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ISBN : 9791093209029
Éditeur : Éditions La Maison Brûlée (28/11/2016)

Note moyenne : 4.83/5 (sur 6 notes)
Résumé :
Zoartoïste
Théâtre * poésie
Un rite des morts et des renaissances.
Le flot des vies jaillit du corps morcelé, ensorcelé de Zoartoïste dans les éclats des miroirs.

« Zoartoïste... prononce une voix de noyé dans un rêve, c'est le nom d'une divinité animale du monde archaïque ou d'un démiurge industrieux dans la dent creuse d'une caverne tellurique.
Les esprits s'agitent et vitupèrent autour des dormeurs dans le vacarme de la... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (5) Ajouter une critique
editions
12 septembre 2017
Zoartoïste et autres textes, Catherine Gil Alcala (2)
Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) dans La cause Littéraire
Du Théâtre Poésie de Catherine Gil Alcala en général et de Zoartoïste en particulier
D'emblée, l'attrait de l'onomastique (la liste des personnages) commet chez le lecteur son travail d'Imagination, lorsqu'il plonge dans le monde de la poétesse-dramaturge Catherine Gil Alcala. C'est écrire qu'un univers à part entière, singulier, s'ouvre d'entrée dans ce qu'il faut bien appeler des Créations, dans un Théâtre Poésie qui tord et hallucine la Langue pour inventer son propre langage, entremêlant les éléments disparates d'une écriture archaïque et contemporaine.
Aussitôt, un Infini turbulent (Henri Michaux) s'avance au centre du théâtre où les personnages-acteurs investissent et traversent une mise en scène hors cadre par à-coups de marteau scandés pour faire résonner le corps dans un abîme de sons, à la recherche du perpétuel variable d'une incarnation intégralement à reconquérir, « (…) une incarnation qui, perpétuellement désirée par le corps, n'est pas de chair mais d'une matière qui ne soit pas vue par l'esprit ni perçue par la conscience et soit un être entier de peinture, de théâtre et d'harmonie » (Antonin Artaud).
La poétesse-dramaturge ressème à nos pieds les brandons des Vociférateurs-de-feu dont le claquement de brasier par nos combats d'Incandescents-en-Lecture tentent de faire revivre les hallucinations jusqu'au rouge de la Lettre et jusqu'à l'os, jusqu'à vouloir toucher l'accord consonnant à celui de « l'Accordeur aveugle » (Artaud), discordant à celui du « Baron Kriminel au centre de la Terre » battant un jeu de cartes d'un geste automatique… (Gil Alcala). Cependant que « des hommes sidérés déambulent dans les rues interminables d'une ruche »…
Cosmogonie individuelle, l'inspiration de Catherine Gil Alcala est de ces aérolithes mentaux où notre réalité se retrouve métamorphosée, transfigurée, au point phosphoreux de son Théâtre Poésie animé par le souffle protéiforme d'une pensée magique.
La valeur de réalité et d'évidence du Théâtre Poésie de Gil Alcala provient a contrario de l'aspect de gravité et de grotesque enrobant l'absurdité du réel et le caractère d'inquiétude de son action. La thématique de l'auteure (la folie, les rêves, le langage de l'inconscient, l'angoisse, etc.) s'expérimente sous la forme d'une pensée magique (« la magie de vivre » chez Artaud), initiatique et éclatée – reflets labyrinthiques dans des miroirs qui s'emboîtent, monologue à plusieurs voix « choeur polyphonique des voix intérieures », langage onomatopéique et glossolalies, etc. Les ficelles ne s'y tirent pas comme le Divertissement peut facilement nous tirer les larmes de son Spectacle spontanément mélodramatique. Ce sont elles qui nous tirent – vers le vertige foisonnant d'une imagination débordante, vers « les profondeurs chamaniques » de dissociations créatives –, défaites de l'attirail encombrant qui fait le Spectaculaire, faisant vibrer les cordes de la parole, des images et des abstractions sur la scène de nos états désaxés, en des personnages incarnés et habités (figures visibles et représentatives d'un langage invisible ou énigmatique) agissant le théâtre comme une véritable opération de magie.
L'émotion psychologique est créée par l'explosion ou l'implosion (cf. in James Joyce fuit… Lorsqu'un homme sait tout à coup quelque chose) d'un ou des personnages dont les voix mettent en scène la fatalité de la vie (effet de grotesque mêlé de tragique) et le syncrétisme d'un univers où les mystérieuses rencontres des rêves agrandissent l'espace-temps et le pétrissent de phosphorescences où la réalité ne s'encombre plus d'images polluées de désillusions. Projetés, nous le sommes, dans le « temps noir de certaines tragédies antiques que tout vrai théâtre doit retrouver », selon Artaud, ainsi que dans l'absurde imparable de toute étincelle de vie vrillée au sortilège (« le sortilège d'une étincelle de vie tourne comme une toupie » dit le Génie Infantile. « Je trace des chemins dans les broussailles du chaos… », vocifère Zoartoïste).
*
Zoartoïste … le mot résonne comme
– « Zo » de « Zoologie » ou l'animal en anima sur le théâtre du monde ?
« Zoartoïste (…) c'est le nom d'une divinité animale du monde archaïque… ou (…) » dit l'Essaim d'une Voix dissolue.
– « art »
« arto » comme l'autiste et le Mômo en corps morcelé et mots fendillés / sillonnés, ensorcelant la coque-matière lourde de la barque des « avachis » (Artaud), accroché à sa singulière traversée des miroirs. « Carné d'incarné de volonté osseuse sur cartilages de volonté rentrée » (Artaud), voulant placer la vie sur scène, Arto l'autiste force l'ordre du monde et sa position / sa posture avance, tel le surgissement fracassant d'un Théâtre refusant d'être contaminé par une déperdition de matière se dresse seul pour vider collectivement les abcès de la vie, dégager des forces, dénouer des conflits, car : « Même détruit, même annihilé et pulvérisé organiquement, et brûlé dans les moelles, il sait qu'on ne meurt pas dans les rêves, que la volonté y joue jusqu'à l'absurde, jusqu'à la négation du possible, jusqu'à une sorte de transmutation du mensonge dont on refait de la vérité » (Antonin Artaud, le Théâtre et la Peste in le Théâtre et son Double, 1935).
« arto » de Zoartoïste comme « l'onde radiophonique qui traverse l'univers » ? « Arto l'autiste rase les murs dans un abîme de sons, / les prières des moines taoïstes se dispersent / en ondes radio sur l'ionosphère » dit l'Onde radiophonique qui traverse l'univers.
Comme l'agitation d'un oriflamme calciné vitupéra autour des dormeurs « avachis », Pour en finir avec le jugement de Dieu ?
N.B. : les propulsions anachroniques importent moins, ici, que les renversements du temps qu'elles opèrent sur la scène du monde-théâtre-monde. Ainsi le personnage de Homère marmonnant en remontrait déjà, concernant le monde, à des auteurs de plusieurs siècles ses aînés, dans James Joyce fuit… Lorsqu'un homme sait tout à coup quelque chose, lesquels, par la voix de Henri Michaux, répondaient par l'esquive délicieusement humoristique d'une boutade : « Homère marmonnant : mais vous ne connaissez pas le monde monsieur… monsieur comment déjà ? Henri Michaux : Henri Michaux pour vous servir, monsieur, Lui, James Joyce, Antonin Artaud, Arthur Rimbaud… Je ne connais effectivement pas la société humaine, je viens juste de m'évader ».
– « artoïste » de « artiste », « toïste », « Arto l'autiste » de Zoartoïste.
Didier Ayres dans son À propos de Zoartoïste et autres textes de Catherine Gil Alcala, publié sur le site de la Cause Littéraire le 28.11.2016, ajoute : « (…) Zoartoïste, c'est-à-dire un enchâssement de noms et d'épithètes tels que Zoroastre, taoïste, artiste, le Tao, l'art, Zarathoustra ».
Nous entrons et suivons la danse de ce Zoartoïste par le fil scintillant d'un labyrinthe viscéral, où l'onde incantatoire radiophonique qui traverse l'univers fait se secouer la transe dont « les fils de l'orage révèlent le secret indicible des existences ».
« seti-lisible » (Artaud) ? – La fusion contradictoire de la question et de la réponse (« c'est illisible ! ») nous redonne la langue (tombée), le sens (effondré) dans un théâtre idéal où réapprendre à lire (la réalité) est viscéralement une entreprise de création organique, sans craindre la décomposition des mots ni leur force de révélation.
« Comme l'artiste construit l'oeuvre de son désastre, l'initiation, entre création et néantisation, est une traversée de la mer incendiée », dit Zoartoïste. Entrons, embarqués sur cette mer incendiée par le poudroiement de ses vociférations, dans la chevelure des astres…
Lien : http://www.lacauselitteraire..
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koridor28
24 juin 2017
Conversation avec Catherine Gil Alcala autour de Zoartoïste
Écrit par Elisa Palmer dans le magazine Luxsure
Idylle de traîtres dans les cités de sables mouvants,
Dissipation de la saveur amère des mots,
Boule abyssale des sensations,
Descente d’entrailles délacées…
Berceuse insidieuse au parcours dissonant…

C’est le brouillon d’un rêve. Cela se fait passer pour fouillis, mais – en fait – pas tant que ça. Des textes de théâtre et de poésie très inspirants, et insensés, autour d’une allégorie de la mort et de la renaissance. Un rite, un rythme. Il y pétille une douce folie, « tapage des miracles, tourbillon des rêves, des sons, des sens ». Catherine Gil Alcala, auteur, metteur en scène, performeuse, définit son ouvrage de livre d’oracles. L’expression d’une autorité des mots et des idées. On y pénètre comme on le souhaite, c’est à la liberté qu’il s’adresse. L’écriture est organique et sensuelle, brute, et rappelle le désir ardent dans l’acte d’écrire. Vous n’y comprendrez pas un mot, vous serez happé par du plus grand, du plus fort, ou simplement quelque chose de nouveau qui se présente. Objet de curiosité qui mérite un intérêt réel.
Elisa Palmer. Pouvez-vous m’expliquer ce titre quelque peu original « Zoartoïste » ?
Catherine Gil Alcala. C’est un mot que j’ai entendu dans un rêve. Ça ressemble à un mot valise contenant plusieurs mots et une condensation de différents sens : Zoo, Zoar, Zoroastre, Artaud, Taoïste, Artiste, Autiste, Théïste… d’où l’interprétation et la réappropriation de mon propre rêve dans le livre : « Zoartoïste… prononce une voix de noyé dans un rêve… c’est le nom d’une divinité animale du monde archaïque… ou d’un démiurge industrieux dans la dent creuse d’une caverne tellurique… » (p 15), « … Arto l’autiste rase les murs dans un abîme de sons, les prières des moines taoïstes se dispersent en ondes radio sur l’ionosphère… » (p 17).
Elisa Palmer. Comment ce recueil a-t-il été assemblé ? Pouvez-vous m’expliquer les liens ou l’absence de liens entre les 2 parties ?
Catherine Gil Alcala. Zoartoïste est une pièce de théâtre et Les Contes Défaits en Forme de Liste de Courses est un recueil de poèmes. Il n’y a pas de lien fondamental entre ses deux parties, si ce n’est que Zoartoïste peut aussi bien être perçu et lu comme de la poésie et qu’il y a eu plusieurs performances musicalo-poétiques tirées des poèmes de Contes Défaits en Forme de Liste de Courses. Je ne fais pas de réelle différence entre la poésie et le théâtre parce que je fais un travail sur le langage, sur la matérialité du langage faite de son, de sens et d’image. Dans l’antiquité, les auteurs de théâtre étaient les poètes, ce sont des langues musicales faites pour être à la fois parlées, scandées, chantées, écoutées, lues. À l’issue des spectacles et performances, les spectateurs expriment souvent le désir de lire le texte, de le redécouvrir plus en détail par la lecture.
Elisa Palmer. Comment ce recueil doit-il se lire et s’appréhender ? Y-a-t-il un ordre de lecture ?
Catherine Gil Alcala. Je me suis beaucoup posé la question de l’ordre, finalement je l’ai mis dans l’ordre d’élaboration de l’écriture qui m’est apparu comme le plus cohérent, mais chacun peut choisir son ordre de lecture puisque Zoartoïste est constitué de plusieurs éclats d’un miroir brisé… et les Contes Défaits en Forme de Liste de Courses contient une multitude de poèmes qui ont chacun leur propre vie et autonomie. Je pense que chaque lecteur s’approprie le ou les poèmes qui trouvent un écho en lui. Un livre de poésie, comme un livre d’oracles, peut s’ouvrir au hasard dans n’importe quel ordre… J’ai souvent été traversée par cette idée ou impression du poème oraculaire ou de l’oracle poème, car ils contiennent tous les deux une dimension énigmatique et une multiplicité de sens et d’interprétations.
Elisa Palmer. Le lexique choisi, tout à la fois dans Zoartoïste comme dans les Contes Défaits en Formes de Liste de Courses, est très corporel, charnel, viscéral, possédé, éruptif… Pouvez-vous me l’expliquer ?
Catherine Gil Alcala. Au départ cela n’a pas dû être un choix véritablement conscient de ma part, mais effectivement j’ai depuis longtemps ressenti l’écriture comme organique et vivante, je ressens souvent que l’écriture m’échappe, qu’elle peut me dépasser et écrire toute seule. J’écris du théâtre et de la poésie qui, comme je l’ai déjà dit, sont intimement liés, et pour moi cela prend tout son sens car les transes de possessions Dionysiaques sont à l’origine même du théâtre. Avant d’écrire, j’ai fait du théâtre et j’ai vécu ma première expérience du théâtre comme une transe ou une possession, c’est-à-dire que je suis devenue quelqu’un d’autre en un instant sans l’avoir prémédité et sans comprendre ce qui m’arrivait. Je pense qu’en apprenant par cœur les écritures, en les intériorisant, je les ai vécues à travers le corps, j’ai retracé le processus vivant des écritures. J’ai été possédé par les esprits des morts au théâtre, Shakespeare, Eschyle, Antonin Artaud… Ce sont eux qui m’ont appris à écrire et il y a beaucoup d’émotion de chair et de sang dans ce théâtre, de même qu’il y a véritablement du désir dans l’acte d’écrire et de créer en général. Et pour faire une citation, Jacques Lacan dit que l’imaginaire c’est l’image du corps.
Elisa Palmer. Comment avez-vous écrit ces deux textes ?
Catherine Gil Alcala. En l’an 2000 j’ai fait une création de théâtre d’images qui s’appelait Zoartoïste, c’était sur une trame onirique, sur le thème de la mort et de la renaissance, sur les transformations, il n’y avait presque pas de texte. J’ai eu envie de réécrire ce spectacle et d’en faire un théâtre de texte notamment à cause de ce titre énigmatique que j’avais entendu dans un rêve et qui persistait dans ma mémoire. J’ai donc repris le thème et la trame du spectacle comme squelette de l’écriture pour donner lieu à une nouvelle création, et c’est devenu tout autre chose. Contes Défaits en Formes de Liste de Courses est un tourbillon d’aphorismes et de poèmes que j’ai écrits à partir des assonances pour faire apparaître les mots dans les mots, révéler les sens dans les sons. J’ai envie de découvrir quelque chose, des sens cachés à travers l’acte d’écrire, comme je l’ai déjà dit plus haut cela n’est pas si éloigné d’un livre d’oracles.
Elisa Palmer. Pourquoi parlez-vous de « liste de courses » dans le second texte ?
Catherine Gil Alcala. Bonne question, c’est une référence à l’art des fous qui ont la manie des listes. J’ai mis les poèmes en forme de liste alors que souvent dans les mises en pages traditionnelles de poésie c’est un poème par page. J’ai toujours été passionnée par la folie, par l’art des fous, par les artistes fous… à quatre ans déjà, j’aspirais à la folie, à m’échapper de la réalité. D’ailleurs Dionysos est le dieu de l’ivresse, de l’extase, du théâtre et de la folie.
Un grand merci à Catherine Gil Alcala pour son temps et sa patience.
Lien : https://www.luxsure.fr/2017/..
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ptisseran
20 septembre 2017
ZOARTOÏSTE de Catherine Gil Alcala L'enfance de l'art par Odile d'Harnois dans Lectures au Coeur‏
Il arrive quelquefois que le titre d'une oeuvre porte en lui toute l'originalité d'une démarche artistique. C'est le cas du texte de Catherine Gil Alcala, Zoartoïste, paru en 2016 aux éditions de la Maison brûlée. Comme une énigme littéraire, le néologisme qui débute par un « Z » – les mots français qui présentent une initiale en « z » sont très rares – apparaît d'emblée au lecteur comme un assemblage aléatoire de syllabes éclatées qui auraient été opportunément prélevées dans d'autres mots. Cette esthétique que j'appellerai de « bouts de ficelle » – bricoleuse et ludique – sert de garde-fou à une écriture poétique échevelée qui se justifie par son rapport étroit à l'enfance. Entre théâtre et poésie, Zoartoïste trouve en effet son centre de gravité autour du jeu.
Jeu scénique tout d'abord avec une oeuvre qui s'organise en 15 miroirs. La raison d'être du théâtre n'est plus ici de donner à voir (scènes), mais de refléter (miroirs), comme pris sur le vif dans le public, tout un pan universel de l'être : l'expérience commune non seulement de la vie et de la mort, mais aussi, en particulier, de l'enfance, ce temps de « l'initiation » ressenti par le personnage éponyme de la pièce, Zoartoïste, comme un passage à haut risque, « une traversée de la mer incendiée ».
Jeux de langue ensuite avec un style hallucinatoire, où l'image et le son coexistent dans un « flux de visions et de projections », haletant, intense, destiné aux performances, aux prouesses oratoires des comédiens. Énumérations, listes interminables, exclamations, onomatopées se mettent au service d'une exploration incantatoire de cette « hémorragie de l'imaginaire » qui, autour du verbe créateur, construit chaque petit d'homme : les rêves, les terreurs nocturnes, les cauchemars, les « images empoisonnées », les « mirages » et les « cris à l'unisson des hallucinations ».
Jeu tragique enfin avec un texte nourri de mythologie grecque. Dans le sillage des grands auteurs tragiques – Eschyle, Sophocle, Euripide – , Zoartoïste cherche par le biais de l'émotion cathartique à désamorcer toutes les folies qui menacent. Car « la mort n'est rien qu'un jeu d'enfant » et partout « le monde mythologique jaillit dans la plaie ouverte du traumatisme ».
Mais dans chaque artiste sommeille un enfant et le jeu créatif, le jeu de rôles, le théâtre, l'art s'inventent aussi au fil de ces premiers éclats du logos et au gré des premiers émois imaginatifs de l'être. Si l'on se souvient qu'en grec ancien, « zoe » signifie la vie, le néologisme « Zoartoïste » esquisse alors un art de vivre, où l'art occupe une place centrale, s'élève même au rang de religion, à en croire la terminaison du mot qui évoque le taoïsme. Oeuvre électrique, traversée d'une puissante vitalité, Zoartoïste s'offre ainsi à lire comme une défense brûlante de l'art qui construit l'être et qui sauve.
O.d'Harnois
Lien : https://lecturesaucoeur.fr/z..
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lamaisonbrulee
11 avril 2017
A propos de Zoartoïste et autres textes, Catherine Gil Alcala, par Didier Ayres
Ecrit par Didier Ayres le 28.11.16 dans La Cause Littéraire
Au risque de répéter ce qui a été dit déjà au sujet de la forme très originale et particulière du théâtre de Catherine Gil Alcala, il faut se faire à l'idée qu'il y a là un style d'auteur, et un vrai monde. Ce monde est fait de la concaténation de différents éléments, qui prennent source dès la liste des personnages (un peu à la manière de Novarina) et d'ailleurs avec le tout premier d'entre eux : Zoartoïste, c'est-à-dire un enchâssement de noms et d'épithètes tels que Zoroastre, toïste, artiste, le Tao, l'art, Zarathoustra. Et c'est bien ce qui surgit à la lecture, ce mélange, cette saturation, le caractère protéiforme d'un univers théâtral à part entière. Là encore, pour cette pièce qui s'organise en 15 scènes (15 miroirs), l'on est tout devant une sorte d'autoportrait de la dramaturge, une sorte de monologue à plusieurs voix qui nous sature d'informations et d'images, qui explose en quelque sorte dans un style foisonnant et divers.
Et puisqu'il s'agit d'images, il est aussi possible de voir dans ce texte une référence à des plasticiens, notamment ceux des avant-gardes historiques de la peinture. Mais il y a aussi à la fois l'accumulation de signes de Vroubel et de Soutine, une respiration hallucinatoire à la Léon Frédéric (notamment avec ses ruisseaux faits d'amalgames d'enfants nus qui forment comme une écume de chair sur le tableau). Ici, l'on se trouve confronté à des glossolalies, à la naissance parfois d'un langage onomatopéique, une recherche verbale archaïque au prix d'une vision chaotique de l'univers. Et de là, le sentiment d'opulence, de trop plein de la pièce – qui poursuit évidemment ce but.
"les glossolalies sont les voix des sons…
les mille morceaux des percussions des voix de la foule…"
Sommes-nous en présence d'une pensée dissociée ? Est-il possible de voir sur scène ces êtres de papier anthropomorphes et éruptifs ? Quel est le secret de ce personnage principal qui ne vient à nous qu'une seule fois ?
"Baron Kriminel au centre de la Terre.
Il porte un chapeau haut-de-forme,
assis à une petite table,
il bat un jeu de cartes d'un geste automatique,
ses yeux de granite contemplent la mort."
Oui, nous sommes bien dans un théâtre de chair, dans une création organique dont la langue est le mouvement de macération, qui se trouve en phase avec des forces dionysiaques, ivres, Ménades qui courent et se défont, dans une sorte de tragédie eschylienne. Car il y a du tragique dans ce théâtre – même si parfois l'on voit du grotesque, mais cela ne fait que mieux ressortir l'aspect violent de l'écriture – où l'on pourrait facilement reconnaître les textes les plus archaïques de notre répertoire, ceux des Grecs notamment. Et il ne faut pas douter de lire ici le travail du choeur antique et de son Coryphée.
Le bec d'un séraphin détache les grappes de groseilles de tes chairs, une main inhumaine pénètre dans le labyrinthe de tes entrailles, déracine ton coeur.
Cette pièce est inénarrable, elle se tient dans sa propre détermination, associant la haute culture et le vulgaire, la folie et le raffinement intellectuel, la puissance d'un univers singulier et l'inquiétante présence du réel. C'est un théâtre de la vinification, de la bonification, de la fermentation et du cuvage brutal de la chair, un bouillonnement de nature complexe.
"Zoartoïste brandit un carton de verres fragiles
et jette l'image de son corps en mille éclats
dans le vide sidéral.
Le possédé danse sur les braises ardentes,
l'incendie brille sur la glace millénaire des pôles.
Le fakir plonge les mains dans les débris de verre,
il fait chanter le verre sur les dalles d'un temple.
Le jongleur fait rouler les constellations étoilées
avec des mains en sang."
Il resterait beaucoup de choses à ajouter au sujet de cette pièce qu'il est difficile d'épuiser d'un seul tenant ; ce qu'il faut cependant retenir, c'est la force vitale, le vitalisme de ces propos, la vie donc dans son aspect sanglant et ouvert, une sorte de langage inarticulé, au milieu de figures à la Bosch, atmosphère polymorphe et saturée.
Didier Ayres
Lien : http://www.lacauselitteraire..
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larubriquedolivia
27 août 2017
Zoartoïste :
Zoartoïste est une pièce de théâtre en 15 Miroirs (scènes). le personnage principal est bien sûr Zoartoïste et il est accompagné de personnages aussi inattendus qu'insolites, en voici quelques-uns : une voix de noyé dans un rêve ; l'essaim d'une voix dissolue ; la mort ; les mantras du vent ; la femme déracinée ; la tête coupée ; émission de création radiophonique...
Ainsi, le mot "Scène" est changé en "Miroir". Cette pièce est un monologue à plusieurs voix entouré du monde des esprits, des dieux, des créatures mythologiques, des anges, de la mort... 

Autres textes : Contes Défaits en Forme de Liste de Courses :
Dans ces textes poétiques, l'essence des amoureux coule à flot dans l'être aimé et l'érotisme est transcrit sous toutes ses formes d'un vocabulaire enveloppé d'un somptueux manteau érotique multicolore. 
De plus, les titres sont très originaux voir énigmatiques : La Frousse de l'Amour Fou et la Mort ; Rit un Nadir ; Obscuration Ancienne... J'ai d'ailleurs très apprécié Jeu T'aime (Comptine pour ton alouette accompagnée de boîte à musique), notre alouette est déplumée par les doigts de fée de l'auteure dans un poème dénudé et dénudant ! 
L'auteure, Catherine Gil Alcala, joue avec les mots avec délicatesse et parfois avec rudesse. Ces textes ont pour thèmes principaux, l'amour, les partages d'affection de toutes sortes et l'érotisme.  Et c'est aussi comme s'ils étaient écrits sur fond musical.  Je me suis de nouveau régalée avec les textes et le style de l'auteure et je ne peux que vous recommander de les découvrir ! 
Lien : http://larubriquedolivia.ove..
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Citations & extraits (5) Ajouter une citation
lamaisonbruleelamaisonbrulee11 avril 2017
Jaillissement des hallucinations entre les dents, je fume l'herbe catherinaire.
Je m'avance au centre du théâtre pour faire le récit de ma colère.
Un fil scintille dans un labyrinthe viscéral, des hommes sidérés déambulent dans les rues interminables d'une ruche.
La main d'or d'un non-mort brandit la carte zéro du psychopompe... je chevauche un zébu en décomposition dans les profondeurs de la mer...
Le crachat du lama signe ma naissance...
Je marche sur la tête vers un point scintillant, sur un double chemin qui mène vers la vie et vers la mort au même instant.
...
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larubriquedolivialarubriquedolivia27 août 2017
Âme soeur et double haïe de Satan, la décédée tressaille exacerbée par son discours séditieux et pénètre dans l'antre dentelée pour y célébrer ses noces avec l'ange. Déployant son aile de poix noire, il l'ensevelit dans un rire !
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larubriquedolivialarubriquedolivia27 août 2017
Je baigne dans mon sang, je peins les veinures de l'arbre de vie avec mon sang dans mon corps, je façonne ma terre excrémentée, j'écris le poème des destinées avec l'encre du sang dans l'éclat des miroirs.
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larubriquedolivialarubriquedolivia27 août 2017
Enfant Lutine 
Le fantôme s'enracine dans la femme...
Les amants se transforment en arbres, leurs racines entremêlées dans la terre.
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larubriquedolivialarubriquedolivia23 août 2017
Mon père et ma mère me volent le premier sanglot de vie qui est la manifestation de l'âme du mort à la naissance !
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Video de Catherine Gil Alcala (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Catherine Gil Alcala
Extraits du spectacle "Lorsqu’un homme sait tout à coup quelque chose qu’il ne devrait pas savoir. James Joyce fuit.". Représentation au 59 Rivoli (Nuits Blanches 2012). Texte et mise en scène : Catherine Gil Alcala, Chorégraphie et danse : Linda Finkenflügel, Musique improvisée : Charles Sautereau, Interprétation : René Haddad , Laura De Giovanni , Grégoire Pellequer , Catherine Gil Alcala .
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