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EAN : 9782021486155
352 pages
Seuil (26/08/2021)
3.85/5   84 notes
Résumé :
C'est durant la réception internationale de La Plus Précieuse des marchandises que Jean-Claude Grumberg perd Jacqueline son épouse.
Depuis, jour et nuit, il tente de lui dire tout ce qu'il n'a pas pu ou pas osé lui dire. Sans se protéger, ni rejeter ce qu'il ne peut ni ne veut comprendre, il dialogue avec la disparue.

Incrédulité, révolte, colère se succèdent. Dans ses propos en cascades, réels ou imaginaires, qui évoquent la vie de tous les jo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (27) Voir plus Ajouter une critique
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Après avoir adoré l'ouvrage bouleversant qu'il a publié sous forme de conte en 2019 et avoir été charmé par l'homme lors de son dernier passage à La Grande Librairie il y a quelques semaines, je me suis attaqué à son « Jacqueline Jacqueline », titre rendant hommage à sa femme Jacqueline, décédée le 4 mai 2019, au moment où je me joignais aux louanges concernant « La plus précieuse des marchandises ».

À coups de chapitres de quelques pages, il nous invite à contempler le vide laissé par celle qui vient de le quitter après presque soixante ans de vie commune, tout en cherchant à prolonger sa présence en continuant à lui écrire. Au fil des pages, « Jacqueline Jacqueline » se transforme en mausolée de papier visité par un veuf solitaire partageant son chagrin, voire même sa honte et sa colère d'être encore là, tandis qu'elle n'est plus. Ces petits passages non chronologiques qui prennent vie en fonction de l'endroit, des rencontres et des souvenirs sont d'une authenticité tellement bouleversante que je me suis parfois senti mal à l'aise de plonger ainsi dans l'intimité de ce couple, l'auteur faisant certes preuve de beaucoup de tendresse, de franchise, d'auto-dérision et d'humour, mais parfois également d'une bonne dose d'impudeur.

Etant déjà fan de l'écriture tout en finesse de Jean-Claude Grumberg, je me suis une nouvelle fois délecté des mots qu'il dépose ici avec énormément de justesse sur son deuil, rendant le plus bel hommage qui soit à sa belle Jacqueline. Une complicité prolongée le temps de quelques pages, donnant presque l'impression de lire un ouvrage écrit à quatre mains…

Profitez de ceux que vous aimez tant qu'ils sont encore là !
Lien : https://brusselsboy.wordpres..
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Ayant tellement apprécié le conte de Jean-Claude Grumberg, La plus précieuse des marchandises, ce conte bouleversant qui se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale et la déportation des Juifs, je n'ai pas hésité à me lancer dans la lecture de son dernier ouvrage et ne l'ai pas regrettée, tant l'écriture est belle et fine.
Jacqueline Jacqueline, est une magnifique déclaration d'amour, un tendre et émouvant hommage de Jean-Claude Grumberg à son épouse, décédée le 4 mai 2019, emportée par un cancer du poumon, et ce, le jour anniversaire de leur fille Olga.
Il s'adresse à celle avec qui il a partagé soixante ans d'amour « Ni usure, ni ennui, jamais, jamais au grand jamais, durant ces soixante ans passés collés l'un à l'autre, agrafés pour ainsi dire dans le même pli creux, jamais, jamais on ne s'est ennuyé, ne fût-ce qu'une seconde ». Il nous révèle ce qu'est l'art de souffrir, de pleurer, de rire ensemble, de s'aimer tout simplement. Ce livre lui permet d'être encore avec celle qui le hante et lui manque terriblement, de la garder vivante encore près de lui, le temps de l'écriture.
Que dire, titre d'ailleurs d'un des chapitres du livre, et qu'écrire lorsque l'on perd l'être aimé entre tous ? Jean-Claude Grumberg va s‘employer à y répondre tout au long de ce livre en l'écrivant à la fois pour, et avec Jacqueline, la rendant ainsi très présente.
Il raconte leur rencontre, leurs vies avant leur rencontre, la naissance de leur amour et l'aide immense qu'elle lui a apportée à plusieurs reprises et qui lui a permis notamment de se retrouver lorsqu'il s'est effondré après le succès de sa pièce de théâtre L'Atelier ; mais aussi la honte, la honte de vivre alors qu'elle ne vit plus.
Il ne peut passer sous silence le déferlement de haine qui frappa et endeuilla leurs familles respectives et leur besoin de victoires après la guerre. Ces victoires, ce sont la réussite de Kirk Douglas, de Johnny Weissmuller, de Fred Astaire, etc... : « Et comme nous étions fiers, fiers de savoir qu'ils étaient des nôtres ».
Il dit aussi la maladie, cette tumeur du poumon gauche, l'ablation d'une partie de celui-ci « avec deux ou trois autres petits trucs qu'on a dû couper au passage » réalisée avec succès en 2018 et cette joie de vivre retrouvée à l'issue.
Mais la tumeur est revenue attaquer le foie… Il faut dire que fumer avait été la grande affaire de sa vie et, bien qu'il l'ait suppliée d'arrêter, elle ne pouvait s'en passer.
Outre ces références à leur vie commune, Jean-Claude Grumberg s'attache également à raconter à Jacqueline comment leur petite-fille Jeanne a réagi à la disparition de sa mémé, comment il a été empêché de voir Olga leur fille et Jeanne pendant deux mois à cause de la pandémie. C'est aussi Samuel Patty qu'il évoque...
Ce qui est tout à fait original, c'est que le récit de leur vie, que l'auteur nous donne à lire, s'inscrit dans un dialogue, où l'auteur en s'adressant à celle qu'il a tant aimée, exprime avec tendresse, humour, ironie, trivialité parfois, et aussi autodérision, tout son amour, lui confiant ce qu'il n'a peut-être pas pu ou su lui dire.
Jean-Claude Grumberg, en écrivant Jacqueline Jacqueline honore de façon magistrale la mémoire de celle qui fut la compagne de sa vie. Si la souffrance de cet homme est perceptible à chaque page, c'est néanmoins, souvent avec le sourire que j'ai parcouru ces lignes et c'est justement la force de ce livre : être à la fois grave, émouvant, tout en sensibilité, mais jamais larmoyant.
Jacqueline Jacqueline a obtenu le Prix littéraire le Monde 2021.

Lien : https://notre-jardin-des-liv..
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C'est le récit d'un homme qui a vécu près de 60 ans auprès de sa femme et qui lui écrit pour ne pas la laisser partir définitivement.
Il y a les souvenirs épars, parfois lumineux parfois plus sombres.
Le deuil d'un bébé, la mémoire de ceux exterminés dans les camps de concentration et qui marquent à jamais les survivants.
Et puis, il y a le corps de Jacqueline, surtout ses seins, dont l'auteur parle encore avec émerveillement.
L'écriture est belle, intimiste et jamais larmoyante.
Que c'est émouvant.
Je vais m'efforcer de penser que Jacqueline, de là-haut, a pu entendre ce beau texte et être réchauffée par tant d'amour.
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« C'est un livre pour parler la nuit, en silence, avec les mots des morts trop vite partis. »
Jean-Claude Grumberg crie sa douleur et son amour pour sa bien-aimée Jacqueline, partie le 04 mai 2019 à l'âge de 82 ans. Et ce cri est à la fois beau, tendre et déchirant. 60 ans de vie partagée, à s'aimer, vivre côté à côté, peau à peau, à s'éloigner aussi parfois. Une histoire d'amour qui prend merveilleusement vie sous la plume de l'auteur, une plume poétique, fluide, délicate.
Il écrit pour lui, pour la garder auprès d'elle le plus longtemps possible, pour ne pas qu'elle lui échappe, pour la respirer, la toucher encore et encore, la faire vibrer et rire encore une fois, une dernière fois, « pour garder la douceur et la douleur de [l]'avoir en [lui] ».
Il écrit pour elle, une promesse de tenter de réparer, de l'aimer aussi du bout de sa plume.
Du bout des lèvres en songe.
Quand il ne reste plus que les songes.
L'absence crève le coeur.
La colère s'immisce.
L'incapacité à trouver les mots justes, les mots tout court.
À déposer le point final.

La sincérité, la spontanéité, l'urgence de ce témoignage, presque obligatoire, l'autodérision aussi, la lucidité et l'humour toujours et encore... sont les mots qui me viennent spontanément en refermant ce livre.

Une lecture comme un chemin vers nos propres anges, nos disparus, de nos trop tôt disparus.
Une errance sans but ni préméditation. Des fragments. Des questionnements. Et beaucoup d'amour.

Merci Monsieur Grumberg pour ce chaotique et doux voyage à la fois, pour cet intime partage.
Lien : https://seriallectrice.blogs..
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Chut, chut... On voudrait ne pas trop en dire sur ce formidable texte de deuil, ce dialogue avec Jacqueline, la grande disparue, plongeant dans l'intimité du couple, avec tendresse et humour délicat, avec beaucoup d'auto-dérision et de délicieuses anecdotes, à la manière inusable de Jean-Claude Grumberg, le conteur et l'homme de théâtre. Un texte de consolation, un témoignage d'énorme amour et le plus bel hommage qui pouvait se rendre à Jacqueline, l"amante, la compagne, la complice de tant d'années, l'inspiratrice... Celle qui lui demandait de toujours, au théâtre, veiller à faire rire et pleurer en même temps. Allons, faisons silence, et laissons-nous porter encore, avec émotion et franc sourire, par la voix de Jean-Claude Grumberg ...
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critiques presse (2)
LeMonde
12 décembre 2022
Jacqueline Jacqueline se présente comme un fruit de la souffrance, « dicté » par la compagne de sa vie dans un éloge de l’amour conjugal. Ce beau texte a reçu, en 2021, le prix littéraire Le Monde.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Psychologies
13 septembre 2021
Un texte qui s’analyse comme un palais de papier pour dire l’amour qui dure, la morsure du manque, mais aussi la beauté d’une vie de couple engagé, qui a échappé aux arrestations antijuives pendant la guerre, dont la vie a tourné autour du théâtre et de la culture et qui a toujours fait face à deux.
Lire la critique sur le site : Psychologies
Citations et extraits (53) Voir plus Ajouter une citation
Toujours dans la rubrique nécrologique, section internationale cette fois, on annonce le décès de Kirk Douglas, à cent trois ans. Tu l’aimais, tu l’adorais, je l’aimais, je l’adorais, itou. Et comme nous étions fiers, fiers de savoir qu’il était des nôtres ! Au même titre que Johnny Weissmuller, le premier Tarzan, et Fred Astaire, le merveilleux, de son vrai nom Austerlitz, et Tony Schwartz dit Curtis, l’autre viking.
Oui oui oui oui, nous vivions ainsi, cherchant à savoir qui l’était et qui ne l’était pas parmi les plus grands, les phénix, les géants de ce monde. Nous avions tant besoin, après ce déferlement de haine, de crachats, de mensonges, de meurtres, d’humiliations, de ragots, toutes ces années passées à courir, à se cacher, à se faire prendre par la police de notre propre pays pour être livrés aux assassins d’enfants, de mères, de malades, nous avions tant besoin de victoires. Oui, nous sortions le dos plus droit après avoir vu Kirk à cheval, ou mis en croix dans Spartacus.
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J’en étais là quand Nadia, à l’âge de cinq mois, fut frappée par la mort subite des nourrissons. Dans la nuit qui suivit j’écrivis Chez Pierrot. Une pièce où ma douleur, ma rage, mon désespoir et mon dégoût s’exprimèrent sans retenue, comme malgré moi. Ce fut cette nuit-là que je découvris qu’on n’écrivait pas pour gagner sa vie, qu’on écrivait pour exprimer ce qu’on ne pouvait dire, qu’on écrivait pour crier sa douleur ou son amour, sa joie ou son désespoir, ou les deux. Et depuis je n’ai jamais pu revenir en arrière et écrire quoi que ce soit « pour gagner ma vie », ou presque la tienne.
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Tu te demandes sans doute, pourquoi je m’échine à t’écrire chaque jour des mots qu’à coup sûr, à moins d’un peu probable miracle, tu ne liras jamais ? Disons que je t’écris pour te retenir. Je te vois, ou plutôt je te sens, t’éloigner de moi chaque jour, comme chaque jour, hélas, je m’éloigne de toi. Chaque jour, chaque jour qui passe, ton visage s’éloigne du mien, mes lèvres ne trouvent plus tes lèvres, mes mains perdent jusqu’au contour des formes de ton corps, je n’entends plus ta voix si grave et si prenante murmurer des mots d’amour à mon oreille. Chaque jour, chaque jour, tu te défais davantage, comme un puzzle somptueux dont on jetterait au rebut une à une toutes les pièces.
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Mais si je prétends écrire pour que toi tu continues à vivre, je mens. Je te mens et je me mens. C’est pour moi, pour moi seul que j’écris. Pour te faire continuer à vivre, oui, mais pour moi, pour mon usage personnel et privé, exclusif en tout cas. Je suis, reconnais-le, la principale victime de la catastrophe qui t’a emportée, arrachée à moi, la principale victime avec Olga bien entendu, et Rosette, ta sœur, que tu n’avais pour ainsi dire jamais quittée durant quatre-vingts ans. Sans parler de tous ceux et toutes celles qui t’ont connue donc aimée.
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Pendant toute la lecture où j'égrène ces Jacqueline, et Jacqueline, et Jacqueline, et Jacqueline, lecture que je fais en hésitant entre rire et larmes, elle me fixe, sourcils foncés, comme un chercheur ou un médecin observe son cobaye pour juger de l'étendue de sa douleur.
Le conte fini, elle reprit le livre sans un mot et le rangea. Alors d'une voix que je voulus ferme :
"Tu vois, je n'ai pas pleuré.
- Tes yeux ne pleurent pas, pépé, mais ta voix pleure."
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Videos de Jean-Claude Grumberg (30) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Claude Grumberg
C'est avec un plaisir non dissimulé que je vous invite à rencontrer Jean-Claude Grumberg ce samedi 1er juillet dès 14h30.
Il assistera la veille à la dernière représentation de sa pièce La plus précieuse des marchandises, réalisée avec brio et justesse par le Théâtre le Public, et y rencontrera son public.
Jean-Claude Grumberg est le lauréat du Prix d'honneur Filigranes 2019 pour ce conte aujourd'hui joué dans le monde entier et prescrit dans les écoles. Il sévit avec succès dans le monde du théâtre depuis plus de 50 ans.
Scénariste et écrivain. J'ai eu la chance et le plaisir de le rencontrer en 2013 pour faire la promotion de son ouvrage hilarant et truculent Pour en finir avec la question juive. Depuis, nous ne nous sommes plus quittés.
De Pitchik à Pitchouk est une petite merveille, un bijou.
Voilà ce que j'écrivais en avril pour annoncer la sortie de ce conte pour vieux enfants :
« Tu es une source intarissable, tellement indispensable dans ce travail de mémoire que tu poursuis inlassablement , tellement et encore plus d'actualité aujourd'hui.
Tes écrits enjolivent notre quotidien et sont source de réflexion et de sagesse
Je sais combien te manquent Jacqueline et Maurice et tu l'écris avec beaucoup d'amour et de pudeur.
Tu es devenu un incontournable dans nos bibliothèques et je vous invite, TOUS, malgré la profusion de romans formidables parus ou à paraître, à lire et partager ce petit trésor disponible en librairie ce vendredi 7 avril. »
À samedi, Marc Filipson
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