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Diane de Margerie (Traducteur)
EAN : 9782752903372
112 pages
Éditeur : Phébus (20/03/2008)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 73 notes)
Résumé :
Titre original : The Yellow Wallpaper (1890)

Nouvelle édition de ce classique de la littérature américaine. Une jeune femme qui ne supporte pas sa condition d'épouse se limite à ces trois seuls centres d'intérêt "autorisés", la Maison, les Enfants, les Mondanités familiales, tombe en dépression grave et accepte de se faire soigner selon une méthode nouvelle : une "cure de repos" d'un genre radical, qui s'apparente en fait à une séquestration pure et s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
afleurdemots
  05 avril 2014
Ecrit en 1890, ce court récit, en grande partie autobiographique, condense de nombreuses thématiques représentatives de la société et des moeurs de l'époque victorienne.
Rédigé sous la forme d'un journal intime, « La séquestrée » met en scène une jeune femme qui, souffrant d'une dépression post-partum se voit imposer une cure de repos par son médecin de mari. L'héroïne se retrouve ainsi confinée dans une chambre exiguë, privée de toute stimulation intellectuelle, n'ayant d'autre « distraction » que d'observer à longueur de journée le papier peint hideux qui orne la pièce.
Commence alors pour la narratrice une longue descente aux Enfers qui va peu à peu l'entraîner aux portes de la folie. Car à mesure que les jours passent, le papier peint semble s'animer et bientôt, l'héroïne croit distinguer les traits d'une jeune femme tentant de s'échapper du motif la retenant prisonnière…
Si à la première lecture, « La séquestrée » semble se situer à la lisière entre roman gothique et récit fantastique, explorant le basculement d'une femme dans la folie, la brillante et pertinente postface de Diane de Margerie permet d'offrir au lecteur un éclairage nouveau au texte.
Replaçant l'oeuvre dans son contexte et reprenant des éléments biographiques de l'auteure, Diane de Margerie nous démontre comment « La séquestrée », au-delà d'une étude psychologique de ce qu'on nomme aujourd'hui la dépression post-partum, est en réalité une véritable condamnation de la société patriarcale et de l'hégémonie médicale de l'époque victorienne.
Car à travers le portrait saisissant de cette femme cloitrée dans cette chambre sordide et soumise à l'autorité de son mari, c'est finalement celui de toute une condition féminine, emprisonnée dans une société verrouillée que dépeint l'auteure.
Jusqu'à la moitié du XIXième siècle, on considère en effet que la place de la femme réside dans la sphère privée du domicile familial où elle se doit d'assumer son rôle d'épouse et de mère de famille. de leurs côtés, les hommes régissent le domaine public à travers le travail, la politique et l'économie. Ce n'est qu'au milieu du XIXième siècle que les moeurs commencent à évoluer à mesure qu'émergent les premières pensées féministes. Les femmes aspirent à étendre leur rôle au-delà de la sphère familiale et à s'émanciper.
C'est dans l'émergence de ce nouveau courant féministe que s'inscrit Charlotte Perkins dont la présente nouvelle fait en grande partie écho à sa vie, tout comme à celles de ses contemporaines, Edith Wharton ou Alice James. La société patriarcale de l'époque imposait aux femmes de choisir entre le mariage et la carrière, autrement dit entre le mariage et le célibat, la dépendance et l'indépendance. le mariage devait permettre aux femmes de correspondre aux modèles définis pour elle par la société de l'époque, à savoir la mère de famille modèle et l'épouse dévouée. Dans l'opinion populaire, toutes celles qui témoignaient d'un désir d'émancipation étaient considérées comme une menace pour l'ordre social établi.
Ces femmes, à l'esprit rebelle, qui refusaient d'incarner le rôle que la société attendait d'elles, ne pouvant se satisfaire de la place qu'occupaient leurs pairs enfermées dans le mariage et contraintes à l'autorité de leurs époux, étaient plus libres que les autres, indépendantes financièrement, mais souvent au prix d'une grande solitude.
C'est ainsi qu'à la fin du XIXième siècle, celles qui aspirent à s'affirmer en tant qu'écrivain se heurtent à cette société fermée et hostile aux femmes. L'écriture étant alors le privilège des hommes. On peut dès lors imaginer que « La séquestrée », à travers la mise en scène d'une femme forcée de rédiger son journal en cachette, décrit en ce sens la lutte acharnée que l'auteure a dû mener pour écrire et publier ainsi que les obstacles qu'elle a dû surmonter pour y parvenir.
Mais les desseins nourris par Charlotte Perkins lors de la rédaction de « La séquestrée » visaient avant tout le Docteur S. W. Mitchell à qui elle voulait démontrer, par son exemple, qu'il était dans l'erreur avec son approche thérapeutique de la dépression nerveuse et que ses traitements faisaient davantage de tort à ses patients qu'ils ne les soulageaient.
Charlotte a en effet elle-même souffert d'une forte dépression post-partum suite à la naissance de sa fille, Katharine. En accord avec son mari, elle décide de consulter le plus grand spécialiste des maladies nerveuses de l'époque, le docteur Mitchell, qui lui prescrit une cure de repos. La cure consistait en une véritable mise en quarantaine au cours de laquelle la jeune femme devait rester allongée une grande partie de la journée et, surtout, éviter toute occupation stimulante pour l'esprit. Après quelques mois de ce traitement drastique, à l'image de son héroïne, Charlotte Perkins se trouve aux portes de la folie.
Difficile de ne pas faire dès lors le parallèle avec l'héroïne de « La séquestrée », cette jeune femme qui, sur les recommandations de son mari médecin se retrouve cloitrée dans une chambre en vue de soigner sa dépression nerveuse. Dans son récit, Charlotte Perkins montre comment la narratrice, infantilisée par son mari, privée de tout loisir et de toute activité intellectuelle éprouve un sentiment d'enfermement oppressant aboutissant à une totale perte d'identité et à son basculement progressif dans la folie.
A mesure qu'avance le récit, le papier-peint devient un véritable miroir de la condition de l'héroïne, lui renvoyant l'image d'une femme prise au piège qui n'aspire qu'à s'échapper de ce qui la retient prisonnière. En se conformant aux attentes de la société, à travers le mariage et la maternité, la narratrice s'est ainsi retrouvée privée de liberté et d'identité, incarnant dès lors la condition de toutes ces femmes de l'époque qui se sont senties enfermées dans le mariage et dépossédées de leur identité.
Sous la forme d'un récit semi-autobiographique, Charlotte Perkins dénonce donc le confinement mental et physique de la femme dans la société de l'époque victorienne. Un texte aussi court que pertinent, foisonnant de symboles, qui ne peut laisser aucune femme indifférente.
A découvrir absolument !
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Titine75
  03 avril 2009
La condition féminine au XIXème est au coeur de ce court roman de Charlotte Perkins Gilman. Ce thème, très présent dans les romans de cette époque, est traité ici de manière tout à fait originale. le confinement sociétal des femmes est matérialisé par un véritable enfermement.
La narratrice et son mari passent l'été dans une grande demeure louée pour l'occasion. le couple vient d'avoir un enfant. On comprend assez vite qu'ils ne sont pas venus dans le domaine pour des vacances mais pour s'isoler du monde. La jeune femme souffre d'“une simple dépression passagère, un léger penchant à l'hystérie.” Son mari médecin décide qu'elle a besoin d'une cure de repos pour se rétablir. Au début du récit, le mari est présenté comme attentif, aimant et ne voulant que le bien être de son épouse. En réalité ce qu'il cherche c'est à faire rentrer sa femme dans le rang, qu'elle se consacre à ses devoirs : la maison, les enfants et les relations mondaines. Notre narratrice n'a que faire de ce type d'occupation, ne s'intéresse que peu à son enfant : “Il m'est impossible de m'en occuper moi-même, cela me rend trop nerveuse.” Elle aimerait écrire, elle pense que cette activité créatrice l'aiderait à sortir de la neurasthénie.
La cure de repos imposée par son mari est sévère quant aux activités intellectuelles. Tout l'entourage estime que c'est l'écriture qui a rendu malade la jeune femme. Il faut donc l'empêcher de se livrer à ce penchant. Pour ce faire chaque activité de la journée est prévue, contrôlée. La jeune femme ne peut voir personne, pas d'amis en dehors de la famille de son époux. Ils reçoivent d'ailleurs la soeur de ce dernier, décrite ainsi : “C'est une maîtresse de maison parfaite et convaincue; elle n'a pas d'autre ambition.” L'anti-thèse de sa belle-soeur!
Celle-ci se confine alors dans sa chambre dont le papier peint jaune et malodorant devient son unique obsession. “Rien que la couleur en est hideuse, douteuse, exaspérante, quant au dessin, il est une véritable torture. Vous croyez l'avoir maîtrisé, mais juste quand vous pensez en avoir fait le tour, voilà qu'il s'inverse et vous laisse ahuri. Il vous gifle, vous assomme, vous écrase - un vrai cauchemar.” La jeune femme est absorbée par le papier-peint jusqu'à la folie.
Charlotte Perkins Gilman écrit “La séquestrée” (en vo “The yellow walpaper”) en 1890 et c'est une oeuvre en grande partie autobiographique. La mère de l'auteur l'empêcha très tôt d'exprimer ses talents littéraires. Charlotte tomba en dépression dès le début de son mariage et dut rencontrer un médecin qui préconisait l'isolement total des patients. Ce même médecin fût consulté par Alice James (la soeur de Henry) et Edith Wharton, toutes deux également en dépression comme nous le montre la remarquable post-face de Diane de Margerie. Toutes ces femmes avaient des vélléités créatrices qu'il fallait réprimer, il fallait laisser aux hommes les joies de la littérature.
La séquestrée” condense toute cette thématique. La chambre exigüe au papier-peint mortifère est le symbole de la place occupéee par la femme dans la société victorienne. On exigeait d'elle qu'elle soit une potiche sans cervelle, respectable et respectée des autres membres de la communauté. La jeune narratrice voit apparaître une femme derrière le papier-peint qui se libère la nuit. Elle aimerait elle aussi passer derrière le papier-peint, se libérer des obligations qu'on lui impose.
La séquestrée” est une oeuvre intense, incandescente. le récit de la folie est saississant, j'ai senti le glissement lent vers la démence. C'est un roman tout à faut essentiel, que m'ont fait découvrir les excellentes éditions Phébus, aussi bien du point de vue littéraire, que du point de vue du témoignage sur la condition des femmes du XIXème.
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Zazette97
  13 mai 2012
Publié aux USA en 1890, "La Séquestrée" est une nouvelle de l'écrivaine américaine Charlotte Perkins Gilman, auteure d'une dizaine de romans et essais et de plus de 180 nouvelles.
En attendant la fin des travaux de leur future demeure, un médecin et son épouse emménagent dans une maison de location en retrait de la ville. John, le mari, décide de les installer dans une ancienne chambre d'enfants, la seule pourvue de fenêtres grillagées.
Il faut dire que l'épouse souffre d'une maladie des nerfs pour laquelle le diagnostic de son mari préconise le repos et le renoncement à tout ce qui pourrait faire empirer son état. La fréquentation des amis est ainsi perçue comme dangereuse et toute activité intellectuelle, à commencer par l'écriture, se veut sévèrement proscrite.
Cloitrée dans cette chambre qui lui refuse le sommeil, l'épouse développe une obsession autour du papier peint jaune cramoisi qui orne les murs. Bientôt s'en dégagent des formes étranges dont elle est bien décidée à percer le secret.
J'avais entendu parler de cette nouvelle chez George et si j'étais bien décidée à me la procurer, je me demandais comment je réussirais à acquérir cet ouvrage qui n'est plus édité.
C'était sans compter sur le hasard d'une visite dans l'une de mes cavernes d'Ali-Baba (comme j'aime les bouquinistes !).
Voici une nouvelle plutôt courte mais pas moins représentative de la condition des femmes en cette fin de 19ème siècle ouverte à la modernité tant qu'elle n'incluait pas l'émancipation féminine.
La brillante postface de Diane de Margerie, très justement intitulée "Ecrire ou ramper", nous instruit de ce qu'étaient les moeurs de l'époque et des possibilités restreintes qui se voyaient offertes aux femmes.
Impossible pour elles de concilier carrière et mariage. La première option, pourvu qu'elle soit financièrement réalisable, engendrait une telle pression sociale qu'il fallait bien finir par céder à la seconde, avec les terribles conséquences que cela engendrait.
Réduites à leurs rôles d'épouse et de mère, astreintes à l'accomplissement de leurs devoirs conjugaux, nombreuses furent ces femmes à se soustraire de leur condition pour se réfugier dans ce qui fut qualifié de "neurasthénie".
Se heurtant à l'incompréhension des hommes, culpabilisant de ne pouvoir se satisfaire de ce que ceux-ci attendaient d'elles, elles se soumettaient toutefois à leur jugement, optant pour une passivité traduite en un repos forcé et espérant ainsi retrouver leur équilibre.
La paranoïa qu'engendre la vision de ce papier peint chez cette femme, séquestrée au sens matériel et psychique, trahit en réalité une révolte silencieuse présentée comme un combat intérieur au nom de toutes ces autres femmes qui comme elles rampent à même le sol, renoncent à l'imagination créatrice, subissent le manque de liberté inhérent à leur condition.
"La Séquestrée", débarrassée de son ton volontairement naïf, fait état d'une folie foncièrement lucide, réinterprétée et encadrée de façon pernicieuse par le genre masculin.
Cette nouvelle qui fait largement écho à la vie de l'auteure renvoie également, comme nous le rappelle la postface, aux destins de ses contemporaines Alice James (soeur d'Henry) et Edith Wharton qui avait également régulièrement recours aux visions fantomatiques (Le Miroir, Ethan Frome) pour permettre à ces héros d'accéder à une vérité que leur refuse le monde extérieur.
"La Séquestrée" ou l'histoire d'une femme et de bien d'autres qui se débattent dans l'existence et partent à la rencontre d'elles-mêmes.
Si tout comme moi vous avez la chance de croiser cet ouvrage délicatement subversif, ne le laissez surtout pas filer !
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Gabrielle_Dubois
  23 mars 2020
La dépression, la folie, ne sont mes sujets de prédilection.
Alors, pourquoi ai-je achetée cette nouvelle, ce mini roman qui a pour titre La séquestrée ? Parce que la libraire me l'a conseillé… et elle a bien fait, ce livre est un chef-d'oeuvre !
Charlotte Perkins Gilman s'est expliquée sur cette nouvelle angoissante dans le journal The Forerunner (Le Précurseur) créé par elle-même :
« Pourquoi j'ai écrit The yellow Wallpaper (La séquestrée)
« Bien des lecteurs m'ont posé cette question. Quand ce récit fut publié pour la première fois dans le New England Magazine vers 1981, un médecin de Boston protesta dans The Transcript :
‘Une telle histoire n'aurait jamais dû être écrite. Il y avait de quoi rendre n'importe qui fou.'
Un autre médecin (originaire du Kansas, je crois) écrivit pour dire que j'avais fait la description d'une folie naissante la plus convaincante qui soit, et demandait ― que je veuille bien l'excuser ― s'il s'agissait de moi-même ?
L'histoire de cette histoire, la voici :
Pendant des années, j'ai souffert d'une dépression nerveuse allant jusqu'à la mélancolie et au-delà. Au cours de la troisième année, environ, de cette maladie, j'allai, poussée par la confiance et un léger accès d'espoir, consulter le spécialiste des maladies nerveuses le plus célèbre de notre pays. Cet homme, si plein de sagesse, m'ordonna le lit. Cette cure de repos, à laquelle ma constitution encore solide répondit rapidement, le persuada que je n'étais pas vraiment malade ; aussi me renvoya-t-il à la maison, me conseillant solennellement de vivre autant que possible une vie casanière, de ne donner que deux heures par jour à la « vie intellectuelle », « de ne plus jamais toucher ni à une plume, ni à un pinceau, ni à un crayon » tant que je vivrais. Nous étions en 1887.
Je rentrai chez moi et me conformai à ces instructions pendant près de trois mois ; c'est alors que je frôlai de si près la maladie mentale qu'il me semblait en avoir franchi les frontières. Alors, rassemblant les restes de mon intelligence, aidée par un ami avisé, je me libérai des conseils de ce médecin célèbre, et recommençai à travailler ― je retrouvai le travail, la vie normale de tout être humain. le travail : cette joie, cet épanouissement, cette aide sans lesquels nous ne sommes que des misérables, des parasites ― et je finis par récupérer un semblant de forces.
Bien évidemment, je fus poussée à me réjouir d'avoir pu sauver ma peau et j'écrivis The yellow Wallpaper, avec ses transpositions et ses métamorphoses, pour exprimer enfin cet idéal de la création (même si je n'eus jamais d'hallucinations ou de réserves quant à ma décoration murale), et j'en envoyai une copie au médecin qui avait failli me rendre folle. Il ne m'en accusa jamais réception.
Ce petit livre est ailé des aliénistes comme un bon spécimen de la littérature des malades. À ma connaissance, il a permis à une autre femme d'éviter un sort semblable, tant il a terrifié sa famille qui, du coup, lui a permis de reprendre une activité normale si bien qu'elle guérit.
Mais le résultat le plus satisfaisant, le voici : bien des années plus tard j'appris qu'après avoir lu The yellow Wallpaper le célèbre spécialiste en question avait changé sa méthode de soins pour guérir la neurasthénie.
Ce récit n'était pas destiné à rendre les gens fous, mais à les sauver d'une folie menaçante. Et ce fut une réussite ! »
L'histoire, écrite en 1881, est celle de tant de femmes qui ne pouvaient pas (ne peuvent toujours pas, dans tellement de pays à travers le monde) s'exprimer.
La narratrice nous parle directement, pendant les trois mois qu'elle passe dans une maison de location, pendant que leur propre maison est en travaux. Elle a un mari, apparemment attentionné et gentil, un bébé dont s'occupe une nourrice, une bonne. La narratrice avoue n'avoir à s'occuper que d'elle-même, c'est même ce que lui demande son mari, sauf que…
Sauf que la narratrice voudrait écrire, voudrait comprendre ce qu'elle veut, qui elle est, faire quelque chose, travailler, faire quelque chose de sa vie, lui donner un sens et cela la ronge.
Son mari, lui, croit sincèrement que sa femme n'est qu'une enfant, que la seule chose qui peut lui faire du bien, est de ne rien faire d'autre que des siestes, des promenades dans le jardin, bien se nourrir, ne surtout pas penser, ne pas écrire.
Confusément, la narratrice sent que là est le noeud du problème : qu'elle veuille penser, réfléchir par elle-même, trouver ce qui est bon pour elle. Mais elle est entourée par son mari et son frère, tous deux médecins respectés pour leur savoir, sa belle-soeur, qui se satisfait d'une vie oisive (effectivement, un oiseau chante agréablement, a un plumage plaisant à regarder mais il est en cage !).
L'auteure est née en 1860, a peu suivi l'école et de toute façon, quelle éducation était proposée aux filles en ce temps-là ? Aucune qui vous permette de vivre d'un travail décent ou reconnu éminent.
La narratrice tente bien de se comprendre pour se sortir de la dépression. Mais voilà, comment faire entendre à votre entourage que vous pensez pouvoir être autre chose qu'une mineure infantilisée, qu'un bel oiseau décoratif, quand votre entourage croit depuis tout temps qu'une femme est bel et bien une mineure, un bel oiseau décoratif ? Quand vous n'avez même pas l'éducation nécessaire qui vous aurait permis d'analyser votre situation et de trouver les mots pour l'expliquer, de prendre votre vie en main par le travail, de trouver l'énergie incroyable nécessaire à toute personne qui voudrait se mettre volontairement en marge de sa famille, de sa société, pour se sauver elle-même, pour exister ?
Le mari, qui représente les hommes de son temps, n'est pas complètement coupable. On lui a appris que la femme n'a pas de vie propre : la femme est une épouse dévouée à son mari, une mère consacrée à ses enfants, une femme de ménage soigneuse de sa maison. Pour tout cela on l'admire, la femme devrait s'en trouver heureuse. Mais voilà, quand elle ne l'est pas, le mari ne peut pas le comprendre. Qu'une femme veuille de l'indépendance heurte l'image que le mari s'est fait de lui-même et de la société qu'il a façonnée.
Oui, il est très difficile d'exiger son indépendance, de dire NON au rôle que vous attribue la société, dont l'un d'eux est la procréation. Et justement, la narratrice vient de mettre au monde un bébé qu'elle laisse aux soins de la nourrice. Qui peut l'aider dans cette dépression qui suit parfois l'accouchement ? Certainement pas son mari médecin qui ne sait soigner que les maux physiques et de toute façon, pour lui, les maux autres que physiques n'existent pas en dehors de l'esprit dérangé d'une femme hystérique.
Gabrielle Dubois

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Jeannepe
  10 février 2017
Dès les premières pages, les mots nous tendent. Et pour cause. Ils témoignent, implacables, de la folie et de l'enfermement. L'aliénation. Celle d'une jeune mère qui tombe en dépression. Celle d'une femme que l'on prive de sa liberté d'expression. Soumise à l'influence des médecins – et de son mari en particulier –, elle est astreinte à une vie bien rangée, sans dangers. Et c'est pour la soigner qu'il la presse de se reposer et de bien manger. Surtout, de ne pas écrire. Alors elle passe des heures dans sa chambre. Des jours entiers à observer les murs, le papier peint. Son jaune sale devient un affront permanent, et son tracé une réelle obsession.
Cette nouvelle touche le point sensible d'une domination masculine aux multiples visages : dépendance financière et sociale, et paternalisme notamment. Dans la fin d'un XIXe siècle américain où la femme ne possède pas de liberté propre, Charlotte Perkins se bat contre de nombreux démons. Impossible de ne pas penser aux hystériques de Freud et Charcot. L'on peut aussi faire le lien avec Alice James (bien moins connue que son frère Henri, étonnamment) ou Édith Wharton. Femmes de lettres, c'est constamment qu'on a nié leur légitimité, voire même leur droit à l'écriture. Alors lisons leurs mots et tournons leurs pages…
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Zazette97Zazette97   13 mai 2012
J'ai mis longtemps à comprendre ce qu'était cette forme floue, en retrait, mais je suis certaine à présent qu'il s'agit d'une femme.
De jour, elle est asservie, tranquille. Je suppose que c'est ce motif qui la retient ainsi séquestrée. Cela me tourmente. M'absorbe pendant des heures.
Je reste étendue de plus en plus longtemps. John dit que cela me fait du bien et que je dois dormir le plus possible.
Il a même pris l'habitude de me forcer à me coucher une heure après chaque repas.
C'est une mauvaise habitude, j'en suis convaincue, car, voyez-vous, il m'est impossible de dormir.
Du coup, cela m'incite à la fourberie car je ne leur dis pas que je suis éveillée - oh non !
Le fait est que je commence à avoir un peu peur de John. p.35
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WictorianeWictoriane   19 mai 2011
Parvenue dans les zones lumineuses, la femme s'arrête, mais dans les régions obscures elle s'agrippe aux barreaux qu'elle secoue avec violence. Et pendant tout ce temps, ce qu'elle voudrait, c'est traverser le papier peint. Mais personne ne peut échapper à ce motif tant il vous étrangle. C'est pourquoi il possède une multitude de têtes. Car si jamais elle réussissait à s'évader, ce serait pour que le motif l'étrangle et la renverse - voilà la raison de toutes ces têtes aux yeux révulsés !
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JeannepeJeannepe   10 février 2017
La vie devient beaucoup plus excitante qu’elle ne l’était d’habitude. Je suis dans l’expectative, vous comprenez. J’ai quelque chose dont je peux me réjouir à l’avance, quelque chose à surveiller. Déjà, j’ai meilleur appétit et je suis moins nerveuse.

John est tellement content de me voir aller mieux. Il a eu un petit rire l’autre jour pour me dire que j’avais vraiment l’air épanouie malgré le papier peint !

Je m’en suis tirée en riant. Je n’avais aucune intention de lui révéler que c’était grâce au papier – il se serait moqué de moi. Peut-être même aurait–il eu l’idée de m’éloigner d’ici.

Pas question de m’en aller avant d’avoir percé le secret. J’ai encore une semaine et je pense que cela me suffira.
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Gabrielle_DuboisGabrielle_Dubois   23 mars 2020
John se moque de moi, mais à quoi d’autre peut-on s’attendre dans un mariage ?
John est pragmatique à l’extrême. Il n’a aucune patience à l’égard de la foi, éprouve une répulsion intense envers la superstition, il se gausse ouvertement de tout ce qui n’est pas tangible, visible et traduisible en chiffres.
John est médecin, et c’est là, peut-être ― bien entendu, je ne le dirai jamais à âme qui vive mais après tout ceci n’est que du papier mort et l’écrire soulage mon esprit ―, la raison pour laquelle mon état ne s’améliore en rien.
Il ne croit pas que je suis malade, vous comprenez.
Alors que faire ?
Si un médecin de haut niveau, votre propre mari qui plus est, se porte garant auprès des mais et des membres de la famille que vous n’avez vrai ment rien― tout juste une simple dépression passagère, un léger penchant à l’hystérie ― que peut-on faire ?
Mon frère est médecin, lui aussi, d’un haut niveau également, et il dit la même chose.
Alors je fais mes séjours ici, je prends mes phosphates ou mes phosphites ― c’est l’un ou l’autre ―, mes fortifiants, du grand air, de l’exercice, mais il m’est absolument interdit de travailler jusqu’à ce que je sois guérie.
Personnellement, je n’approuve pas leurs idées.
Personnellement, je crois qu’un travail intéressant, qui me procurerait un changement et qui me stimulerait, me ferait du bien.
Mais que peut-on faire ?
Malgré eux, j’ai quand même réussi à écrire pendant quelque temps, mais il est vrai que cela m’épuise d’avoir à le faire si sournoisement, quand je n’ai pas à me heurter à leur pesante opposition.
Parfois, j’imagine que dans ma condition, si j’étais moins contrariée, si je rencontrais une stimulation plus grande… Mais John me dit que le pire est de réfléchir à mon état, et j’avoue que je me sens toujours mal dès que j’y pense. Alors j’y renonce…
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MaliceMalice   20 mars 2010
Ce papier est arraché par lambeaux autour de la tête du lit, aussi loin que je peux étendre le bras tout comme il est arraché en face, au bas du mur. Je n'ai jamais vu un papier plus laid de ma vie.
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Videos de Charlotte Perkins Gilman (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Charlotte Perkins Gilman
http://www.librairiedialogues.fr/ Julien nous propose ses coups de c?ur du rayon Poche : "Il était une fois Morris Jones" de Ran Walker (Autrement), "Le Gardien des choses perdues" de Ruth Hogan (Actes Sud Babel) et "Herland" de Charlotte Perkins Gilman (Points / Pavillons poche). Réalisation : Ronan Loup. Questions posées par : Laure-Anne Cappellesso.
Retrouvez nous aussi sur : Facebook : https://www.facebook.com/librairie.dialogues/ Twitter : https://twitter.com/dialogues Instagram : https://www.instagram.com/librairiedialogues/
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