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EAN : 9782081512535
192 pages
Flammarion (04/03/2020)
4.34/5   103 notes
Résumé :
Je vais me permettre de te tutoyer, tu ne m’en veux pas ? On ne se connaît pas, c’est vrai.
Mais vu ce qu’il vient de t’arriver, je crois qu’on a quelques points communs.
Alors on va faire un truc, si tu veux bien : je t’écris maintenant, et toi, tu me lis quand tu veux. D’accord ?

Moi, j’ai des choses à te dire. Toi, sens-toi libre d’en faire ce que tu veux. D’ailleurs, c’est peut-être par là que je devrais commencer : sens-toi libre ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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sur 103 notes
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kouette_kouette
  04 juillet 2020
L'homme qui a violé Giulia a été acquitté.
Elle a parlé à la justice pour se prendre un coup de massue en retour.
Double-peine.
Alors, cette fois, elle témoigne avec ce livre pour que cette libération de la parole depuis #balancetonporc et #metoo ne serve pas à rien. Parce que "vivre dans un monde où les violeurs auraient peur de violer et les cogneurs de cogner" devrait nous apparaître essentiel. Urgemment.
Phrases hachées. Tranchées.
Une mise à nue sensible.
Un terreau de colère qui n'empêche en aucun cas d'entendre les évidences argumentées de Giulia. Simplement mais rationnellement.
Dans cette société où on accorde encore de l'importance aux créations artistiques de personnes humainement ignominieuses, alors que je suis déjà dérangée quand une gamine de 11 ans m'explique qu'à sa rentrée en 6e elle ne s'habillera plus en short parce que "tu comprends, les garçons ça peut pas se retenir", évidemment que, pour moi, ce genre de témoignage est utile.
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Krissie78
  18 août 2020
J'ai commencé la lecture un soir, tard. "J'ai eu de la chance. J'ai eu le bon viol". Ok. Les mots sont là, pesés, incisifs, précis, forts. Dès lors je ne pouvais plus lâcher ce témoignage.
J'ai de la chance, je suis une sur deux, mais de celles qui n'ont pas été la cible de violence masculine (si on fait abstraction du harcèlement de rue quand j'étais plus jeune, et j'ai presque envie de dire, fataliste, comme toutes les femmes). Mais je suis femme et mère. Alors la peur de basculer de l'autre 50% je la connais comme nous toutes.
Les mots de Giulia Foïs sont son cri dans la forêt, et ce cri, échos ou prémices de tant d'autres, nous transperce et nous porte. Il soulève la colère, la rage, l'indignation, la révolte mais il met aussi du baume sur les plaies (enfin j'imagine qu'il peut en mettre pour celles qui contrairement à moi sont aussi une sur deux). La plume est mordante, parfois provocante.
Pas de pathos, jamais, dans ce témoignage, dans le récit de ce long parcours vers ...vers quoi ? La résilience ? La liberté ? La possibilité de vivre, avec "ça ", de survivre puis de vivre, de rester droite, de regarder devant.
Chaque mot, chaque phrase m'a parlé, touchée, bouleversée. Sans fard mais avec dignité, Giulia Foïs livre tout : l'avant, le viol, l'après, la jeune femme confiante dans la vie, la justice et l'avenir, la violence, l'accueil (ou pas) de sa parole, la peur, la rage, la haine, la douleur, les rêves abattus, la désillusion face à la (l'in)justice, le combat de chaque jour, de chaque nuit, Chaque paragraphe, chaque page, chaque chapitre a soulevé mon admiration et mon envie de dire "Merci Giulia, pour ce livre, ce cri, qui, je l'imagine, est la dernière pierre d'un parcours trop long et la première d'une route lumineuse. Merci pour toutes celles que ces mots vont aider à traverser "ça " et qui à leur tour pourront pousser leur cri. Merci pour les autres qui trouveront dans vos mots ceux qui leur permettront d'aider."
Ce combat n'est pas que celui d'une seule femme mais mais bien celui de toutes et tous, pour une certaine vision de la société et des rapports entre les deux composantes de l'humanité que sont les femmes et les hommes. Un combat non pas contre les hommes mais pour que les femmes n'aient plus peur ni de prendre seule leur voiture le soir, ni de parler pour dire le "crime parfait" qu'elles ont subi.
182 pages à mettre entre toutes les mains.
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Stelphique
  25 juillet 2021
Ce que j'ai ressenti:
En temps normal, je ne lis pas ce genre de témoignage. C'est le problème avec l'hypersensibilité, c'est que tu ressens tout, puissance mille. Je ne peux pas être à 20-30-40%, savoir prendre la distance nécessaire…Non. Tout est à 💯%. Même une lecture n'est pas anodine pour les hypersensibles. Alors, quand Giulia, sur le synopsis, me prévient et me laisse le temps de trouver le bon moment pour lire son récit, je trouve cela attentionné de sa part, alors qu'elle a vécu ce traumatisme. Je lui trouve, forcément, avant même de connaître son histoire, déjà une délicatesse qui me touche. Pourtant, je peux vous dire que son récit est bouleversant mais, il est aussi nécessaire et qu'il pourra en aider plus d'une!
Je suis une sur deux, c'est une lecture qui laisse des traces. C'est de la matière brute qui vient exploser tes convictions, ton humeur, ta vision. Donc, je peux vous dire que le cutter, le Loup-Garou, les coups, la sortie de corps, le Poker Face, je l'ai vu. Je veux dire, je l'ai vraiment vu ET ressenti. Qu'importe ce qu'ils peuvent dire, la voix de Giulia est suffisamment claire et audible, pour que le Mot Affreux soit entendu. Rien n'est brouillé, il n'y a aucun doute possible, c'est arrivé. Malgré les insinuations, les doutes, les rejets, les questions dérangeantes, les exclamations, les incompréhensions, les avertissements, le mot Immonde, en quatre lettres est une réalité. Mais ce que j'ai vu aussi, c'est une femme forte. Ça, je peux le dire aussi, je l'ai ressenti dans chaque page. Une femme admirable, courageuse, puissante. Une femme belle et inspirante. J'ai vu aussi la police qui fait bien son boulot. Et puis, je vois le verdict de la Justice. Écoeurant. Un loup-garou peut sortir des bois en toute impunité. J'en aurai vomi, j'en aurai pleuré, j'en aurai perdu toute confiance en Elle…Mais la force de ce témoignage, c'est cette envie d'entraide, le dépassement de ce traumatisme, cette sororité bienveillante que l'auteure espère pour toutes. Parce que une sur deux, c'est énorme. Parce que si jamais, ce livre peut aider au moins une personne, alors il fallait l'écrire. Giulia Foïs, merci, de tout coeur, de l'avoir fait. Merci pour elles, pour nous, pour demain, pour plus de justice, pour que la parole se libère…
On ne peut pas parler de coup de coeur, quand on a eu si mal au coeur, si mal pour Giulia, si mal pour toutes. Je veux bien par contre, aller crier dans la forêt. Et puis, vous parler de beautés, de lendemains radieux, de femmes sublimes, de deux pour une, de une pour toutes…Je vais faire comme Giulia, vous laisser libre de lire ce livre…
Je vous embrasse, fort.
Lien : https://fairystelphique.word..
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PrettyYoungCat
  12 avril 2021
J'ai beaucoup de respect pour ce témoignage et le viol est un sujet qui me touche. Néanmoins, j'avoue ne pas avoir été sensible au récit de Giulia Foïs. Cela tient je crois à la façon dont elle raconte son histoire, les mots employés, l'analyse qu'elle en tire, les sentiments qui s'en dégagent. Difficile de remettre en question cet exercice qui a dû être tout à la fois cathartique et douloureux à faire. Mais je suis honnête dans mon ressenti.
Elle rappelle cela dit des choses importantes : le viol est le seul crime dont c'est la victime qui se sent coupable. le seul dont c'est la victime qui en éprouve de la honte. le seul que l'on remette en question (n'a-t-on pas provoqué les choses ? Pourquoi être allée là-bas ? Pourquoi n'avoir pas fui ? Ne pas s'être débattue ? Ne pas en avoir parlé ?....). Elle rappelle que céder n'est pas consentir. Que le cerveau se met en mode survie et qu'il peut avoir pour effet de rester figée. Elle nous parle de la mémoire traumatique aussi, de la mémoire du corps et de l'importance de dire et d'être entendue.
Et puis les tristes chiffres : 12% des femmes sont ou seront violées un jour (ceci sans inclure les mineures d'âge !), 1 femme sur 2 est un jour agressée sexuellement. Seuls 2% des violeurs sont condamnés... Autrement dit, pour 98% des viols qui ont fait l'objet d'une plainte (ce qui est loin d'être la majorité) l'agresseur s'en sortira sans condamnation. Ou la culture de l'impunité.
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Bazart
  05 juin 2021
Dans ce témoignage indispensable et d'une grande force la journaliste Giulia Foïs- dont les chroniques sur France Inter sont toujours de grande qualité- raconte le viol, ce « crime sans cadavre » subi à l''âge de 23 ans, alors qu'elle travaillait l'été au festival d'Avignon, ainsi que les conséquences que cette tragédie occasionne sur elle des années après, surtout quand la justice n'a pas reconnu la culpabilité de son bourreau.
Elle raconte aussi par le menu détail le combat qu'elle a mené , des années durant, pour tenter de retrouver une dignité et une confiance en soi fortement ébranlée par le viol et cette négation de victime par la justice et montre que le pire vient souvent après le viol.
La plume de Giulia Foïs, vive, drôle, amère, inventive sert ce récit d'une résilence qui ne dit pas son nom et qui livre une vérité que beaucoup cherchent souvent à minimiser à savoir que 12% des femmes ont été violées au moins une fois dans leur vie, et seulement 1% de ces viols débouchent sur une condamnation.
Mais loin d'être un témoignage sombre et pessimiste, Je suis une sur deux de Guila Foïs montre que, même si le chemin est parfois très long, on peut revivre après un viol.
Le livre se termine avec cette note d'espoir forcément indispensable. Une lecture aussi éprouvante qu'indispensable !
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   02 mars 2020
J’ai eu de la chance. J’ai eu le bon viol. Alors parfois, j’ai pu dire.
Une fois, même, j’ai pu porter plainte. Et aujourd’hui je suppose qu’il m’est plus facile d’écrire : le bon viol, vous pourrez peut-être le lire.

Le bon viol, c’est celui avec le Loup-Garou sorti de nulle part. Celui avec le parking, à la tombée de la nuit. Celui avec le couteau qui luit – même si c’était un cutter. Celui avec les coups de poing dans la gueule. Suffisamment bien envoyés pour n’en laisser aucune trace, à part un tout petit bleu derrière l’oreille. Il paraît que ceux qui battent vraiment bien leurs femmes savent faire, frapper sans laisser de traces. Lui, il a su.
Dix ans plus tard, mes dents ont fini par bouger. Celles du bas. On a dû me les raboter. En fait, il me l’avait tellement éclatée, la mâchoire, que des petites fissures invisibles avaient commencé à se créer sous la gencive. Mais à l’époque, on ne voyait rien.

Ça les a bien fait chier, les flics. Le commissaire a dit : « Dommage, elle est même pas défigurée. » C’est une habitude à prendre, dès le dépôt de plainte, quand vous êtes victime de viol : on parle de vous en disant « elle », comme si vous n’étiez pas là. En même temps, vous n’êtes plus tout à fait là… « Elle » n’était même pas défigurée, donc. Alors « elle », pour le coup, n’était pas la bonne victime : même si « elle » avait eu le bon viol, ça risquait d’être compliqué à plaider.

La bonne victime, c’est celle que vous pouvez imaginer sans effort. Celle qui porte les stigmates de l’infamie sur le visage – ou le V de viol sur le cul. La bonne victime est forcément exsangue, forcément à terre, brisée absolument-définitivement, en mille petits morceaux de chair éparpillés sur l’asphalte d’un parking, le carrelage d’une cuisine, la poussière d’un terrain vague. La bonne victime est écrasée par le poids de la honte, noyée dans ses propres larmes, dont on ne sait exactement si elles sont faites de souffrance ou de culpabilité, mais dont on espère tout de même que ce soit un peu des deux, tant qu’à faire. Parce que, quitte à donner dans le crapoteux-dégueu, faut que ça déverse, que ça coule. Faut que ça transpire, faut que ça suinte le viol. Faut qu’elle en chie pour qu’on la plaigne. Alors faut que ça se voie.

Donc si « elle » avait été une bonne victime, « elle » aurait dû avoir la décence minimale de porter encore « des traces de sperme et des traces de sang sur le visage, au moment où elle s’est présentée à vous ». Les guillemets, c’est pour la plaidoirie de mon avocat. Ça pique un peu, mais j’aime bien.
J’aime bien aussi que ça ne se voie pas sur ma figure.
Ça m’a perdue et ça m’a sauvée, mais dès l’instant où il est sorti de ma voiture, j’ai voulu nettoyer.
Les sièges, le tableau de bord, et moi. Profondément, frénétiquement, furieusement, obsédée que j’étais par l’envie de récupérer ma vie d’avant, renouer le fil, recoller les bouts de moi…
Pas question de voir ses doigts quand je me regarde dans le miroir. Je voulais que vous vous disiez : « On dirait pas. » Je voulais que vous me trouviez encore jolie dehors, quand cette chose si laide s’était incrustée dedans. Alors ça ne s’est jamais vu sur ma figure. Poker Face.
Ça a été ma victoire sur moi, ma revanche sur lui, mon arme et mon armure dans ce monde qui ne veut pas de nous, acolytes malgré nous, compagnes du hasard malencontreux, camarades du mauvais endroit au mauvais moment, sœurs d’infortune, suspectes à peine le Mot Affreux prononcé (je vous aide : il a quatre lettres), suspectes d’avoir survécu, suspectes de complicité, émanations involontaires de cette Bête Immonde qui vous fait si peur, cette chose tapie dans l’ombre qui menace de frapper vos sœurs, vos mères, vos amies, vos amantes, cette vermine qui sommeille, potentiellement, en chacun de vos frères, vos pères, vos amoureux du bac à sable – j’ai dit « potentiellement ». Pouf, pouf, on se calme…

Et on se souvient juste que, pendant des siècles, on a puni les femmes violées autant que les violeurs. Qu’on les lapide ou qu’on les brûle, aujourd’hui encore, à certains endroits du monde – chez nos voisins, à vol d’oiseau. Évidemment, de cette histoire millénaire, il reste des traces. Alors merci, mais ce sera sans moi – le fer rouge, vous pouvez vous le mettre où je pense.

Alors, de loin, ça ne s’est pas vu. Alors j’ai eu (un peu) la paix. Mais c’est aussi pour ça qu’il a été acquitté. Pour ça, et parce qu’il payait ses impôts correctement. Et comme il entraînait EN PLUS l’équipe des minimes, et que PAR AILLEURS il était père de famille, il ne POUVAIT PAS être un violeur – les majuscules, c’est pour ses deux guignols d’avocats, dont la subtilité était inversement proportionnelle aux décibels.
Un bon contribuable, blanc et footeux, ça rentre pas dans la case. Point. Si je n’étais pas la bonne victime, il n’était pas le bon violeur non plus.
Pour ça, il aurait dû être étranger. Préférablement « de type maghrébin », si j’en crois le nombre de fois où on m’a posé la question.
L’homme qui viole ne peut pas être un « comme nous ». Il doit être un élément exogène au groupe, sinon c’est le groupe lui-même qui pue le viol, coupable, a minima, de complicité passive.
Il faut que ça ait quelque chose d’exceptionnel, voire de surnaturel. Sinon, ça pourrait arriver tout le temps – pour info, ça arrive très exactement toutes les sept minutes en France.

Il est un animal qui rôde à l’extérieur de la cité et qui, parfois, la nuit, toujours la nuit, forcément la nuit, assoiffé du sang des vierges, y effectue une descente – et tant pis pour celles qui traînent sur les parkings passé 22 heures. Quelles connes.
Vous en avez parlé pendant six plombes, avant de l’acquitter, le bon contribuable. Le vote était serré, je l’ai su plus tard. Mais vous l’avez acquitté quand même.
Le lendemain, vous l’avez pris en photo. Et vous lui avez demandé comment il se
sentait. Il vous a dit : « On m’a volé trois ans de ma vie », « Plus rien ne sera jamais comme avant », « Je vais tenter de me reconstruire » – eh, mec, ça te dérange pas de me gauler aussi mes mots ? Bref.
Cette interview, c’était dans les pages intérieures de La Provence. Je sais même pas pourquoi j’ai ouvert ce canard. La une aurait dû me suffire.
En photo, il souriait de toutes ses dents – moins une, il a un chicot – avec son avocat, bras dessus, bras dessous. Une belle équipe de winners… Ce jour-là – et ce jour-là seulement –, j’ai eu envie de me jeter sous un train. On était en gare d’Avignon. C’était le lendemain du verdict.
Trois ans après le viol.
Le jour où « ma vie avec » allait devoir commencer. Sans mon consentement. Mais avec le viol. Avec l’acquittement.
Sans intérêt (au singulier), mais avec des dommages (au pluriel). Avec ma colère. Ma tristesse. Mon sombre. Mon vide. Mon corps dont je ne sais plus bien quoi faire à ce moment là. Ma tête et ses trous, mon ventre et ses trouilles, pour un bon moment. Avec mes béquilles. Celles que j’ai à l’intérieur, et qui m’aident à marcher.
Au début, on a du mal. Chaque pas coûte. Mais il faut s’éloigner de ce parking, vite, le laisser loin derrière, vite, vite; surtout, gagner les lumières de la ville, surtout, voir des bouches qui sourient sans mordre, vite, voir des yeux qui ne brûlent pas, des mains qui ne frappent pas. Vite, vite, un être humain, ici, là, quelque part. Vite. Passer de l’eau sur sa figure, faire couler la lacrymo et le rimmel mélangés… Nettoyer. Avancer. Claudiquer, marcher, et puis courir. Jusqu’au jour où on court si vite avec nos béquilles qu’on les oublie. J’ai eu de la chance, j’ai pu les oublier.
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HarioutzHarioutz   03 mars 2020
Décrire.
Dis, maman, tu veux bien laisser la porte entrouverte ? Nan, mais au cas où…
Hey, pap’s, t’as déjà appelé Candyman à voix haute, juste pour voir s’il venait te déchiqueter dans ton sommeil ?
Et au fait, ça fait quoi, un viol ? C’est marrant, cette question… Comme un film d’horreur qu’on regarde entre ses doigts : on a très très envie de voir la fin – et de connaître la réponse. En même temps, wow ! Ça fait beaucoup-beaucoup trop peur… On éteint ? Non. On met ses doigts. Parce qu’on aime se faire peur. Surtout quand ça peut pas nous arriver en vrai parce que c’est que dans la télé.

Ça fait quoi, un viol ? La réponse, je vous souhaite, très sincèrement, de ne pas l’avoir dans le détail. Mais dans les grandes lignes, au fond, vous le savez.
Ça, personne n’a pu vous l’épargner vraiment. C’est comme un secret de famille : tout le monde sait qu’il est là, tout le monde vit avec, et partout, et tout le temps, et depuis toujours, et tout le monde ferme les yeux. Si je te vois pas, tu disparais.
Tout le monde a quatre ans et des terreurs d’enfant. Les monstres, ça n’existe pas, papa et maman sont là.
Le viol aussi, ça se peut pas, tu peux dormir tranquille, mon chat. C’est des histoires de grandes personnes, c’est pour rigoler, t’en fais pas.

En fait, le viol, tu vois, c’est juste « faire l’amour alors que tu n’en as pas très envie ». Ça, c’est une rédactrice en chef qui l’a dit, un jour, devant moi. J’avais vingt ans, ça venait de m’arriver. J’ai voulu me lever, mais j’ai pas bougé. J’étais en CDD. Mon premier CDD.
J’ai fermé ma gueule, pétrifiée.
Quand, des années après, un ami m’a demandé si j’avais pris du plaisir, j’ai voulu l’ouvrir. Mais les mots n’ont pas voulu sortir. Figés sur ma langue.
Comme chaque fois que j’ai entendu dire : « Le viol est un fantasme, chez beaucoup de femmes » – si vous remplacez « femmes » par « salopes », ça marche aussi.
Comme chaque fois que j’entends dire que bon, oh, ça va, c’est pas si pire vu qu’« on peut avoir un orgasme, pendant un viol » – veinardes, va ! Ça rassure. Ça aide à dormir. Ça met de l’Éros dans le Thanatos. Ça chasse le monstre de sous le lit. Et moi, je veux bien le numéro de votre dealer.

Ça fait quoi, un viol ? Je vais essayer. Parce que la Bête Immonde, on lui nique sa race quand on la regarde en face. Je vais essayer. Fouiller au fond de ma mémoire, gratter la plaie, regarder dedans. Demander à mon corps de se souvenir, quand ça fait vingt ans qu’il tente d’oublier. Qu’il y est presque arrivé. Presque.
Si j’oublie le ventre qui se noue, l’oreille qui se dresse comme un clebs, le cœur qui s’emballe quand j’entends des pas derrière moi, dans la rue – autant dire souvent.
Ça arrive malgré moi, je ne décide rien, c’est comme ça. Même le jour, si, si.
L’impensable est arrivé une fois. Ça peut arriver une deuxième fois. L’impossible a été possible. Il l’est. Maintenant, je le sais. Pas en théorie : en pratique, je le sais. Dans mon corps, je le sais. Et ça change tout.
Toute votre perception du monde, tout votre rapport au monde : la rue, le bruit, les hommes dans la rue qui font du bruit… Tout.
Longtemps, j’ai été incapable de me mettre de la musique dans les oreilles. Il fallait que je sache : tac, tac, tac… Bruits de pas… Tac, tac, tac… Un homme ou une femme ? Loin ou près ? Un pas chelou ou un pas non chelou ? Trop vite, c’est chelou. Ça traîne, c’est chelou aussi. Chercher une lumière, un bar, une boutique, des gens, de la vie, l’air de rien – coolitude extérieure totale. Changer de trottoir, ou stopper net. Faire semblant de fouiller dans son sac, le temps que le « tac, tac, tac » vous dépasse. Être furieuse d’en être encore là. Passer un coup de fil à un proche, entendre une voix amie. Être furieuse que ça vous soit arrivé. Ne pas glisser, rester dans ce monde-ci. Être furieuse pour ne pas être triste.
Avec le temps, vous savez faire : transformer la tristesse en rage, puis en colère, puis en action. Avec le temps, vous avancez quand même sur le trottoir. Un pas devant l’autre, calme-toi, calme-toi, calme-toi. Plus que cinq minutes, et tu es chez toi. Plus que trois… Avec les années, le corps se calme, l’esprit prend les manettes. On anticipe.
Choisir un restau près de chez soi, quand on est avec des gens qui « savent » et qui vous raccompagneront.
Sinon, préférer un endroit suffisamment loin pour qu’un taxi accepte de vous transporter au retour – ah non, le métro après 22 heures, non merci, je ne l’ai plus jamais pris. J’ai eu assez à faire contre moi-même : accepter qu’un livreur, qu’un plombier, qu’un dératiseur à moustaches (il avait des moustaches, elles ont râpé ma bouche, j’ai longtemps détesté les hommes à moustaches), que n’importe quel inconnu nécessaire vienne chez moi alors que j’y vivais seule ; apprendre à garer ma voiture dans le parking de l’immeuble, tous mes yeux sur tous les rétros en même temps ; supporter qu’on me drague dans un bar sans partir en vrille, sans peur, sans rage, sans siffler entre mes dents : « Dégagez-moi ça de là » ; refaire l’amour, en avoir envie, des peaux nues qui se frôlent, des mains qui caressent, aimer ça… J’aime ça. Furieusement, joyeusement, doucement – aujourd’hui.

Pendant vingt ans, j’ai mené les combats essentiels, ceux sans lesquels ma vie n’en aurait pas été une. Pour le reste, je me fous la paix. C’est pas suffisant. Il faut que tu ailles plus loin. Pas tes victoires d’aujourd’hui, mais tes batailles d’hier.
Aujourd’hui, quand tu entends une vanne toute naze sur le viol, tu sais dire : « Elle est naze, ta vanne. »
Hier tu encaissais le coup de poing dans le bide, tu serrais les dents, tu te forçais à sourire et tu te détestais. « Avec un cul pareil, elle mériterait de se faire violer » : mouaaahh haha – rires gras. « Elle est tellement moche que ça doit être une punition de la violer » – accolades, clins d’œil, bourrades…
Et ma main dans ta gueule. Si seulement j’en avais eu le courage. Mais hier, je me planquais. Aujourd’hui, je fonce dans le tas : « Toi, avec une connerie pareille, tu mériterais de te faire euthanasier », quand je suis bien inspirée. « Pauvre type », les jours de fatigue – « pauvre meuf », c’est plus rare, mais ça peut servir aussi.

Hier, je dormais la lumière allumée. Avant-hier, je rajoutais un Lexomil. Aujourd’hui, j’ai juste besoin de vérifier trois fois que la porte d’entrée est bien verrouillée – et cette phrase-là, c’est cadeau pour les psys…
Hier, il pouvait m’arriver, même avec de gentils garçons, de ne plus supporter qu’ils me touchent. Ça arrivait d’un coup. Ça aussi, malgré moi. Sans prévenir, jamais. Toujours ton corps qui prend le dessus. Il se souvient et t’empêche d’oublier. Quand il l’a décidé.
La fois d’avant, ça ne s’était pas produit. La fois d’après, ça ne se produirait pas.
Mais ces fois-là, ces soirs-là, ces nuits-là, je quittais ce monde-ci pour rebasculer dans ce monde-là.
Dans ce champ-là. Dans cette voiture-là. L’odeur commençait par attaquer mes narines, ça picotait. Et sur ma peau, rien à faire, ça n’était plus celle du garçon gentil que je sentais, mais la sienne, qui me débectait. Mon corps se raidissait, dans ma tête, je partais. Je voyais ses yeux, ses petits yeux de rat tout noirs de haine et sa foutue moustache. Tout. Je revivais tout à l’identique.
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manU17manU17   11 avril 2020
Heureusement pour mon inconscient, je suis tombée sur une psy légèrement plus subtile quelques mois plus tard. Avec elle, avec les miens, avec mes proches, et avec les années, j’ai pu me remettre à la verticale et coucher les flouteurs à l’horizontale. Aujourd’hui, mes « pourquoi ? » sont pour eux. Comme dans : « Mais pourquoi vous est-il si compliqué de recevoir la parole d’une victime ? Pourquoi votre cerveau se met-il à bugger à l’instant même où vous entendez le mot “viol” ? Êtes-vous donc si fragiles que quatre toutes petites lettres peuvent à elles seules vous ôter toute possibilité d’empathie ? Qu’est-ce qui vous passe par la tête pour qu’au plus basique des “comment tu te sens”, on préférera toujours un “comment tu t’es démerdée” ? Honnêtement, cette satanée question, la poseriez-vous à quelqu’un qui vient d’être cambriolé ? » Non. La réponse est non. Jamais on ne demanderait à la victime d’un cambriolage si, franchement, elle n’est pas un tout petit peu responsable de ce qui lui est arrivé. Si au fond, son cambriolage, elle ne l’a pas un tout petit peu cherché – voire désiré. Et si, d’ailleurs, il s’agit réellement d’un cambriolage, parce que peut-être qu’elle exagère un tout petit peu, après tout… Non. Bien sûr que non. On ne lui dirait pas, on n’y penserait même pas. On la plaindrait et on réprouverait le cambrioleur. L’intrusion dans une propriété privée, c’est clair pour tout le monde : ça ne se fait pas. Mais le corps des femmes n’est pas une propriété privée. Dans les faits, dans le fond, il ne leur appartient toujours pas.
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mathilda99mathilda99   01 avril 2020
La vérité, bien plus terrible, est celle-ci : nous avons, j'ai été réduite, même l'espace de deux heures, à l'état d'objet. Niée comme individu pensant, désirant... Et ne désirant pas. J'ai dis "non" et je n'ai pas été entendue. Pas écoutée. Piétinée. Tous les enfants du monde se construisent en disant "non". Vingt fois, cent fois par jour. A faire péter un plomb aux adultes qui s'occupent d'eux, à part le psy qui leur rappelle que c'est très bon signe. Qu'un enfant qui dit "non" est un enfant qui s'affirme comme sujet. Que ce "non" est la particule la plus élémentaire de son identité. La mienne, la nôtre a été bafouée. Mon identité, notre identité de sujet n'est pas inaliénable. Vous, moi, vos soeurs, vos mères, vos amoureuses, vos enfants, personne n'est intrinsèquement inviolable. Et c'est bien ça qui fout les jetons. Qui brouille la vue, bouche les oreilles, obture le cerveau. Même quand on est en première ligne. Surtout quand on est en première ligne. J'ai été violée. Et j'ai été victime. Aujourd'hui, je l'ai admis. Entre-temps, j'ai changé de vocabulaire. Je ne dis plus "je me suis fait violer" mais "j'ai été violée". Parce que je n'y suis pour rien. J'ai mis du temps, mais aujourd'hui, je le sais.
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Krissie78Krissie78   15 août 2020
Ce qui se joue depuis deux ans c'est une guerre sourde, une guerre d'usure, dont la violence commence juste à affleurer. Elle est sanglante, en réalité, tant elle touche aux fondamentaux les plus archaïques de notre société, suivant le schéma assez classique, finalement, d'un groupe qui s'accroche avec l'énergie du désespoir à ses privilèges, face à une masse qui lui demande des comptes. Sauf que [.] Ce n'est pas une guerre des sexes. [.] Sur cette ligne de frond.. vous trouverez ceux qui veulent que le monde bouge, et les autres.
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Vidéo de Giulia Foïs
Avec : Nathalie Masduraud & Valérie Urrea, Réalisatrices | Christiane Taubira, Femme politique | Monica Sabolo, Autrice | Chloé Delaume, Autrice | Souheila Yacoub, Actrice Modération : Giulia Foïs
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