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EAN : 9782020006019
188 pages
Seuil (01/09/1971)
4.11/5   259 notes
Résumé :
La décolonisation faite, cet essai de compréhension du rapport Noir-Blanc garde toute sa valeur prophétique : car le racisme, malgré les horreurs dont il a comblé le monde, reste un problème d'avenir. Il est ici abordé et combattu de front, avec toutes les ressources des sciences de l'homme et avec la passion de celui qui allait devenir un maître à penser par beaucoup d'intellectuels du Tiers Monde.
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BLACK LIVES MATTER!
La statue de l'impératrice Joséphine de Beauharnais déboulonnée et jetée, à terre, par des activistes anti-colonialistes, à Fort de France en Martinique. "Le Parisien.fr le 26/07/2020.
Statue déjà décapitée en 1991..

Le livre " Peau noire, masques blancs" parlait du rapport ambigu du noir Martiniquais envers le blanc de la métropole, en 1952.
Une antillaise "de la société " se refusera à épouser un noir, en prétextant son manque d'éducation ou son machisme, mais in-fine, c'est surtout à cause de sa couleur de peau...

"Dussé je encourir le ressentiment de mes frères de couleur, je dirai que le Noir n'est pas un homme." Ose Frantz Fanon, écrivain, docteur et psychiatre et... Martiniquais.
"Le Noir veut être Blanc, Le Blanc est enfermé dans sa blancheur. le Noir dans sa noirceur."

Car, les Blancs s'estiment supérieurs aux Noirs, et les Noirs veulent démontrer le contraire."
Comment s'en sortir?
(Nous sommes en 1952. Mais, les mentalités changent difficilement et lentement, voir les actualités sur les crimes racistes.)

Frantz Fanon parle simplement, clairement (pardon!) et avec humour (c'est un psy!) du rapport entre Noir Martiniquais et Blanc. Car "le Noir se comporte différemment avec un Blanc et un autre Noir."
- Dans le langage:
on interdit l'usage du créole dans certaines familles, ("il faut parler le français de France, le français du Français ")
L'indigène, celui-qui-n'est-jamais-sorti-de-son-trou étant le "Bitaco", le pauvre nègre...

Et "parler comme un livre déchiré", c'est parler comme un blanc".
"Comme un livre déchiré", en créole: c'est parler à tort et à travers :-) le Noir qui débarque, en France, ne parle que français et ne comprend plus le créole.
Mais... Et l'auteur rapporte des anecdotes "comiques" :
Un prêtre a remarqué, parmi ses pèlerins catholiques, un bronzé et lui demande, doucereux:
"Toi, quitté grande Savane, pourquoi et venir avec nous?"
On en rit, mais Frantz Fanon nous éclaire sur le quiproquo et ce parler petit-nègre condescendant, d'un curé... enfariné.

C'est une lecture amusante et instructive, qui peut faire réfléchir sur le racisme et sur les préjugés. L'auteur y convoque Cheik Anta Diop, JP Sartre et d'autres dont Aimé Césaire (député et maire de Fort de France)

"Je parle à des millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité... le larbinisme." Aimé Cesaire, Poète, écrivain et Député Martiniquais.
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Peau noire, masques blancs" Frantz Fanon

Peau Noire, masques blancs est une analyse psychologique comme l'auteur le précise dès le début de l'ouvrage. Écrit en 1952, le livre s'inscrit dans le contexte de la négritude, « ce romantisme malheureux », comme ironise Fanon. Alors que des poètes et des romanciers, pour rendre à l'homme noir sa liberté et sa dignité, le chantaient et s'acharnaient à montrer au Blanc qu'il possède bel et bien un passé très riche, le jeune psychiatre martiniquais de 27 ans adopte un chemin tout à fait différent en se donnant pour but de comprendre l'homme noir de l'intérieur afin de le guérir de sa névrose qui est l'aliénation. Si à cette époque la plupart des pays africains luttaient pour obtenir leur indépendance, Fanon était bien conscient que celle-ci ne serait totale et complète qu'accompagnée d'une délivrance du complexe d'infériorité, corollaire de tout processus de colonisation. Cette double libération était nécessaire et indispensable pour créer des rapports sains entre Blancs et Noirs. « Notre but est de rendre possible pour le Noir et le Blanc une saine rencontre », souligne-t-il. Et pour favoriser une telle rencontre, il faudra libérer le « Blanc enfermé dans sa blancheur » et le « Noir dans sa noirceur ».

Il faudra aussi les libérer de l'histoire, du passé. « Seront désaliénés Nègres et Blancs qui auront refusé de se laisser enfermer dans la tour substantialisée du passé ». Ainsi se refuse-t-il, en tant que Noir, le droit « de souhaiter la cristallisation chez le Blanc d'une culpabilité envers le passé de ma race. » Homme, « c'est tout le passé du monde » que le Noir a à reprendre, à s'approprier. Il n'est pas seulement responsable de la guerre de Saint-Domingue qui a provoqué la naissance d'Haïti. Mais aussi de la découverte de la boussole. Alors seulement naîtra l'homme libre et désaliéné. C'est-à-dire celui qui a retrouvé toute son humanité et s'assume sans complexe.

La fougue de Fanon ou un homme en colère

Frantz Fanon est un jeune révolté, plein de fougue, qui fustige jusqu'à l'approche des grands intellectuels blancs qui soutenaient la lutte des Noirs. La préface Orphée noire rédigée par Sartre subit par exemple sa réprobation. Il refuse en effet qu'il incombe à la conscience noire de « rechercher l'universel » comme le voudrait bien le philosophe français qui qualifie la négritude de « racisme antiraciste » qui se doit de « préparer la synthèse ou réalisation de l'humain dans une société sans races ».

L'actualité de l'oeuvre

Peau noire, masques blancs est tout simplement une ode à la liberté de l'homme. Prônant dans le même mouvement l'égalité entre toutes les races, le livre dépasse la cause des Noirs et embrasse l'universel.

Aujourd'hui, les luttes pour les indépendances sont presque achevées dans le monde à part quelques pays qui restent encore sous domination : la Palestine, le Sahara occidental… Mais de nouvelles négations de la liberté de l'homme ne cessent d'affleurer, comme dernièrement le mythe de l'étranger-profiteur ou le mythe du musulman-terroriste. Dans certains pays, les étrangers sont vus en effet comme les profiteurs d'un système généreux avant d'être perçus comme des hommes qui ont droit au bonheur. Dans la même foulée, depuis le 11 septembre 2001, la population musulmane est considérée comme une sous-humanité car assimilée à des terroristes ou terroristes en puissance. Un terreau fertile pour les partis extrémistes, autres fossoyeurs de la liberté.

Et tant qu'il subsistera ne fût-ce qu'une seule poche d'étouffement de la liberté de l'humain par l'humain, l'oeuvre de Frantz Fanon restera d'actualité. Comme il affirme : « L'homme [est] un oui… Oui à la vie. Oui à l'amour. Oui à la générosité. »

Chez Fanon, la liberté dépasse la liberté du corps et se confond à l'amour et à la générosité. Cette liberté est aussi psychologique et ne sera effective et totale que quand il ne restera plus même dans l'inconscient collectif des peuples anciennement dominés un complexe d'infériorité. Il rêve ainsi d'un monde sain avec des rapports sains entre toutes les races. Et là son oeuvre atteint l'universel de plein fouet.

On apprécie au passage la poésie et les phrases lapidaires du livre.

Extraits :

« Un jour, un bon maître blanc qui avait de l'influence a dit à ses copains :

Soyons gentils avec les nègres…

Alors les maîtres blancs, en rouspétant, car c'était quand même dur, ont décidé d'élever des hommes-machines-bêtes au rang suprême d'hommes. »



« L'homme n'est humain que dans la mesure où il veut s'imposer à un autre homme, afin de se faire reconnaître par lui. Tant qu'il n'est pas effectivement reconnu par l'autre, c'est cet autre qui demeure le thème de son action. C'est de cet autre, c'est de la reconnaissance par cet autre, que dépendent sa valeur et sa réalité humaines. C'est dans cet autre que se condense le sens de sa vie. »


Lien : http://jazzbari.wordpress.co..
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En 2007, lors de son discours à Dakar, Nicolas Sarkozy nous rappelais que : « l'homme africain n'était pas assez entré dans L Histoire, qu'il vivait trop dans le présent et dans la nostalgie du paradis perdu et de l'enfance, dans un imaginaire où tout recommence toujours, ou il n'y a de place ni pour l'aventure humaine ni pour l'idée de progrès » . . .
A une époque ou nos chefs d'état tiennent encore ce genre de propos, la lecture de cet essai me parait indispensable pour comprendre la profondeur des cicatrices psychologiques que cause le préjugé et la domination raciale sur l'humanité entière. Avant-hier les juifs, hier les nègres ou les bolcheviques, aujourd'hui les islamistes, un bouc émissaire est toujours indispensable pour se libérer de nos frustrations, et pour que certains puissent s'engraisser librement sur le dos de la bête, car diviser pour mieux régner !
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Je lis rarement des essais, étant plutôt adepte des romans et de la fiction en général. Pourtant j'ai dévoré cet ouvrage. L'auteur Frantz Fanon était un grand psychiatre mais également un grand écrivain qui à force d'exemples et de réflexion nous fait entrer dans la problématique raciale sous un angle totalement inusité.
On comprend comment une société peut formater nos esprits sans même qu'on s'en rende compte et que la seule manière de se libérer de cette emprise invisible et d'autant plus forte est de réfléchir à chacune des vérités que l'on croit établies et de les relativiser.
Ce qui s'applique ici à la perception du noir dans une société blanche peut s'appliquer à tous les rapports sociaux, le rôle de la femme, les dominations sociales.
On voit bien le mécanisme d'aliénation qui est en cause et qui est responsable de tant d'exclusion, d'incompréhension et de souffrance.
En plus, malgré le thème et un traitement du sujet très sérieux , l'auteur arrive à être drôle.
A lire absolument pour son universalisme même si le thème ne vous intéresse pas à priori.
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Un matin calme, on aimerait se réveiller dans un monde sans race et sans classe.
Étais je un noir qui avait rêvé d'être un blanc, ou bien un blanc qui avait rêvé d'être un noir ?

Être - blanc, noir, juif, arabe, ceci ou cela - est une apparence ou un masque, ou plus généralement un phénomène qui ne va pas de soi. Et on le sait sans doute, l'enfer c'est d'être déterminé par le regard d'autrui, sous le rapport de domination d'un pur regard qui voit sans être vu.

Fanon, en tant qu'homme noir, connaît trop ce regard et les mots qui l'expriment. Et s'il prend la peine d'abord de décrire cette cruelle chosification c'est pour mieux saisir l'aliénation qui s'en suit, et trouver le début d'un chemin d'émancipation.

Répétition :
Y'a bon Banania
Y'a bon Banania

Telles sont les marques d'un langage qui marque sans être marqué. À noter que le site internet de la marque affiche encore une parfaite ingénuité. Pas un mot sur cette période peu glorieuse.

Dans la même tonalité, on rencontre un spécialiste des humanités expliquant que certains peuples étaient naturellement prédisposés à être colonisés. de même encore, certain.es expliqueront que les espèces animales domestiquées devaient être disposées à éprouver une sorte d'affection pour le maître en tant que maître.

Je fais ici le rapport entre spécisme et racisme ; l'auteur ne le fait pas. On y revient plus bas.

En tous les cas, je dois toujours me pincer pour me dire que ces thèses existent. Et pourtant, celui ou celle qui les profère ne fait que manifester sa liberté absolue. Il faut se prendre pour Dieu pour assigner à autrui des dispositions magiques, et pour finalement disposer d'elle ou de lui.

Nous parlons couramment de la domestication des espèces, l'homme y compris. Mais tandis que certain.es sont prêts à y voir de l'affection et du consentement, Fanon nous fait maintenant voir l'effraction et l'aliénation.

Les spécialistes tenteront raisonnablement de mesurer la propagation de la fracture de la colonisation ou de la domestication. Mais justement, Fanon rappellera plus tard que les anciens colons ne seront jamais quitte de ce point de vue.

Pour l'heure, il observe l'aliénation de frères et soeurs de couleur qui ont cherché, par tous les moyens, à disparaître en se confondant sur un fond blanc ; certain.es en s'unissant avec un.e partenaire blanc.he.

Finement, patiemment, Fanon rassemble quantité d'observations, et tente de repérer les déterminations psychologiques, un inconscient collectif, des névroses. Sa position de psychiatre le guide dans ce sens, mais lui rappelle en même temps le pouvoir sur-déterminant du regard qui surplombe.

L'aliénation, masquant une autre aliénation, n'a peut être pas de limite. On dirait comme Deleuze que « le masque est la vérité du nu ».

En s'intéressant de près à son propre vécu d'homme noir, il voit qu'à chaque étape de son difficile chemin d'émancipation, il est poursuivi par la rhétorique du colonial.
L'homme noir prétendait invoquer la raison, alors on lui prouve qu'il a tort. Fanon poursuit donc son chemin de fuite : il lui faut « liquider le passé », et devenir « imprévisible ».

C'est alors qu'il découvre avec les poètes de la « Négritude » une pulsation propre de l'homme noir, et une nature : « Le nègre aujour­d'hui est plus riche de dons que d'oeuvres » (Senghor) etc…
Mais on lui dira encore qu'il n'ira jamais aussi loin que les élans mystiques qu'ont connus les blancs.

Il répète malgré tout :
Je suis noir
Je suis noir

Car maintenant ça veut dire : « je suis mon propre fondement ». C'est une déclaration universelle, et pas simplement un « racisme anti-raciste ». Il a commencé à liquider les déterminations du passé et pourra bientôt conclure : « Le nègre n'est pas. Pas plus que Le Blanc. »

Dans ce tournant existentiel, il a croisé Sartre, à travers des textes comme « l'Etre et le néant », « Réflexions sur la question juive » etc… et le plus récent, « Orphée noir », en préface du livre de Senghor, « l'Anthologie de la poésie nègre et malgache ».

Le dialogue de Fanon avec Sartre permet d'éclairer mutuellement deux pensées qui ne se confondent pas. Ensemble, ils font vibrer les pôles immuables de la philosophie, et lui font rendre un nouveau son. Il faut lire « Orphée noir », en ouverture d'un « chant de tous et pour tous », et se réjouir d'entendre Fanon tout reprendre.

Ensemble, ils reconnaissent l'importance littéraire et politique de la « Négritude » sur le chemin de l'émancipation, mais Fanon insiste sur le moment fondateur, reprochant à Sartre de n'y voir que le « moment faible ».

La lutte pour la liberté s'annonce. Examinant, avec Hegel le couple maître-esclave, il est clair pour Fanon que l'esclave ne peut prétendre être libre en s'entendant dire sans combattre « Désormais tu es libre ». Il lui faut lutter contre le maître, face à face.

Ce qui se profile n'est pas le matin calme d'un monde sans race, mais les guerres de décolonisation. Emportant tous « les damnés de la terre », la misère économique a accéléré l'histoire. Fanon prendra une part très active au combat politique.

En conclusion, l'auteur n'essaie pas de transposer tel drame avec tel autre. La lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis n'est pas équivalente à telle ou telle lutte de libération nationale, et n'est pas non plus notre situation actuelle.
Mais la tension qui habite Franz Fanon au présent, sa sensitivité, évoque à la fois toutes les questions existentielles, et le chemin qu'il faut à chaque fois se frayer. Son style étonnamment efficace et effectivement étonnant, évoque une course de vitesse, psychologique, politique et culturelle, entre la « désaliénation » et l'aliénation,

EPILOGUE à fleur de peau

Je suis passé très vite sur le rapport entre spécisme et racisme, juste le temps d'apercevoir leurs racines communes. Fanon connaît trop bien d'ailleurs les insultes racistes largement empruntées à la zoologie.

Or, Fanon, refusant de s'engluer dans l'être, restant à fleur de peau, étant son propre fondement, finit pourtant par se fonder sur une vaine proposition spéciste :

« Un chien se couche sur la tombe de son maître et y meurt de faim. Il revient à Janet d'avoir montré que le dit chien, contrairement à l'homme, n'était tout simplement pas capable de liquider le passé. »

Sérieusement, que savent-ils du chien ? Fanon voulait « en finir avec ce narcissisme », alors, sans attendre la réponse, il nous faut continuer à chercher notre chemin.

L'homme Ancien, aristotélicien, répète lamentablement, je ne suis pas un animal (je suis supérieur en ceci ou cela). La philosophie est nativement spéciste.

Malgré tout je répète :
Je suis un animal
Je suis un animal

Mon être c'est la différence. C'est une déclaration universelle. Voyez mes mutations infinies.
Je peux être sauvage ou domestiqué.e. Voyez la tension qui m'habite, ma sensitivité.
Je peux être mangé.e par autrui, comme je mange à mon tour d'autres êtres vivants. Je ne me nourri pas de cailloux. J'aime les chairs s'enfonçant l'une dans l'autre, le sexe, les caresses, le jeu.

Librement inspirés par Fanon, nous dirions aujourd'hui que « l'Homme nouveau » lutte pour la luxuriance de la planète.
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Citations et extraits (70) Voir plus Ajouter une citation
Introduction : L'explosion n'aura pas lieu aujourd'hui. Il est trop tôt... ou trop tard.
Je n'arrive point armé de vérités décisives.
Ma conscience n'est pas traversée de fulgurances essentielles.
Cependant, en toute sérénité, je pense qu'il serait bon que certaines choses soient dites.
Ces choses, je vais les dire, non les crier. Car depuis longtemps, le cri est sorti de ma vie.
Et c'est tellement loin...
Pourquoi écrire cet ouvrage ? Personne ne m'en a prié.
Surtout pas à ceux à qui il s'adresse.
Alors ? Alors, calmement, je réponds qu'il y a trop d'imbéciles sur cette terre. Et puisque je le dis, il s'agit de le prouver.
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Il n'y a pas de mission nègre ; il n'y a pas de fardeau blanc.

Je me découvre un jour dans un monde où les choses font mal ; un monde où l'on me réclame de me battre ; un monde où il est toujours question d'anéantissement ou de victoire.

Je me découvre, moi homme, dans un monde où les mots se frangent de silence ; dans un monde où l'autre, interminablement, se durcit.

Non, je n'ai pas le droit de venir et de crier ma haine au Blanc. Je n'ai pas le devoir de murmurer ma reconnaissance au Blanc.

Il y a ma vie prise au lasso de l'existence. Il y a ma liberté qui me renvoie à moi-même. Non, je n'ai pas le droit d'être un Noir.

Je n'ai pas le devoir d'être ceci ou cela...

Si le Blanc me conteste mon humanité, je lui montre rai, en faisant peser sur sa vie tout mon poids d'homme, que je ne suis pas ce « Y a bon banania » qu'il persiste à imaginer.

Je me découvre un jour dans le monde et je me reconnais un seul droit : celui d'exiger de l'autre un comportement humain, un seul devoir. Celui de ne pas renier ma liberté au travers de mes choix.

Je ne veux pas être la victime de la Ruse d'un monde noir.

Ma vie ne doit pas être consacrée à faire le bilan des valeurs nègres.

Il n'y a pas de monde blanc, il n'y a pas d'éthique blanche, pas davantage d'intelligence blanche.

Il y a de part et d'autre du monde des hommes qui cherchent.

Je ne suis pas prisonnier de l'Histoire. Je ne dois pas y chercher le sens de ma destinée.

Je dois me rappeler à tout instant que le véritable saut consiste à introduire l'invention dans l'existence.

Dans le monde où je m'achemine, je me crée interminablement.

Je suis solidaire de l'Etre dans la mesure où je le dépasse. (pp. 185-186)
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Quand les nègres abordent le monde blanc, il y a une certaine action sensibilisante. Si la structure psychologique se révèle fragile, on assiste à un écroulement du Moi. Le Noir cesse de se comporter en individu actionnel. Le but de son action sera Autrui (sous la forme du Blanc), car Autrui seul peut le valoriser. Cela sur le plan éthique : valorisation de soi...
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L’estropié de la guerre du Pacifique dit à son frère: "accommode toi de ta couleur comme moi de mon moignon; nous sommes tous les deux des accidentés". Pourtant, de tout mon être, je refuse cette amputation. Je me sens une âme aussi vaste que le monde, véritablement une âme profonde comme la plus profonde des rivières, ma poitrine a une puissance d'expansion infinie. Je suis don et l'on me conseille l'humilité de l'infirme... Hier, en ouvrant les yeux sur le monde, je vis le ciel de part en part se révulser. Je voulus me lever, mais le silence éviscéré reflua vers moi, ses ailes paralysées. Irresponsable, à cheval entre le néant et l'Infini, je me mis à pleurer.
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"Sale nègre" ou simplement : "Tiens, un nègre".
J'arrivais dans le monde, soucieux de faire lever un sens aux choses, mon âme pleine du désir d'être à l'origine du monde, et voici que je me découvrais objet au milieu d'autres objets.
(Pag 88)
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