c'est aujourd'hui au fond
des mares
le formidable dos instable d'un astre mal endormi,
et, poursuis et combats - n'eusses-tu pour conjurer
l'espace que l'espace de ton nom irrité de sécheresse.
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brigittelascombebrigittelascombe   02 juillet 2011
En nommant les objets, c'est un monde enchanté, un monde de monstres, que je fais surgir sur la grisaille mal différenciée du monde, un monde de puissance que je somme, que j'invoque et que je convoque. En les nommant, flore, faune, dans leur étrangeté; je participe de leur force.
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brigittelascombebrigittelascombe   30 juillet 2011
Barbare

C'est le mot qui me soutient
et frappe sur ma carcasse de cuivre jaune
où la lune dévore dans la soupente de la rouille
les os barbares
des lâches bêtes rodeuses du mensonge.
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Videos de Aimé Césaire (100) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Aimé Césaire
Ce grand entretien a eu lieu le 2 juin 2019 au Mucem dans le cadre de la 3e édition du festival Oh les beaux jours !. http://ohlesbeauxjours.fr
?? Maryse Condé avec ses invités, Richard Philcox et Françoise Semiramoth. Entretien animé par Valérie Marin La Meslée (Le Point). Lecture par Eva Doumbia.
Originaire de Guadeloupe, Maryse Condé est l?auteure d?une ?uvre considérable, traduite en plusieurs langues, étudiée dans le monde entier. On ne compte plus les récompenses qu?elle s?est vu décerner internationalement, jusqu?à celle, récente, qui couronne presque 50 ans d?écriture : le prix de la Nouvelle Académie de littérature (qui a remplacé en 2018 le Nobel de littérature). le jury de ce Prix a salué dans son ?uvre « les ravages du colonialisme et le chaos post-colonial dans une langue à la fois précise et bouleversante. » Journaliste, dramaturge, auteure pour la jeunesse, essayiste et romancière, elle a également été professeure émérite à l?université de Columbia, aux États-Unis, où elle a fondé le Centre d?études françaises et francophones. L??uvre de Maryse Condé embrasse trois continents, l?Amérique, l?Afrique et l?Europe, liés à son parcours et à ses engagements. Née en 1937 à Pointe-à-Pitre, d?un père banquier et d?une mère institutrice, la future romancière confesse avoir grandi dans un milieu protégé, loin des questions qui parcourent sa littérature, et n?avoir pris conscience de la couleur de sa peau qu?en arrivant en France, à l?âge de 16 ans. Sa lecture d?Aimé Césaire la conduit à remonter le fil de l?histoire de l?esclavage et cette quête identitaire la mène en Afrique de l?Ouest. de cette expérience, elle tirera Ségou, roman historique en deux volumes qui la fait entrer dans le paysage littéraire. Vont suivre de nombreux romans où elle met souvent en scène des femmes maltraitées par l?histoire, qui tentent de conquérir leur liberté (Moi, Tituba sorcière noire de Salem ; Victoire, les saveurs et les mots, où elle rend hommage à sa grand-mère ; Desirada?). Elle aborde aussi la question des classes sociales à travers la saga d?une grande famille caribéenne (La Vie scélérate, Prix de l?Académie française en 1988), se raconte elle-même dans une très belle autobiographie (La Vie sans fards), met fin à ce qu?elle nomme « le mythe de la négritude » dans le Fabuleux et Triste Destin d?Ivan et Ivana, son dernier roman inspiré de l?attentat terroriste d?Amedy Coulibaly en 2015.
Au Mucem, nous retracerons avec elle son parcours. Elle partagera la scène avec des complices artistiques qui feront entendre ses textes ; évoquera ses engagements et un projet avec de jeunes Marseillaises de la Busserine autour de son roman pour la jeunesse Chiens fous dans la brousse ; reviendra sur la question de la représentation des noirs, notamment dans les musées? Mais on ne vous dit pas tout, seulement que la présence de la grande Maryse Condé est exceptionnelle !
?? À lire : La Vie sans fards, JC Lattès, 2012 Le Fabuleux et Triste Destin d?Ivan et Ivana, JC Lattès, 2017.
?? En coréalisation avec le Mucem.
+ Lire la suite
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