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EAN : 9782818053591
336 pages
P.O.L. (19/08/2021)
2.76/5   35 notes
Résumé :
Le Ghetto intérieur racontait le silence, en 1945, de celui qui deviendrait le grand-père de l’auteur, Vicente Rosenberg, qui émigra à Buenos Aires. Le Premier Exil s’ouvre sur la mort, vingt ans plus tard, dans cette même ville, de l’arrière-grand-père maternel, l’abuelo Zeide, un Juif originaire de Kiev. Mais la famille du narrateur a dû fuir l’Argentine pour l’Uruguay, et échapper à la dictature, après le coup d’État militaire en 1968. C’est le roman d’un âge plu... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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Après avoir aimé le Ghetto intérieur, je retrouve Santiago H. Amigorena et son écriture soignée, dans cette langue qui ne devint la sienne qu'à la fin de ce Premier Exil.

L'auteur a six ans lorsque ses parents quittent Buenos-Aires et l'Argentine pour Montevideo en Uruguay. Dans ce pays voisin, ils y allaient en vacances mais c'est un coup d'État du général Juan Carlos Onganía, un libéral, national-catholique et anticommuniste qui provoque ce départ.

Le père de l'auteur était professeur de psychologie à l'université de Rosario alors que sa mère, elle aussi psychanalyste, n'a plus le droit d'exercer parce qu'elle n'est pas médecin.

Avec ce livre, Santiago H. Amigorena poursuit une oeuvre autobiographique qu'il consacre cette fois aux six années vécues en Uruguay. Au cours de ma lecture, je passe de moments très intimes sur l'enfance à des moments politiques très forts que le jeune Santiago voit se dérouler dans les rues de la capitale : un formidable espoir avec le Frente Amplío. Mais une montée des forces paramilitaires, les arrestations et la répression de plus en plus féroce des manifestations pousseront ses parents à envisager un nouvel exil, cette fois, en Europe.

Le Premier Exil m'a fait vivre dans les rues de Montevideo, aux côtés d'un gosse qui ne parle pas, écrit de plus en plus, vit le plus possible avec Celeste, son chien, grimpe très souvent dans cet arbre, le gomero, tout près du lieu où il habite avec ses parents et Sébastián, son frère aîné.

L'auteur grandit, découvre de plus en plus de choses et surtout se met à écrire. C'est l'occasion, pour l'auteur, de partager régulièrement ses textes, ses poèmes de l'époque, parfois en espagnol, ce que je trouve très intéressant.

Régulièrement, il disserte sur un sujet ou un autre. Parfois, c'est un peu ennuyeux, très autocentré, mais il réussit à puiser au maximum dans ses souvenirs, sans négliger de les remettre en question, pour alimenter une prose très élaborée. Il n'hésite pas à utiliser l'imparfait du subjonctif, à chahuter son lecteur, à nous décrire en détails ses meilleurs meilleurs amis et à nous parler des filles qui commencent à attirer ces garçons prépubères… et inversement.

Ses considérations sur la littérature, ses réflexions sur d'autres écrivains sortent bien sûr du cadre de cette enfance. Santiago est réputé pour son silence, va chez le psychanalyste trois fois par semaine, chez un dentiste aussi, aborde le thème du deuil lorsque décède Vicente Rosenberg, son grand-père maternel. Même s'il est souvent dans la rue, il vit dans un milieu aisé, lit beaucoup, part en vacances à l'est de l'Uruguay, au bord de l'océan et fréquente un établissement scolaire de qualité.

Enfin, j'y reviens, les moments les plus forts sont consacrés à la montée des dictatures sud-américaines, au rôle essentiel joué par la CIA, un certain Dan Mitrione, et Henry Kissinger, prix Nobel de la paix ! Les services secrets français agissent aussi pour faire profiter les militaires de l'expérience acquise en Indochine puis en Algérie dans le domaine de la torture. Santiago H. Amigorena s'exprime calmement, de façon précise et j'ai vraiment honte de mon pays, la patrie des Droits de l'Homme, et du rôle que certains de mes compatriotes ont joué avec l'aval des pouvoirs gaulliste, pompidolien et giscardien…

Enfin, Santiago a dix ans et il nous fait profiter des petits mots échangés en classe avec les filles. Quand Alvaro écrit « Te quiero » à Patricia, on se moque mais lorsque Santiago communique avec Sandra, ses meilleurs meilleurs amis facilitent les choses. Hélas, Sandra attend plus de ce garçon qui grandit, est de plus en plus beau, mais ne comprend rien…

Après des vacances d'été, début 1972, dans le Chili de Salvador Allende, il faut se rendre à l'évidence : la situation en Uruguay se dégrade de plus en plus. Un second exil se prépare…


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Le coup d'état du général Juan Carlos Ongania avait porté à la tête de l'Argentine une idéologie libérale, nationale-catholique et anticommuniste qui s'était distinguée peu de temps après avoir pris le pouvoir par une attaque féroce à l'université de Buenos Aires. Cette violence nouvelle a fait fuir d'Argentine des centaines et des centaines de professeurs, et d'autres comme les parents de Santiago qui exerçaient tous deux comme psychanalystes, le gouvernement ayant interdit à ceux-ci de pratiquer leur activité s'ils n'étaient pas médecins. C'est en Uruguay, « un petit havre de démocratie égaré dans un continent que le feu et le sang commençaient de dévorer de toutes parts » qu'ils vont s'installer.

Santiago a six ans et c'est la douce compagnie de son chien Céleste qui lui a permis de ne point trop souffrir de ce premier exil d'Argentine en Uruguay, tout comme ce sera la douce compagnie de son frère aîné qui lui permettra six ans plus tard de survivre à la douleur amère de l'exil d'Uruguay en France à l'arrivée de la dictature militaire.

Dans le Premier Exil, Santiago H. Amigorena raconte comment il a vécu cette fin des années 1960 et début des années 1970, six années de sa petite enfance. Il raconte les origines de son silence, son mutisme, le rapprochement instinctif avec son frère, ce premier exil leur ayant montré qu'il fallait se méfier des adultes et de leur monde, puis ce sera l'apprentissage de l'écriture, de l'amitié, de l'amour et de la politique. Il aime passer son temps libre dans le gomero, cet arbre immense qui rendait leur jardin riquiqui, presque infini !

Son interrogation sur la mémoire, sur le silence et la parole, confronte à la fois ses souvenirs d'enfance et ses réflexions philosophiques d'adulte, rendant parfois la compréhension complexe mais très intéressante.

J'ai particulièrement apprécié la manière dont l'écrivain inscrit son vécu personnel dans le collectif. Dès l'arrivée en Uruguay, le mouvement révolutionnaire des Tupamaros commence à être actif et six ans plus tard, « cet univers qui nous entourait, qui nous dépassait, qui nous attendait, se colorait lentement d'une violence de plus en plus manifeste ». Puis arrivera la terreur. D'ailleurs, tout près de leur habitation, une maison bien mystérieuse est en fait le siège de la CIA, dans laquelle travaille Dan Mitrone, ce policier américain, spécialiste dans le domaine de la torture.

Santiago H. Amigorena n'hésite pas à faire le parallèle avec les nazis qui faisaient disparaître tous ceux qui représentaient un danger pour le régime.

Malgré de nombreuses digressions rendant la lecture parfois un peu difficile, c'est un texte très riche que nous offre l'auteur, aussi bien du point de vue philosophique avec ces réflexions sur la mémoire, le silence, la parole, la perte que du point de vue politique.

Tout comme le Ghetto intérieur que j'avais fort apprécié, j'ai trouvé très intéressant et instructif le Premier Exil. Ce sont deux ouvrages de Santiago H. Amigorena qui témoignent de la vie de l'auteur et de sa famille, vie marquée et bouleversée par la Shoah, le déracinement et la dictature, à l'origine de beaucoup de silence, silence sur lequel l'auteur a bâti son oeuvre, une oeuvre puissante et éloquente.


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--[ Librairie Caractères / Issy-les-Moulineaux ]--Débuté le 24 juillet 2021-22 août 2021

Toute première fois que je lis cet auteur argentin, grâce à mes camarades-libraires [ Librairie Caractères / Issy-les-Moulineaux ]--qui m'ont prêté son prochain texte à paraître en août 2021…Ce dont je les remercie !

Oeuvre autobiographique qui semble clore tout un cycle….

« J'écris pour ne plus écrire. J'écris ce Dernier Texte, autobiographie et oeuvres complètes, confession et fiction, vérité et mensonge, prose et poésie, pour tout écrire- et ne plus écrire. (p. 88)”

Il dit L'exil, la mort d'un arrière-grand père, le mutisme , les chagrins et les joies d'un gamin (l'auteur) qui va connaître le premier exil à six ans, avec cette mort et le départ de l'Argentine pour l'Uruguay, pour fuir le régime, l'emprisonnement, les humiliations et les tortures. Cet Uruguay si différent de l'Argentine, où les distractions sont absentes, où les journées sont lentes, lentes…comme si le temps s'était figé…Une grande partie est consacrée à la solitude de cet enfant de 6 ans, exilé dans un autre pays… qui échappe à la tristesse par sa capacité d'imagination et de rêverie !

« Cela n'avait pas été seulement une opération préméditée: le pouvoir militaire s'en était ensuite enorgueilli en rendant publiques les photos des universitaires humiliés et en décrivant l'université elle-même comme un "antre de communistes" et un lieu dangereux "où l'on faisait circuler du savoir". Lorsqu'il fut questionné, l'officier qui mena l'attaque résuma la situation en une phrase courte et définitive : "l'autorité est au-dessus de la science"

Il y avait, dans cette manière explicitement fasciste de s'attaquer non seulement à la jeunesse, non seulement aux étudiants, mais à la pensée, aux penseurs-quel que fût leur âge, quelles que fussent leurs opinions politiques-, une violence nouvelle qui fit fuir d'Argentine des centaines et de centaines de professeurs. (p. 16)”

Un texte débuté le 24 juillet… que j'ai lu par intermittences, car ce n'est pas un roman mais un ensemble de souvenirs , de questionnements de l'auteur,…demandant du temps et de la disponibilité !

Avec l'Exil, la perte du pays de l'enfance, les proches emprisonnés, torturés, il est question très souvent , de façon bien compréhensible, de la Mort :

« - Mais toi aussi tu vas mourir ?

- Mais tu vas mourir quand ?

Comme tant d'enfants, je me souviens d'avoir fatigué ma mère de ces questions. Nous craignons tous terriblement, pendant quelques mois, la mort de nos parents, puis nous comprenons que sans doute elle surviendra dans longtemps- et toutes les morts soudain, pour des années, nous semblent irréelles. Toutes les morts nous semblent irréelles parce qu'il serait inutile de grandir, de vivre, si elles ne l'étaient pas. Puis nous vieillissons- et les morts, les autres morts, pendant quelques années encore, nous épargnent de penser à la nôtre. » (p. 51)

Ouvrage intéressant en lecture alternée, car si le texte est d'une forte authenticité et d'une belle qualité, il y a aussi, à mon goût une abondance de détails surfétatoires, qui nuisent à l'ensemble du livre…mais, peut-être n'étais-je pas la bonne lectrice… une lectrice qui reconnaît « platement » son manque de patience. !!...

Comme tout récit autobiographique, il existe des inégalités de ton et de style…Il reste de très forts et magnifiques passages concernant La Poésie, la terreur dans un pays de dictature, l'Ecriture, l'Amour de l'Art et de la Vie, l'Amitié,… et de façon récurrente la nécessité de l'écriture , le meilleur remède pour se guérir, ou du moins d'atténuer toutes les souffrances dont celles de l'Exil !...

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Si le contenu d'un livre vous indiffère pourvu que le style soit bon, vous aimerez le Premier Exil, mais, si le contenu du livre a quelque importance pour vous, épargnez-vous cette lecture, bien loin de l'excellent le ghetto intérieur, du même auteur.

L'Argentine étant devenue trop dangereuse, la famille s'exile en Uruguay, pays où il fait bon vivre, jusqu'au début des années 1970 où les militaires prennent le pouvoir et instaurent une dictature. Les Escadrons de la mort proches de l'armée commettent attentats et assassinats.

Cela paraît intéressant, hélas, l'auteur ne s'adresse pas aux lecteurs, mais à lui-même. Il n'y a aucun mal à écrire pour soi-même et pour ses amis, mais pourquoi publier le livre ?

Je dois reconnaître que Santiago H. Amigorena a du talent, j'avais beaucoup aimé le ghetto intérieur (peut-être parce qu'il s'intéressait à quelqu'un d'autre que son importante personne). J'ai retrouvé ce talent dans certaines pages du livre le premier Exil malheureusement, elles sont beaucoup trop rares.

Il reste un livre autocentré, sans grand intérêt, effectivement, pour un lecteur qui ne fait pas partie de ses amis.


Lien : https://dequoilire.com/le-pr..
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Quel pensum ! de vagues souvenirs d'enfant (pas plus intéressants que d'autres) entrecoupés de considérations poético-philosophico mystiques à côté desquelles je suis complètement passé ! Des passages en italique, on se demande pourquoi... Tout cela manque terriblement de fluidité. J'avais pourtant bien aimé le Ghetto intérieur. Bref, abandon au tiers du livre.

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critiques presse (1)
Lexpress
14 octobre 2021
Le Premier Exil déroute toutefois par sa grandiloquence excentrique. Le narrateur, qui se présente comme un "auguste crapaud graphomane", ponctue son récit de ses propres vers. Dommage aussi que ces souvenirs soient entrecoupés de digressions plus convenues sur les pouvoirs de l'écriture ou le capitalisme.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (70) Voir plus Ajouter une citation

Une des toutes premières actions des Tupamaros, peu de temps avant notre installation à Montevideo, avait été de faire exploser un des dépôts de la société allemande Bayer qui, personne ne l’ignorait à l’époque, après avoir produit le célèbre Zyklon B pour aider les nazis à exterminer les Juifs, produisait en Allemagne, comme Monsanto aux États-Unis, de l’Agent Orange pour aider les Américains à tuer des Vietnamiens. Personne ne l’ignorait à l’époque, de même qu’aujourd’hui – alors que ces deux groupes, combinaison d’une rentabilité presque idéale, n’en forment plus qu’un qui commercialise aussi bien les produits qui causent les cancers que ceux qui prétendent les soigner – personne ne semble s’en souvenir.

Comment ces deux entreprises ont-elles pu si impunément continuer de sévir sans même avoir eu à changer de nom ?

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Même en dehors des ghettos, les nazis faisaient disparaître tous ceux qui représentaient un danger pour le régime. À partit de décembre 1941, nombreux étaient les prisonniers dont on ne gardait aucune trace, ni de la capture, ni de l’exécution. Encore une idée simple, inventée par les Allemands, reprise par leurs collaborateurs français, mise en application en Indochine et en Algérie par les Paras et la Légion étrangère, puis théorisée officiellement par l’armée française, enseignée aux tortionnaires latino-américains à l’école des Amériques et finalement intégrée dans un plan officiel conçu par la CIA et Henry « Asesino » Kissinger : le Plan Condor.

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La crainte de voir la gauche arriver au pouvoir à travers des élections, comme ç’avait été le cas l’année précédente au Chili, avait poussé Nixon et son sombre conseiller à la sécurité nationale, Henry Kissinger, futur prix Nobel de la paix, à « renforcer la collaboration » avec les militaires uruguayens – en d’autres termes, à envoyer des conseillers comme Dan Mitrione dont la mission consistait, entre autres, à enseigner l’utilisation de la gégène sur les parties génitales des détenus. Dans les cours qu’il prodiguait dans le sous-sol de sa maison, ce charmant fonctionnaire nord-américain se servait comme cobayes de clochards cueillis dans les quartiers pauvres ; des cobayes qui, après utilisation, étaient assassinés.

(page 167)

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Cette énigmatique Suisse de l’Amérique latine qu’est l’Uruguay est séparée en trois parties bien distinctes : l’intérieur du pays (que je ne devais jamais connaître) ; la côte fluviale, dévorée par la jungle, qui borde les provinces argentines de Corrientes et Entre Ríos (que je connais à peine) ; et la côte océanique qui remonte jusqu’au Brésil (que je connais, et qui me connaît, comme nous nous étions faits). Géographiquement parlant – puisque le propre de la géographie est aussi d’être politique et d’établir des frontières -, l’océan stricto sensu ne commence qu’à Punta del Este, c’est-à-dire cent trente kilomètres au-delà de Montevideo.

(page 24)

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Une des toutes premières actions des Tupamaros, peu de temps avant notre installation à Montevideo, avait été de faire exploser un des dépôts de la société allemande Bayer qui, personne ne l’ignorait à l’époque, après avoir produit le célèbre Zyklon B pour aider les nazis à exterminer des Juifs, produisait en Allemagne, comme Monsanto aux États-Unis, de l’Agent Orange pour aider les Américains à tuer des Vietnamiens. Personne ne l’ignorait à l’époque, de même qu’aujourd’hui – alors que ces deux groupes, combinaison d’une rentabilité presque idéale, n’en forment plus qu’un qui commercialise aussi bien les produits qui causent les cancers que ceux qui prétendent les soigner – personne ne semble s’en souvenir.

(page 111)

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