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François-Marie Deyrolle (Éditeur scientifique)Jean-Patrice Courtois (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
ISBN : 2757801627
Éditeur : Points (01/03/2007)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 16 notes)
Résumé :

Ce volume réunit les poèmes d'Antoine Emaz parus entre 1990 et 1997. Sa poésie, parfois d'une extrême concision, tend vers le plus de justesse possible, au ras du réel. De courts textes en vers libres alternent avec des paragraphes brefs, justifiés, comme des blocs denses. Ici les mots sont des " grains de sable ", édifices dérisoires qui sculptent le vide, le temps, le non-sens. Un auteur essentiel de la poési... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
EcureuilBibliophile
  10 novembre 2017
Ce recueil est composé de fragments de diverses autres publications.
Ce qui pour des textes aussi fragmentaires a quelque chose de génial !
Nous suivons le regard du poète d'un objet à l'autre, de l'amour à la mort, du quotidien à la ville…
L'ordinaire est mis en avant, en relief, par ce regard qui s'y attarde.
La musicalité des mots a su me toucher…
Quelque part entre Guillevic et Monk, dans le flottement de la personne à la fois prise par le temps qui file, par le quotidien et donc par la beauté de nos vies à tous.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
GabySenseiGabySensei   23 mars 2019
Poème de la fatigue

I
On avance dans l'épuisement
marais ou dunes
dans ce qui est en train de se finir

les dunes les pieds s'enfoncent
la marche est gênée d'herbes maigres et hautes
ou l'étendue molle des marais
sol imbibé
eau épaissie du pourrissement continuel des plantes sombres

et d'une marche plus lourde on avance encore
dans cette terre qui colle

l'effort s'enlise
pris dans le sable ou la vase
de même
dans ce qui est en train de se finir

on n'a pas souvent le choix

//

il s'agit toujours d'en sortir
et toujours on se heurte à la force
long temps lourd cours des choses
qui nous porte malgré tout
jusqu'
aux eaux mortes
épaissies et obscures

tout finit comme les feuilles

et on se retrouve à nouveau
sans énergie pour plier le dehors

//

perler
interminable souffle
qui n'atteint ni ne cerne
ne résout ni ne transforme
sous le ciel

un rien à voir
comme la sensation d'un sol mou sous le pied

homme
de si peu de poids
dans l'incertitude
qui dure

//

dans la lumière qui monte sur l'étendue qui s'agrandit
il s'est arrêté à peu près au milieu et se recroqueville

dans la lumière qui monte avec la fatigue
la mer s'éloigne et les gens bougent
il se serre pour durer

//

il y a sans doute encore à dire
mais il faudrait arriver à y croire assez

Dehors, dans la chaleur de l'été, tout est en place,
même la chaleur. La foule, les boutiques, les voitures,
les enfants, les arbres, les oiseaux et le reste. Belle
journée en perspective.

moment sans refuge
ni le silence ni le bruit de la vie

//

continuer

comme s'il fallait
porter plus loin l'épuisement

pour qui

plus loin
comme si on n'avait pas le droit de rester là
avec une langue en bouche

avancer encore un peu
pour qui

et puis le rire
déracinant

//

au bout du jour
qu'est-ce qui reste

on a parlé on a
fait ce qu'il fallait
on n'a pas avancé d'un pouce

peut-être cela vaut-il mieux
on s'est reposé d'attendre si fort

mais l'usure de l'étoffe
quand on la regarde de près
fait un peu peur

II

Continuer. On passe souvent à travers en se contentant de continuer sans voir.

Cycles d'air et étouffement. Des moments où on
n'attend plus rien. Même pas déçu. On a seulement
pris le pli et peu à peu, l'espoir ne crispe plus le
ventre, on laisse les choses en l'état. Avec un peu de
chance, on se rejoindra, plus loin.

A l'intérieur cassent des fibres sensibles comme des cordes.

Impression que rien ne tient assez fort pour endiguer,
maintenir dans cette zone fatigante où pourrait se jouer quelque chose.
Ce qui tient, le dehors, ces nuages par exemple, est hors de portée.

//

Nausée. Comme une pression très forte au centre, évacuant de tous côtés jusqu'à ce qu'on croyait définitivement acquis, fixé. Temps pourri.

Ce qu'on attend d'une vie. Ce pour quoi on continue.

Fatigue. Tête usée alors que le reste du corps poursuit tant bien que mal son travail.

Le dégoût. Le courage qui manque.
La pluie lave le carreau. Le silence, ailleurs.

Peur de ne pas se redresser, un jour. D'en rester là.
De laisser une page avec du blanc encore.

ce n'est pas la fin qui gêne
mais quelque chose de plus lourd
à l'intérieur de la vie

//

Écrire, comme si quelque chose devait se jouer un jour ou l'autre à cet endroit.
Alors, on se maintient, on entretient la main. A certains moments, on ne peut d'avantage.
Quand cela se prolonge, on finit par se demander si ce n'est pas cela, écrire, au vrai.

Dans la nuit, la sonnerie grelottante et persistante annonce un train qu'on ne voit pas.
L'inconsistance : on ne sort pas du pas encore, de l'inexact. On se demande si c'est possible.

Vision triste. On vit, mais au fond, ça n'avance ni ne recule, ça reste là. Ça remue seulement un peu pour, en définitive, rester là.

//

au milieu de la nuit
la pluie n'éteint pas les quelques lumières de la ville en bas
on rêve d'un lourd sommeil sans rêves
on ne peut plus se voir
au matin le ciel clair à force de nier

//

Usé par ce qui est à faire. Sans cesse. Même en allant vite, en expédiant, toujours quelque chose devant jusqu’au soir où progressivement se ralenti le rythme : on est seul, vidé.

Ce qui ne s'abolit pas, même si on le repousse aussi loin que possible : le désordre, le mensonge, la confusion, la lâcheté.

Chacun tient plus ou moins bien ses monstres.

Au bout du compte, se rappeler une musique, un arbre dans la pluie, la brume le matin... Cela, en réserve, pour rester encore debout.

//

A la fin de la nuit.
Un moment vient de calme où il n'y a plus rien. On est là, indifférent au malaise qui a porté jusqu'ici, au bord d'une nuit qui se termine, et on attend qu'une décision se prenne.

Au-delà d'un certain effort, il ne sert à rien d'essayer de peser sur les choses. Toute l'énergie sera dépensée pour déplacer un tout petit volume et on aura plus la force de mettre autre chose à cette place.

Les choses. Le pesant.

//

Les yeux chauffent.

Ce n'est pas la page qui angoisse, mais ce qu'on serait capable d'écrire, sans retenue.

Il y a aussi ce qui use peu à peu, ce qui gagne en dedans, nous réduisant.

Parler ou se taire, cela est clair, égal. Mais le plus souvent, tout demande la parole et, dans le même temps, le silence.

ce qui nous tient encore debout
la ténacité
l'entêtement
l'habitude
on ne sait plus se retrouver assez

Les yeux brûlent.

//

Fatigues.

Peu de souffle restant
et un goût dans la bouche de mot mâchés trop longtemps.

Ou simplement les yeux qui tombent.

N'importe comment, elles sont ce qui reste.
Résidus, au moins sûrs.

(P21-28)
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coco4649coco4649   12 mars 2019
POÈME-LETTRE


on est allé jusqu’à ne plus savoir
comment
plus loin

un mur
indéfiniment

un jour
on ira
plus loin

d’ici là
le temps
comme pauvre
et la force prise dans l’attente
tendue
sans bouger

on reste
en face

à la longue
ça devrait
déplacer
le pays

ou bien
jusqu’à ne plus tenir
n’être plus tenu

un matin il y aura
une mémoire d’eau
une vaste pluie devant
rien d’autre

on viendra au jour
avec seulement
dedans
le temps ou l’air

on sera devenu
assez léger
pour passer


//Antoine EMAZ nous a quitté le dimanche 3 mars 2019.
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alzaiaalzaia   04 novembre 2014
Remous, confusion. Ce sur quoi on prenait appui s'émiette, se défait lentement, tandis qu'ailleurs on travaille à construire ce qui ne tiendra sans doute pas davantage. Cela et les poèmes aussi comme des pierres qui vont vite, assez, de rien à murs, ruines, rien. Des vitesses différentes seulement, parfois.
De même pour nous. On ne tient pas assez. Il faudrait durer de façon plus stable pour pouvoir dire sans rire : moi...
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OttoDidaktOttoDidakt   31 décembre 2017
À certains moments, une joie. Quand, écrivant ou lisant, on se trouve en suspens dans les remous et les mouvements contraires. Peau vive, tendue entre dedans et dehors battant synchrones, vibrante d'être exactement où il faut, sans comprendre, sans plus désirer maîtriser.
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coco4649coco4649   12 mars 2019
POÈME DES DUNES


il disait les sables   dans les sables
dedans
toujours une dune
après celle qui vient d’être passée

il ne retenait rien

dans sa main ne pesait
que le poids de l’air

comme s'il ne pouvait rien garder
au passage
lui-même passant
dans un courant trop lent
ou bien trop vite


//Antoine EMAZ nous a quitté le dimanche 3 mars 2019.
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